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CHAPITRE V

BRULURES.

La brûlure est une lésion occasionnée sur nos organes par le contact d'un corps d'une température élevée.

Je n'entends pas faire ici l'histoire complète de la brûlure : je ne veux toucher que les points qui offrent quelques particularités chez les mineurs, ou qui sont de nature à faire comprendre l'importance des soins que je recommande.

La brûlure, depuis la simple rougeur (premier degré) jusqu'à la carbonisation des parties (sixième et dernier degré), détermine bien des lésions variables.

Les brûlures du deuxième et troisième degré sont de beaucoup les plus fréquentes partout, et aussi chez les houilleurs. Elles consistent dans l'inflammation cutanée, avec le décollement de l'épiderme et le développement de vésicules remplies de sérosité, et dans la destruction d'une partie du corps papillaire. L'eau chaude, la flamme d'une lampe, le feu d'une grille, l'inflammation du grisou, en sont les causes les plus ordinaires. Quand la lésion n'occupe pas une grande étendue, elle n'offre pas de gravité; mais quand, au contraire, elle embrasse de larges surfaces, quand les organes respiratoires sont en môme temps le siège de désordres manifestes (comme cela a lieu dans les brûlures par le grisou), elle doit inspirer des craintes sérieuses.

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Le grisou est le fléau des mines; quand il est enflammé, il est doué d'une température extrêmement élevée, comme je l'ai dit plus haut. Par le fait même de son inflammation, il se produit dans les gaz environnants un courant très rapide qui ne lui permet pas de séjourner longtemps dans le même endroit, sur les mêmes corps et d'y prolonger son action ; ce qui explique de quelle manière le grisou ne détermine que des brûlures légères, c'est-à-dire du deuxième et du troisième degré. Mais le plus souvent elles ont une étendue considérable, car les habits des mineurs exposés au grisou prennent feu ! C'est làla source du mal. Rien n'est plus curieux que de voir le peu de régularité, j'allais dire la bizarrerie, des brûlures du grisou : ainsi tel ouvrier, portant des vêtements de laine, en a été quitte pour une légère brûlure de la face, quelquefois seulement pour la perte momentanée de sa barbe et de ses cheveux, tandis que d'autres, vêtus d'étoffes de toile ou de coton, dans les mêmes circonstances étaient gravement atteints.

En 1854, à la mine des Ferrières, à la suite d'un coup de grisou qui eut lieu dans une galerie où se trouvaient trois ouvriers, j'observai les singularités dont je viens de parler. L'un de ces ouvriers, qui avait déjà travaillé dans des mines à grisou et habitué aux dangers de l'explosion, put, en se projetant rapidement à terre, éviter complètement l'accident; son voisin, moins prompt, en exécutant cette manœuvre, en fut néanmoins quitte à bon marché : il eut les cheveux, la face et l'épaule légèrement brûlés. Mais le troisième (Berger), pris à Timproviste, fut fort maltraité. Le feu s'était communiqué à ses vêtements, et

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la face, le dos, la poitrine, les bras, une partie du ventre el des cuisses, étaient le siège de vastes brûlures appartenant aux deuxième et troisième degrés. Cet homme avait une âme courageuse et fortement trempée. Il supportait l'affreuse douleur qu'occasionne une si vaste plaie avec une admirable patience; mais il me priait, pendant que je le pansais, de songer moins à ses plaies qu'à son nez et à sa gorge, qui l'empêchaient de boire et de respirer autrement que par la bouche. C'est qu'en effet, soit qu'au moment où le gaz enflammé l'enveloppait, il exécutât un mouvement d'aspiration, soit pour toute autre cause, les fosses nasales et l'arriè're-gorge avaient été brûlées, ainsi que j'ai pu le constater : il avait avalé le feu, comme disaient ses camarades. Je n'ai pu en faire l'autopsie, et savoir au juste jusqu'où s'étendait le désordre.

J'ai dans mes notes plusieurs faits de ce genre, que j'ai observés moi-même, ou qui m'ont été rapportés. En 1838, à la mine de Méons, deux ouvriers, en entrant dans leur chantier, voulurent se débarrasser du grisou, qui se dégageait en très petite quantité, en l'enflammant. Us s'y prirent maladroitement et se brûlèrent tous deux, mais très légèrement, du moins à l'extérieur. Cependant l'un d'eux mourut au bout de quelques jours, ne pouvant plus ni avaler ni respirer; l'autre éprouva, mais à un moindre degré, les mêmes symptômes, et resta malade pendant plus de six mois. Ils avaient aussi avalé le feu tous deux.

Ces lésions internes, produites par les coups de grisou, doivent rendre les médecins très circonspects au sujet du pronostic; car il est impossible de se renseigner sur leur siège précis et sur leur (''tendue.

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Dans les brûlures graves, soit par Je degré avancé de la lésion, soit par son étendue, trois accidents peuvent tour à tour compromettre la vie du malade :

La douleur, la fièvre inflammatoire, la suppuration.

Personne n'ignore la sensation pénible, horriblement douloureuse, qu'occasionne une brûlure, même légère et peu étendue. On peut imaginer, après cela, les tourments qu'enfante une plaie aussi vaste que celle que portait Berger; cette douleur est à son maximum au moment de l'accident : c'est donc sur elle que doit d'abord se porter toute l'attention du médecin, car elle peut rapidement donner la mort.

Dernièrement (octobre 1859) j'ai été appelé à donner des soins à une femme, demeurant près du Bois-Noir (à une petite distance de Saint-Étienne), qui, en se chauffant, avait mis le feu à ses jupons. Les jambes, les cuisses, le ventre étaient affreusement brûlés ; mais aucun organe immédiatement propre à l'entretien de la vie n'était lésé. Cependant l'accident était arrivé à neuf heures du matin, et à midi elle était morte. Ici la douleur seule avait amené ce fâcheux résultat, car la fièvre inflammatoire ne survient qu'au bout de quelques jours.

Gomme cette douleur est singulièrement exaspérée par le contact de l'air avec le corps papillaire de la peau et avec les ramuscules nerveux qui s'y répandent et lui donnent sa grande sensibilité , la première précaution à prendre, c'est d'éviter avec le plus grand soin d'enlever l'épidémie, qui est, après tout, le topique le meilleur dont on puisse recouvrir le corps papillaire, lequel, mis à nu, provoque de cuisantes douleurs.

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Il faudra, en déshabillant le malade, éviter tout frottement, couper les vêtements et non les arracher, puis percer les bulles avec précaution, de manière que l'épidémie, en s'affaissant, reprenne sa place sur les papilles; ensuite on fera le pansement avec des corps gras, tels que cérat opiacé, pommade camphrée, cérat simple, beurre, huile, dont on enduira des linges fins.

Quand il s'agit de brûlures étendues, le moyen le plus expéditif (et ce n'est pas une considération sans importance pour le malade, que le pansement fatigue toujours) consiste dans l'emploi du coton cardé, sur lequel on verse de l'huile d'olive.

Pour les brûlures de la face, j'ai coutume de me servir du mélange suivant : je prends un blanc d'œuf, que je bats au fur et à mesure qu'on verse de l'huile; il en résulte un corps semi-liquide, semi-solide, qui, à l'aide d'une plume, se répand facilement sur les surfaces qu'on enduit et y demeure, ce qu'on n'obtient pas avec l'huile, qui est trop fluide, ou avec le cérat, qui, pour être étendu, aurait besoin d'une pression douloureuse pour le patient.

Les astringents, tels que l'acétate de plomb, le sulfate d'alumine, les liqueurs volatiles, telles que alcool, éther, ne doivent être employées que lorsque l'épidémie existe encore.

On a recommandé bien d'autres topiques, tels que la solution de chlorure de chaux, dont on a constaté les bons effets.

Mais les corps gras m'ont toujours semblé préférables, et je les recommande en outre, à cause de leur emploi

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commode et à cause de la facilité qu'on a à se les procurer partout.

Comme traitement générât, diète, repos, boissons rafraîchissantes, et le soir, 5 centigrammes d'extrait thébaïque en une pilule. Il est entendu qu'il s'aerit ici de brûlures graves, qui demandent tous les soins du médecin, et non d'une de ces lésions qui n'ont d'autre inconvénient que d'occasionner un peu de gêne et de douleur pendant un temps fort court, pour lesquelles on se bornera au pansement avec les corps gras.

On a parlé de saignées pour ces cas; elles auront pour résultat de modérer la fièvre inflammatoire, qui, au bout de quelques jours, va s'allumer et menacer les jours du malade. Elles calmeront même un peu la douleur. Sans doute il faut quelquefois obéir à cette indication pressante; mais on doit songer aussi que bientôt, si le malade échappe aux premiers accidents, il aura besoin de toutes ses forces et de toutes ses ressources pour fournir à la suppuration qui va s'établir; on n'aura donc recours à la saignée que quand les brûlures auront peu d'étendue.

Plus tard enfin, l'alimentation sera l'objet de la plus sérieuse attention de la part du médecin. C'est une question très délicate : d'une part, la muqueuse intestinale, sous l'influence des vastes plaies suppurantes de la peau, est très susceptible de contracter une inflammation, qui devient rapidement mortelle, pour peu que l'alimentation soit trop abondante; d'autre part, si l'économie ne reçoit pas de matériaux suffisants pour réparer les pertes énormes qu'elle subit par la suppuration, elle ne résistera pas. Les plaies, qui tout à l'heure étaient baignées de pus,

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deviennent sèches, et le malade meurt épuisé. C'est ce qui est arrivé à Berger, et cependant les consommés, les jus de viandes, tous les mets facilement assimilables ci peu excitants, lui avaient été donnés en abondance; mais l'étendue de la plaie était trop vaste.

Le médecin , lorsqu'il exisle de vastes brûlures, doit surveiller la cicatrisation avec le plus grand soin, car souvent il se produit des adhérences vicieuses qu'on aurait pu prévenir, et auxquelles il est souvent fort difficile et quelquefois impossible de remédier après la guérison, et qui constituent des infirmités graves.

Les personnes appelées à donner les premiers secours aux brûlés, après avoir lu ce qui précède, comprendront combien il est important de ne pas déchirer l'épiderrne, et par conséquent de faire le premier pansement, avant de faire remonter le blessé, et ensuite d'employer toutes les précautions possibles pour éviter les frottements pendant le transport et l'ascension.

Coups de poudre. — On sait quels désordres peuvent être déterminés par l'explosion de la poudre : contusions, plaies contuses, fractures, luxations, etc., accidents dont j'ai parlé et sur lesquels je ne reviendrai pas; mais je veux signaler, en passant, une blessure particulière faite par l'explosion de la poudre : c'est la brûlure de la face et des yeux, et l'incrustation d'une grande quantité de petits grains de charbon ou de poudre non brûlée. Il n'est pas rare de voir des houilleurs qui portent des traces de ces accidents, qu'on prendrait pour des tatouages. On a proposé, dans ces derniers temps, pour enlever ces débris, l'application d'un vésicatoire. L'épiderrne, en se détachant,

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doit entraîner avec lui les particules de charbon ; or ce procédé est plus ingénieux que réellement utile : l'épidémie s'enlève; mais le charbon, profondément incrusté dans le derme, demeure.

Du reste, il n'en résulte rien autre de fâcheux qu'une tache à la peau.

Les yeux sont souvent atteints et remplis soit de grains de poudre qui n'ont point été brûlés, soit de particules (h charbon menu; toute l'attention du médecin doit se porter de ce côté-là. On écartera les deux paupières, et à l'aide d'une petite seringue à injection, on projettera à plusieurs reprises de l'eau sur la conjonctive, de manière à entraîner toutes les particules de charbon qui seront libres; on introduira entre le globe de l'œil et les paupières un linge très fin et légèrement humecté, et on le retirera doucement; on ramène quelques particules par cette manœuvre, qu'on peut renouveler plusieurs fois; puis on cherchera à nettoyer, à l'aide d'un cure-dent ou d'une aiguille à cataracte, le centre de la cornue. C'est un travail très long, très pénible, mais qui, dans certains cas, peut sauver la vue du blessé, et que le médecin ne devra pas négliger de faire sur le moment.

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