CHAPITRE X
Cors, Oignons, Durillons, Callosités.
Il nous reste à parler de quelques affections très-communes, très-incommodes et souvent fort douloureuses auxquelles les pieds sont sujets. Nous traiterons assez longuement cette partie importante de leur hygiène, et, en indiquant les moyens de guérison les plus prompts, les plus sûrs, nous prémunirons le lecteur contre cette foule de remèdes secrets, dont les uns sont dangereux et les autres complètement nuis.
SECTION PREMIÈRE
Durillons • Callosités.
Ces deux affections, qui ont leur siège à la surface de la peau, ne sont autre chose qu’un épaississement de l’épiderme, occasionné parla compression ou le frottement. On s’en débarrasse facilement en faisant usage de bains de pieds tièdes prolongés ; l’eau ayant détrempé la substance cornée, on la racle avec un couteau mousse ou avec une pierre ponce, jusqu’à ce que la partie en soit entièrement débarrassée. — Un procédé moins long consiste à enlever les callosités, par tranches, avec un rasoir, ou à les user avec une lime à cors. Après l’opération on prend un bain de pied et l’on recouvre la partie avec un morceau de sparadrap-baudruche.
L’épaississement de l’épiderme de la plante des pieds constitue quelquefois une affection fort douloureuse portant le nom
scientifique de Tylosis. Les callosités qui encroûtent le talon et la plante du pied, à sa région métatarsienne, tiraillent continuellement la peau saine avoisinante. Ces tiraillements causent des fissures plus ou moins profondes qui, étant négligées, finiraient par dégénérer en ulcères et rendraient la marche tout à fait impossible. Le remède le plus efficace, pour ramollir et détacher ces croules, est un prédiluve alcalin, fait avec une décoction de cendres de bois, qu'on répète deux fois chaque jour jusqu’à guérison complète.
SECTION II
g Ier.
Bîea C'ors.
De toutes les infirmités auxquelles les pieds sont sujets, il n’en est, certes, point de plus commune que les cors. Sur cent personnes, quatre-vingt-dix, au moins, en
sont ou en ont été affectées. Les incommodités, et souvent les vives douleurs qu’occasionne un cor négligé, auraient dû fixer l’attention des chirurgiens qui semblent regarder comme au-dessous de leur profession le traitement d’un cor. Cette indifférence, qui vient de ce que des individus, étrangers à l’art de guérir, s’intitulent pédicures et exercent comme tels, n’est point rationnelle ; car, je ne sache point qu’il y ait motif de dédain plutôt pour le cor que pour une plaie, un ulcère, une fracture, etc. , etc. Le cor est une affection trèsgênante pour la locomotion, quelquefois très-douloureuse et, à ce titre, mérite que les gens de l’art s’en occupent.
Nature «Isa Cor.
Le cor est un tubercule provenant de l’épiderme dégénéré et durci, il se compose d’une couronne et d’un noyau ou tu-
hercule, vulgairement appelé racine. La couronne est saillante quoique aplatie, rugueuse et larnellée. — Le noyau ou tubercule ressemble à de la corne ; il est dur, brun ou blanchâtre et toujours de forme conique. Un cor peut être composé d’un ou de plusieurs tubercules ; ces tubercules, lorsqu’on néglige de les extirper, s’enfoncent dans l’épaisseur de la peau et pénètrent quelquefois jusqu’à la membrane des os. Les anciens appelaient le cor douloureux clavus pedi , à cause de la douleur pongitive qu’il occasionne, douleur comparée à celle que ferait éprouver un clou s’enfonçant dans les chairs. On a aussi comparé le tubercule ou racine du cor à de la corde à boyau, laquelle se resserre par un temps sec et se dilate par un temps humide. Ce resserrement ou cette dilatation, qui rend presque toujours le cor douloureux, lors d’un changement de temps, a fait dire aux personnes affectées de cors invétérés, qu’elles portaient un baromètre
aux pieds ; mais cela n’est pas encore physiologiquement démontré.
§ in.
Causes clu Coi*.
Les cors se développent généralement sous l’influence de la compression d’une chaussure trop étroite ou des frottements d’une chaussure trop large. Les coutures, plis et inégalités formés par les bas ou chaussettes, dans le soulier ou la
botte; les coutures des contreforts de la chaussure mal rabattues ; les semelles intérieures, mal collées et qui se froncent; la négligence des soins de propreté, les sueurs irritantes, etc., etc., sont autant de causes qui prédisposent et donnent naissance aux cors. Enfin, dans un petit nombre de cas, on croit que les cors se développent sans cause externe connue, et dépendent d’une disposition particulière de
la peau, chez certains sujets, doués d’une sensibilité exagérée. L’expérience prouve qu’il est des individus qui peuvent porter impunément des chaussures étroites ou dures, tandis que d’autres, malgré le soin qu’ils ont de faire usage de chaussures souples et n’occasionnant aucune gêne, sont affectés de cors, plus ou moins douloureux. Évidemment, chez ces derniers, la formation du cor dépend d’une disposition qui ne peut être combattue que par des soins hygiéniques incessants.
S iv.
Sicge iln Cor.
C’est ordinairement sur l’articulation moyenne des orteils et sur le côté externe du gros et du petit orteil que le cor prend naissance ; il se développe aussi à la plante des pieds et entre les orteils. Le cor qui établit son siège entre les orteils est moins
dur, moins étendu, mais les douleurs qu’il cause sont des plus vives, en raison des filets nerveux, qu’il comprime et avec lesquels il contracte quelquefois adhérence.
On lui donne le nom d'œil de perdrix lorsque, enlevé avec l’instrument tranchant, il se montre rouge au centre et entouré d’un cercle blanchâtre.
Formation et développement du Cor.
Sous l’influence d’une compression ou d’un frottement continuel l’épiderme rougit, devient douloureux ; l’élément muqueux de la peau est sécrété en plus grande abondance à l’endroit irrité, qui, quelquefois, se recouvre d’une petite ampoule. La cause agissant toujours, l’humeur muqueuse arrive incessamment et se dépose par couches plus ou moins circonscrites et forme, en se durcissant, des lames cornées
et inégales sur plusieurs points. Ces inégalités ou aspérités sont les rudiments des tubercules ou noyaux du cor. Le nombre et la direction des tubercules dépendent de la manière dont s’est formée la première concrétion muqueuse. Si cette concrétion n’a fourni qu’une seule aspérité, le cor n’aura qu’un seul tubercule; si elle eu a fourni plusieurs, le cor sera composé de plusieurs tubercules, comme dans l’espèce de cor nommé oignon. Ainsi, l’accroissement du cor a lieu par agrégation ; la matière composant son tubercule est une mucosité durcie, qui devient friable lorsqu’elle est sèche et qui ne possède aucune vitalité. Une fois que les tubercules sont formés, la pression delà chaussure les enfonce, chaque jour, davantage dans la peau, et celte pression est encore favorisée par la formaiion des lames cornées qui, se succédant les unes sous les autres, constituent la couronne du cor. Cette théorie du cor démontre clairement que ce n’est point le tubercule, inerte
par lui-même, qui est douloureux; mais que ce tubercule, s’enfonçant dans la peau, par la pression de la chaussure, irrite le réseau nerveux cutané, et cette irritation, selon ses degrés d’intensité, cause des douleurs plus ou moins vives.
L’expérience suivante a donné la preuve palpable que la matière dont est composée la racine du cor, provient de l’humeur muqueuse et pigmentaire de la peau, et non de l’épiderme, comme on le croit généralement. — On a enlevé, avec un instrument tranchant, la superficie d’un cor à un Européen, et la substance cornée dont il se compose, ayant été macérée dans l’eau, est resté blanche. La même opération a été faite chez un nègre, et la substance du cor, ayant été également macérée, a conservé sa couleur noire, couleur qui dépend entièrement de l’enduit pigmentaire de la peau et non de l’épiderme (1). 11 résulte de cette expé-
(1) Voyez l’intéressante description de la peau et de
rience, renouvelée plusieurs fois, que la matière composant le cor est fournie par l’humeur muqueuse et pigmentaire, tandis que les durillons et callosités sont produits par un épaisissement de l’épiderme.