DU TABAC
qu'en se privant de fumer, elles améliorent immédiatement leur état; et, le croirait-on, l'empire de l'habitude est si puissant, qu'on ne peut pas toujours obtenir d'elles le sacrifice de ce plaisir.
Un autre inconvénient du tabac, c'est de salir les dents, de les couvrir d'un enduit noir qui irrite les gencives, les enflamme, les ulcère et finit par déchausser les dents.
Action du tabac sur le cerveau. — Le tabac exerce sur le cerveau une action manifeste. Les animaux qui ont servi aux expériences d'Orfila et qui avaient avalé du tabac râpé présentèrent à l'autopsie un engorgement très notable des vaisseaux cérébraux.
Du reste, il suffit d'observer ce que nous avons journellement sous les yeux.
Voyez un fumeur, les yeux fixes, ne se remuant que pour cracher et gardant un silence absolu. Vous le croiriez absorbé dans de profondes pensées. Demandez-lui à quoi il songe : à rien, vous répondra-t-il, et il dit vrai.
C'est que le tabac agit sur le cerveau un peu à la manière de l'opium, en émoussant ses fonctions. C'est en ce sens qu'on a raison de dire que le tabac est un consolateur précieux qui nous fait momentanément oublier nos misères.
A un degré plus avancé l'action du tabac se traduit par des douleurs de tête violentes, et par la plupart des signes de l'ivresse.
Action du tabac sur les poumons. — Les fumeurs de cigarettes font pénétrer dans les poumons les vapeurs qu'ils aspirent. Là elles se dépouillent au profit de la
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membrane qui tapisse les bronches des principes acres que contient le tabac.
Il en résulte une irritation des bronches qui aboutit aux catarrhes et à l'emphysème. Au mois de février 1860, à l'Hôtel-Dieu de Saint-Étienne, j'ai vu mourir très rapidement un jeune soldat qui, en arrivant au régiment, avait cru devoir apprendre à fumer. Les leçons qu'il reçut lui profitèrent à merveille; en quelques semaines il en était venu à consommer 35 grammes de tabac par jour en cigarettes; il faisait tous ces petits tours qui constituent l'art du fumeur émérite; ainsi il aspirait une grande quantité de fumée, il buvait un verre d'eau ou de bière, puis et seulement alors rendait cette fumée.
D'une santé jusque-là très robuste, il sentit bientôt les atteintes d'une maladie de poitrine (emphysème pulmonaire),qui l'emmena rapidement au tombeau. Use plaignait en entrant à l'hôpital d'une oppression qui alla toujours en croissant et dont l'art ne put triompher (1).
Les vapeurs de la pipe et du cigare sont tellement acres qu'elles produiraient dans les bronches une irritation immédiate, difficile à supporter; aussi ne sont-elles point aspirées comme celles de la cigarette jusque dans les poumons; elles ne dépassent pas l'arrière-bouche.
Mais l'air qu'on respire en fumant est toujours chargé, en proportions variables, de gaz qui irritent les bronches, surtout chez les personnes qui ont ces organes déjà malades ou fort impressionnables.
('I) A l'autopsie, on trouva les altérations propres au catarrhe et à 1 emphysème pulmonaire.
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C'est pourquoi l'habitude de fumer est plus préjudiciable aux mineurs qu'à certains autres hommes.
Enfin, et pour clore la série des reproches adressés au tabac, tout le monde sait aujourd'hui qu'on accuse la pipe de déterminer le cancer de la lèvre inférieure.
Tels sont les dangers qui menacent les personnes qui fument à l'excès.
Il faut bien reconnaître que si l'abus du tabac peut engendrer des maladies très rebelles et parfois très graves, l'usage modéré, chez des hommes qui n'ont nulle trace d'affection du côté des organes de la digestion et de la respiration, est une source innocente de distraction.
Il est très difficile d'assigner aux fumeurs la limite qu'ils pourront atteindre sans danger, car elle n'est pas la même pour tous. Cependant, pour fixer les idées, j'indiquerai la dose de 15 grammes par jour, comme le terme qu'ils pourront toucher mais non franchir. Ils devront en outre prendre en grande considération les préceptes suivants, formulés par un pharmacien fort distingué de Poitiers, M. Malapert, cité par M. Vernois(l) :
« Les fumeurs ne trouvent pas le même goût au tabac au commencement et à la fin d'une pipe ou d'un cigare. C'est que la nicotine qui se dégage des premières portions de tabac qui brûlent dans une pipe se condense dans la portion inférieure avec plus ou moins de produits pyrogènes, et, lorsque le feu est arrivé au milieu de la pipe, la nicotine qui se dégage alors s'ajoute à celle qui y était condensée et arrive en masse dans la bouche.
(1) Max Vernois, Traité d'hygiène industrielle et administrative, 1860.
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» Il en est de môme des cigares : lorsqu'on fume la première moitié d'un cigare, la majeure partie de la nicotine s'arrête dans l'autre moitié, d'où elle est chassée avec celle qui se dégage de cette portion du cigare qui brûle.
» On doit l'agrément qu'on trouve au tabac aux portions de vapeur qui peuvent se condenser avec facilité et dont la nicotine fait partie ; car, lorsqu'on fume dans une pipe neuve, faite d'une matière absorbante comme les pipes de terre, on trouve un mauvais goût au tabac, parce que la nicotine et le goudron s'imprègnent dans la matière même de la pipe, de sorte qu'il n'arrive dans la bouche que des produits pyrogénés gazeux; mais quand, par l'usage, la pipe se trouve imprégnée des autres produits de la combustion, lorsqu'elle est culottée, la nicotine et le goudron n'étant plus absorbés, tous les produits de la combustion du tabac arrivent en même temps en proportions variables, suivant qu'on est au commencement ou à la fin d'une pipe. »
Ainsi, d'après ce qui précède, les fumeurs se préserveront de tout accident aux conditions suivantes :
1° Fumer modérément;
2° Ne pas faire usage de tabac trop humide ;
3° Adapter aux pipes l'accessoire, récipient ou pompe, qui condense la nicotine ;
k° Ne fumer la pipe ou le cigare qu'à moitié et rejeter le reste du tabac qui se trouve imprégné de nicotine.