MODE D'ACTION DES BAINS DE MER
Action des bains de mer. — J*ai foi dans l'in-
fluence du soleil et de la mer, je suis convaincude la puissance de cette médecine hygiénique, qui n'échoue trop souvent que parce qu'on n'y a recours que dans des cas extrêmes, ou sans lui donner le temps d'agir. Il n'en est pas de ces moyens généraux comme des remèdes spéciaux qui s'adressent à telle fonction spéciale ; il n'en est pas non plus de ces délabrements de l'organisme, de ces constitutions dériorées ou viciées, lymphatiques, scrofuleuses, tuberculeuses, dans lesquelles le sang est appauvri, l'économie tout entière imprégnée de principes morbides, comme des affections accidentelles, limitées, qui ne troublent qu'un organe sans porter atteinte au système général. Celles-ci peuvent être rapidement attaquées par des remèdes appropriés, par une
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médication qui porte directement son action sur l'organe affecté. Pour les autres, il faut un ensemble de conditions incessamment agissantes, modifiant pour ainsi dire, molécule par molécule, tous les matériaux de l'organisme. Il s'agit, en effet, de rendre au sang les éléments qui lui manquent, de faire prédominer les sécrétions de la peau sur celles des glandes, de détourner au profit de la vie animale le fluide qui surexcite le système nerveux, de renouveler, en un mot, l'économie tout entière. Pour cela il faut du temps et l'action prolongée du nouveau milieu dans lequel on est plongé ; ce n'est pas en passant et à la hâte que l'on peut produire un pareil effet. Que font cependant les personnes qui prennent le jiarti de quitter le milieu dévorant de Paris pour aller demander à des climats plus favorables, moins dissolvants, la réparation de leurs forces ou la cicatrisation de leurs organes ulcérés par la froide humidité <lu Nord? Elles vont passer une saison aux eaux ou aux bains de mer, c'est à-dire six semaines, ou tout • au plus vont-elles se réfugier à Hyères pendant un hiver; après quoi elles se hâtent de venir reprendre la vie énervante des grandes villes. Quel bénéfice durable prétend- on tirer de ces demi-mesures qui suffisent à peine à un soulagement momentané? Quand, par les conditions de sa naissance, ou par des.cir-
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constances propres et accidentelles, on se trouve menacé de Tuoe de ces désorganisations qui ne s'arrêtent guère dès qu'elles ont commencé, si on demeure dans les lieux où elles ont pris naissance, il faut se hâter, quand on le peut, d'aller planter sa tente, sans compter les mois, dans une région plus amie. Je ne comprends pas comment les familles assez heureuses pour pouvoir disposer à leur gré des climats et du temps, pour avoir le choix de leur résidence, ne vont pas chercher, elles ou leurs membres menacés, les contrées où les saisons, Tairet le soleil leur rendraient la vie. En s'y prenant à temps, de très-bonne heure, combien d'existences jetées au vent du nord, et si cruellement regrettées, seraient conservées 1 Mais pour cela il faut persévérer, et c'est le difficile ; car souvent c'est renoncer à la vie morale, à la vie du cœur, de l'esprit, aux jouissances que l'on préfère, pour racheter la vie du corps ; cette vie vaut-elle un tel prix? Mais enfin telle est la condition; et, pour ceux qui y tiennent, il est bon qu'ils sachent les sacrifices qu'ils doivent s'imposer.
J'avais laissé, il y a un an, sur les bords de la Méditerranée, sur une belle plage exposée à ce plein soleil du Midi, au milieu de cet air imprégné des vapeurs salines de la mer, un pauvre enfant d'une vallée des Alpes ; venu là par hasard, il était bien malin-
gre, bien débile, bien blafard, bien gorgé de lymphe ; c'était presque de la scrofule mêlée de crétinisme, comme il est si fréquent d'en rencontrer dans les gorges des montagnes. Je viens de revoir cet enfant fort, robuste, bruni par les rayons de cet ardent soleil ; ses chairs sont raffermies, son sang s'est vivifié dans celte atmosphère salée ; enfin il est transformé en un de ces êtres vivaces, comme on en voit tant, pieds nus, sur le littoral de la Méditerranée. Et je vous assure que ce ne sont ni les soins délicats ni la nourriture substantielle qui ont opéré ce miracle. Cet enfant habite une cabane de pêcheurs sur le sable de la mer. Mais ce n'est ni six semaines ni six mois qu'il a fallu à cette nature pour se pénétrer de nouveaux fluides ; depuis deux ans il n'a pas quitté la plage.
Pour refaire une constitution détériorée, si une saison ne suffit pas, retournez-y une seconde ; prolongez autant que vous le pourrez votre séjour dans cet air saturé de chaleur et d'émanations marines, et ne rentrez dans votre foyer, dans votre milieu, dans vos habitudes, qu'après avoir renouvelé et réchauffé votre sang.
Action combinée des bains de mer et des eaux
minérales. — Il existe une opinion, d'après laquelle l'usage des bains, et surtout des bains de mer, serait