LA GUADELOUPE
toute autre chose que d’une question médicale, grave question cependant dans l’espèce, on eût sans doute voulu que chacun des membres du jury appelé à se prononcer eût pris à l’avance une connaissance personnelle des choses sur lesquelles il devait formuler une opinion. Pour mon compte, je n’avais sur l’objet de la délibération que des informations contradictoires : l’opinion générale à la Basse-Terre était qu’il s’agissait d’une fièvre pernicieuse; on savait que les médecins de la Pointe-à-Pitre s’étaient prononcés dans ce sens et l’on tenait peu compte de l’opinion dissidente de MM. Jouannet et L’IIerminier fils.
Le jury médical, dont je faisais partie, déclara donc à l’unanimité :
« Que cette maladie lui paraissait être une fièvre pernicieuse, 9 algide cholériforme. »
« Que née dans un marais infect, qui avoisine le cimetière, » cette maladie n’avait jusqu’alors étendu ses ravages que sur » les quartiers voisins et qu’elle paraissait être localisée dans la » partie nord du canal Vatable. »
« Qu’elle était conséquemment infectieuse, qu’elle avait une » gravité excessive, mais que jusqu’ici il n’y avait pas eu d’exein- » pie de contagion. »
Le jury décida en outre que les patentes de santé porteraient la formule suivante :
« II règne h la Pointe-à-Pitre, depuis le 22 octobre, une fièvre » pernicieuse algide cholériforme, qui sévit épidémiquement, » mais qui jusqu’ici n’a point présenté de caractère contagieux.,»
Il est évident que le jury médical ne pouvait se prononcer avec connaissance de cause et que sa décision ne valait que comme expression de l’opinion personnelle de son président, puisque lui seul avait vu des malades et qu’aucun autre membre du jury n’avait pu en voir. L’autorité le savait, elle ne pouvait pas se méprendre sur la signification de l’opinion exprimée par le jury, c’était un vote de confiance dont le président seul avait la responsabilité.
Revenons à la Pointe-à -Pitre dont je me suis un instant éloigné, pour enregistrer, à sa date, un acte important qui complétait les déclarations officielles sur la nature et l’origine de l’épidémie; cet acte n’est au fond, comme on le voit, que la reproduction des opinions formulées sur le même sujet, par l'assemblée médicale de la Pointre-à-Pître.