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LES EAUX MINÉRALES DE L'EST DE LA FRANCE

liuxeuil. — Les eaux de Luxeuil sont abondantes, analogues à celles de Plombières.

Mais, moins excitantes, elles conviennent aux personnes délicates affectées de dérangement des fonctions digestives, de gastralgie, de maladies chroniques des entrailles, de douleurs rhumatismales et nerveuses.

Elles se distribuent dans un beau bâtiment oh trois cents malades peuvent se baigner par jour, tant dans les baignoires particulières que dans les piscines, et les douches sont bien organisées et graduées à volonté.

Est-ce aux matières salines (sulfate de soude, carbonate de chaux et de magnésie, chlorure de sodium, etc.,), qu'il faut attribuer les propriétés des eaux de Luxeuil, ou bien à la substance organique qu'elles

contiennent, et qui n'est pas de la barégine, selon Longchamp? Les unes et les autres jouent probablement leur rôle, et c'est de leur union intime que résulte l'action excitante qui se porte sur la sécrétion des reins et de la peau, et qui stimule les membranes muqueuses et active la circulation.

Plombières. — Ce pays est merveilleusement approprié à sa destination; lajolie vallée de Plombières rappelle un peu les sites des Pyrénées. Dès que l'on y pénètre, on retrouve quelques-unes des impressions que font éprouver les montagnes, et l'on reconnaît un lieu disposé par la nature pour des eaux thermales et des baigneurs. La manière dont sont groupées les maisons de Plombières, la tenue des hôtels et des maisons garnies, et même le caractère des habitants, complètent la physionomie générale du pays.

On sent que les eaux sont ici la grande affaire, et que Ton ne vil que par les eaux ; c'est la richesse du pays, c'est presque sa seule industrie, car celle des pelles, pincettes et autres meubles et des bijoux d'acier est en vue de la saison des eaux et ne prospère que par le séjour des étrangers ; cette industrie est à Plombières ce qu'est celle des boites deSpa à Spa.

J'aime qu'un pays de bains soit exclusivement consacré à sa spécialité, et je ne me sens nullement attiré par une ville doot les rues sont marchandes et

ressemblent à celles de toutes les autres villes : c'est le reproche que je fais à Bourbo une et à Aix-la-Chapelle ; on ne se doute pas, en entrant dans ces villes, que l'on soit dans un lieu thermal, privilégié par la nature, et habité par une nymphe.

Les thermes de Plombières, appartenant à l'État, sont bien installés ; bains, piscines, étuves, douches, rien ne manque à l'établissement ; j'aime surtout le nouveau bâtiment, composé d'un joli vestibule . ou plutôt d'un salon autour duquel sont rangés les cabinets de bains. Ce lieu réalise, selon moi, tout ce qu'il faut pour prendre un bain de la manière la plus agréable; vestibule doucement chauffé par les sources mêmes qui coulent sous les dales, et où circule un air tiède qui imprègne la peau d'une légère moiteur qui la dilate, ouvre ses pores et la prépare à l'action bienfaisante de l'eau thermale; cabinets élégants dont le sol et les parois sont également chauffés par un courant souterrain de vapeur, et où le pied rencontre partout Je marbre sans éprouver la moindre sensation de froid; eau limpide et douce, onctueuse à la peau, dans laquelle on peut rester longtemps plongé, sans s'amollir comme dans les bains d'eau ordinaire, et d'où l'on sort avec une souplesse et une vigueur nouvelles.

Les eaux de Plombières sont remarquables par

leur abondance, par leur température, et surtout par leur action beaucoup plus grande que ne ferait supposer la nature et la quantité des principes minéraux qu'elles contiennent. Elles sont dans la catégorie de celles dont l'analyse chimique n'explique pas les effets. Certes, si, au lieu d'être le fruit d'une expérience empirique, l'application des eaux thermales à la cure des maladies n'eût été faite que d'après les données de la chimie, si on eût attendu les résultats de l'analyse, pour en déterminer l'action, pour en fixer le degré d'énergie, pour en indiquer l'emploi, les eaux de Plombières eussent été classées d'une manière insignifiante, et l'on n'eût guère songé à leur attribuer les propriétés qu'elles possèdent. Qu'aurait-on pu conclure de la présence d'un peu de carbonate de soude et de chaux, d'une petite quantité de sulfate de soude et de sel marin, d'une trace de silice et d'une matière animale inconnue, relativement aux effets thérapeutiques ? Gomment aurait-on pu, d'après ces données scientifiques, leur supposer une efficacité spéciale dans les affections abdominales, dans les maladies chroniques des entrailles, dans les troubles de la digestion, et les croire propres à rétablir les fonctions des estomacs fatigués ou en proie à cet état nerveux connu sous le nom de gastralgie?

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jour dans ces délicieux bassins, où j'étais seul, et dont je disposais comme un propriétaire.

Mais, outre l'agrément, j'ai constaté des effets positifs; comme il s'agit de moi, je ne crains pas d'être indiscret, et ce que j*ai éprouvé pourra peutêtre servir d'indication utile à quelques-uns de mes lecteurs.

Je prie que l'on veuille bien me permettre d'entrer dans quelques détails, il s'agit d'infirmités; mais les infirmités sont tellement, hélas I le partage de l'humanité, elles nous menacent tous de tant de manières et si peu y échappent, que l'on m'excusera de donner, à l'occasion des eaux minérales, quelques renseignements dont plusieurs pourront faire leur profit.

On connaît les tintements, bruissements ou sifflements d'oreilles qui surviennent quelquefois à la suite d'un travail assidu, de préoccupations tristes, ou par toute autre cause. Ce bruit incommode est souvent accompagné d'un sentiment d'obturation, ou bien de démangeaison du conduit auditif qui porte à y introduire un corps étranger ; fatale manœuvre qui ne fait qu'augmenter le mal, et qui est la cause de beaucoup de surdités. C'est ainsi que Ton détermine une irritation du conduit auditif, une inflammation chronique et plus tard une sorte de dessiccation de

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la membrane qui le tapisse, circonstances (^minemmenl déravoralilesàraudilion; la souplesse et l'intégrité de celte membrane, qni fait suite à la peau, ne sont pas moins nécessaires à l'exercice de l'ouïe que l'intégrité des parties plus essentielles en apparence de ce délicat appareil ; il suffit, en effet, d'un peu de congestion de la membrane dont il s'agit, dune allération de sa sécrétion, pour gêner ou pour anéantir la perception des sons. La surdilé, jele répète, n'a pas d'autre origine chez beaucoup de personnes, et bien des sourds doivent leur infirmité à l'usage de l'instrument de toilette dont je ne veux pas prononcer le nom ici.

Les tintements ou sifflements d'oreîDe dont je viens de parler m'affectaient depuis un ^certain temps, et me faisaient craindre un coramencement de surdité d'un côté ; j'eus l'idée d'appliquer au traitement de celte incommodité l'usage des eaux de Plombières, si bien douées de la propriété d'adoucir et d'assouplir la peau, non en injections dans le conduit, détestable procédé qui agit L la manière de l'instrument que je n'ai pas voulu nommer, mais en plongeant lout entier dans la piscine, en demeurant sous l'eau anssi longtemps que possible, et en répétant cet exercice jusqu'à ce que l'eau eût pénétré d'elle-même et sans effort dans le canal affecté.

Il est résulté de ce traitement un bourdonnement plus prononcé d'abord ; mais je m'y attendais, et je ne m*en suis pas inquiété. Tous les jours j'ai eu recours au même moyen, et quoique mes affaires ne m'aient permis de consacrer qu'un peu plus d'une semaine à cette cure, elle a été complète.

Je n'attribue pas exclusivement aux eaux de Plom-' bières la vertu de produire un semblable effet ; je pense que ce mode de traitement pourrait être appliqué avec succès dans d'autres établissements thermaux, peut-être môme aux bains de mer, suivant les conditions individuelles. Mais je dois dire que l'emploi du même moyen dans l'eau ordinaire ne m'a pas également réussi.

Bourbonne. — Les eaux de Bourbonne passent pour être douées d'une telle énergie, pour agir avec tant de force sur l'organisation, sur la composition môme des tissus, que j'hésitais vraiment à m'y pionger par simple curiosité ou par amour de la science; mais, rassuré par un excellent confrère, je me suis sur sa parole confié sans crainte à ces eaux, qui ne semblent destinées qu'aux paralytiques, aux rhumatisants, aux perclus, aux malheureux affectés d'engorgements des articulations, de plaies mal cicatrisées, de fractures ou de luxations anciennes ; eh bien I elles sont douces, onctueuses, et ce n'est qu'à

la longue qu'elles déterminent une certaine rigidité à la peau.

Elles sont fortement salines, leur température est élevée.

Il n'est pas rare de voir leur emploi suivi d'éruption à la peau, de diarrhées, de sueurs copieuses et d'autres sécrétions par où s'écoulent les principes morbides qui vicient les liquides et engorgent les tissus de l'économie.

Mais il faut être sérieusement malade pour venir à Bourbonne, et avoir la conviction que ces eaux sont particulièrement efficaces dans la maladie dont on est affecté, car ce séjour n'est pas séduisant ; il n*offre ni les agréments de la campagne, ni les plaisirs de la ville, ni le comfort des hôtels. Toutefois Bourbonne est un établissement important par luimême et par l'hôpital militaire qui lui est annexé. Cet hôpital ne contient pas moins de cinq cents malades, dont cent officiers. Fondé par Louis XV, agrandi par Louis XVI, il a été amélioré sous la Restauration.

ContrexeTiiie. — L'cau Saline gazcusc de Gon- Irexeville doit être signalée aux personnes affectées de gravelle et aux nombreux malades souffrant de la vessie.

Les eaux de Contrexeville se prennent surtout en

boisson, et les bains ne forment qu'un accessoire de leur mode d'administration.

Cette eau d'ailleurs est froide et ne peut se transporter sans perdre une grande partie de sa vei^tu.

Bassani^. — Les sources de Bussang, situées non loin de là, fournissent à l'exportation une eau célèbre, analogue à celle de Contrexeville, et que le transport n'altère pas sensiblement.

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