CHAPITRE III
SECTION PREMIÈRE
§ Ier-
Du Corset.
Ce vêtement ridicule, inventé par la coquetterie, pour cacher des défauts, déguiser des difformités, doit être considéré comme très-nuisible au développement de la poitrine ; il est d’autant plus dangereux, d’autant plus meurtrier, qu’il est garni de lames métalliques ou de baleines, et qu’il est plus étroit, plus serré. C’est surtout chez les
jeunes filles et les femmes délicates qu’il occasionne des désordres organiques irrémédiables, et qu’il exerce d’affreux ravages; la raison n’a cessé de tonner contre lui, de le proscrire, et, par un déplorable aveuglement de l’esprit féminin, la coquetterie l’a toujours maintenu.
Origine du corset. — Le corset moderne, tel que nos dames le portent aujourd’hui, était complètement inconnu aux deux grands peuples de l’antiquité, à qui nous devons notre civilisation : les Grecs et les Romains. Cependant, les historiens de ces époques nous apprennent que diverses ceintures étaient en usage, parmi les femmes, dans le but de rehausser leurs attraits, et de rendre leurs formes plus séduisantes.
Homère dit que Vénus, parée de sa ceinture, était plus charmante, et que Junon la lui emprunta pour subjuguer le maître des Dieux.
Julius Pollux, qui s’est beaucoup occupé
de la toilette des dames de l’antiquité, nous apprend que les dames grecques et romaines possédaient quatre sortes de ceintures.
1° Le stéthodesmon , qui s’appliquait nu sur la poitrine et servait cà soutenir les seins volumineux.
2° Le sirop kion , riche ceinture garnie d’or et de pierreries, servant à presser légèrement la taille et à modérer le développement des seins, qui avaient une tendance à trop grossir. Aristophane a fait l’éloge de cette ceinture.
3° Le zona s’appliquait sur le ventre pour le comprimer ou le maintenir.
4° Uanamaskalis, bande très-large qu’on enroulait autour de la poitrine. Les femmes affligées d’un excès de développement des seins, cherchaient à aplatir ces organes sous la forte pression de la bande. Les dames romaines désignaient ces ceintures par les noms de fascia castula , etc.
Quoique ces diverses ceintures n’aient aucun rapport avec le corset moderne, on
s’aperçoit néanmoins que la coquetterie féminine courait à la recherche des moyens d’arrondir la taille, de soutenir la gorge et de la dissimuler lorsqu’elle était trop volumineuse; d’aplatir un ventre proéminent; enfin, de cacher les défauts et de faire ressortir les charmes. Martial, Ovide, Catulle et Tibulle donnent aux femmes des conseils pour la pose la plus gracieuse des ceintures.
Alexis d’Athènes, oncle du poète Ménandre, nous initie aux secrets des courtisanes grecques, pour déguiser les formes ou les développer, selon les exigences de la mode.
Déjà, au temps de Galien, sous Antonin et Marc-Aurèle, les femmes abusaient des bandelettes et de la ceinture, ainsi que le prouve ce passage des écrits du célèbre médecin :
« La poitrine des enfants est souvent déformée par l’ignorance de la nourrice qui
ti 5 —
applique mal les bandelettes. C’est particulièrement sur les jeunes filles que nous apercevons les pernicieux effets de la ceinture. Dans le but d’augmenter la force des hanches, on serre violemment la base de la poitrine, et, comme la pression est toujours inégale, il en résulte des déviations, des gibbosités. 11 arrive, parfois, que le dos est presque brisé, le tronc est entraîné de côté ; une épaule se soulève tandis que
l’autre s’abaisse. »
Tacite rapporte que les bandelettes et ceintures, inconnues aux Gauloises, pénétrèrent dans leur pays avec la conquête des Romains. Les Gaulois, asservis, conservèvèrent le costume gallo-romain jusqu’au temps de Charlemagne. A cette époque seulement, le costume se modifia et prit une forme nationale.
Herbé, auteur d’un ouvrage sur les costumes français, nous apprend que, sous Charlemagne, la robe des femmes était si
collante, que les seins et toutes les formes se dessinaient vigoureusement en reliefs. Ce costume, malgré les révolutions et les changements de dynastie, traversa une série de siècles, sans éprouver de changements trop notables.
Sous Louis IX, la mode des robes collantes se trouvait encore tellement enracinée, qu’on cousait les corsages sur le corps même de la personne, pour qu’ils fussent plus étroits. Jusqu’ici, point de baleines, point de lame ou tige métallique.
La reine Jeanne de Bourbon, femme de Charles Y, inventa une mantille descendant sur la taille et garnie, sur le devant, d’un buse enfermé dans un galon d’or. Ce buse, très-résistant, s’appliquait sur la poitrine et la divisait en deux parties égales.
Isabeau de Bavière imagina, la première, les corsages baleinés et les fit adopter aux dames de sa cour, comme moyen de soutenir leurs corps ruinés par les excès. Catherine de Médicis en étendit la mode, en
tll —
France, el toutes les dames emprisonnèrent leurs poitrines dans un étui si rigide, qu’elles pouvaient cà peine respirer. Ces corps baleinés, auxquels on faisait, de temps en temps, quelques légères modifications, restèrent près de quatre cents ans comme pièce indispensable de riiabillement. 11 fallut toutes les lumières du 18e siècle, et la grande révolution de 1789, pour ouvrir les yeux aux femmes et leur faire abandonner leur cuirasse de baleines.
Cédant à l’empire de la raison, les femmes comprirent enfin le ridicule des formes factices, rejetèrent le corset, et, se rapprochant du vêtement grec, s’offrirent dans toute la grâce et l’élégance de leur beauté naturelle. Mais hélas ! ce retour à la raison ne fut pas de longue durée : vers 1810 le corset comprima, de nouveau, le sein applati de quelques dames, et les hommes furent assez sots, assez barbares pour trouver char manie, une femme corsetée, roi de et guindée. De ce moment, pour plaire aux
hommes, toutes les femmes acceptèrent le corset, et ce fut, parmi elles, à qui se serrerait le plus, à qui s’enfoncerait les côtes, se déformerait la poitrine, à qui se suiciderait le plus vite. Ordinairement, chez les Françaises, les modes n’ont que quelques mois, elles passent pour être remplacées par d’autres; la mode du corset, faisant seule exception, subsiste depuis quarante ans avec une ténacité inouie ; de telle sorte qu’ aujourd’hui, d’une jeune fille qui serait devenue une belle et superbe femme, le corset a fait une poupée décolorée, sans grâces, ni forces, ni santé; d’une femme qui promettait une mère féconde, le corset a fait une guêpe essoufflée au moindre mouvement, une créature débile, étiolée, qui n’a pas de sein à donner à son chétif enfant.
SECTION II
Le corset peut-il être considéré comme auxiliaire de la beauté?
Si l’on peut définir la beauté : l’accord parfait d’un tout avec ses parties et des parties avec le tout, la femme réellement belle ne le sera plus lorsqu’elle aura la taille étranglée comme une fusée volante, parce que cet étranglement rompt les contours harmonieux et les lignes correctes qui constituent la beauté du corps humain. Le corset ne peut convenir qu’aux femmes affligées d’imperfections ou de difformités de la taille, afin de les déguiser sous ce vêtement. Pour les femmes bien faites, le corset est une insulte à la nature, à la beauté ; car, loin de servir les attraits d’une taille souple, il la roidit au contraire et la prive de grâces. Enfermez dans un corset la di-
vine taille de la Vénus de Médicis, l’admirable perfection de ce beau corps disparaîtra, et vous n’aurez plus qu’une forme grotesque. Enfin, si la grâce réside dans la souplesse et la facilité des mouvements, jamais une femme serrée dans un étroit corset 11e sera gracieuse, parce qu’elle ne pourra se baisser, se pencher, se mouvoir comme une femme dont la taille est libre de toute entrave ; l’une paraîtra guindée dans ses actions, tandis que l’autre brillera par l’élégance et la légèreté de ses mouvements.
Pauvres victimes du corset, qui croyez être plus séduisantes avec une taille étranglée, transportez-vous dans nos musées et jetez les yeux sur les statues de Vénus, de Diane ou de Niobé, si ravissantes déformés, si harmonieuses de proportions et de contours; examinez, ô femmes ! ces charmants modèles de la beauté que tout le monde admire, et vous resterez convaincues désormais, qu’une taille proportionnée aux autres
parties du corps est une perfection; qu’une taille trop mince, au contraire, n’est qu’une difformité.
Inconvénients du corset. — Pour que nos lectrices puissent bien saisir les inconvénients du corset et se rendre compte de ses dangers, nous les prierons de jeter les yeux sur les figures suivantes :
La figure 1 représente la charpente osseuse d’une poitrine parfaitement conlormée, celle de la Vénus de Médicis. Le sommet de la poitrine est beaucoup plus étroit
que la base, dont les dernières côtes vont en s’élargissant de manière à donner au ventre l’amplitude qui lui est nécessaire pour loger les importants organes de la digestion et de la génération. Le cœur et les poumons fonctionnaient librement dans cette large et belle poitrine qui eût pour modèle une des beautés les plus célèbres de l’antiquité.
La figure 2 représente la carcasse d’une femme à taille de guêpe, morte poitrinaire à 25 ans, par suite de la compression du corset busqué et baleiné. Cette figure montre une interversion de la conformation pectorale, c’est-à-dire la base de la poitrine plus étroite que le sommet. La compression du corset a changé la direction naturelle des côtes, les a resserrées et enfoncées ; elle a aussi considérablement diminué les deux diamètres de la poitrine ainsi que l’espace triangulaire, vulgairement appelé creux de l’estomac. Les poumons, le cœur, le foie et l’estomac ont été fortement coin-
primés et refoulés, d’où il est résulté une grande gêne dans l’exercice des fonctions circulatoires et pulmonaires; enfin, tous ces désordres ont donné lieu à une grave maladie de poitrine à laquelle a succombé cette pauvre victime du corset.
Et, ce n’est pas seulement sur le système osseux que le corset exerce sa pernicieuse influence; il gêne considérablement la respiration et la digestion ; il rend imparfaite la nutrition en ne permettant point à l’estomac de recevoir la quantité d’aliments nécessaire ; il prive de leurs mouvements les muscles pectoraux et lombaires. Ainsi qu’un appareil à fracture atrophie lesmuscles d’une jambe condamnée au repos, de même le corset amincit et affaiblit les muscles du dos, au point qu’une femme habituée au corset, ne sait plus se tenir dès qu’elle l’a quitté ; elle se trouve mal à l’aise, parce que les muscles destinés à maintenir verticalement la colonne vertébrale n’ont plus la force nécessaire.
Il reste donc démontré que la compression du corset nuit à la liberté des quatre plus importantes fonctions de l’économie : la respiration, la circulation, la digestion et la nutrition. Or, l’obstacle, apporté au libre exercice de ces fonctions, doit nécessairement occasionner de graves désordres, tels que : stase du sang dans les poumons et le foie, suffocations, crachements de sang, phthisie, palpitations, défaillances, anévrisme, engorgement des viscères abdominaux, engourdissement des membres supérieurs, suite de la compression des plexus nerveux, brachial ; céphalalgie, quelquefois apoplexie ; digestions difficiles, imparfaites; gastralgies, pâles couleurs, hystérie, irrégularité ou suspension du flux menstruel, flueurs blanches, vomissements, maladies de la matrice, etc., etc. ; et pour la femme enceinte, une grossesse pénible, l’avortement, un accouchement laborieux, oii sa vie est menacée ; des douleurs atroces pendant le travail de la parturition, et
le plus souvent, un enfant chétif ou contrefait, offrant des taches ondes excroissances cutanées, que le vulgaire attribue à l’imagination de la mère (1). On comprend facilement que si la belle venue, la force et la santé d’un enfant, dépendent de ce que rien n’a contrarié son développement pendant la vie intra-utérine, une femme à taille mince, à ventre plat, épuisée, contusionnée par un corset, ne saurait donner le jour. à un être bien fait et vigoureux. Enfin, le corset s’oppose au développement des glandes mammaires et à la sortie du mamelon ;
(I) Oo trouve dans V Hygiène du Mariage , 19e édition, l’explication physio’ogique des taches et difformités dont l’enfant est affecté pendant sa vie intrautérine et qu’on attribue faussement aux envies ou à l’imagination de la mère. Ce curieux ouvrage, dont plusde trente milleexemplaires ont étéenlevés en quelques années, résume tous les mystérieux phénomènes de la génération et indique aux personnes mariées le plan de conduite à suivre pour obtenir de beaux enfants et prolonger, autant que possible, leurs facultés yiriles.
il détruit la fermeté de ces organes, les aplatit, les rend mous et flasques avant l’àge, et l’on peut dire qu’il hâte la vieillesse de la femme en dégradant les ressorts de la vie.
M. Serres, professeur d’anthropologie au muséum d’histoire naturelle, a dernièrement fait entendre ces graves paroles :
« Le corset refoule la masse intestinale en bas ; l'utérus , organe flottant, est lui-même refoulé par les intestins et sans cesse déplacé. De là les affections terribles de cet organe, si fréquentes à Paris que bientôt les médecins n’y pourront plus suffire. — Vous voyez, Messieurs : l’usage du corset u’esl pas seulement funeste à celle qui ie porte; si nous n’y prenons garde, il atteindra la race : car cette mode ridicule et meurtrière s’attaque à la source même de la vie et tend à l’altérer. »
11 est une erreur grave, accréditée parmi les mères, qui leur fait regarder le corset comme un excellent moyen de corriger les
défauts de taille et de main lien de leurs filles ; et elles n’ont rien de plus empressé que d’appliquer cette camisole de force à ces frêles créatures, dont le buste dévie de sa rectitude normale, c’est-à-dire penche en avant, en arrière, à droite ou à gauche. Cette erreur des mères contribue beaucoup à augmenter le défaut ou la difformité qu’elles cherchent à combattre, et voici commment : Chez les jeunes personnes d’une constitution délicate, le corset exerce une compression souvent intolérable, sur telle ou telle partie du buste ; alors la jeune fille cherche à éviter la douleur en cédant à l’action du corset; or, cette douleur étant permanente, comme la compression qui la cause, il s’ensuit que le moyen employé, par la jeune fille, pour l’éviter, est également permanent ; la conséquence de cet étal de choses est le résultat opposé à celui qu’on attendait ; la déviation qu’on voulait redresser par le corset s’aggrave au lieu de diminuer ; et le défaut ou vice de main-
tien devient une habitude qui s’enracine chaque jour et finit par être incorrigible.
Un autre inconvénient du corset, chez les jeunes tilles, est celui de leur faire perdre le goût de jouer, de courir, de folâtrer comme il convient à leur âge ; la camisole de force qui les comprime leur rend difficiles et même pénibles les jeux qui exigent une locomotion rapide ; alors leur santé languit et leur fraîcheur se fane. Le soir on les retire de leur étui pour les y remettre le lendemain. Pauvres enfants !... Et c’est pour vous rendre plus attrayantes que vos mères aveuglées vous torturent de la sorte... O lumières de l’hygiène ! vous avez proscrit le maillot, quand donc ferez-vous justice du corset?
Sans énumérer davantage les tristes résultats de la compression du corset, nous répéterons avec les médecins de tous les pays que les corsets baleinés et busqués sont un des plus dangereux ennemis de la santé, de la beauté, et qu’une foule de dit-
formités, de maladies et de morts prématurées ne reconnaissent point d’autre cause. Puisse le tableau suivant, dressé par un médecin célèbre, faire ouvrir les yeux, aux mères aveugles qui, dans l’espoir déformer une taille élégante à leurs filles, les enferment, dès l’âge de sept à dix ans, dans un corset inflexible. Ce tableau est la moyenne de quarante années d’observations : sur cent jeunes filles portant corset :
— 25 succombent h des maladies de poi-
trine :
— 15 meurent à la suite du premier accou-
chement ;
— 15 restent infirmes après l’accouche-
ment ;
— 15 deviennent difformes ;
— (50 seulement résistent, mais sont, tôt
ou tard, aflligées d’indispositions plus ou moins graves.
Cette statistique des dangers du corset
— cô-
ne devrait-elle pas servir d’antidote contre la mode contagieuse du corset ?
Du reste, les femmes savent très-bien que le corset leur est nuisible ; ce qui le prouve c’est, par exemple, lorsque, en société, une dame se trouve mal ; alors, toutes les dames présentes de s’écrier : Délacez-la , vite ; déiacez-la! On coupe le lacet et aussitôt l’air se précipite dans le poumon de l’évanouie qui revient à elle, après quelques aspirations d’air vivifiant; mais la leçon ne profitera nullement à cette pauvre victime, car elle se serrera aussi fort le lendemain. — Dites à celte autre dame, d’une pâleur extrême et sur le point de se trouver mal, que son corset la gêne? elle vous répondra subitement par une négation.
Oh ! si les femmes de bon sens se donnaient la peine de mesurer le diamètre de leur corset, et puis de comparer cette mesure à la circonférence de leur taille, elles resteraient stupéfaites de l’énorme différence qui existe entre ces deux mesures,
et, de ce moment, abandonneraient on modifieraient leur corset, car le bon sens fait taire la coquetterie lorsqu’il s’agit de la santé.
Nous relaterons ici quelques anecdotes comme preuves des dangers du corset, et de l’erreur des femmes qui le considèrent comme indispensable à l’efiet de leurs charmes.
L’empereur Joseph II, effrayé des profondes atteintes que le corset portait à la santé des femmes de ses États, lança une proscription contre ce vêtement pernicieux; et, pour en dégoûter les dames, il ordonna que les femmes, condamnées à des 'peines corporelles, le porteraient comme marque d’infamie. Cette proscription n’empêcha pas le corset de reparaître au bout de quelque temps.
En 1812, époque ou la mode du corset se propageait dans l’empire, Napoléon s’entretenant avec Corvisart, son médecin, disait : « Ce vêtement d’une coquetterie de
mauvais goût, qui meurtrit les femmes et maltraite leur progéniture, m’annonce que l’esprit belliqueux se perd en France et me fait pressentir une décadence prochaine. »
Louis XVIII disait à madame du Cayla :
— «Vous seriez la plus jolie femme de mon royaume si, méprisant une mode absurde, vous abandonniez cet affreux corset qui enlaidit la nature. »
Lorsqu’on demandait à Mmc Tallien quel était son secret pour s’ètre conservée si fraîche et si belle, dans un âge avancé; elle répondait : — « Je n’ai jamais porté de corset. »
Charles X répétait souvent à ses intimes ;
— « Il n’était point rare autrefois de trouver à la cour de France des Vénus, des Dianes, des Niobés ; aujourd’hui on n’y voit plus que des guêpes. »
Madame la comtesse de ***, en l’absence de son mari, général à l’armée d’Afrique, avait arrangé le mariage de son fils avec la fille de la duchesse de ***. De retour à Pa-
ris, lorsque le général eut jeté les yeux sur la femme qu’on avait choisie pour son fils, il refusa net en disant à sa femme : « Vous savez, Madame, que depuis 500 ans notre famille honore son pays par les hommes qu’elle lui fournit ; M,le de***, plus frêle qu’un roseau, qui n’a ni lianes ni poitrine, ne saurait perpétuer ma race. Je marierai mon fils à une femme robuste, qui n’aura jamais eu la taille déformée par un corset.»
Le savant Cuvier conduisait une jeune dame, pâle et chétive, dans les serres du Jardin des Plantes. La dame s’étant arrêtée pour admirer une fleur au port gracieux, aux brillantes couleurs, le savant lui dit : «Naguère, vous ressembliez à cette fleur, et demain cette fleur vous ressemblera. » Le lendemain Cuvier ramena la dame qui poussa un cri de douleur en voyant la jolie fleur, courbée, pâle et languissante ; elle en demanda la cause à l’illustre professeur qui lui répondit : « Madame , cette fleur est votre image; comme vous, elle languit sous
line cruelle étreinte ; » et il lui montra une ligature qu’on avait pratiquée la veille sur la tige de la fleur. «Vous vous fanerez de même, ajouta-t-il, sous l’affreuse compression de votre corset, et vous perdrez peu à peu les charmes de votre jeunesse, si vous n’avez assez d’empire sur vous-même pour abandonner ce dangereux vêtement.» — La jeune dame suivit le conseil du grand naturaliste et revint bientôt à la santé.
L’illustre Percy disait aux dames de sa connaissance que ces mots inscrits sur une foule de magasins : Fabrique de Corsets , équivalaient, pour lui, à ceux-ci : Fabrique de Poisons.
« Que de maux dans un corset ! s’écriait l’éminent professeur Delpech; que de morts prématurées dont il est la seule cause ! »
Reveillé-Parise a dit, avec raison : — «Si, par un caprice delà mode, le corset venait tout à coup à être proscrit, combien les femmes se trouveraient heureuses! et si, ensuite, on leur infligeait, comme punition,
le port d’un corset, comme on inflige la cangue aux Chinois, alors elles jetteraient de hauts cris et se révolteraient contre la barbarie du supplice. »
Kératry, dans son excellent ouvrage du Sublime et du Beau , rapporte qu’étant, un jour, dans l’atelier de Prud’hon, à admirer une Vénus au bain, il lui demanda si le modèle vivant se trouvait à Paris ! Le grand peintre lui répondit négativement et déplora l’indigence des ressources que la capitale offrait en ce genre. Selon lui, les femmes de la capitale ne manquent ni de morbidesse, ni de correction dans la partie inférieure du corps : les pieds, les jambes, les cuisses elles hanches sont d’une proportion agréable, tandis que chez presque toutes la poitrine et la taille sont défectueuses. L’habile artiste crut devoir attribuer cette imperfection à l’usage du corset; et il avait parfaitement raison.
Le docteur Alibert se trouvait à une brillante soirée delà cour, où toutes les dames
semblaient s’être défiées à qui s’étranglerait le plus étroitement la taille. Quelques jeunes hommes qui n’avaient cessé de complimenterces dames sur l’inappréciabtefinesse de leur taille, s’approchèrent du célèbre médecin et lui dirent : — « Docteur, vous paraissez triste, d’honneur ! votre figure soucieuse est un contre-sens au milieu d’une réunion si brillante de toilettes et de jolies femmes; à quoi pensez-vous donc?
— C’est vrai, je suis profondément triste; mais pourrait-il en être autrement, lorsque je vois l’élite des hommes de la capitale provoquer, en riant, les femmes au suicide?
— Au suicide ! répétèrent-ils, stupéfaits, en regardant le docteur qui continua :
— Hélas ! Messieurs, vous qui ne voyez que joie et rire sur les lèvres de ces jolies dames, vous ignorez ce que souffrent leurs nerfs délicats de la compression du corset ; vous ignorez quelles tortures elles endurent dans cette machine infernale. En les complimentant sur la finesse de leur taille, vous
les excitez à se serrer encore davantage, et par conséquent, à détériorer leurs organes, à se rendre difformes, infirmes, en un mot, à-se suicider lentement ; puis, lorsque vous choisissez une épouse parmi elles, vous êtesdésolés de ne trouver qu’un corps affaibli, sans vigueur, sujet à mille indispositions, etc., et vous voulez que ces tristes réflexions ne se peignent point en plis soucieux sur mon front? Peut-être, même, que tout à l’heure, plusieurs de ces jeunes élégantes, qui n’ont point mangé pour se serrer davantage et vous plaire, se trouveront mal
Le docteur achevait à peine ces derniers mots que deux dames poussèrent un faible gémissement, à quelques pas de là, ettom-, bèrent évanouies sur le parquet. Alibert s élança pour leur porter secours ; le lacet du corset fut coupé d’un coup de ciseau et ces pauvres victimes de la coquetterie rouvrirent les yeux.
Les interlocuteurs avouèrent que le mé-
decin du roi avait parfaitement raison.
11 résulte de ce que nous venons de dire, que ce n’est point la mode qui force les femmes à s’emprisonner dans un corset; car la mode change tous les jours, et le corset, hormis quelques légères modifications, est resté le même quant à sa forme et à son but. Nous pensons absolument comme l’auteur de la Physiologie des Pas sions : c’est aux hommes qu’il faut attribuer cette persistance du corset, dans un pays où les variations de la mode sont si rapides; non aux hommes de bon sens, mais à ceux qui font entendre incessamment cette sotte et banale exclamation : — Oh! la jolie taille , la taille mignonne et séduisante; on l'enfermerait dans les deux mains: j’en suis amoureux fou . .., et autres pauvretés semblables. Or, puisqu’il est dans la nature de la femme d’aimer à plaire, il s’ensuit que les femmes qui entendent chaque jour les hommages adressés à une taille fine, se serrent, se compriment à se briser
les côtes, à s’étouffer, pour qu’on leur adresse la même louange.
Du jour où les hommes trouveront laide une taille fine, et monstrueuse une taille étranglée, les corsets tomberont ; les femmes respireront à l’aise, jouiront d’une meilleure santé et feront de plus beaux enfants.
SECTION 111
lie corset peut-il favoriser l’élégiuice «le la taille? pcut-il «louaer «les grâces au maintien et aux divers mouvements du corps? «utliiB, peut-il reudre la femme plus sciluisante?
Évidemment, non. Nous venons de voir que, loin de redresser les défauts de rectitude et de direction, le corset ne faisait que les accroître; que, loin de favoriser les formes, il en arrêtait le développement, qu’il gênait la liberté des mouvements et rendait la femme guindée, roide, sans grâces ; et
cependant, malgré ces nombreux inconvénients, le préjugé a fait, du corset, la base indispensable de la toilette. Une femme n’oserait se présenter en société sans corset, car l’on chuchote contre celles qui sont assez sages pour s’en affranchir. Les femmes à corset trouvent mal faites celles qui n’en portent point. En revanche, les femmes de bon sens qui ont proscrit de leurs familles ce vêtement meurtrier, trouvent difformes celles qui en font usage. Tant il est vrai que chez les peuples les plus civilisés, il se glisse des modes jurant contre le bon goût, et que la beauté conventionnelle est presque toujours en opposition avec la beauté réelle.
Vous riez, mesdames les Françaises, de la coutume qui oblige la Chinoise à se déformer les pieds, qui force l’Indienne à se percer la cloison du nez pour y suspendre un anneau; vous vous moquez du large bracelet que la Bédouine porte au bas de la jambe; vous trouvez hideuses les Ion-
gués oreilles qu’allongent incessamment d’énormes pendants d’oreille ; vous chuchotez malicieusement contre la large taille de la femme turque et mauresque ; mais savez-vous ce que les femmes de ces nations pensent d’une Française, étranglée par un corset? A coup sûr, elles vous rendent largement vos épigrammes, vos rires et vos dédains moqueurs. Écoutez ce que dit lady Morgan, à ce sujet :
a Pendant mon séjourà Constantinople, j’aimais à prendre des bains orientaux en société des femmes d’ Osman-Pacha. Le harem de ce riche seigneur se composait de trente femmes, toutes Grecques, Circassiennes ou Mingreliennes, et d’une beauté physique remarquable. Chaque fois que j’entrais au bain, je ne me lassais d’admirer ces beaux corps, dont les riches contours se développaient sans liens ni entraves. L’étonnement de ces femmes, à la vue d’une Européenne, leurs jeux, leurs agaceries, leur toilette, m’amusaient beaucoup.
«La femme d’un consul, délicate Parisienne à taille de guêpe, à qui je parlai du bain et des baigneuses, me pria instamment de la conduire au Hammam (bain turc) , ce qui eut lieu le lendemain. La mésaventure qui lui arriva me fit rire à perdre baleine, et fixa désormais mon opinion sur le corset.
« Lorsque la jeune Française entra au bain, toutes les femmes du harem l’entourèrent, c’était à qui la regarderait, la toucherait, lui adresserait des questions qu’elle ne comprenait point. On se mit en devoir de la déshabiller, et, à chaque pièce du vêtement qu’on enlevait, les femmes en examinaient le tissu, la forme, le travail, et se parlaient entre elles. Lorsqu’on fut arrivé au corset, toutes s’éloignèrent précipitamment et comme effrayées.
— « Est-ce que votre amie est une femme? demandèrent-elles.
— c( En douteriez-vous, répondis-je ?
— « Mais elle n’a ni flancs, ni poitrine,
parties les plus saillantes de notre sexe.
— « C’est cependant bien une femme, et réputée jolie dans son pays.
— « Mais alors son corps cache quelque infirmité, ajoutèrent-elles, un peu rassurées; votre amie a eu, sans doute, les reins brisés et les côtes enfoncées pour qu’on l’ait enfermée dans cet étroit bandage ; chez nous on bande ainsi les bras et les jambes cassés.
— «Vous n’y êtes point, mes amies, leur dis-je, ce que vous appelez un bandage est un élégant corset, que les femmes du pays de Madame portent, dès le bas-àge, pour se rendre la taille plus mince; car, dans son pays, une taille mince passe pour une grande beauté.
— «Oh! nous voulons voir cela, s’écrièrent toutes les baigneuses ensemble, et aussitôt elles délacèrent la jeune étrangère qui voulut vainement s’y opposer. Lorsqu’elle fut entièrement dépouillée, elles se mirent toutes à la regarder et à rire aux
éclats en voyant une poitrine étranglée à sa base et de grosses hanches qui rendaient cet étranglement encore plus frappant.
« A dire vrai, en comparant le corps de b Européenne cà celui des Orientales, je ne pus m’empêcher de penser que la comparaison n’était pas du tout à l’avantage de la première. La pauvre Parisienne fut tellement mortifiée des rires moqueurs dont elle était l’objet, qu’elle ne put retenir une larme et jura que, de sa vie, on ne la reprendrait dans un bain d’odalisques. »
Ainsi donc, les grâces ne se logent point dans un corset; il serait dérisoire de dire qu’une femme, ayant la taille étranglée, la poitrine resserrée et le ventre meurtri par une lame de fer, puisse être gracieuse ; car tous ses mouvements se ressentent de la gêne qu’éprouvent ses organes refoulés. L’élégance de la taille est dans sa souplesse, dans ses justes proportions avec le bassin et les épaules; dans ses contours moelleux
et ses lignes correctes, mais non dans le brusque étranglement que lui fait subir un corset. Une taille mince,, posée sur un large bassin, est une monstruosité. Les altitudes et divers mouvements du corps, pour être gracieux, exigent une grande facilité dans le jeu des muscles et des articulations, tandis que le corset détruit toute liberté. Considérez le groupe des trois Grâces, c’est autant par leurs poses ravissantes que par la suavité de leurs formes qu’elles enchantent nos yeux et commandent à*notre admiration ; adaptez un corset à ces corps dont la beauté réside dans T harmonie des proportions, tout le charme est détruit. O femmes! prenez-les donc pour modèles et l’empire des cœurs vous est assuré.
Le corset peut-il être opposé à certaines déviations et dillor mités?
Une grande variété de corsets mécani-
q lies, plus ou moins ingénieux, ont été inventés pour remédier aux difformités de la taille et aux déviations de l’épine dorsale. Plusieurs médecins orthopédistes se sont ' occupés de cette importante question, et chacun d’eux prétend réussir au moyen de l'appareil dont il est l’inventeur. Plusieurs médecins éclairés, MM. J. Guérin et Tavernier, directeurs d’établissements orthopédiques, à Paris, ont acquis, dans cette spécialité, une juste renommée.
D’un autre côté, d’habiles gymnasiarques, parmi lesquels nous citerons MM. Glias et Pinette, prétendent, avec raison, peutêtre, que l’application continue de tout appareil mécanique, sur une surface du corps, est nuisible au libre développement des fonctions organiques. Selon eux, une gymnastique musculaire bien entendue, bien dirigée, est le seul moyen rationnel à opposer aux déviations de la charpente osseuse, parla raison que la gymnastique, unie à une alimentation spéciale, transforme
la constitution de l’individu en opérant une égale répartition des forces vitales sur tous les points de l’économie. Pour ne point entrer dans les détails qu’exigerait la question de prééminence d’une de ces méthodes sur l’autre, nous renvoyons le lecteur à notre Hygiène et Perfectionnement de la Beauté humaine ( ome édition), oii cette question est amplement discutée.
SECTION IV
Existe-t-il un âge et tortnines éruditions «le tempérament et <l>nst»onpoint «lui réclament l'usage «lu Corset?
Nous le répéterons encore, la femme bien taillée qui s’emprisonne dans un corset fait une insulte à la nature; elle détruit peu à peu l’élégance de ses formes et la grâce de ses mouvements. La femme qui veut, au moyen d’un corset, arrêter un développe-
ment d’embonpoint, se prépare des maux affreux et quelquefois une mort prématurée.
A cette époque de la vie où la femme n’est ni jeune ni vieille, un développement d’embonpoint vient changer le genre de sa beauté. Ses reliefs sont plus fortement prononcés, les lignes et contours plus largement dessinés; il y a abondance de tissu graisseux; poitrine, taille, membres, tout est potelé. Alors, déplorablement égarée sur le caractère de la beauté de son âge, la femme se serre, se comprime de plus en plus dans l’étau d’un corset, afin de cacher ses formes luxuriantes, et se suicide lentement. En voyant les précautions que prennent les femmes et les tortures inouïes qu’elles subissent pour cacher un embonpoint naissant, on croirait que la gracilité ou maigreur est une qualité, que l’embonpoint est un énorme défaut? Elles se trompent singulièrement, car l’opinion des hommes est tout à fait contraire ; à preuve, c’est qu’une femme sèche et maigre est fort
peu goûtée, tandis qu’une femme potelée se voit, chaque jour, entourée d’adorateurs. Un satirique, très-bon juge en celte matière, appliquait ces mots à beaucoup de femmes du monde : Trop d'esprit et pas assez de chair.
Pour mieux démontrer l’incroyable puissance delà mode du corset et son effrayante propagation au sein des nations civilisées, nous ferons observer que, dans la seule ville de Paris, le nombre des corsetières s’élève au chiffre approximatif de 3,722. Chaque ouvrière confectionnant un corset en deux jours, terme moyen, il en résulte que le travail de toutes ces ouvrières fournit, par an, à la consommation, 677, /|0û corsets! Pour peu que, dans chacun de nos départements, il existe seulement 50 corsetières travaillant comme celles de Paris, et c’est peu dire, le chiffre des corsets fabriqués en France s’élèvera, chaque année, à un million et demi ! Comme on le voit, le chiffre des victimes est énorme; et
ce ncsontni les souffrances, ni lesmaladies affreuses, ni les morts prématurées, ni la raison de l’âge mûr qui peuvent diminuer le nombre toujours croissant des victimes; il n’y a qu’une mode contraire qui puisse soustraire les femmes à cette tyrannie homicide.
Nous persistons dans cette pensée de tous les hommes de sens et de goût, que l’embonpoint modéré, chez les femmes de trente ans, estime qualité et non un défaut. L’embonpoint fait ressortir plusieurs beautés qui, sans lui, resteraient élémentaires : la fraîcheur et la blancheur de la peau, son poli, sa souplesse et son élasticité ; contours suaves, formes luxuriantes, etc., etc., et c’est alors le cas de dire que la femme qui quitte la jeunesse pour entrer dans l’âge mûr ou seconde jeunesse, ne fait que passer d’un trône sur un autre.
Enfin, si dans quelques cas de difformités incurables, d’excès de formes ou d’obésité, le corset peut trouver son application,
il doit toujours être hygiénique, c’est-à-dire ne jamais contrarier les lois physiologiques. Les femmes devraient bien se pénétrer qu’un corset ne peut rien contre une obésité commençante; en pareil cas, c’est au médecin qu’il faut s’adresser et non à des corse lières ignorantes.
Dans plusieurs villes de province, où la mode exerce une tyrannie moins cruelle que dans la capitale, les dames portent une espèce de corset de bazin, dépourvu de buse et de baleines; ce corset soutient mollement la gorge et le ventre, il ne gêne en rien les mouvements de la taille et se prête à toutes les inflexions du torse.
De retour de son voyage dans l’Inde, M.de Jouy racontaitaux dames parisiennes que les Bayadères se servent d’un corset à la fois élégant et commode. Ce vêtement hygiénique a la propriété de conserver aux seins leur forme sphérique, leur fermeté et leur fraîcheur. Chaque sein est enfermé ..dans un étui fait d’une écorce couleur de
cliair, très-douce au toucher, jouissant de l’élasticité convenable pour maintenir les seins dans leur position horizontale et empocher que leur poids les fasse tomber. Tel est le corset au moyen duquel les charmantes Bayadères conservent la beauté de ces organes qui se fanent si vite sous ces climats énervants.
Mais, hâtons-nous de le dire, il n’y a que les corsetièrcs de mauvais goût qui exposent à leur étalage ces corsets étranglés, inflexibles, vraies machines à torture ; les modistes de bon sens, témoins des résultats meurtriers du corset baleiné et busqué, lui ont substitué le corset élastique, dont l’usage offre beaucoup moins d’inconvénients.
Cependant il restait encore à perfectionner ce vêtement que beaucoup de femmes s’obstinent à regarder comme la base de leur toilette, et ce perfectionnement a été apporté par M"° Piérine, dont la fabrication est de beaucoup supérieure à celle de toutes les industrielles en ce genre. m
M1U Piérine fabrique ses corsets d’après les règles de l’art, éclairée par des Dotions d’anatomie et de physiologie.
Des médecins, appelés à examiner ces corsets, ont été unanimes sur la beauté du travail et sur les difficultés vaincues ; après un scrupuleux examen de la coupe, du tissu et des matières qui entrent dans leur composition, ils leur ont donné le nom de corsets hygiéniques, dont voici les conditions :
Le corset hygiénique doit être exempt de toute lame et de tout corps dur capable d’exercer une compression sur les parois de la poitrine, surtout à la partie correspondant à l’estomac, compression toujours dangereuse au développement, aux fonctions et à la beauté des organes mammaires. Le corset doit être fait d’un tissu élastique, ayant la propriété de bien embrasser la taille, d’exercer une pression douce, uniforme, sur toute la surface du buste, de se prêter aux mouvements inspirateurs des poumons et à tous les autres mouvements
du corps, sans jamais leur opposer la moindre résistance. Le corset, pour les personnes grasses* a pour unique objet de maintenir le surcroît de formes, tendant à se développer outre mesure, et de contenir la protubérance abdominale. Le corset qui remplit ces conditions mérite, en effet, le nom de corset hygiénique et devrait être adopté par toutes les femmes de cette catégorie.
Aujourd’hui, que l’esprit féminin possède des idées plus nettes sur les vrais principes de la beauté, le nombre des femmes de mauvais goût qui s’étranglent la taille et déforment leur poitrine, diminue de jour en jour. Les justes appréciateurs des formes élégantes ont, depuis longtemps, fait justice de ces ridicules tailles de guêpe.
Telle est l’histoire physiologique du corset, que nous avons rapidement tracée, dans le but d’inspirer aux femmes une invincible aversion pour tout ce qui peut
nuire à leur santé et à leurs charmes. Puissent les laits consignés dans ce chapitre attirer leur attention et les rendre plus sages dans le choix et la pose d’un corset.