ASPHYXIE. — SIGNES DE LA MORT
En Allemagne, dans un grand nombre de villes, on a établi des maisons mortuaires où l'on place les corps des personnes décédées pendant un certain temps avant de procéder à leur inhumation, afin de les soumettre pendant cet intervalle à un examen et une surveillance qui permettent d'affirmer que la mort est bien réelle.
Voici les signes auxquels on reconnaît la mort :
1° La putréfaction une fois bien établie est le signe infaillible de la mort; c'est le seul auquel on ne puisse jamais se méprendre.
2° Un signe qui paraît certain, et que l'on doit à M. Donné, c'est la coagulation du sang dans les voies circulatoires ; l'homme de l'art seul peut le reconnaître.
3° L'inertie absolue des muscles sous l'action de la pile est un signe certain de mort ; mais si on obtient des mouvements, on ne pourra conclure ni pour ni contre la réalité de la mort, car les muscles conservent pendant un temps plus ou moins long, après que la vie a cessé, la propriété de se contracter sous l'action de la pile.
h° La roideur cadavérique est un phénomène constant qui se produit en môme temps que la coagulation du sang dans les vaisseaux. ïl a été considéré comme un signe certain de la mort; seul, il est insuffisant; la roideur cadavérique peut être confondue avec la roideur convulsive. Ce n'est donc qu'avec quelques-uns des signes que je vais indiquer plus bas qu'il acquerra une grande valeur.
5° Refroidissement. — Phénomène constant , mais à lui seul insignifiant dans bien des maladies ; notamment dans le choléra, le corps est très froid.
6° Flaccidité des yeux. — On admettait généralement
j 56 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.
qu'une fois que la cornée avait perdu sa transparence, qu'elle était recouverte d'un enduit glaireux, on pouvait regarder la mort comme certaine, lorsque M. Orfila a démontré que des personnes asphyxiées qui présentaient ce phénomène ont été rappelées à la vie.
7° L'immobilité et l'insensibilité figurent à tort dans les signes de la mort réelle ; ils existent aussi bien dans la mort apparente.
8° Absence de la respiration. — C'est en général le signe que l'on recherche tout d'abord, et cependant il est incertain. On a l'habitude d'appliquer devant la bouche et les narines un miroir; c'est une expérience insignifiante, car on voit souvent la surface d'un miroir se ternir par le fait de la vapeur qui émane des voies aériennes d'un cadavre encore chaud, et d'autre part, il est constant que des asphyxiés sont revenus k la vie après des heures entières d'interruption de la respiration.
9° Absence de la circulation. — L'absence de la circulation est très difficile à percevoir, car les battements deviennent dans certains cas insensibles; d'ailleurs, quand même ils auraient cessé, il se pourrait que ce fût par le fait d'une syncope.
En résumé, il y a peu de signes certains de la mort, pris un à un et séparément ; mais, réunis les uns aux autres, ils donnent un diagnostic infaillible.
Ainsi la roideur cadavérique, le refroidissement et la flaccidité des yeux, l'absence de la circulation et de la respiration, tous ces signes observés sur un même sujet permettent d'affirmer que la mort est réelle.
,<i ai. Appareils de sauvetage»
La question des appareils de sauvetage a suscité de nombreux travaux (I). Malheureusement les difficultés à vaincre sont telles qu'on n'est pas encore parvenu aujourd'hui à un résultat complètement satisfaisant. Nous allons passer en revue les principaux appareils qui ont été inventés pour pénétrer dans les lieux méphitisés.
L'instruction pratique de juillet 1850. recommande une série de moyens qui résument l'état des connaissances du temps sur la question. Nous commencerons par citer le passage qui y a trait.
MOYENS Dh PÉNÉTRER SANS DANGER DANS LES LIEUX OU MA.NQUE TOTALEMENT L'AIR RESPIRABLE.
Pour qu'un homme puisse pénétrer et rester sans danger dans un lieu où manque totalement l'air nécessaire à l'entretien de la vie, il faut indispcnsablement que cet air, dont il a besoin pour respirer, lui soit fourni par un appareil particulier.
La forme et la construction de cet appareil doivent varier selon la profondeur et l'éloignement du lieu où l'homme devra pénétrer, et selon le temps pendant lequel il voudra y séjourner.
première sorte d'appareil. — Tube respiratoire ouvert à l'air libre.
Lorsqu'il s'agira de descendre au fond d'un puits peu profond ou d'une carrière exploitée à ciel ouvert, et que ce puits et celte carrière sont remplis d'un gaz méphitique, on rencontrera ordinairement peu de difficultés, et l'on conçoit qu'on pourra aller,
(1) Voyez Annales d'hygiène ■publique, t. Ier, p. 430; t. II, p. 5; t. XIII, p. 3G5; t. XV, p. 68; t. XXXVI, p. 462.
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marcher, agir et demeurer sans danger an milieu de cette atmosphère mortelle, si l'on tient sur la bouche une sorte d'embouchure semblable à celle d'un porte-voix, et si à cette embouchure est adaptée l'extrémité d'un tube flexible qui soil assez long pour que son extrémité ouverte reste constamment dans l'air ordinaire hors du puits ou de la carrière.
A l'aide de ce tube, l'homme respirera par la bouche l'air qui lui est nécessaire, mais il faudra qu'il rejette par les narines l'air des poumons.
On pourra encore et plus facilement, au lieu de l'embouchure dont on vient de parler, faire usage d'un masque ou nez artificiel posé au-dessus de la bouche, attaché par des cordons derrière la tête, et auquel s'adapte aussi le bout d'un long tube flexible qui a son autre bout ouvert dans l'air ordinaire.
Dans ce dernier cas, on fera les inspirations par le nez et l'air qui sort des poumons sera expiré par la bouche.
C'est ainsi que Pilàtre de Rosier a pu, en 1785, descendre au fond d'une cuve de brasseur profonde de h mètres et y rester des heures entières au milieu du gaz acide carbonique dont elle était remplie; il y agissait et marchait sans gêne et sans souffrance ; il respirait facilement et rejetait sans peine l'air gâté des poumons, et plusieurs animaux qu'on a mis auprès de lui ont été promptement asphyxiés.
C'est aussi par un procédé analogue, mais convenablement modifié, que M. Klingert (de Breslau) et plusieurs de ses ouvriers, en 1797, ont pu descendre dans l'Oder, y travailler sous l'eau à 6 ou 7 mètres de profondeur, scier des troncs d'arbres, attacher avec des cordes des masses pesantes englouties au fond du fleuve, etc., tandis qu'un aide, placé sur le rivage, tenait les tubes respiratoires ouverts dans l'atmosphère.
Nous lie devons pas dissimuler que l'embouchure appliquée sur la bouche et le masque ou nez artificiel demandent une certaine habitude pour faire à propos les inspirations et les expirations sans commettre d'erreur, et pour ne pas courir le risque de respirer en aucun cas du gaz méphitique.
11 est facile, ;.u reste, de prévenir cet inconvénient en ajoutant à l'embouchure qui se place sur la bouche un petit tube métallique contenant deux soupapes. Ce tube a le même diamètre que le tube flexible qui vient y aboutir et sa longueur n'a que 5 centimètres. L'une des soupapes est placée dans le petit tube, près de sa jonction avec le tube flexible, et s'ouvre en dedans pour laisser entrer l'air extérieur ; l'autre est ajustée dans une tubulure latérale soudée au tube métallique ; elle ne peut s'ouvrir qu'en dehors pour laisser échapper l'air des poumons et s'opposer à l'entrée des gaz méphitiques.
Cette disposition, qui complique un peu l'appareil, exige aussi qu'on ne fasse aucune inspiration par les narines, ou que, pour s'en empêcher plus sûrement, on se serve d'une pince à ressort qui comprime le nez. Avec cette dernière précaution, on est dispensé de toute expérience, et l'appareil respiratoire devient susceptible d'être employé avec un égal succès par ceux mêmes qui n'auraient jamais essayé d'en faire usage.
L'appareil simple, qui ne consiste que dans une embouchure et un tube flexible, peut être tenu à la main, ou, ce qui vaut mieux, on peut l'arrêter et le fixer sur la bouche avec des rubans noués derrière la tête.
L'appareil aussi simple que le précédent, le masque qui doit s'appliquer sur le nez et auquel s'adapte aussi un tube flexible, doit être maintenu au-dessus de la bouche par des courroies ou des rubans.
L'appareil à soupape est composé d'une embouchure adaptée à un petit tube métallique muni de deux soupapes et auquel aboutit le tube flexible.
Ce même appareil peut contenir un autre tube en forme de bec, qui est destiné à être tenu dans la bouche.
Le tube flexible de ces différents appareils peut être fait en peau ou en taffetas enduits d'un vernis de gomme élastique ; il doit être cousu avec soin et soutenu intérieurement par des espèces de trachées ou des spires en lîl de fer.
L'embouchure peut être faite en bois, en ivoire ou en métal
160 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.
garni de cuir, et doit s'appliquer exactement autour de la bouche.
Le petit tube qui contient les soupapes sera en métal et les soupapes seront en cuir fortifié par une plaque en tôle ou en laiton.
Quant au tube en forme de bec, qui doit être tenu dans la bouche et autour duquel on doit réunir les lèvres pour empêcher complètement le passage des gaz au milieu desquels on se trouve, il pourra être en ivoire et sera vissé au centre de l'embouchure, dans le prolongement du tube des soupapes.
Cette première sorte d'appareil, si le tube flexible a 20 millimètres de diamètre, pourra être employée avec beaucoup de facilité dans ies carrières exploitées à ciel ouvert ou dans les puits et galeries dont la profondeur et la longueur n'excèdent pas 20 à 30 mètres.
Dans des puits plus profonds et des galeries plus longues, une plus grande longueur de tube d'un aussbpetit diamètre opposerait trop de résistance au mouvement de l'air et les aspirations ne pourraient se faire qu'avec beaucoup de peine.
Par les expériences qui ont été répétées à Brcslau, et que nous avons citées ci-dessus, on a reconnu qu'on respirait beaucoup plus aisément à travers un tuyau de 16 mètres (50 pieds) de longueur et de 13 millimètres et demi de diamètre, qu'à travers le même tuyau quand sa longueur était de 32 mètres (100 pieds), et l'on a acquis la preuve que dans ce dernier cas la poitrine était promplement fatiguée.
Il s'ensuit évidemment que quand la longueur du tube de conduite augmente, il faut augmenter en même temps le diamètre de ce tube.
Si donc on a à pénétrer dans un puits profond rempli de mofettes, ou si du fond de ce puits on doit se transporter dans les galeries dont l'air soit vicié, le premier tube qui est adapté à l'embouchure qu'on tient appliquée sur la bouche pourra conserver le diamètre de 20 millimètres sur une longueur de plusieurs mètres; mais il faudra que les tubes d'allonge qui seront successivement ajoutés, à mesure qu'on s'éloignera de l'orifice
du puits, aient un diamètre proportionné à la distance totale à laquelle on devra parvenir.
Dans les deux circonstances que nous venons d'indiquer, c'està-dire au bas d'un puits profond et dans les galeries plus ou moins étendues, il sera indispensable d'employer une lampe ou plutôt une bougie pour s'éclairer; cette bougie sera enfermée dans une lanterne en verre épais bien close, et qui pourra être portée à la main ou accrochée sur la poitrine à la boutonnière de l'habit. On fournira à cette bougie l'air qui sera nécessaire à son aliment, en établissant une communication continuelle à l'aide d'un petit tube d'enbranchement entre la lanterne et le tube principal qui amène l'air extérieur; et on laissera les gaz résidus de la combustion s'échapper sans cesse par une ouverture pratiquée au sommet de la lanterne, ou mieux par les nombreux interstices d'un tissu métallique, lorsqu'on aura à craindre l'explosion du gaz inflammable.
Remarquons ici que si l'on avait quelque intérêt à économiser toute la dépense de l'air atmosphérique que consomme cette lanterne, on pourrait faire servir à son entrelien l'air qui est expiré par les poumons, et qui contient encore un sixième de gaz oxygène.
Il suffira en effet pour cela, d'ajouter à l'appareil respiratoire un petit tuyau flexible, dont une extrémité aboutisse au fond de la lanterne, et dont l'autre soit adaptée, ou sur la tubulure qui renferme la soupape d'expiration, si l'appareil a des soupapes, ou sur un masque qui sera appliqué sur la bouche, si les expirations doivent se faire immédiatement par la bouche. Dans tous les cas il faudra que l'air rejeté par les poumons parvienne sans Interruption autour de la mèche et sans former un courant qui l'éteigne.
Nous avons supposé, dans tout ce qui précède, que la mine où il s'agit de pénétrer était entièrement remplie de gaz méphitique dans toute son étendue et jusqu'à la surface du sol; mais si l'air était pur et semblable à l'air de l'atmosphère extérieure , dans quelque partie de la mine, il serait inutile de prolonger le tube
RIEMBAULT. — HYG. 11
1§2 HYGIENE DU IlOUILLEUR.
flexible jusqu'au dehors du puits. Il suffirait de tenir son extrémité ouverte dans l'endroit où l'on aura reconnu que l'air ne contient aucun mélange de molette et peut être respiré.
deuxième sorte d' appaheil. — Tubes respiratoires adaptés à des réservoirs d'air portatifs.
Quoique les appareils respiratoires dont nous venons de parler puissent être employés pour pénétrer, au milieu d'une atmosphère méphitique, dans ûa puits profonds et jusqu'aux extrémités de longues galeries, quand on a soin de proportionner le diamètre des tubes de conduite à leur longueur, il faut cependant reconnaître que ces appareils conviennent mieux pour exploitations à ciel ouvert, ou pour tous les cas où les puits ont peu de profondeur et les galeries peu d'étendue : leur usage pourrait rencontrer plus d'une difficulté; s'il fallait prolonger à une grande distance et à travers tous les détours d'une vaste exploitation le tube flexible, dont l'extrémité ouverte doit toujours être maintenue dans un air pur et sans mélange de mofettes.
Une autre sorte d'appareil, qui a été employée dans les mines de Hartz par M. de Humbold, méritera sans aucun doute d'être préférée dans les mines profondes, et surtout lorsqu'il s'agira d'arriver promptement au fond des puits et aux extrémités les plus reculées des galeries.
Les appareils de cette deuxième sorte diffèrent de ceux que nous avons décrits, en ce que le tube respiratoire adapté à l'embouchure qui s'applique sur la bouche est toujours très court et communique par son autre bout avec un réservoir plus ou moins grand et qui contient de l'air ordinaire, pur et propre à être respiré.
Le réservoir, qui est une partie essentielle de ces-appareils, peut être porté à dos comme un havresac par l'homme même à qui il doit servir, ou bien il peut être transporté dans un petit char à quatre roues, que l'homme pousse devant lui comme un chariot de mine, ou qu'illire derrière lui à l'aide d'une bricole.
Dans tous ces cas, il doit être fait d'une manière souple, soit en peau, soit en taffetas gommé ou en toile vernie, afin qu'il puisse s'affaisser de lui-même à mesure que l'air en est aspiré. On le remplit d'air atmosphérique au moyen d'un soufflet ordinaire muni d'une soupape, et on le ferme soit par un robinet, soit même en nouant et en étranglant avec un cordon l'orifice qui a servi à y introduire l'air.
1er cas. — Réservoir porté à dos. — Lorsque ce réservoir doit être porté à dos, on peut lui donner une capacité de 210 décimètres cubes ou 1 mètre en longueur, 6 décimètres en largeur et 35 centimètres en épaisseur. Ce volume d'air est à peu près celui qui est nécessaire à un homme pour respirer pendant quinze à seize minutes. Dans beaucoup de circonstances, ce temps suffira pour porter des secours à des ouvriers asphyxiés au fond d'une mine et les ramener au dehors.
On doit enfermer ce réservoir d'air dans une sorte de cage ou de panier en osier, pour qu'il conserve sa forme aplatie quand il est plein d'air, et aussi pour le garantir des frottements et des chocs qui pourraient, dans la traversée de la mine, le déchirer ou le trouer.
L'homme qui veut faire usage de cet appareil pour descendre dans une mine remplie de mofettes, commence par se l'attacher sur les épaules avec des courroies comme celles qui servent à fixer le sac du soldat.
Il applique ensuite et fixe sur la bouche l'embouchure à soupape à laquelle s'adapte un tube flexible qui n'a que U ou 5 décimètres de longueur et 15 millimètres de diamètre, et dont l'autre extrémité aboutit au réservoir et communique avec l'air qui le remplit.
Enfin il accroche en avant à la. boutonnière de son habit une lampe ou une bougie et qui reçoit l'air expiré par les poumons, comme nous l'avons précédemment indiqué.
L'homme ainsi armé peut alors descendre sans crainte dans un puits plein de gaz méphitique, et s'avancer d'un pas assuré jusqu'au fond des chambres d'exploitation; il pourra y agir
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librement et sans gêne. Mais il devra se hâter; ses instants sont comptés, il faut que la petite provision d'air qu'il porte avec lui lui serve encore pour se retirer.
La nécessité de ne donner que de petites dimensions au réservoir qu'on porte avec soi a fait imaginer qu'on pourrait augmenter par la compression la quantité d'air qu'il contient pour qu'il servît plus longtemps à la respiration. C'est dans cette vue que M. A. G... a proposé de condenser l'air au tiers de son volume ordinaire, dans un réservoir en cuivre laminé, fortifié par des bandelettes de fer et qu'on pourrait appliquer sur la poitrine comme un plastron.
Il est évident qu'on pourrait ainsi augmenter la provision d'air sans faire varier la capacité du réservoir. Mais il faudra régler l'écoulement de l'air, dont la vitesse et la densité diminueront sans cesse depuis le commencement jusqu'à la fin, et fournir aux poumons de l'air réduit à la densité ordinaire, et qu'ils puissent aspirer comme clans leurs fonctions habituelles. Bornonsnous à faire observer que la position du réservoir en avant de la poitrine ne permet de lui donner que peu de hauteur et peu d'épaisseur, afin que l'homme qui le porte ne soit jamais gêné dans ses mouvements et qu'il puisse, au besoin, se baisser jusqu'à terre. Il serait plus commode de le porter à dos, ce qui d'ailleurs permettrait de lui donner plus de volume.
Ajoutons que si l'on voulait augmenter encore la provision d'air par une plus grande compression, on ne pourrait le faire qu'en augmentant en même temps la résistance et le poids des parois du réservoir.
2e Cas. ■ — Réservoir porté sur un charriot démineur. — Lorsqu'on prévoit qu'il faudra rester dans une atmosphère méphitique plus longtemps que ne le permet le réservoir dont nous venons de parler, on doit employer un réservoir d'une capacité plus grande.
On peut lui donner 2 mètres de longueur, 5 décimètres de largeur et 85 centimètres de hauteur. Sa capacité sera ainsi de 850 décimètres cubes ; il pourra passer facilement dans les galeries
ordinaires, et il suffira pour la respiration d'un homme de taille moyenne pendant plus d'une heure. On l'enfermera dans une cage prismatique à barreaux en bois pour le mettre à l'abri de tout accident, et on le placera sur un petit chariot à quatre roues comme ceux des mineurs.
L'homme qui traînera ce chariot tiendra appliquée sur sa bouche l'embouchure dont nous avons parlé ci-dessus, et qui communiquera par un tube flexible avec l'air du réservoir. Il portera aussi une lanterne, attachée à sa boutonnière comme dans le cas précédent, et dont la flamme sera entretenue par l'air expiré des poumons. Le tube de communication entre l'embouchure appliquée sur la bouche et le réservoir porté sur le chariot devra être de plusieurs mètres de longueur, afin que quand l'homme sera arrivé au lieu où il devra agir, il puisse s'éloigner plus ou moins du chariot et faire librement tout ce que les circonstances exigeront.
3e cas. — Réservoirs successivement remplacés. — Si le réservoir de 850 décimètres cubes d'air était insuffisant pour le temps qu'on aura besoin de passer au fond de la mine, il ne faudrait pas songer à en employer une plus grande dimension, parce qu'il arriverait souvent qu'il ne passerait pas dans des galeries basses, étroites ou sinueuses. Il vaudrait mieux essayer de traîner deux chariots et leurs réservoirs l'un à la suite de l'autre ; mais si ce moyen était impraticable, on aurait la ressource de faire amener par un autre ouvrier un nouveau chariot et une nouvelle provision d'air. On pourrait même substituer ainsi successivement des réservoirs pleins aux réservoirs vides.
On concevra aisément que, pour que ce service puisse s'exécuter avec sûreté, V ouvrier pourvoyeur devra être muni pour luimême d'un réservoir d'air portée dos, comme on l'a vu p. 163, et les réservoirs sur les chariots auront des ajutages de cuivre, à robinet et à vis, pour s'adapter aux tubes respiratoires de l'homme qui devra demeurer dans l'atmosphère méphitique du fond de la mine.
Celui-ci n'aura d'autre soin à prendre, pour ne pas manquer
166 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.
d'air, que de diviser l'extrémité du tube qui tient au réservoir un moment avant qu'il soit entièrement vidé, et de l'assembler sur-le-champ sur un réservoir plein.
troisième sorte d'appareils. — Tubes respiratoires adaptés à des soufflets et à des tuyaux de conduite d'air.
L'emploi des réservoirs d'air remplacés successivement par de nouveaux réservoirs pleins, à mesure qu'ils se vident, permet de prolonger pour ainsi dire indéfiniment le séjour qu'on peut avoir besoin de l'aire au fond et aux extrémités d'une mine remplie de mofettes, quelles que soient d'ailleurs sa profondeur et son étendue.
Ce moyen simple et facile offre tant d'avantages, qu'on pourrait croire inutile d'en chercher un meilleur ; cependant, comme les ouvrages souvent pratiqués à différents niveaux peuvent quelquefois ne se communiquer que par des passages si étroits et si tortueux qu'il serait impossibled'y faire passer les réservoirs d'air avec leurs chariots, nous allons indiquer une troisième sorte d'appareils, qui pourrait, dans certainscas, avoir une ut de application.
Cette troisième sorte d'appareils exige, comme ceux que nous avons décrits jusqu'ici, une embouchure, à laquelle est appliqué un tube respiratoire; mais ce tube, au lieu de communiquer soit à l'air libre par le moyen d'un long tube de conduite, soit avec un réservoir plein d'air par le moyen d'un tube très court (comme dans les deux premières sortes d'appareils), communique avec des soufflets qui lui transmettent l'air pur et propre à être respiré. L'emploi de ces soufflets a pour but principal d'éviter aux poumons la fatigue que ne manquerait pas de leur causer l'aspiration de l'air longtemps continuée à travers des tuyaux d'un petit diamètre et d'une longueur considérable.
Dans une machine à plonger, imaginée par M, de Drieberg, deux soufflets sont portés à dos et mis en mouvement par l'homme même qui veut pénétrer au fond de l'eau, et ils transmettent immédiatement dans le tube respiratoire dont cet homme
est muni l'air qu'ils aspirent par mi tube d'une longueur [dus ou inoins grande.
Dans un appareil proposé en 181 fi. pour faciliter l'enlèvement des asphyxiés, M. Brisé-Frarîin l'ait aussi usage d'un soufflet; mais il le fait porter à dos et mouvoir par un aide qui se tient toujours dans une partie de la mine où l'air est pur et sans mélange de mofettes, et l'air expulsé par ce soufflet est conduit par un tuyau de longueur suffisante jusqu'au tube respiratoire, dont il faut que soit muni celui qui doit aller secourir les asphyxiés au fond du puits rempli de gaz méphitique.
On ignore si ces deux moyens, presque semblables, de pénétrer au fond de l'eau et dans une atmosphère où manque l'air rèspirable, ont été essayés avec des tubes d'une grande longueur, et s'ils l'ont été avec un plein succès. Ils auraient l'avantage de fournir de l'air rèspirable à toute distance, à travers les passages les plus impraticables et sans aucune discontinuité; mais il est à craindre qu'ils no présentent beaucoup de difficultés dans l'usage. L'expérience seule pourra faire apprécier le mérite de ces deux inventions.
On n'entrera ici dans aucun détail sur la disposition, le jeu et l'emploi des différentes parties de ces derniers appareils; on se bornera à faire remarquer que la capacité et la vitesse des soufflets devront être combinées de manière qu'ils puissent fournir 13 à lfi décimètres cubes d'air par minute pour chaque homme dont il faudra entretenir la respiration.
Je vais passer en revue les principaux appareils qui ont été inventés depuis la publication de Y Instruction pratique pour pénétrer clans les lieux méphitisés .
I. Appareil de M. Boisse. — M. Boisse, considérant que le sac à air, composé d'une matière élastique et flexible, devant s'affaisser à mesure que l'air intérieur est aspiré, n'est jamais complètement imperméable, et que les dernières portions d'air qu'il contient ne peuvent être aspi-
168 HYGIÈNE DU HOUILLEL'R.
rées qu'avec difficulté, à cause de la résistance qu'oppose l'élasticité des parois à la pression atmosphérique; qu'enfin les dimensions qu'on est obligé de donner à ces sacs les rendent très peu portatifs, résolut de les remplacer par des réservoirs métalliques à air comprimé.
M. Boisse fit donc construire un appareil en cuivre destiné à contenir de l'air sous une pression de seize atmosphères; ses dimensions sont : hauteur Om,frO, largeur 0m, 50, épaisseur 0"',25; saforme était celle d'un cylindre à base elliptique, terminé par deux calottes; sa capacité est de 39 litres 29 centilitres; il peut donc contenir, sous une pression de 16 atmosphères, 628 litres d'air ou à très peu près la même quantité que le grand réservoir en cuir porté sur un chariot. Ce réservoir, fixé sur un coussinet élastique, au moyen de courroies en cuir, est attaché aux épaules par des bretelles et se porte de la même manière qu'un sac de soldat, dont il n'excède pas de beaucoup les dimensions. Cet appareil, sous un petit volume, contient une forte provision d'air, et peut pénétrer dans les galeries les plus étroites.
Des dispositions particulières permettent de régulariser l'écoulement de l'air et de le faire arriver soit dans la lampe, soit dans la bouche de l'ouvrier, sous une pression constante peu différente de la pression atmosphérique.
Ces réservoirs enfin peuvent rester chargés pendant un temps très long sans éprouver de perte d'air sensible, ce qui permet d'en avoir toujours de prêts à fonctionner dans un cas pressant. L'appareil pesait 17 kilogrammes.
II. Appareil de Roberts. — L'appareil respiratoire de Hoberts se compose d'une boite, ayant une capacité de
:l k 3 litres et renfermant une éponge fortement imbibée d'eau de chaux. Les parois de cette boîte sont percées de trous par lesquels l'air est aspiré. Deux cloisons existent au-dessus de l'éponge; la cloison inférieure criblée de petits trous laisse passer l'air purifié; à la cloison supérieure est adapté un tube respiratoire muni de deux valves. D'après les expériences qui ont été faites de cet appareil, il résulte qu'il peut être employé seulement dans une atmosphère où l'air respirable est mêlé à une quantité' très faillie d'acide carbonique. La résistance que l'air éprouve à se mouvoir à travers l'éponge imbibée doit rendre la respiration très pénible (1).
III. Appareil Paulin. — M. Paulin a imaginé un appareil qui permet de pénétrer dans des caves où le feu s'est déclaré et où se trouvent des matières grasses, huileuses, qui répandent une fumée infecte.
C'est une large blouse en basane avec un masque demicylindrique d'une ligne d'épaisseur qui enveloppe tout le corps jusque sur les hanches où elle est serrée par une ceinture; deux bracelets à boucles ferment les poignets ; deux bretelles qui se relient à la blouse, passent entre les jambes de celui qui en est pourvu. Cette blouse est percée d'un trou, auquel est adapté un raccordement en cuivre, lequel correspond lui-même à la bâche d'une pompe à incendie qui lance, dès qu'on la fait fonctionner, une grande quantité d'air dans la blouse ; l'homme est ainsi dans une atmosphère d'air frais, qui lui permet de res-
(1) Les appareils Roberts et Paulin, ont été appréciés et décrits avec détails par Parent-Duchateletet A. Chevalier (Annales d'hygiène publique, t. I, p. 430 et t. XV, p. 68).
170 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.
pirer sans gène. « Cet appareil, dit l'inventeur, propre au service des sapeurs-pompiers, pour les feux de caves, peut être employé avec plus de succès encore, pour pénétrer dans les fosses des mines, les cales des vaisseaux, les puits infectés, puisqu'il n'y a à craindre que des gaz délétères, et non la fumée et la flamme. »
IV. L'armure sub?narinc, employée aux États-Unis pour descendre dans la mer, offre une grande analogie avec l'appareil de M. Paulin. C'est un vêtement en caoutchouc qui enveloppe entièrement tout le corps. Il se termine à sa partie supérieure par un casque métallique ayant des yeux en verre; sur le casque s'adapte un tuyau par lequel l'air comprimé par la pompe arrive dans l'intérieur de l'appareil; un autre tube fixé à la hauteur de la poitrine laisse échapper l'air en excès ; un troisième tube communique de l'appareil à une lampe.
On a encore construit d'autres appareils qui reposent sur les mêmes principes que le précédent. Comme la pratique n'est pas venue les sanctionner, je les passe sous silence.
V. Appareil, de M. Rouquayrol. — M. Rouquayrol part de ce principe que l'air qui a déjà été respiré contient à sa sortie des poumons assez d'oxygène pour pouvoir être respiré sans danger une seconde fois.
Dans un réservoir en tôle d'une capacité de 30 litres, il introduit de l'air qu'il soumet à une pression de 20 atmosphères. C'est une provision de 600 litres d'air à la pression ordinaire et pouvant largement pourvoir pendant une heure à la respiration d'un homme.
A la partie supérieure du réservoir, un plateau métal-
ASPHYXIE. — APJ'AKHILS DK SAUVETAGE. 1 71
Iique est relié par un anneau on cuivre ou en caoutchouc; il présente en dessous une tige cylindrique qui joue dans une ouverture centrale du couvercle du réservoir et qui est évidée à sa partie supérieure. « Sur ce plateau métallique, dit M. Baure, à qui j'emprunte la description de cet appareil, est fixé un tube en caoutchouc qui est adapté au masque de respiration. Les gaz expirés s'échappent par un tuyau élastique portant un renflement dont la capacité est d'un quart de litre; la valve est alors ouverte.
La poche restant remplie d'air expiré qui est aspiré' de nouveau, réduit presque de moitié la consommation d'air pur. Ainsi, théoriquement, cet appareil est destiné à alimenter la respiration d'un homme pendant deux heures, mais en réalité, il ne faut pas compter sur plus d'une heure ou une heure et demie. »
Il reste à expliquer comment s'opère la distribution de l'air, je renvoie à ce sujet au mémoire de M. Baure, inséré dans le tome V, ">° livraison du Bulletin de la Société de l'industrie minérale, dont je me suis beaucoup servi pour la rédaction de ce chapitre.
YI. Deuxième appareil respiratoire de M. Rouauayrol. — M. Rouquayrol, pour construire ce second appareil, s'appuie sur ce principe que les animaux et l'homme luimême peuvent vivre dans une atmosphère l'enfermant un léger excès d'oxygène, pourvu qu'on la débarrasse de l'acide carbonique que produit la respiration ; il observe en outre que si cet acide carbonique pouvait être décomposé et rendre la quantité d'oxygène qui le constitue, on réaliserait une économie d'air très notable.
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Il fit disposer un réservoir en caoutchouc, protégé extérieurement par une cage en bois et destiné à renfermer l'oxygène. Au-dessus il plaça une boîte d'une capacité de lx litres environ et remplie d'air atmosphérique. Par un mécanisme ingénieux, l'air expiré est envoyé dans un flacon rempli de potasse d'où il passe dans la boite contenant l'air atmosphérique ; d'un autre côté, lorsque le vide se produit, une soupape s'ouvre et laisse écouler une certaine quantité d'oxygène (1).
M. Rouquayrol, combinant les deux descriptions précédemment décrites, a eu l'idée de construire un troisième appareil ; il lui paraît capable d'alimenter la respiration pendant plusieurs heures.
«M. Rouquayrol a fait, dit M. Baure, quelques expériences qui malheureusement n'ont été ni assez multipliées, ni assez prolongées pour être bien concluantes.
» L'appareil à air comprimé fonctionne avec une grande régularité; mais l'expérience n'a duré qu'une demiheure.
» Le deuxième procédé a été également expérimenté ; mais M. Rouquayrol avoue qu'il n'a pas cru prudent de prolonger ce premier essai au delà de trois quarts d'heure.
» On ne peut encore évidemment formuler une opinion sur la valeur pratique de ces trois appareils ; mais on doit reconnaître qu'ils sont organisés d'une manière ingénieuse et rationnelle, et qu'il serait très désirable qu'on pût les expérimenter sérieusement. »
(I) Voir, pour plus do renseignements, le mémoire déjà cité de M. Baure,
La Société de l'industrie minérale (de Saint-Étienne), considérant combien la question des appareils de sauve* tage est importante, a tout récemment décidé : « qu'une » souscription serait ouverte pour la recherche et pour » l'expérimentation des appareils de sauvetage, et qu'une » Commission nommée par le conseil d'administration » serait chargée de poursuivre les études et les expériences » et de recueillir les souscriptions. »
Dans sa séance du 10 janvier 1860,1e ,'conseil d'administration a nommé une commission à laquelle est confié le soin :
Ie De recueillir les documents déjà publiés ou connus, de manière à faire un rapport sur Vétat de la question de sauvetage, rapport dont les conclusions serviraient d'introduction à la liste de souscription ;
12° De poursuivre ensuite les essais des appareils anciens et nouveaux qui ont été et pourraient être proposés .
Cette commission a consacré ses premières séances à un examen détaillé des nombreux procédés qui ont été essayés ou proposés jusqu'à ce jour.
M. Baure rapporteur, a publié le résumé de ce travail dans un mémoire très intéressant(l) où j'ai largement puisé. Malheureusement, la seconde partie du programme n'est point encore accomplie, car il n'est point douteux qu'il ne résulte quelque chose de bon d'un travail entrepris sous d'aussi favorables auspices, et j'aurais été heureux d'en profiter pour la rédaction de cette partie de mon livre.
Détail des objets contenus dans les boîtes ou armoires de
(1) Bulletin de la Société de l'industrie minérale, t. V, 3e livraison.
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secours, suivant l'ordre dans lequel on les emploie ordinairement.— 1° Une paire de ciseaux de 16 centimètres de long, à pointes mousses ; 2° un peignoir en laine ; 3° un bonnet de laine ; k" une seringue ou pompe à air, avec son tuyau élastique et sa canule à narine: 5° une petite boite contenant un mélange de graisse et de mine de plomb, pour graisser l'ajutage et la douille de la seringue à air ; 6° un levier en buis ; 7° un caléfacteur de demi-litre à un litre ; 8° deux frottoirs en laine; 9' deux brosses; 10° une bassinoire à eau bouillante ; 11° le corps de la machine fumigatoire; 12° son soufflet; 13° un tuyau et une canule fumigatoire ; ilià une boîte contenant du tabac à fumer ; 15° une seringue à lavement avec canule; 16° nue aiguille à dégorger la canule; 17° des plumes pour chatouiller la gorge; 18° une cuiller éiamée; 19° un gobelet d'étain ; 20° un biberon ; 21° une bouteille contenant de l'eau-devie camphrée; 22° un flacon contenant de l'eau de mélisse spiritueuse; 23° un flacon renfermant un demi-litre d'alcool; 24" une petite boîte renfermant plusieurs paquets d'émétique; 25° 10 centigrammes de chlorure de chaux en poudre ; 26° un flacon de 200 grammes de vinaigre ; 27° 100 grammes de sel en trois paquets ; 28° des bandes à saigner, des compresses et de la charpie ; 29° un nouet de soufre et de camphre pour la conservation des objets eu laine; 30° une palette; 31 ' un briquet.
Outre ces objets on placera un thermomètre centigrade dans chaque localité où ce placement pourra avoir lieu.