CHAPITRE IX
SECTION PREMIÈRE
Des ongles.
Il est. bien peu de petites maîtresses, très-savantes d’ailleurs dans Part de soigner les mains, qui sachent que les ongles sont dus à une sécrétion de la peau, tout à fait analogue à celle qui produit l’épiderme et l’étui des cheveux ; or, après lecture de ce traité, nos lectrices sauront désormais que la substance cornée dont se compose l’ongle n’est, en dernier résultat, que de l’épiderme durci.
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La beauté des ongles dépend de leur forme cintrée, de leur couleur rosée et de leur longueur modérée ; le corps de l’ongle doit être luisant, poli, diaphane, et offrir à la racine un segment blanchâtre que circonscrit le bourrelet arqué de l’épiderme.
Des ongles trop courts sont laids et prédisposent les personnes, qui ont la mauvaise habitude de les ronger, à avoir bientôt des doigts larges et aplatis à leur extrémité. Les ongles trop longs sont càla fois gênants et disgracieux. Cette mode des ongles à la chinoise, adoptée depuis bien des années, commence fort heureusement à se passer; les jolis doigts de nos Françaises sont faits pour donner de tendres caresses et non pour égratigner.
Hygiène des ongles. — Les soins à donner aux ongles, lorsqu’ils sont sains et bien conformés, se réduisent à la taille et au nettoyage quotidien. La taille se pratique avec des ciseaux courbes sur leur plat , de
manière à ce que chaque coup de ciseaux suive exactement la ligne demi-elliptique de l’extrémité digitale, sans laisser aucune aspérité sur son trajet. On ne doit point couper les ongles trop courts, ni les laisser croître trop longs ; ces deux extrêmes ont leurs inconvénients.
Contrairement à la taille demi-elliptique des ongles des doigts, l’ongle du gros orteil doit être taillé carrément, pour éviter ce mal douloureux et difficile à guérir qu’on appelle ongle incarné ou ongle entrant dans la chair. En voici la raison : On a observé que toutes les fois qu’un ongle était rafraîchi sur ses côtés, la croissance s’activait en cet endroit, de telle sorte que les angles, ayant été coupés, repoussaient plus rapidement que les autres parties de l’ongle ; qu’ils entamaient l’épiderme et s’enfonçaient dans les chairs; or, la taille carrée, portant la croissance sur l’extrémité libre de l’ongle, prévient cet accident.
Le nettoyage s’exécute au moyen d’un
polit instrument en acier dont un bout se termine en burin ; l’autre bout est large, aplati, légèrement cannelé et arrondi sur son tranchant. Avec le burin, on fait sortir la malpropreté logée sous l’ongle, en ayant soin toutefois de ne point déchausser la partie adhérente aux chairs ; l’extrémité tranchante de l’instrument sert à enlever l’épiderme durci qu’on remarque assez souvent aux angles de l’ongle, et à repousser le bourrelet de sa racine qui, si l’on néglige de le faire, éprouve des tiraillements, occasionnés par la croissance de l’ongle, et finit par se déchirer. Après l’instrument vient le tour de la brosse ; on trempe celle-ci dans une eau savonneuse et on frotte le bout des ongles pour compléter le nettoyage.
S’il est nécessaire d’entrenir les ongles dans un état de propreté convenable, disons aussi qu’il est ridicule de s’amuser toute la journée et de perdre son temps à les gratter, à les polir, ainsi que le font les oisifs; ce grattage incessant produit l’effet contraire
à celui qu’on désire, c’est-à-dire qu’à force de vouloir briller parles ongles, on les déchausse, on les amincit, on les détériore, de même qu’on déchausse les dents et qu’on flétrit les gencives en faisant un usage immodéré de la brosse et du cure-dent.
Pour faire briller les ongles et leur donner une belle couleur rose, on prépare une poudre impalpable composée d’une partie d’émeri et de deux parties de cinabre. On trempe un petit tampon d’étoffe de laine dans de l’huile d’amandes amères, et, prenant une quantité suffisante de poudre, on frotte légèrement les ongles, soir et matin. Si l’on continue ainsi pendant quelques jours, les ongles deviennent roses, luisants et polis comme une glace.
Quant aux petites taches blanches ou macules qui se développent dans la substance de l’ongle, elles sont dues à h sécheresse des hunes qui la composent. Abandonnées à elles-mêmes, ces petites taches suivent la croissance de l’ongle, et, arrivées à son ex-
trémité, disparaissent lorsqu’on les taille.
Les vieux livres donnent, au sujet des ongles maculés, une foule de recettes dont le moindre inconvénient est de laisser subsister les taches. Un unguicure moderne, qui a perfectionné son art, donne comme le meilleur moyen d’elTacerles taches de l’ongle, la préparation suivante :
Poix 15 grammes.
Térébenthine 15 —
Sel commun porphyrisé . . 8 —
Vinaigre 10 —
Sulfure de potassium ... 8 —
Faites fondre à une douce chaleur et appliquez un enduit sur l’ongle.
On prétend qu’en trempant plusieurs fois par jour, l’ongle maculé, dans une dissolution d’alun à base de potasse, on obtient le meme résultat.
SECTION II
Des Vices, néfaut§ et diverses Alïccliosss des Doglcs.
Les ongles sont sujets à diverses affections qui peuvent, non-seulement en altérer la substance, la forme et la couleur, mais encore en opérer la chute et la destruction.
L’altération de la substance de l’ongle dépend, en général, de l’action d’un virus dont l’économie est infectée, tels que le virus syphilitique, scrofuleux, scorbutique, etc., et c’est à la haute médecine qu’il faut s’adresser pour en obtenir la guérison.
Les altérations qui reconnaissent une influence extérieure, se guérissent ordinairement par un traitement local. Ainsi, les ongles qui se gercent, se fendent on s’exfolient exigent les mêmes soins : on les enveloppe dans un morceau de sparadrap-bau-
drue fie, et quelques jours suffisent pour les ramener à leur état naturel.
Lorsque les ongles pèchent par défaut de consistance, c’est-à-dire quand ils sont trop tendres, on les durcit par l’application d’un onguent ainsi composé :
Huile de lentisque .... 30 grammes.
Colophane 10 —
Cire blanche 5 —
Alun porphyrisé 2 —
Faites fondre à un feu doux et battez jusqu’à consistance de cérat.
Les ongles trop durs et cassants trouvent un remède dans des onctions fréquentes avec la crème-neige et l’usage des gants de peau après chaque onction.
Toutes les fois qu’un corps étranger tel que fragments de verre, écharde, épines, etc., aura pénétré sous l’ongle, il faut se hâter d’en opérer F extraction, car la présence de tout corps étranger dans les tissus
vivants, amène infailliblement l’inflammation et la suppuration.
Les ongles rayés, cannelés, raboteux, contournés dans leur continuité, ne peuvent se redresser radicalement, attendu que le vice existe dans la matrice même de l’ongle. Mais l’art parvient à effacer momentanément ces défauts, en raclant les cannelures, côtes et rugosités avec un morceau de verre, une lime ou tout autre instrument. On redresse les ongles contournés et crochus en les limant d’abord et puis en les rognant chaque fois qu’ils dépassent l’extrémité du doigt.
Dans le cas de piqûre, qui est assez fréquent, on presse le bout du doigt jusqu’à ce qu’il ne sorte plus de sang et, après avoir donné quelques coups du plat d’une règle ou du manche d’un couteau sur la piqûre, on laisse plongé, pendant quelques minutes, le bout du doigt dans de l’huile d’olives ou tome autre huile fraîche.
Dans le cas de coupure ou d’écrasement
de l’ongle, il faut exprimer le sang qui sort de la plaie, plonger le doigt dans un verre rempli d’eau fraîche, l’essuyer, puis l’entourer d’un linge imbibé d’eau végéto-minérale.
Quand l’ongle a été coupé trop près de la chair, le bord se boursouffle et cause une assez vive douleur ; on y remédie en enveloppant le doigt d’un linge qu’on a soin d’ humecter sans cesse d’eau froide et résolutive. Plusieurs personnes assurent, par expérience, qu’en fourrant le bout du doigt dans un morceau de poumon de porc ou de veau, la douleur se calme aussitôt et la plaie ne tarde pas à se cicatriser.
S Ier-
Contusion, écrasement «le l'ongle.
Lorsqu’à la suite d’une violente contusion il s’est formé, sous l’ongle, un épanchement de sang, on aperçoit une tache bleuâtre qui passe bientôt au noir foncé.
Le doigt devient chaud, brûlant, une vive douleur se fait sentir, et un battement pongitif s’établit dans le point le plus endommagé. Le seul remède à faire, dans cette circonstance, est d’entourer le doigt de linges trempés dans la liqueur suivante qui doit être très-froide :
Eau filtrée 1 25 grammes.
Sulfate de zinc l —
» Vinaigre de Saturne ... 13 —
Laudanum 10 —
11 faut avoir soin de plonger souvent le doigt dans cette liqueur. Le froid continu qui résulte des immersions répétées, empêche le sang d’affluer à la partie contusionnée, et la vertu résolutive de l’eau favorise la résorption du sang extravasé. Si la résorption ne peut avoir lieu, il arrive que le sang extravasé se durcit, et forme une tache noirâtre adhérente à l’ongle qu’elle suit dans sa croissance.
Mais il arrive quelquefois que le mal suit
une marche moins heureuse : la partie contusionnée s’enflamme, il se forme, sous l’ongle, un foyer purulent qui est toujours à craindre ; car le pus peut fuser vers la racine de l’ongle, la détruire et entraîner la perte irréparable de cet organe. Aussi., lorsque les choses se passent ainsi, on doit s’empresser de donner issue au pus, en raclant, avec un morceau de verre ou la lame d’un grattoir, la partie de l’ongle sous laquelle se trouve le foyer purulent; dès que l’ongle se trouve suffisamment aminci, on le perce et le pus s’en échappe. On favorise, par de douces pressions, son écoulement; puis, on applique sur le petit trou une boulette de charpie râpée, qu’on maintient avec un linge fin ; et, pour plus de solidité, on loge le doigt dans un doigt de gaut préparé à cet effet. Une prompte guérison est presque toujours le résultat de ce petit traitement.
Toutes les fois qu’un ongle aura été violemment heurté ou qu’un corps pesant sera
tombé dessus, de façon à faire craindre sa chute, on devra aussitôt plonger le doigt ou l’orteil dans Veau froide, afin de prévenir V afflux du sang et ses suites. Au bout d’une demi-heure on le sortira de l’eau et on l’enveloppera d’un cataplasme ainsi composé :
Farine de gland amer. . . GO grammes.
Savon commun 30 —
Pilez ensemble dans un mortier, en arrosant avec de l’eau végéto-minérale, jusqu’à ce que les deux substances, bien liées, aient acquis la consistance de cataplasme.
Deux ou quatre applications semblables suffisent pour prévenir les accidents consécutifs.
Ongle iitcarsic.
Ou a donné ce nom à une maladie fort douloureuse, causée par l’ongle dont l’un
(les bords latéraux entame la peau et s’enfonce dans les chairs. Les doigts et les orteils peuvent être affectés de ce mal; mais, dans la grande majorité des cas, c’est le gros orteil qui en est le siège, à cause de l’incessante compression exercée par la chaussure.
L’ongle incarné du gros orteil gêne considérablement la marche et finit par la rendre impossible avec une chaussure ordinaire. Dans les premiers temps delà maladie on ne s’en occupe guère, ce n’est que lorsque la gêne et la douleur augmentent qu’on a recours à quelques moyens palliatifs ; on rogne les bords de l’ongle, on les arrondit, mais le soulagement n’est que momentané; car, de même que les cheveux, les ongles repoussent avec d’autant plus de rapidité qu’ils sont coupés plus souvent. Dès lors, le mal fait toujours des progrès, sous l’influence compressive de la chaussure ; le bord coupé repousse rude, inégal, entame la chair et y pénètre profondément.
A cette période de la maladie, l’ongle incarné devient une infirmité très-douloureuse qui, ne pouvant désormais qu’empirer, réclame impérieusement lç ministère d’un chirurgien. Si l’on ne prend point ce dernier parti et que l’infirmité soit abandonnée à elle-même, l’ongle irrite de plus en plus les chairs entamées, y détermine une intarissable suppuration ; les bords de la plaie se boursouflent, deviennent baveux, se durcissent; plus tard il y a dégénérescence des tissus et la guérison n’est plus possible, sans emporter, avec l’instrument tranchant, la moitié de l’ongle et tous les tissus dégénérés. Or, pour éviter les atroces douleurs d’une semblable opération, voici la conduite qu’on doit tenir : Aussitôt qu’on s’aperçoit qu’un ongle menace d’entamer la peau ou l’a déjà entamée, la première indication est de prendre une chaussure large ei de garder le repos ; ensuite on racle le dessus de l’ongle, du côté malade, jusqu’à ce qu’il soit assez
aminci pour être saisi par une petite pince et pouvoir être redressé en sens inverse de sa courbure naturelle. Cela fait, on engage sous l’ongle une pelite lame de plomb de quelques millimètres d’épaisseur et, après l’avoir rabattue sous l’orteil, on la fixe avec une bandelette de sparadrap. De cette manière, les chairs ne se trouvant plus en contact avec le bord de l’ongle, les douleurs cessent et la plaie se cicatrise. On doit visiter souvent le petit appareil et veiller à ce que la lame de plomb ne se dérange point; il faut, en outre, racler l’ongle de deux en deux jours, afin de le maintenir mince et flexible, jusqu’à ce que la peau, revenue à sou état normal, puisse résister nu frottement de l’ongle, lorsque la lame de plomb aura été enlevée.
§ ni.
IPéviftiions de l'oicgle.
Quelquefois il arrive que l’ongle du gros
orteil se contourne vers l’orteil voisin, le gène et finit par l’entamer. Si, pour y remédier, on coupe souvent la portion vicieuse de l’ongle, on obtient le résultat contraire à celui qu’on se propose ; par la raison donnée plus haut, que plus un ongle est coupé plus il croît et se développe. Le moyen rationnel, dans ce cas, est d’ébarber légèrement le côté vicieux, tandis qu’on taillera, le plus souvent possible, le côté opposé ; la taille répétée portera la croissance de ce côté et, à la longue, pourra rétablir l’équilibre.
S iv.
Chevauchement des orteils.
Comprimé par une chaussure trop étroite, un orteil sort de sa position naturelle, passe dessus ou dessous les orteils voisins ; telle est cette difformité qui gène la marche au point de faire juger impropre au service militaire les jeunes sujets qui en sont at-
teints. Cette déviation, lorsqu’elle est récente, cède très-facilement à l’usage d’une chaussure large et à l’entrelacement des orteils avec un ruban de soie, de manière à ce que les orteils voisins servent de tuteurs à 1 orteil dévié. Mais si la déviation est déjà très-ancienne, il y a déformation des surlaces articulaires ou rétraction des tendons ; alors le traitement rentre dans le domaine de l’orthopédie, et la guérison ne peut s’opérer que par elle.