‹ Hygiène des ouvriers mineurs dans les exploitations houillèresChapitre 21 sur 59 · FRACTURES ET LUXATIONS · texte numérisé non relu

FRACTURES ET LUXATIONS

l'os brisé frottent l'une contre l'autre, ou perçoit une sensation de crépitation qui est un signe caractéristique des fractures. Je n'engagerai pas les ouvriers à chercher à produire cette crépitation. Ce sont des douleurs qu'il faut éviter au blessé. C'est au médecin seul, qui a besoin de s'entourer de tous les renseignements nécessaires pour conduire le traitement à bonne fin, qu'appartient ce soin.

Quoi qu'il en soit, il arrive souvent qu'en transportant le blessé, qu'en le relevant au moment de l'accident, celui ou ceux qui soutiennent le membre lésé perçoivent bien ce signe. 11 est pathognomonique, c'est-à-dire qu'il indique d'une manière formelle l'existence d'une fracture.

A l'endroit du membre où la division de l'os a eu lieu, on observe un gonflement souvent considérable, gonflement résultant du déplacement des os et de l'épanchement de sang et plus ou moins volumineux selon la gravité du désordre.

Enfin le blessé ressent aussitôt une vive douleur et perd la faculté de mouvoir son membre.

Quelquefois au moment de la rupture de l'os il a entendu un craquement particulier. C'est un signe qui a une certaine valeur, mais dont il ne faut pas exagérer l'importance, car il trompe souvent.

Voilà les principaux signes à l'aide desquels on pourra reconnaître les fractures. Sans doute ces notions générales sont fort incomplètes, mais elles suffiront, j'espère, au but que je me propose.

Il ne s'agit pas, en effet, d'établir par un diagnostic précis lequel des deux os de la jambe ou de l'avant-bras, par exemple, est brisé, ni de quelle façon sont disposés

96 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.

les fragments. Il suffit que l'on puisse reconnaître et même soupçonner sur un membre l'existence d'une fracture pour adopter la ligne de conduite que je vais recommander.

Lorsqu'un ouvrier est blessé dans les travaux, le premier soin de ses camarades qui lui portent secours, c'est de le relever et de le porter vers le puits pour le faire remonter au jour. Pendant le trajet, pendant l'entrée et la sortie des bennes, ils le soutiennent comme ils peuvent, mais les fragments de l'os sont agités en tous sens, déchirent les tissus avec lesquels ils sont en contact, et provoquent ainsi une douleur affreuse. Avec cette manière de faire, on peut déterminer autour des fragments une inflammation très intense, et même l'issue de ces fragments à travers les tissus et la peau, et changer une fracture simple en une fracture compliquée qui peut, par cela seul, devenir très grave.

Voilà d'abord ce qu'il faut ne pas faire.

Voici maintenant la conduite à tenir dans ces circonstances.

Si l'endroit où l'accident a eu lieu n'offre pas de danger pour le blessé, on l'y laissera ; on se procurera au plus vite un matelas ou simplement de la paille qu'on glissera sous lui. Cette opération demande du soin. Pour transporter, ou soulever le blessé, il faut qu'une personne forte, se plaçant du côté opposé au membre fracturé, applique ses mains largement ouvertes l'une à la partie inférieure des fesses, l'autre à la région lombaire du blessé qui lui passe ses bras autour du cou ; deux autres aides soutiennent, le premier le reste du corps, le second (c'est le rôle le plus délicat) le membre fracturé et

FKACTUIîES ET LUXATIONS. 97

les trois personnes étant ainsi à leur poste soulèveront le blessé, ou s'il en est besoin, marcheront à petits pas et de manière à ne produire aucune secousse.

Cela fait, on mettra à nu le membre qui est le siège de la douleur, en coupant les vêtements qui le recouvrent, et une fois la fracture constatée au moyen de l'un ou de plusieurs des signes que j'ai indiqués, on devra, après l'avoir couvert de compresses imbibées d'eau-de-vie camphrée ou de tout autre liquide résolutif, donner au blessé la position la moins pénible, et l'on attendra le médecin qui appliquera sur les lieux mêmes, un appareil provisoire, ou même l'appareil définitif.

C'est alors que les fragments de l'os brisé, étant bien maintenus et mis dans l'impossibilité de chevaucher l'un sur l'autre, mais alors seulement, qu'on devra songera faire remonter le blessé.

Je dirai plus tard quelles sont les précautions à prendre et les moyens à employer pour cette dernière opération. S'il n'était pas possible de laisser le blessé sur les lieux de l'accident, on le transporterait avec les précautions que j'ai indiquées plus haut, dans un endroit plus propice, et si l'on ne devait pas compter avant un temps long, sur l'arrivée du médecin, on aurait recours aux moyens que je décrirai plus loin.

Ce que je viens de dire ne s'applique pas à toutes les fractures ; celles qui ont leur siège aux mains ou à l'avantbras, même au bras et à la clavicule, et quelques autres encore, quand elles sont simples, ne demandent pas toutes ces précautions; mais, quand il s'agit de fractures de la cuisse ou de la jambe, comme cela a lieu souvent, on doit

BIEMBAULT. — HYG. 7

98 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.

alors faire l'application des conseils que je viens de donner et de ceux que je donnerai plus loin.

§ S. Luxations.

On donne le nom de luxation à un changement permanent dans les rapports naturels des surfaces articulaires des os.

Quand toutà coup, à la suite d'une violence extérieure, on observe vers une articulation, une déformation telle que, là où il existait des saillies, se trouvent des cavités et, réciproquement, un allongement ou un raccourcissement sensible du membre, si surtout les mouvements sont abolis dans ce membre, et que le blessé ressente, vers l'articulation une grande douleur, il est à peu près certain qu'on a affaire à une luxation. L'erreur cependant est facile, mais elle a moins d'inconvénient ici que dans bien d'autres cas et notamment quand il s'agit de fractures. Les frottements des extrémités osseuses des articulations ne produisent ni les douleurs, ni l'inflammation qu'occasionnent ceux des fragments d'un os fracturé.

On se contentera d'appliquer sur le siège de la douleur des compresses imbibées d'eau-de-vie camphrée, et l'on fera remonter le malade à l'aide des moyens que j'indiquerai plus loin.

On se gardera de faire des tractions ou d'autres manœuvres tendant à produire la réduction. Rien ne presse, le blessé souffre peu. D'ailleurs ces tentatives, faites mal à propos, pourraient avoir des conséquences funestes.

Page 1