SI
nuisible à la suite d'un traitement par les eaux sulfureuses, et même par les eaux thermales en général ; il y aurait une sorte d'incompatibilité entre Taction des eaux minérales et celle des bains ordinaires. Le principe médicamenteux déposé dans l'économie par les eaux thermales prises à l'intérieur ou à l'extérieur aurait besoin d'y séjourner sans être trouble, pour produire tout son effet; il est donc de règle que les malades, après avoir terminé leur saison, s'abstiennent de toute espèce de bains pendant un certain temps, mais surtout des bains de mer qui passent pour dangereux en pareil cas.
Je ne prétends pas m'élever contre cette règle qui peut ôtre bonne en général, mais à toute règle il y a des exceptions, et je ne crains pas d'avancer que non-seulement les eaux sulfureuses et les bains de mer ne s'excluent pas toujours, mais que dans certains cas ceux-ci viennent en aide à celles-là, et que ces deux moyens se complètent l'un par l'autre, comme il arrive pour les différentes sources des Pyrénées entre elles. Pour ces maux mal caractérisés et mal définis, que l'on envoie aux eaux sans pouvoir leur assigner rigoureusement telle source plutôt que telle autre, auxquels les eaux de Bagnères conviennent, mais qui se trouvent également bien des eaux de Saint-Sauveur ou de Caulerets, les bains de
mer viennent souvent compléter ce que Tusage des eaux thermales a commencé. Certaines affections tranchées, d'une nature non douteuse, ne se trouvent pas mal elles-mêmes de la mer, après avoir subi rinfluence des sources thermales.
Je ne Veux pas parler des affections de la peau, ou des vieilles plaies qui sont du domaine exclusif de Baréges et de ses analogues, comme les maladies de poitrine appartiennent essentiellement aux Eaux- Bonnes, à Saint-Sauveur et au Mont-Dore. Mais le rhumatisme, par exemple, cette maladie qui semble craindre le froid, que Ton combat ordinairement par la chaleur et par la transpiration, cède aussi bien quelquefois aux réactions des bains de mer qu'aux bains de vapeur et aux douches sulfureuses. Un jeune médecin des contrées pyrénéennes, que j'ai rencontré à Biarritz, s'était appliqué à lui-môme avec succès l'usage des bains de mer, pour un rhumatisme qui le tourmentait depuis plusieurs mois.
L'usage des eaux minérales et celui des bains de mer se touchent ; loin de s'exclure, comme on le pensait jadis, ces deux moyens se prêtent un mutuel appui ; ce sont deux grands modificateurs dont ia médecine tirera de plus en plus parti pour impressionner l'économie, pour ranimer ses forces et donner du ton à ses différents organes. A l'aide de ces
stimulants, on peut développer l'action musculaire, raffermir les tissus, assouplir la peau, la rendre perméable, et ramener la santé en rétablissant l'équilibre entre les fonctions. L'influence du climat, de l'exercice au milieu d'un air pur, aux rayons d'un soleil vivifiant, ajoute beaucoup à l'efficacité de ces moyens. .
On résiste difficilement, en quittant les Pyrénées, au désir de descendre sur les bords de celte belle mer vers laquelle s'abaissent en mourant les derniers mamelons de la chaîne. Si ce n'est pour achever sa guérison, c'est au moins pour compléter sa jouissance, qu'en disant adieu aux gorges des Eaux- Bonnes et des Eaux-Chaudes on vient contempler l'espace sans borne et le coucher du soleil sur la plage de Biarritz. Quel contraste en sortant des vallées étroites,aux horizons bornés I Comme l'âme se dilate à la vue de cette immense surface ondoyante, éclatante de lumière ou voilée par la brume, qui n'est limitée que par la courbure de la terre ! Gomme on respire à pleins poumons dans cette atmosphère dont rien n'arrête les fluctuations et les courants I
Avant d'arriver à Biarritz, nous passons par Bayonne ; est-il une plus belle position que celle de cette ville ? elle jouit des deux plus beaux aspects que nous ofî*re la nature, les montagnes et la mer ;
de la main gauche elle touche les Pyrénées, et son pied baigne dans TOcéan. Elle voit lever le soleil derrière le pic du Midi, et le soir le disque enflammé de cet astre s'abaisser et disparaître derrière la ligne si pure de l'horizon doré de la mer.
J'ai donc essayé des bains de mer, après avoir usé des eaux sulfureuses et des douches des principaux établissements d«s Pyrénées, et j'ai tâché d'apprécier leur action, non par moi-même, car, n'ayant aucun besoin d'avoir recours à ces moyens, j'y aurais sans ' doute été peu sensible, et j'aurais pu difficilement juger leurs effets. Mais j'avais avec moi un meilleur juge que moi-môme, une sorte de thermomètre plus sensible que mes propres organes, un malade, en un mot, capable de ressentir toutes les influences de ces divers agents ; eh bien I je puis assurer que non-seulement les bains de mer, appliqués immédiatement après les eaux minérales des Pyrénées, n'ont eu aucun inconvénient, mais qu'ils ont produit un bon effet.
Mais aussi, à Biarritz, quel beau climat, quel chaud soleil, qui sent déjà le soleil d'Espagne, et quelle plage heureusement disposée pour prendre les bains de mer ?