‹ Hygiène des pays chaudsChapitre 12 sur 49 · LE CHOLÉRA A LA BASSE-TERRE · texte numérisé non relu

LE CHOLÉRA A LA BASSE-TERRE

g I. — DÉBUT DE L’ÉPIDÉMIE.

1. — L’arrivée des émigrants de la Pointe-à-Pître précède l’invasion de l’épidémie à la Basse- Terre. — État sanitaire de la ville avant l’épidémie. — Premier cas de choléra apporté sur la rade de la Basse-Terre par un bateau arrivant de la Pointe-à-Pitre. — Débarquement des passagers; que sont-ils devenus? — Le premier cas de choléra officiellement annoncé en ville a lieu sur une blanchisseuse. — La rivière aux Herbes. — Deux autres cas se déclarent sur les bords de cette rivière où travaillait la blanchisseuse.

C’est ici que le fléau s’est déchaîné dans toute sa fureur.

L’infortunée cité se relevait péniblement des désastres causés par l’ouragan du 6 septembre, quand une nouvelle calamité plus affreuse encore est venue la foudroyer.

Près de deux mille victimes, en deux mois, dans une ville de dix mille âmes, réduite par l’émigration à six mille, voilà le bilan funèbre du choléra à la Basse-Terre !

11 faudrait remonter loin dans les fastes épidémiques du passé pour trouver une mortalité qui approche de celle-là. Cette mortalité extraordinaire a ses causes. Témoin de tous les instants dans ce terrible drame, je dirai ce que j’ai vu et observé, en signalant autant que possible les causes prochaines ou éloignées, sans la connaissance desquelles on ne comprendrait rien à la gravité, sans égale, de l’épidémie dans cette ville.

Le choléra a éclaté à la Basse-Terre , vingt jours après avoir paru à la Pointe-à-Pître; l’opinion qui régnait dans cette dernière ville sur la nature et l’origine de la maladie a eu sa part dans les malheurs du chef-lieu de la colonie. La population de la Pointe-à-Pître, effrayée par le fantôme d’une fièvre si meurtrière, qu’on lui disait sortie de ses marais , s’est enfuie vers la Guadeloupe volcanique où les fièvres sont moins à craindre.

Le choléra a fait comme les habitants, il les a suivis sur la terre des volcans en donnant ainsi à tout le monde la preuve de sa véritable nature.

Ce ne sont pas quelques personnes isolées qui quittaient la Pointe-à-Pitre; on émigrait en masse, par familles entières. La voiture publique, le bateau à vapeur qui font un service régulier entre les deux villes étaient pleins à chaque voyage. De leur côté, les goélettes et les bateaux à voiles qui font le cabotage entre les deux villes, apportaient aussi leur concours au courant de l’émigration.

Les émigrants arrivaient avec tout ce qui était nécessaire pour un séjour qui pouvait durer longtemps. Dans leur précipitation à fuir, ceux qui avaient perdu des parents n’avaient pas toujours le temps de faire blanchir leur linge, car un grand nombre de lessivières étaient mortes; parmi celles qui restaient, les unes ne voulaient plus laver, parce qu’elles avaient bien vite remarqué le danger auquel les exposait l’exercice de leur profession; celles qui consentaient encore à te faire ne pouvaient suffire à des besoins si rapidement accrus par les vides faits dans leurs rangs et par le grand nombre des malades.

La multiplicité des relations établies entre les deux villes et le choix que les émigrants faisaient pour leur résidence de la Basse-Terre et des hauteurs voisines, depuis le commencement de l’épidémie, expliquent très-bien comment cette ville, située à l’extrémité de l’île volcanique la plus éloignée de la Pointeà-Pître, a été atteinte avant la plupart des communes intermédiaires. Ce fait rentre pleinement dans l’ordre des données de l’origine contagieuse qui a été partout si évidente à la Guadeloupe.

La Basse-Terre et les hauteurs voisines surtout ont donc été littéralement envahies par l’émigration de la Pointe-à-Pitre, avant d’être frappées. On arrivait avec la confiance d’être à l'abri de l’épidémie. Tout le monde partageait cette trompeuse sécurité. A peine un faible écho de la dissidence qui s’était manifestée à la Pointe-à-Pitre sur la nature de la maladie, avait-il redit ici le mot de choléra, personne n’y croyait ; les pessimistes étaient ceux qui pensaient que l’épidémie pourrait bien atteindre la Basse-Terre, mais qu’elle y serait moins grave qu’à la Pointeà-Pitre.

Telle était la situation du chef-lieu de la colonie et de la colo-

nie tout entière , en face de l’épidémie ; elle aide à en comprendre la rapide diffusion par le grand nombre de personnes et de choses contaminées qui ont envahi, en peu de temps, la plupart des communes, car un autre fait d’une grande importance, comme nous le verrons dans la suite, c’est que l’épidémie éclatait dans chaque localité après l’arrivée des malades du dehors ou l’introduction de linge qui avait servi à des cholériques.

La santé publique était bonne à la Basse-Terre ; une petite épidémie d’oreillons avait passé sur la ville, deux mois auparavant, mais il n’en restait plus de traces. Les enfants et les femmes de la classe pauvre avaient surtout été atteints. Les fièvres n’étaient ni plus nombreuses ni plus graves qu’à l’ordinaire, et elles ne présentaient aucun caractère particulier qui pût faire penser aux fièvres dites cholériques et cholériformes , dont il a été tant question plus tard.

2. — Le choléra apporté de la Pointe-à-Pitre sur la rade de la Basse-Terre. — Incertitude sur la date précise des premiers cas en ville. — Premiers cas officiellement connus.

Le premier cas de choléra a paru à la Basse-Terre, le 7 novembre. Il venait de la Pointe-à-Pître et a été observé sur un homme de l’équipage du bateau le Collector, qui arrivait de cette ville. C’est quatre jours plus tard, le H novembre, que l’épidémie débutait en ville par des cas officiellement constatés.

Le 7 novembre, vers six heures du soir, je suis requis pour visiter un matelot malade, à bord de ce bateau qui venait d’entrer en rade. Quand je fus monté à bord, le capitaine me déclara qu’il avait un matelot atteint de la fièvre qui régnait à la Pointeà-Pître, qu’il n’avait pas d’autres malades à bord, que ses passagers au nombre de sept et son équipage au nombre de huit hommes, non compris le malade qui faisait neuf, étaient tous en bonne santé.

Le malade, jeune homme de couleur de vingt et quelques années, était dérangé du ventre depuis la veille; le mal a augmenté pendant la nuit, cependant le malade tenait encore la barre du gouvernail à six heures du matin.

Pris alors de vomissements, de selles liquides abondantes,

LIS CHOLERA DK LA GUADKLOUPE.

frappé bientôt d’algidité, il se coucha sur le pont. Je le trouvai, au moment de ma visite, dans cette position où il était resté depuis le matin. Devant çe faciès défait et amaigri, ces yeux caves, cette voix éteinte, devant cette marche si rapide du mal et l’antécédent d’une bonne santé il n’y avait pas à douter. J’eus un moment de surprise et d’étonnement; je prescrivis quelques remèdes qu’on'n’eut pas même le temps de faire venir, le malade mourait une heure environ après ma visite. Les passagers et l’équipage rangés sur le pont me déclarèrent, comme l’avait fait le capitaine, qu’ils étaient bien portants et rien dans leur aspect n’indiquait qu’il en fût autrement.

Je prescrivis la quarantaine provisoire au lieu ordinaire, et je rédigeai le procès-verbal de ma visite, conformément aux déclarations du capitaine, en exprimant de nouveau, dans cette pièce qui devait être communiquée à la commission sanitaire et à l’autorité supérieure , l’opinion qu’il y avait lieu do faire mouiller ce bâtiment au poste de quarantaine. Je ne veux dire sur ce sujet que ce qu’il est indispensable de dire, mais une observation est à faire ici. J’étais requis, à propos du Collector, pour visiter le malade qui se trouvait à bord et non pas pour arraisonner le bateau. Les navires venant de la Pointe-à-Pitre n’étaient soumis à la Basse-Terre pas plus que dans les autres ports de la colonie à aucune mesure sanitaire ; la commission sanitaire chargée de prendre ces mesures n’avait pas même été consultée à l’égard des provenances de la Pointe-à-Pitre et elle n’avait pas eu à s’en occuper; c’est ce qui devait être, si nous nous rappelons la doctrine qui avait triomphé sur l’origine et la nature de l’épidémie. Appelé de nouveau, à neuf heures du soir, pour vérifier le décès, je trouvai le cadavre couché sur le ventre, la face tournée vers le pont ; les membres étaient froids et déjà rigides, le corps conservait un reste de chaleur. J’examinai, à la lumière d’un fanal, la figure et les mains; les ongles étaient noirs, les doigts ridés, la paume de la main violacée.

Je visite ensuite les hommes de l’équipage, qui sont tous en bonne santé et n’ont eu , me disent-ils , aucun rapport immédiat avec le malade, si ce n’est pour lui donner à boire. Il est bon de faire remarquer qu’à bord de ces bâtiments, l’équipage couche sur le pont, en plein vent, de sorte que dans le cas où un homme est atteint d’une maladie contagieuse miasmatique, le danger de transmission est aussi faible que possible. Je de-

mande les passagers et j’apprends qu’ils ont été débarqués. Voici ce qui était arrivé :

Entre mes deux visites il y eut réunion de la commission sanitaire dont j’étais membre; mais cette fois je ne fus pas convoqué et n’y assistai pas. Dans cette réunion, la libre pratique fut donnée aux passagers qui débarquèrent aussitôt et le bâtiment fut maintenu en quarantaine provisoire. Je dois constater ici ce fait du débarquement des passagers du Collector, en vertu d’une décision de la commission sanitaire, qui fut prise dans une réunion à laquelle jene fus point convoqué et n’assistai pas, parce que j’ai appris, plus tard, que quelques-unes de ces consciences obliques , comme on en trouve partout , avaient cherché à m’associer à cette mesure à laquelle j’étais non - seulement étranger, mais formellement opposé, et qui se trouvait également en flagrante opposition avec les instructions que j’avais données au patron ou capitaine du bateau, au capitaine de port en descendant à terre, après ma première visite, et à l’opinion formulée par écrit dans le procès-verbal de l’interrogatoire du capitaine du Collector.

Après cette seconde visite, où je venais de vérifier le décès et de constater l’état du cadavre, je trouvai, cette fois, la commission sanitaire réunie au bureau du port. Je lui déclarai que le matelot du Collector avait succombé au choléra.

Une quarantaine d’observation avec fumigations et purifications et l’immersion du cadavre au large furent décidées et mises immédiatement à exécution.

En me rendant chez moi, je rencontrai sur la promenade du cours Nolivos un négociant qui a rendu plus tard d’éminents services dans l’épidémie, M. Brunerie, etM. le docteur Douënel auxquels j’annonçai également que le matelot du Collector avait succombé au choléra. A en juger par ce que j’ai vu dans mes deux visites à bord, l’équipage n’a pas dû avoir beaucoup de rapports avec le malade. J’ai trouvé ce malheureux couché sur la planche, sous le vent et près d’un dalot, le pantalon descendu sur les talons, de sorte que pendant tout le temps qu’il est resté dans cetteposition, et il y était depuis le matin, il n’a pas dû salir de linge . les déjections coulaient d elles-mêmes à la mer, un peu d’eau nettoyait tout. Dans ma première visite, quand il s’est agi de faire approcher un de ses camarades, pour me donner quelques renseignements ou compléter ceux que le malade me

donnait d’une voix presque éteinte, il m’a fallu réitérer mon appel avec insistance, et de même, dans ma seconde visite , lorsque j’ai demandé qu’on m’aidât à retourner le cadavre qui était couché sur le ventre, afin do pouvoir mieux l’examiner. J’ai compris qu’en dépit du nom de fièvre intermittente , mauvaise fièvre ou fièvre de la Pointe que tous donnaient à la maladie, l’approche du cadavre était redoutée à l’égal de celle du malade. La peur était ici un témoigage non douteux que le sentiment spontané des gens étrangers à la médecine et à ses théories avait deviné là quelque chose d’extraordinaire.

Le lendemain matin, à huit heures, je rendis compte au médecin en chef de la colonie de l’événement de la veille et lui déclarai que j’avais reconnu le choléra, d’une manière certaine, dans la maladie du matelot mort à bord du Collector. M. le chef du servive de santé ne parut pas persuadé, car il blâma fortement l’immersion du cadavre au large et il aurait voulu que l’inhumation eût été faite à terre comme à l’ordinaire.

Le même jour, à onze heures du matin, le gouverneur me fait appeler. Ce n’était pas, comme j’eus un instant la présomption de le penser, pour connaître mon opinion sur la nature de la maladie à laquelle avait succombé lematelotdu bateau venu de la Point-à-Pître, mais pour me demander ce queje pensais de la quarantaine, à propos de ce navire.

La commission sanitaire allait délibérer sur cette question. Comme on avait donné la libre pratique aux passagers, il y avait peu de raison pour mettre l’équipage en quarantaine. Le danger de contamination venait beaucoup plus, dans le cas actuel, du côté des passagers que de celui de l’équipage. Les premiers prenaient domicile en ville, ils apportaient avec eux des quantités de linge toujours suspect, les matelots ne faisaient tout au plus que mettre pied à terre dans la ville et n’y résidaient pas. D’ailleurs, dans l’état des relations si fréquentes qui avaient lieu par toutes les voies entre les deux villes, cette quarantaine imposée à la partie la moins dangereuse du personnel d’un bâtiment était une mesure inconséquente. Je déclarai donc que, selon moi, la libre pratique accordée aux passagers impliquait la libre pratique pour l’équipage.

Je savais qu’en France il arrive souvent de voir mettre en quarantaine l’équipage et le bâtiment, tandis qu’on donne la libre pratique aux passagers. C’est ce qui avait eu lieu au moisdejuin

de l’année précédente, quand je débarquai à Saint-Nazaire, du navire le Tampico , de la Compagnie transatlantique ; les passagers, au nombre desquels j’étais, débarquèrent immédiatement, mais l’équipage et le bâtiment firent une quarantaine d’observation de trois jours.

En principe, cette disjonction de l’équipage et des passagers, pour les soumettre à des mesures différentes, ne se justifie pas; mais je reconnais que, dans la pratique, il est des circonstances qui la rendent nécessaire en quelque sorte, c’est quand le danger paraît surtout attaché au bâtiment et qu’il faudrait, quelquefois, sacrifier de grands intérêts à des sujets de crainte presque nuis, si l’on voulait retenir les passagers à bord. C’était le cas du Tampico , encombré de passagers, venant d’un pays où régnait la fièvre jaune, avec sa cale bondée de marchandises de toute espèce. L’exemple tout récent de T Anne-Marie, qui avait introduit la fièvre jaune à Saint-Nazaire, non point, paraît-il, par des personnes, mais par le méphitisme spécifique de sa cale, expliquait cette mesure d’exception. Je ferai remarquer, à ce sujet, que le choléra paraît beaucoup plus susceptible que la fièvre jaune de se transmettre parles personnes qui en sont atteintes ou par leur linge, et moins, au contraire, par les bâtiments euxmêmes. Le Gollector se présentait dans des conditions toutes différentes ; c’était surtout les passagers qu’il fallait isoler dans ce cas-ci. Naturellement, je ne pus manquer de profiter de cette circonstance pour faire connaître au chef de la colonie mon opinion sur le malade du Collector.

Je trouvai le Gouverneur fort peu disposé à partager cette manière de voir. Évidemment son siège était fait. Il soutenait l’idée de la fièvre pernicieuse, surtout par des raisons d’autorité : l’opinion du corps médical de la Pointe-à-Pître et celle du médecin en chef, s’appuyant aussi de son expérience personnelle qui ne lui avait pas fait voir, chez les malades de la Pointe-à-Pitre,

| la physionomie caractéristique qu’il avait observée autrefois chez les cholériques de Paris.

Je ne pus que maintenir mon opinion, ce que je fis en ces termes : M. le Gouverneur, c’est bien le choléra et ce n’est pas autre chose. L’esprit libéral et élevé de M. de Lormel, s’il ne fut pas persuadé, ne pouvait m’en tenir mauvais compte.

C’est par une correspondance officielle en date de ce même jour, 8 novembre, que l’apparition à la Pointe-à-Pitre, d’une

épidémie dite de fièvre pernicieuse algide fut portée à la connaissance du Ministre de la marine et des colonies.

Le résultat de la délibération de la Commission sanitaire fut de lever la quarantaine; le Collector, mis eri libre pratique le même jour, est parti pour la Martinique et n’a eu depuis aucun malade.

Quant aux passagers, mes renseignements laissent beaucoup à désirer sur ce qu’ils sont devenus. 11 m’a été impossible de rien apprendre de certain ; il semblait que l’on eût toujours peur de se compromettre. 11 y avait à bord sept passagers, je les ai vus et comptés; plus tard, ayant entendu dire que plusieurs d’entre eux avaient succombé les premiers jours qui suivirent leur débarquement, ainsi qu’un noir nommé Titi, qui leur avait donné asile, dans cette partie de la ville qn’on nomme le Bas du Bourg, j’ai voulu en retrouver les traces. Une lettre du commissaire de police, à qui ces renseignements furent demandés par la voie officielle, annonçait qu’il n’y avait à bord du Collector que quatre passagers. De ces quatre passagers, il n’en restait plus qu’un seul à la Basse-Terre ; c’était une femme ; je la vis, elle m’assura que les trois autres étaient partis pour les îles anglaises quelques jours après leur arrivée. Quantau nommé Titi, personne qui le connût ou avouât le connaître. Je dois dire que cette passagère m’a paru apocryphe, et que les renseignements qu’elle me donnait n’étaient pas exacts.

Je m’adressai alors à l’état civil : la note qui me fut remise des décès survenus, dans la commune de la Basse-Terre, depuis le 7 novembre jusqu’au 13, jour d’où on a fait dater le début de l’épidémie, ne portait que trois décès, c’étaient ceux de personnes résidant à la Basse-Terre, qui n'étaient pas allées à la Pointeà-Pitre, ne se trouvaient point, par conséquent, au nombre des passagers du Collector , et n’étaient pas mortes du choléra.

Nous trouvons donc ici, entre les documents et les faits, les mêmes contradictions qu’à la Pointe-à-Pitre. Le Collector avait sept passagers; quelques mois plus tard, on déclare qu’il n’en avait que quatre. Tirant de ces contradictions les conséquences logiques qui en découlent naturellement, et qui sont d’ailleurs confirmées par d’autres renseignements, je pense donc que 1 importation du choléra à la Basse-Terre s est laite par les passagers du Collector , qu’il y a eu, en ville, depuis l’arrivée de ce bâtiment en vade, jusqu’au (3 novembre, jour où les premiers dé

cès de l’épidémie ont été officiellement annoncés, quelques cas de choléra qui ont pu passer inaperçus, sans qu’il soit possible de comprendre comment, et qu’entre autres, plusieurs passagers du Collector ont succombé au choléra.

Ce qu’il y avait à faire pour le Collector, c’était d’abord de ne pas donner l’entrée de la ville aux passagers, puis de soumettre tout le personnel du bâtiment et les effiets d’habillement à des mesures de désinfection et à une quarantaine d’observation, suffisamment prolongée, dans un lieu approprié. Le bateau ne convenait nullement pour cela, à cause du manque d’espace, de l’insolation forcée et de l’exposition aux autres intempéries, qui devaient mettre les personnes condamnées à y séjourner, dans les conditions d’hygiène les plus fâcheuses et les plus propres à faire éclater parmi elles la maladie, si elles en avaient le germe.

Quoi qu’il en soit du Collector et de ses passagers, il n’était plus guère possible désormais de préserver la Basse-Terre ni les autres parties de la colonie. A cette époque, la Pointe-à-Pître comptait plus de vingt décès par jour, l’épidémie avait atteint les communes des Abymes, du Canal, du Moule, de Saint-François à la Grande-Terre ; du Lamentin et de Sainte-Rose à la Guadeloupe et l'île de Marie-Galante. Elle était entrée partout avec les émigrants de la Pointe-à-Pître.

La Basse-Terre ne pouvait échapper longtemps, car rien n’avait été changé aux relations habituelles entre les deux villes, si ce n’est que les communications étaient devenues plus fréquentes, depuis que l’épidémie prenait de l’extension à la Pointe-à- Pître et que beaucoup d’habitants de* cette ville venaient se réfugier à la Basse-Terre. L’épidémie s’avançait de tous côtés sur le sol de la Guadeloupe, où plusieurs communes étaient déjà atteintes, chaque voiture, chaque bateau, chaque voyageur à pied pouvait l’apporter d’un instant à l’autre.

Entre les passagers du Collector et la première victime connue à la Basse-Terre, se trouve un hiatus qu’il ne m’est pas possible de combler avec les documents officiels.

C’est le 11 novembre, quatre jours après l'arrivée de ce bateau, que. l’épidémie débute notoirement et elle commence par une blanchisseuse. Sans avoir d’idées préconçues pour ou contre l’un ou l'autre mode d’origine du choléra, spontanéité ou transmission, il est impossible de ne pas être frappé de cette circons-

tance qui met les blanchisseuses parmi les premières victimes de l’épidémie, à la Pointe-à-Pitre, à la Basse-Terre et dans d’autres communes.

Le samedi, 11 novembre, la blanchisseuse Eugénie lavait à la rivière aux Herbes. Son travail fini, elle revient chez elle, souffrant un peu du ventre. Dans la nuit elle eut plusieurs selles, mais elle était encore assez bien le lendemain, dimanche, pour aller à la messe. Dans l’après-midi, elle est plus mal. Sa sœur, appelée auprès d’elle, ne la quitte plus. Elle avait des selles liquides, blanchâtres, des vomissements, des douleurs de ventre, une soif ardente ; bientôt survinrent le refroidissement du corps, la perte des forces, un amaigrissement rapide; tels furent les symptômes observés par les assistants. Eugénie mourut le 13, à six heures du matin. Sur la réquisition du maire, j’ai visité le cadavre une heure après la mort.

Les membres étaient froids et rigides, la paume des mains, les contours des orbites, noirs ou livides ; la figure singulièrement amaigrie, pour une maladie qui avait duré si peu de temps. Les renseignements obtenus et l’examen cadavérique concordaient de tous points ; je diagnostiquai le choléra.

Je chargeai l’agent de police qui m’accompagnait de porter cette nouvelle au maire, de demander l’inhumation immédiate, de faire désinfecter les linges qui avaient servi et le logement lui-même avec le chlorure de chaux. J’allai, de mon côté, rendre compte au médecin en chef de mes constatations et particulièrement de mon diagnostic, qui me paraissait inattaquable.

Bientôt j’apprends, cependant, de M. le médecin en chef, qui le tenait d’un honorable confrère qui avait vu la malade, qu’elle aurait succombé à une dysenterie gangreneuse et que je m’étais trop hâté d’affirmer le choléra.

Je ne pus voir, dans cette assertion, qu’une supposition gratuite et inadmissible, faite pour éloigner l’idée du choléra. Cette opinion n’était justifiée ni par l’aspect du cadavre ni par les symptômes des deux derniers jours, ni surtout par l’état antérieur de la malade, qui lui permettait, f avant-veille de sa mort, de laver toute la journée à la rivière et la veille d’aller à la messe. En présence d’une telle contradiction, je dus toutefois vérifier de nouveau mes informations, a Ma sœur n’était pas malade, me dit Nadine, sœur d’Eugénie, elle avait eu la dysenterie, mais elle étaitguérie ; elle est morte du choléra. — Elle avait, luidis-je

d’après ce qui m’avait été rapporté, lavé sa chambre dans la soirée du samedi et elle s’était ensuite couchée sur le plancher humide, ce qui a causé tous les accidents. — Elle n a pas du tout lavé sa chambre, me répondit-elle ; seulement, nous avons essuyé, avec un linge mouillé, les parties du plancher tachées par ses déjections. » La mort d’Eugénie a fini par être restituée à sa véritable cause, le choléra; maïs on ne peut voir qu’avec un sentiment de profonde tristesse à travers quels sentiers obstrués d’obstacles est obligée de cheminer la vérité; il semble qu’elle est ce qu’il y a de moins honorable.

La rivière aux Herbes est le lavoir public le plus fréquenté de la Basse-Terre. Elle a joué, dans l’épidémie de cette ville, un rôle important qui ne s’explique bien que dans l’hypothèse de la contagion. Nous venons de voir une blanchisseuse être prise du choléra, après avoir lavé à cette rivière; les deuxième et troisième cas sont aussi nés sur ses bords. A l’heure où expirait Eugénie, on signalait en ville deux^autres malades, deux jeunes filles : l’une avait été frappée la veille au soir, l’autre venait de l’être à cinq heures du matin ; elles habitaient toutes les deux des maisons voisines de la rivière.

La première de ces deux malades, Némosa, jeune fille de couleur, de vingt ans, atteinte dans la soirée du 12 novembre, meurt le 13, vers midi, après avoir présenté la même série de symptômes qu’Eugénie : selles liquides et blanchâtres, vomissements, puis affaiblissement et disparition du pouls, algidité, cyanose bien marquée, suppression des urines.

Appelé aussi, par réquisition du maire, à visiter ce cadavre, je trouvai, à un degré très- prononcé, l’habitude extérieure du choléra foudroyant : faciès amaigri, offrant une cyanose péri— orbitaire très-prononcée, beaucoup plus apparente ici que chez Eugénie, à cause de la couleur plus blanche de la peau. L’amaigrissement, les rides, l’excavation des contours orbitaires donnaient à cette jeune fille une apparence sénile. Un agent de police m’accompagnait aussi, comme chez Eugénie, je prescrivis l’inhumation immédiate, avec les mêmes précautions.

Némosa était domiciliée sur la rive droite et sous le vent de la rivière, tout près de son embouchure. Elle habitait une case en planches, en forme d’appentis, exhaussée de plusieurs mètres au-dessus du sol. ouverte sur la rivière et recevant, de ce côté seulement, l’air et la lumière. En face et un peu en aval, s’élève,

sur l’autre rive, l’abattoir. Entre le logis de Némosa et l'abattoir on remarque un îlot, sorte de Delta en miniature, entouré 1 11 par les deux bras de la rivière, que retient captive, en cet endroit, une barre de galets et de sables, accumulés par le Ilot ou apportés par la Rivière au moment de ses crues. La branche gauche du Delta sert de réceptacle ou de voirie aux produits non utilisés de l’abattoir, sang, excréments, débris animaux de toute sorte.

La canalisation de la rivière, dans cette partie de son cours, est un des premiers desiderata de l’hygiène de la cité. Chargé par le Gouverneur, vers la fin de l’épidémie, de visiter l’abattoir, dont les environs sont une des parties de la ville qui avaient le plus souffert pendant l’épidémie, je signalai, comme principales causes d’insalubrité, les conditions topographiques précédentes.

Irons-nous, à l’exemple de ce qui s’est fait à la Pointe-à-Pitre, invoquer de pareilles conditions pour expliquer la maladie de Némosa et les ravages de l’épidémie dans ce quartier de la ville? Assurément, non. Il faudrait, pour que cela fût possible, qu’Eugénie, qui travaillait en amont et au vent de l’abattoir, n’eût pas précédé Némosa sur la liste des victimes ; il faudrait, surtout, qu’il s’agît d’une autre maladie que le choléra. Les grands ravages du fléau dans le quartier de l’abattoir s’expliquent par des raisons particulières d’insalubrité, dont la première est probablement la présence de ce cours d’eau qui recevait de nombreuses déjections et par la misère qui règne dans ce quartier. Les mêmes causes ont produit des effets semblables dans d’autres parties de la ville, qui ont été également très-maltraitées; mais il ne faut voir dans ces conditions fâcheuses de topographie et d’hygiène que des causes accidentelles d’aggravation de l’épidémie; elles ont aggavé le choléra, parce qu’elles aggravent toutes les maladies. Je suis cependant porté à penser qu’il y a eu dans cette partie de la ville, comme dans d’autres parties, traversées aussi par des cours d’eau, et qui ont été également éprouvées, telles que la ravine à Billot, la ravine / Espérance, une cause plus spéciale de la violence que l’épidémie y a déployée ; c’est la grande quantité de matières et d’objets contaminés auxquels ces eaux servaient de véhicule, et en même temps la surabondance de l’humidité qui règne aux environs des cours d’eau et qui pouvait accroître, dans ces lieux, la proportion do l’agent miasmatique répandu dans l’air, car cet agent a proba-

blement pour véhicule la vapeur d’eau elle-même. L abattoir et sa voirie infecte ne sont pour rien dans ces résultats ; on pourrait même, si ce n’était, en quelque sorte, fournir un argument et donner unencouragement aux contempteurs de l’hygiène, inférer d’un grand nombre de faits connus dans la science, quele genre de méphitisme qui résulte du voisinage d’une voirie d’abattoir, n’ajoute rien à la gravité d’une épidémie de choléra ; il a même paru quelquefois l’atténuer. Dans l’épidémie de Paris de 1832, les ouvriers des clos d’équarrissage, de même que ceux qui fabriquaient la poudrette, ont fort peu souffert ; les quartiers rapprochés de Montfaucon furent aussi relativement épargnés.

g II. — OBSERVATIONS PARTICULIÈRES.

Pour faire connaître l’épidémie de la Guadeloupe et ne laisser subsister aucun des doutes qu’on a élevés sur sa nature, je commencerai par donner un certain nombre d’observations cliniques, empruntées à toutes les époques de sa durée, puis je présenterai une description générale de la maladie, en la considérant sous les divers aspects les plus propres à en faire ressortir les principaux caractères ; je dirai ensuite un mot des fièvres appelées pernicieuses, et je terminerai par un examen, devenu nécessaire, des profondes différences qui séparent ces maladies du choléra qui a régné à la Guadeloupe depuis le 22 octobre 1865, jusqu’au mois de mai suivant.

Tous les faits cliniques essentiels ont été cent fois constatés et ils établissent de la manière la plus évidente, comme on le verra parles observations suivantes, la complète identité du choléra de la Guadeloupe avec le choléra indien, le choléra épidémique de tous les pays où il a été étudié, avec le choléra qui a fait, au printemps de l’année 1865, sa quatrième apparition en France. La seule différence c’est que la maladie a été, à la Guadeloupe, beaucoup plus violente et plus meurtrière.

J’ai observé le choléra dans les hôpitaux de Paris en 1849. notamment à l’hôpital du Val de-Grâce, à l’hôpital de la Charité et à celui des Cliniques. Si mes souvenirs sont exacts, je n’ai vu, à cette époque, aucun cas de choléra se terminer parla mort, en moins de vingt-quatre heures, et j’en ai vu fort peu qui ne

passaient pas une période de réaction plus ou moins marquée, avant l’issue funeste. La maladie ne marchait jamais avec cette effrayante rapidité qui ne laisse pas le temps d’agir ; le nombre des malades et la mortalité n’avaient non plus rien de bien alar mant; le choléra passait inaperçu ailleurs que dans les hôpitaux. Aux mois d’octobre et de novembre de la même année, j’ai vu, mais en passant seulement, l’épidémie de Brest, qui resta presque exclusivement renfermée dans le bagne et les salles de l’hôpital de la marine affectées aux condamnés malades. Le choléra sévissait là sur une agglomération d’hommes placés nécessairement dans de très-mauvaises conditions hygiéniques ; la proportion des morts sur les malades, celle des malades sur la population envahie par l’épidémie étaient grandes, mais ce n’était rien en comparaison du spectacle qu’il m’était réservé de voir à la Basse-Terre de la Guadeloupe. Est-ce que, par hasard, les conditions de l’ordre hygiénique auraient été plus défavorables dans les couches inférieures de la population de la Basse- Terre qu’elles ne l’étaient dans cet asile du vice et du crime, qu’on nomme le bagne? Je ne le crois pas. C’est plutôt que la cause spécifique du choléra a trouvé, à la Guadeloupe, des conditions physiques d’un autre ordre, éminemment favorables à la dissémination dans l’eau et dans l’air de l’agent inconnu qui en contient le principe, telles qu’une température élevée, une grande humidité, l’abondance des eaux courantes, leur affectation à des usages domestiques qui les exposait à être contaminées, en même temps qu’elles servaient souvent d’eaux alimentaires.

première observation. — Choléra foudroyant, forme cérébroabdominale ataxique, mort.

Hélène, jeune fille de couleur d’une vingtaine d’années. J'ai vu la malade à deux heures de l’après-midi; elle était atteinte depuis cinq heures du matin. En proie à une extrême agitation, elle se tordait sur sou lit avec des cris plaintifs et étouffés, soif ardente, senlimeut de chaleur brûlante alors que le corps était glacé, pouls presque insensible; les évacuations intestinales, arrêtées depuis quelque temps, étaient liquides, blanchâtres. Les vomissements revenaient chaque fois que la malade essayait de boire; la voix était rauque, extrêmement faible, l’haleinc froide.

La malade était soignée par M. le docteur Douënel; nous prescrivîmes de concert une potion stimulante.

Visitée, un peu plus tard, par un confrère qui croyait à la fièvre per-

nicieuse, 4 grammes de sulfate de quinine en potion lui lurent prescrits.

Nous voilà en présence de la médication qui a été le plus souvent, je dirai presque universellement appliquée, pendant l’épidémie de la Guadeloupe. Elle reposait sur l’idée que la maladie était une fièvre pernicieuse. Plus tard, quand il a bien fallu avouer le choléra, elle s’appuyait encore sur l’identité présumée de la fièvre pernicieuse et du choléra. Ce n’est pas le moment d’apprécier celle médication; j’en parlerai à l’occasion du traitement.

La malade mourait à onze heures du soir, sans aucun indice de réaction, dans un état de collapsus cérébral qui a duré deux heures.

Les douleurs vives, l’agitation, l’ataxie, ont caractérisé ce cas. Cette forme de la maladie a été la plus commune, au commencement de l’épidémie.

Hélène habitait une maison salubre, située à 200 mètres, à peu près, en amont du logement de Némosa, sur la rive gauche de la même rivière et, par conséquent, au vent. Ce logement, orienté à l’O. , est distant de la rivière d’environ 30 mètres, en projection horizontale et d’autant en élévation, au-dessus du niveau de l’èau. Si, comme il est probable, la rivière aux Herbes servait déjà à cette époque de véhicule à des agents contagieux, la maison d’Hélène, pour être moins exposée à leur action que celle de Némosa, n’en était cependant pas à l’abri. Les émanations du fond de la vallée lui arrivaient plus ou moins selon la direction du vent. Quoi qu’il en soit, c’est un fait assurément remarquable que les trois premiers cas de choléra officiellement annoncés à la Basse-Terre, les trois décès de la journée du 13 novembre aient eu lieu, sur une blanchisseuse qui lavait à cette rivière et sur deux jeunes filles qui habitaient des maisons riveraines, situées non loin de l’endroit où on lave.

4e Cas. — Mme Alexandre S... encore une -blanchisseuse. Elle lavait aussi à la rivière aux Herbes, mais n’y était point allée, dit-on, les derniers jours. Seulement, elle a visité Eugénie après sa mort, elle est restée auprès d’elle, a aidé à la mettre dans le cercueil, a vu recouvrir le corps de chaux vive, ce qui l’a vivement impressionnée. Puis elle a suivi le convoi funèbre. Le même jour, c’est-à-dire le 13, elle est prise de diarrhée; le lendemain 14, choléra confirmé, mort le 15. Le 14, un cas se présentait rue d’Enfer, quartier de l’abattoir, auprès et sous le vent de la rivière aux Herbes et du logement de Némosa. Voici la relation de ce cas ;

deuxième observation. — Choléra foudroyant, forme cérébroabdominale ataxique, mort.

Marguerite, environ quarante ans, colporteuse, a visité, dans la journée du 13, Némosa malade, dont la maison était à 20 ou 30 mètres de la sienne. Invasion le 15, à 7 heures du matin, en sortant du lit, par une sensation de refroidissement, un grand malaise, des douleurs de ventre, des nausées et presque aussitôt des évacuations alvines et des vomissements. Cette malade était depuis la veille dans sa période mensuelle qui s’arrêta subitement.

J’ai vu la malade à midi ; les évacuations alvines étaient devenues rares et peu abondantes, elles consistaient en un liquide blanchâtre; les vomissements continuaient avec opiniâtreté, mais ne paraissaient contenir que des boissons; soif très-vive, douleurs épigastriques, langue pâle, sèche et sans chaleur, grande agitation.

Le pouls est extrêmement faible, ralenti, la peau refroidie; les mains 3el les avant-bras tout à fait froids, le faciès amaigri, les orbites sont creux, entourés d’un cercle foncé, voix notablement affaiblie, tintements d’oreilles, il n’y a pas eu d’urines depuis les premières selles.

Thé chaud alcoolisé, café, glace, eau albumineuse, petits lavements laudanisés, applications chaudes, frictions excitantes, vésicatoire à l’épigastre. A quatre heures, tous les symptômes sont aggravés, excepté les douleurs épigastriques qui paraissent calmées, la stupeur a remplacé l’agitation.

Pouls presque nul aux poignets, le corps a perdu de sa chaleur, le refroidissement est surtout marqué aux membres et à la face, l’occiput et le sommet de la tête offrent au contraire une température plus élevée qu’à l'état normal. Peau ridée sur le dos des mains et aux doigts; voix rauque, presque éteinte; intelligence engourdie, sans délire ; respiration oppressée, suspirieuse. Plus d’évacuations, point d'urines. Mort vers sept heures du soir, après une heure d’état comateux, sans qu’aucune tendance à la réaction se soit manifestée.

J’ai noté que cette malade a été atteinte à l’époque de sa menstruation. Le nombre considérable de malades présentant le même phénomène que j’ai rencontrées pendant cette épidémie, m’a donné lieu de penser qu’il y a peut-être dans l’état menstruel une condition physiologique, favorable au développement de la maladie. Un autre fait digne de remarque c’est l’arrêt du llux menstruel sous l’influence du choléra. Le contraire a, paraît-il, été observé en France. L’explication de ces effets opposés, c’est sans doute la différence d’intensité de la maladie dans les deux cas.

Nous sommes au 15 novembre; il y a quatre jours que le choléra est notoirement déclaré en ville et nous connaissons neuf victimes. Si nous recherchons la distribution topographi-

que de ces neuf cas, nous en trouvons six qui ont, avec la rivière aux Herbes, des rapports de proximité qu’il importe de remarquer. Eugénie ne demeurait pas auprès de la rivière, mais elle y lavait; les cinq autres cas, savoir : un, impasse du Pontaux-Herbes; deux, rue d’Enfer; deux, rue du Calisbé, se sont déclarés dans des maisons rapprochées de la rivière. Deux autres appartiennent à cette extrémité nord de la ville, dite Bas-du-Bourg, où se sont réfugiés, dit-on , les passagers du Collector, sur lesquels nous sommes si peu renseignés, mais dont trois au moins ont dû mourir du choléra.

11 s’est donc formé, au commencement de l’épidémie, deux foyers principaux: l’un à l’extrémité nord de la ville, l’autre dans le bassin de la rivière aux Herbes. Le mode de formation de ces foyers ne me paraît pas douteux : au Bas-du-Bourg, c’est l’importation par des personnes venues du dehors; dans le bassin de la rivière, c’est le lavage du, linge contaminé. Un troisième foyer va se développer, sur les premières hauteurs situées au vent de cette rivière et du centre de la ville, en même temps que l’épidémie commencera à se répandre partout. Voici à quelle cause paraît due l’invasion si rapide de ces hauteurs qui, par leur situation, semblaient devoir être plus longtemps épargnées que les autres parties de la ville.

Une réunion pieuse avait lieu tous les jours, depuis le 13 novembre, date officielle du début de l’épidémie, dans un pensionnat appelé Versailles, situé sur une terrasse distante d’environ 300 mètres du centre delà ville, exposé au vent, isolé de toutes parts, élevé d’une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer : c’était une neuvaine instituée pour détourner le fléau qui menaçait la ville. Une foule recueillie accourait là tous les soirs; ceux qui avaient perdu des parents ou qui en avaient de malades étaient naturellement les plus empressés à venir au pied des autels. La neuvaine ne put s’achever. Plusieurs cas avaient paru aux environs de Versailles dans la journée du 18 novembre et, le 19, une des pensionnaires mourut du choléra. Les élèves furent alors immédiatement licenciées et la neuvaine close.

Je neveux pas élever de critique contre le sentiment religieux ni contre le culte qu’il inspire. S’il y a encore des choses respectables, ce sont assurément celles-là, pourvu qu’elles ne couvrent pas d’autres intérêts. Mais le sentiment religieux peut

se tromper, comme tout autre sentiment, et il se trompait ici. Bonne pour la confiance et la force morale qu’elle pouvait ins- ■ pirer, la neuvaine de Versailles était pleine de dangers, comme rassemblement de personnes, parmi lesquelles il s’en trouvait probablement plusieurs qui étaient pénétrées du germe de la maladie et avaient déjà le pouvoir de la transmettre.

A partir du 18 novembre, les rues voisines de Versailles donnèrent beaucoup de malades.

troisième observation. — ' Choléra foudroyant , forme cérébroabdominale ataxique, mort, autopsie , trois invaginations intestinales.

Bienaimé, mulâtre, 30 ans, soldat à la compagnie indigène du génie. Invasion le 16 novembre à sept heures du soir; grand malaise, douleurs de ventre, selles liquides, vomissements, défaillances.

Le malade est porté à l'hôpital au milieu de la nuit et reçoit les soins du médecin de garde. Les douleurs abdominales sont devenues extrêmement intenses, elles s’accompagnent de crampes aux extrémités, de contorsions de tout le corps, d’une extrême agitation et d’une soif ardente. Le corps est froid, les extrémités glacées, le pouls radial a complètement disparu; les mains sont bleuâtres, crispées; les yeux éteints, enfoncés, cerclés de noir.

J’ai vu le malade à sept heures du matin, il a perdu connaissance depuis une heure, et n’offre plus que l’aspect d’un cadavre. La cyanose, l’état plissé de la peau des mains, la perte complète de rétraclilité; la cadavérisation de la face caractérisée par l’amaigrissement, les rkles, l’aspect grippé, l’opacité de la cornée, l’enfoncement des orbites entourés d’un cercle noir; les antécédents, les symptômes et la marche de la maladie attestent le choléra foudroyant.

La mort a eu lieu quelques instants après une visite.

Autopsie une demi-heure après...

Habitude extérieure. — Taille moyenne, amaigrissement prononcé, saillie des muscles et des tendons. La raideur cadavérique a déjà atteint les doigts et les poignets. Les mains offrent l’état caractéristique cidessus indiqué, cyanose et rides.

Thorax. — Les poumons distendus par l’air sont pâles, crépitants et contiennent fort peu de sang. 11 n’y a donc pas véritable asphyxie dans le choléra. Le cœur est peu volumineux et ne contient que quelques caillots noirs et mous. Le sang des grosses veines est noir et visqueux: les artères sont vides.

Abdomen. — Le grand épiploon et le mésentère offrent une injection à gros traits de couleur foncée : les veines distendues forment le long des insertions intestinales du mésentère de gros cordons noirs. La masse intestinale offre une couleur hortensia et une consistance pâteuse; les anses intestinales adhèrent légèrement entre elles par la présence d’une matière poisseuse, opaline, demi-transparente.

L’estomac distendu par des gaz est à moitié rempli d un liquide séreux, blanchâtre, tenant en suspension une infinité de granulations et de flocons albumineux blancs et opaques. L’intestin contient le môme liquide en abondance ; il oflre de plus une particularité très-remarquable : ce sont trois invaginations de l’intestin grêle dont 1 une a plus d’un décimètre de longueur, elles sont à peu près également espacées, la supérieure commençant à 0ra,50 du pylore et l’inf<'rieure à un mètre de la valvule iléocœcale. Les parois de l’intestin n'offrent aucune altération à leur niveau, c’est à peine si la muqueuse est un peu plus colorée qu’en deçà et au delà des parties invaginées. La muqueuse de l’intestin est recouverte, dans toute son étendue, d’un enduit visqueux, blanchâtre et adhérent. Au-dessous de cette couche, on aperçoit quelques granulations peu apparentes; vues à la loupe et à contre-jour, elles sont cependant évidentes, dans la partie supérieure de l’intestin grêle. Il me restait un doute, si à ce degré de développement l’hypertrophie glandulaire méritait bien le nom de psorentérie : ce doute est dissipé; j’ai assisté depuis à plusieurs autopsies de cholériques à l’Hôtcl- Dieu de Paris, sans trouver une seule fois la psorentérie plus manifeste, qu’elle ne l’était sur ce sujet.

Le foie n’offre rien de remarquable, si ce n’est un faible engorgement sanguin. La vésicule est vide.

La rate est presque double de l’état normal et légèrement engorgée. La réplétion vasculaire actuelle n’est point en rapport avec l’augmentation du volume, qui paraît être un état ancien. Des renseignements ultérieurs ont, en effet, appris que cet. homme, qui a fait la campagne du Mexique, a été plusieurs fois atteint de fièvres d’accès et qu’il en a eu de nouvelles attaques, depuis son retour à la Guadeloupe.

Les reins sont aussi le siège d’une légère congestion veineuse : la vessie est vide.

Le crâne n’a pas été ouvert.

.T’avais vu alors quatre malades de l’épidémie, sans parler de deux cadavres. Tous les cas, depuis le premier jusqu’au dernier, avaient été complets, foudroyants, mieux caractérisés qu’aucun de ceux que j’avais observés, en 1849, dans les hôpitaux de Paris. 11 me manquait l’autopsie, non pas pour la confirmation du diagnostic, qui était aussi certain qu’il pouvait l’être, mais pour la constatation des caractères anatomiques de la maladie. Celle que je viens de rapporter établit tous ces caractères dans ce qu’ils ont d’essentiel.

Les regrettables dissidences qui régnaient à la Guadeloupe, sur la nature de la maladie, m’imposaient le devoir de faire connaître mon opinion sur cette question, en dehors du cercle hiérarchique, où elle n’avait point été accueillie.

Une note en date du 18 novembre 1865, insérée dans le nu-

méro du 12 décembre suivant du journal l’Union médicale, rend compte en ces termes de mes premières observations :

a Nous avons le choléra, depuis les derniers jours d’octobre. b La maladie a éclaté d'abord à la Pointe-à-Pître, où les méde- » cins se sont trouvés partagés d’opinion sur sa nature; les uns » ne voulant y voir qu’une lièvre pernicieuse algide, les autres b affirmant que c’était le choléra. »

« Aujourd’hui, plus de doute, le mal se propage dans les » localités non marécageuses, comme dans les autres, importé » par les malades qui s’enfuient de la Pointe-à-Pitre. J’ai vu le » premier cas , à la Basse-Terre , le 7 de ce mois, sur un ma- » telot arrivant de la Pointe-à-Pitre; le malade pris, dans la » nuit, de douleurs de ventre vives, avec selles liquides, nom- » breuses, étouffements, algidité puis asphyxie, est mort à sept » heures du soir. Dès lors, mon opinion a été faite. >

« La maladie a une effrayante gravité , presque tous les cas « sont foudroyants ; la mort a souvent lieu en quelques heures,

» rarement la maladie dépasse vingt-quatre heures. Elle n’a « guère qu’une période, elle commence par l’algidité et finit » par l’asphyxie. La proportion des décès est d’environ cinq sur * six; les nègres et les gens de couleur sont presque exclusive- » ment atteints. »

a J’ai fait, hier, une autopsie : sang noir, poisseux, coagulé » en grumeaux mous, dans le cœur droit; injection rougeâtre,

» livide, du mésentère et des portions vasculaires du péritoine;

» gros troncs veineux, marqués par des cordons noirs, le long » de l’insertion du mésentère à l’intestin grêle, qui est rempli b d’un liquide laiteux, jaunâtre, avec des flocons albumineux • » blanchâtres , semblables à du riz crevé. » Cette note exige quelques rectifications : elle contient deux inexactitudes de détail qui n’altèrent pas la vérité du tableau : par exemple, si les évacuations gastro-intestinales précèdent toujours 1 algidité confirmée , il est certain que dans les cas très-graves, comme l’étaient presque tous ceux du commencement de 1 épidémie, la chute du pouls et l’abaissement de la chaleur commençaient presque en même temps que les évacuations et complétaient avec celles-ci le tableau caractéristique de la maladie ; l’asphyxie n’a lieu non plus chez les cholériques que dans le sens étymologique du mot. Une autre erreur échappée également à la précipitation de la rédaction, si ce n’est à la typogra-

phie et que j’ai corrigée dans le texte ci-dessus est celle qui fixe, dans la note qui a paru dans 1 Union, le commencement de l’épidémie, aux derniers jours de septembre au lieu des derniers jours d’octobre.

quatrième OBSERVATION. — Choléra grave, forme gastro-intestinale, rechute , mort.

Auguste, marié et père de cinq enfants, occupe un rez-de-chaussée, dans une case en bois. A côté, vit, séparé par une simple cloison, un autre ménage, composé de sept personnes. Auguste tombe malade dans la nuit du 19 au 20. Il a eu d’abord les vomissements et les selles caractéristiques. Je le vois plusieurs heures après l’invasion. 11 est déjà froid, a le pouls faible et lent, la figure amaigrie, la voix faible, les yeux enfoncés, des crampes aux membres inférieurs et aux doigts; les déjections liquides, blanchâtres, continuent; elles contiennent des lombrics pelotonnés.

Thé alcoolisé, potion éthérée laudanisée, eau albumineuse, glace, calorique et frictions.

Le soir, il y a un mieux notable, évacuations arrêtées, chaleur revenue, réaction modérée, glace, bouillon.

21. Bien. Il ne reste que de la faiblesse, un peu de soif et de céphalalgie, le pouls est normal, la peau un peu chaude. Le soir, la fièvre de réaction a presque complètement disparu, le malade ressent quelque appétit. La guérison paraît assurée.

22. La nuit a été excellente. Auguste, qui demeure tout près de la rivière aux Herbes, a la malheureuse idée d’aller s'y plonger. Il rentre chez lui, plus mort que vif. On ne parvient pas à le réchauffer. Les vomissements, les selles aqueuses, les crampes, l’algidité, la cyanose des mains, l’agitaiion, l’oppression respiratoire, l’extinction de la voix, la disparition du pouls, se succèdent rapidement, et la mort a lieu le soir. La première attaque avait été grave, la- seconde fut foudroyante.

La femme d’Auguste et deux de leurs jeunes enfants et dans la pièce voisine Mme Achille et deux de ses enfants ont été successivement atteints et ont tous succombé, à l’exception du dernier, garçon de quinze ans : celui-ci a guéri après avoir traversé une faible réaction adynamique, puis divers accidents d’irritation gastrointestinale et une longue anémie consécutive. Quatre de ces malades sont morts, sans qu’aucun médecin ait pu les secourir. C’était au plus fort de l’épidémie, le travail débordait et excédait les forces de chacun. Je n’ai été appelé dans cette maison que pour le premier et le dernier malade qui a guéri. Je ne pouvais, et les autres médecins étaient comme moi, voir seulement la moitié des malades pour lesquels j’étais appelé jour et nuit. Les voir, hélas! n’était pas assez, il eût fallu surtout pouvoir assurer

l'exécution des prescriptions hygiéniques et médicales. C’est dans ces points essentiels que le ministère du médecin s’est trouvé le plus souvent en face de l’impossible, dans la demeure du pauvre. Linge, literie, médicaments , alimentation convenable, vêtements pendant la convalescence, tout manquait; dans un autre ordre de choses et de besoins, la désinfection spéciale des déjections, des vases, des linges souillés, le transport au loin quand la désinfection sur place n’était pas possible, et la projection dans la mer — non dans les cours d’eau comme cela se faisait — ou bien l’enfouissement de ces déjections; voilà d’autres desiderata de l’hygiène et de la médecine, presque toujours impossibles à réaliser, dont j’ai eu devant les yeux le décourageant spectacle pendant toute la durée de l’épidémie. Les conseils et les avertissements donnés à une famille, à un entourage en deuil, empressés autour des malades ou des mourants, arrivaient trop tard , n’étaient pas entendus ou n’étaient pas écoutés.

cinquième observation. — Choléra grave , forme gastro-intestinale adgnamique, mort.

Mlle Caroline Yigneux, âgée de 38 ans, bonne constitution, bonne santé habituelle, occupe une maison située à 20 mètres environ, en aval de celle d’Auguste. Un même ruisseau passe derrière ces deux maisons. Sitôt que l’épidémie parut, MIle C. .. V... s’en montra fort préoccupée. Elle était en quête de toute sorte de préservatifs, se renfermait chez elle, évitait toute espèce de communication avec le dehors, mettait d’épais rideaux à ses fenêtres pour mieux se défendre contre l’accès de l’air extérieur; allumait, tous les soirs, un feu devant sa porte, se composait un régime tout particulier, d’où étaient exclus les légumes et les fruits. Ainsi fit MlluC... Y... sans autre résultat, probablement , que de hâter le coup qui devait la frapper.

Dès le 19 novembre, j’étais consulté par cette demoiselle, qui se plaignait d’avoir la bouche mauvaise et de perte complète de l’appétit. Je conseillai le vin de quinquina et un changement complet de genre de vie. Se tenir renfermé, boucher, tant qu’on peut, ses portes et ses fenêtres, vivre sans exercice dans un air imparfaitement renouvelé, exclure de son régime tout aliment rafraîchissant, c’était autant de fautes plus propres à provoquer le mal qu’à le conjurer.

22 novembre, diarrhée légère. 23, la malade prend, d'après l’avis d’un autre consultant, un gramme de poudre d’ipéca. Des vomissements et des selles abondantes s’ensuivirent. Je n’avais pas revu la malade depuis la consultation du 19. Après 1 ipéca, les évacuations alvines ne s’arrêtent plus. Appelé le 21 au malin, je me trouve en présence d’un cas extrêmement grave et déjà avancé; face pâle, voix faible, altérée dans son timbre; le pouls est faible et lent .60 p.), chaleur diminuée. surtout aux extrémités; les selles continuent avec moins de fréquence : il y en a eu une trentaine depuis hier matin, elles sont liquides, pâles; remplies de fines granulations. Quelques lombrics ont été rendus hier au soir. La faiblesse est grande; la malade peut à peine se soulever; douleurs épigastriques, nausées continuelles. La soif très-vive ne peut être satisfaite sans exciter des vomissements; respiration calme, sans fréquence, mais de temps en temps suspirieuse, avec un sentiment d’oppression dans la poitrine, grande chaleur intérieure, beaucoup de malaise et d’accablement; découragement complet, vertiges, bourdonnements d’oreilles; point d’urine depuis hier; aucun sommeil dans la nuit; la malade a été fort tourmentée par les nausées continuelles, la soif et les crampes dans les pieds et dans les mollets.

Glace, eau albumineuse, infusion de cannelle alcoolisée, potion élhérée, laudanisée à 20 gouttes, bouillon coupé; calorique.

Journée mauvaise, très-agitée, sans aucune tendance à la réaction; la chaleur et le pouls ont, au contraire, considérablement baissé, malaise plus grand, faciès plus altéré, voix plus faible et plus rauque; l’oppression respiratoire, l’anxiété ont augmenté; l'épigastre est le siège de vives douleurs qui irradient dans tout l’abdomen et vers le cœur.

10 heures du soir, la douleur épigastrique est intolérable; la glace est seule supportée; il y a des défaillances et des palpitations, une légère céphalalgie, le pouls s’est un peu relevé pour la force et la fréquence, mais il reste très-petit.

Vésicatoire ammoniacal à l’épigastre, pansement morphiné 0 gr. 02. Un demi-sommeil a suivi, pendant une heure, l’application du vésicatoire. Vers deux heures du matin, après avoir eu, coup sur coup, plusieurs selles liquides, abondantes, sa servante qui était seule à soigner Mhe C... V..., tombe comme foudroyée. Au lieu d’une malade, il y en a maintenant deux, et la dernière atteinte est aussi mal que l’auire.

23 au matin la réaction ne s’est pas élevée plus haut qu’hier au soir; la malade est en pleine algidité; malgré la couleur très-blanche de la peau, la cyanose est peu prononcée; la voix est presque éteinte et offre une raucité remarquable, quand la malade s’efforce de l’élever; les yeux sont ternes, comme voilés, la vue obscurcie, l’ouïe affaiblie, l’intelligence nette mais inerte; la respiration est prompte, peu étendue; plaintive; le pouls filiforme, fréquent, très-faible; une sueur froide, visqueuse, peu abondante humecte la peau; l’agitation est remplacée par une sorte d'indifférence et d’anéantissement. Mort, à midi, sans agonie, après une perte de connaissance d’une demi-heure.

La servante portée le matin à l’ambulance est morte à peu près à la même heure, c’est-à-dire en dix heures environ de maladie.

Voilà un cas de choléra contracté pendant le séjour assidu de jour et de nuit auprès d’un malade; les exemples semblables ont été très-nombreux à la Basse-Terre. Les émotions, la fatigue, l’insomnie y sont sans doute pour quelque chose, mais elles ne peuvent agir que comme causes prédisposantes; la grande part, la part décisive revient à l’épidémicité ou à la contagion. Nous savons ce qu’il en faut penser et laquelle de ces deux hypothèses concorde le mieux avec la donnée d’une maladie dont la contagion a tant d’autres preuves.

MHeCarolineV...occupaitun petitappartement incomplètement isolé, dans une maison habitée par une famille Rohardi , de neuf personnes; il y avait, en outre , un autre locataire et trois domestiques, en tout treize personnes dans la maison. Après Mlle C... V... et sa servante, une autre servante âgée est la première atteinte; elle meurt à l’ambulance en 15 heures de maladie : puis vient un des jeunes enfants Enguerrand, âgé de trois ans; atteint le 28, il succombe le 30.

sixième observation. — Choléra grave forme gastro-intestinale, réaction modérée sans localisations intenses , guérison.

Le lendemain, 1er décembre, sa sœur germaine, Sophie Th..., enfant de treize ans, offre les symptômes caractéristiques; flux gastro-intestinal, liquide et blanchâtre, chute de la chaleur et du pouls, altération des traits, affaiblissement de la voix, crampes, douleurs abdominales et lombaires.

Thé alcoolisé avec le genièvre, glace, eau vineuse, potion éthérée laudauisée, applications chaudes.

Le soir, la malade est au plus mal. Je la trouve couchée auprès de son père, qui lui prodigue des soins empressés; visage maigre, pâle et défait, yeux caves et noirs alentour, voix faible et altérée; pouls extrêmement faible et lent, extrémités froides, nausées, vomisœment des boissons; les évacuations intestinales sont arrêtées depuis quelques heures, la faiblesse est extrême, la malade a des tournoiements de tête et des défaillances quand elle cherche à changer de position.

Bouillon léger, eau vineuse, compresses d'e.iu et d’éiher à l’épigastre.

2 décembre, nuit agitée, sans sommeil, les vomissements des boissons continuent, il y a eu une seule selle cholérique pendant la nuit. Le matin, le pouls s’est relevé, il est légèrement fébrile, la chaleur est revenue sans dépasser beaucoup l’état normal, la tête est un peu douloureuse et la face animée.

Limonade citronnée, eau vineuse, bouillon.

3 décembre, bonne journée, réaction très-modérée, exempte d accidents. La céphalalgie avait un peu augmenté hier au soir, ainsi que la

chaleur de la peau et la fréquence du pouls, cet état a continué pendant la première moitié de la nuit, puis tout s est dissipé h 1 exception des nausées, qui continuent mais sont moins fortes, les boissons sont gardées. — Limonade citronnée, bouillon, glace, eau vineuse.

4 décembre, hier au soir un peu d'excitation fébrile, qui n’a duré qu’une heure. Les nausées ont tout à fait disparu. La malade se sent bien mais faible et demande des aliments. A partir de ce jour la convalescence est franche et rapide. Le petit malaise du soir n’a pas reparu.

Vin de quinquina pendant quelques jours.

Le traitement a été le même ici que dans les cas suivis de mort. Le laudanum et l’éther ont été les seuls médicaments employés. Les boissons spiritueuses à doses modérées, l’eau fraîche (eau pluviale), l’eau albumineuse et le bouillon dégraissé par cuillerées ont complété le traitement à la fois désaltérant, calmant, légèrement stimulant et alimentaire.

Sophie R... commençait à peine à mieux aller que son père fut atteint, il succomba en 36 heures. Après la mort de M. R... sa famille alla habiter une autre maison, où, jusque-là, il n’y avait eu aucun cas de choléra. Presqu’en même temps venait aussi se réfugier dans la même maison une dame qui avait également vu mourir chez elle une personne du choléra. La maladie envahit le nouveau domicile. La dame venue en second lieu est atteinte d’abord et succombe. La famille R... a ensuite un troisième enfant malade, une petite fille de huit ans, qui guérit. Deux jeunes filles, Pauline et Yétulie, qui habitaient cette maison, ont aussi présenté des cas très-graves. Transportées, de bonne heure, dans mon service, à l’ambulance de l’hôpital de la marine, elles ont guéri toutes les deux.

À partir de Mlle Caroline V... voilà neuf cas qui se suivent et ont été contractés à côté l’un de l’autre. Il en a été de même dans la maison d’Auguste, qui a fourni six cas. Je ne choisis pas ces exemples, je prends deux maisons rapprochées l’une de l’autre, voisines de la mienne et où j’ai pu mieux suivre qu’ailleurs, à cause de ce voisinage, la filiation des cas de choléra.

Quittons le champ d’Arbaud1, où nous venons de voir deux

1. Le champ d'Arbaud est une place rectangulaire qui occupe le premier versant du terrain, près de l’extrémité S.-E. de la ville, et domine le flanc droit de la vallée qu’arrose la rivière aux Herbes.

épidémies partielles se développer dans ces deux maisons.

Je continue ù suivre la marche du choléra dans les maisons les plus rapprochées de la mienne ; nous en avons vu deux atteintes en ayiont. En aval, nous trouvons d’abord au n° 35 de la rue du Champ-d’Arbaud, une maison salubre, où il y a une cour, qui contient trois ou quatre chambres louées à des personnes peu aisées.

C’est dans une de ces chambres, que le choléra a éclaté le 20 novembre.

Un garçon de douze ans, Louis S..., qui a visité les jours précédents un grand nombre de malades, dans le voisinage, est atteint vers midi et meurt à dix heures du soir, sans réaction, deux heures après la fin de la période phlegmorrhagique, dans un état de complète algidité ; le collapsus cérébral qui a précédé la mort a duré à peine une demi-heure. Comme dans les autres cas tout à fait foudroyants, il y a eu chez Louis S... des alternatives de forte agitation et de calme relatif, des douleurs viscérales violentes, des étouffements , une grande anxiété respiratoire, alternant avec une sorte de collapsus et d’anéantissement momentané.

Le 25 novembre , cinq jours après la mort de cet enfant, Mlle B..., propriétaire de la maison et qui l’habitait avec sa famille composée de quatre adolescents, deux garçons et deux filles, est atteinte et meurt le lendemain.

Le 1er décembre, la fille aînée, le 4, la plus jeune, sont frappées avec la même gravité apparente; elles guérissent. Ces deux malades ont présenté les symptômes si souvent funestes, algidité prononcée, pouls presque insensible, suppression prolongée des urines, mais la cyanose, les troubles profonds de la respiration et de l’innervation, n’ont pas été très-prononcés. Réaction modérée exempte de complications. Dans les deux cas, le mouvement fébrile delà réaction s’est prolongé pendant plusieurs jours, avec des exacerbations régulières le soir; puis il a pris le type franchement intermittent ; apyrexie complète le matin , léger mouvement fébrile survenant vers le milieu de 1 après-midi. La fièvre était liée chez ces deux malades à un état irritatif de la muqueuse des voies digestives; chez quelques malades cet état prenait plus d’intensité et s’étendait ail foie, dont le trouble fonctionnel se traduisait par des vomissements souvent opiniâties. Quoiqu’il en soit, cette forme de réaction n a jamais eu de tei-

minaison funeste. La forme céphalique ou méningitique a été beaucoup plus grave, la plupart des malades qui 1 ont présentée ont succombé.

Dans les états gastriques et bilieux, compliqués dé fièvres, la quinine était quelquefois utile ; je me suis servi de la quinine chez les demoiselles B... et dans d’autres cas semblables, où des accès périodiques succédaient à la réaction, mais loujoursàdes doses faibles de 0 gr. 20 à O gr. 40 ou tout au plus 0 gr. 50. D’autres fois, j’ai traité ces petites fièvres consécutives sans quinine et elles disparaissaient également en même temps que l’irritation des voies digestives qui les entretenait.

Le fils aîné, atteint quelques jours après ses sœurs, a offert un cas léger suivi aussi d’exacerbation fébrile dans la soirée. L’épidémie avait alors perdu de sa gravité, la plupart des malades guérissaient.

Même rue, n° 31, trois habitants, deux sœurs et une petite fille de huit ans, qui ont présenté trois cas de choléra ; l’un trèsgrave, le 20 novembre, le 2e grave, le 1er décembre, le 3e moins grave mais bien caractérisé, le 6 décembre. Ces trois malades, comme tous ceux qui ont guéri, ont passé par une période de réaction, mais il est digne de remarque que cette phase de la maladie n’a pas présenté plus de gravité et qu’elle n’a pas duré plus longtemps chez la première malade, qui a été la plus violemment atteinte, que chez les deux autres. J’ai encore eu affaire ici à des exacerbations vespérales du mouvement fébrile, qui ont pris vers la fin la forme intermittente. Ces accès n’étaient point | précédés de frissons ; ce caractère, joint à leur retour constant j} le soir, indiquait qu’ils tenaient à d’autres conditions que les

Ï fièvres intermittentes ordinaires. C’étaient des accès symptomatiques de l’état des voies digestives. Je me garderai bien d’invoquer ces accès fébriles succédant au choléra, pour chercher à établir une analogie ou plutôt une confusion quelconque entre les deux maladies, fièvre et choléra.

Voilà en aval, et très-près de ma demeure, deux autres maisons qui ont eu chacune aussi leur épidémie. Ainsi le choléra a-t-il procédé par toute la ville : une petite épidémie, pour ainsi dire, dans chaque maison. Les maisons qui ont été épargnées ou les moins maltraitées sont celles où l’encombrement était le moindre et où les autres conditions d’hygiène laissaient le moins à désirer. '

septième observation. — Choléra grave chez un fébricitant , réaction à forme gastro- intestinale adynamique, guérison.

Mm0 veuve Raby, rue de l'Arsenal, quarante-huit ans, d'une constitution affaiblie, était atteinte depuis quinze jours d’un mouvement fébrile rémittent. Langue saburrale, rouge à la pointe et sur les bords, anorexie habituelle; nausées et vomissements bilieux pendant les paroxysmes fébriles, qui apparaissaient toujours vers le soir ; vive irritation gastrique, douleurs abdominales et lombaires, alternatives de constipation et de diarrhée. L’ipéca, la quinine, le sous-nitrate de bismuth, quelques petites doses de rhubarbe, les demi-bains, les applications émollientes et opiacées, n’avaient que peu modifié l’état de la malade, quand le 27 février au matin, Mme Raby est atteinte de selles nombreuses, liquides, blanches, granuleuses.

Quand j’ai vu la malade, une heure après le début, les extrémités étaient froides, le pouls très-faible, sans fréquence, le faciès altéré, les yeux cernés, la respiration calme, les vomissements et les selles aqueuses continuaient. — Thé alcoolisé, glace, eau albumineuse, eau desellz, lavements opiacés.

Au soir, pouls plus faible et plus lent, chaleur diminuée; voix trèsfaible et altérée, crampes dans les orteils, aux jambes et aux mains, persistance des nausées, vomissements des boissons, les déjections sont devenues rares et peu abondantes.

22, nuit agitée, tourmentée par des nausées, des défaillances, le pouls et la chaleur ne se sont pas relevés; deux évacuations cholériques pendant la nuit. L’estomac garde mieux les boissons.

Vers midi, une faible réaction se déclare accompagnée de nausées, de quelques vomissements et de céphalalgie. Le soir, le mouvement fébrile s’est développé ; le pouls est à 90, la peau chaude, la tête plus douloureuse, les vomissements continuent. — La glace seule est supportée par l’estomac.

1er mars, nuit agitée, fort peu de sommeil, peau chaude, sans moiteur, pouls à 80, les nausées et les vomissements persistent, ceux-ci sont légèrement bilieux, soif !rès-vive, langue blanche, saburraie, rouge à la pointe, épigastre douloureux à la pression. — Tilleul, glace, bouillon coupé, petits lavements laudanisés.

2 mars, mieux, peau moite, fièvre presque nulle, point de vomissements; depuis hier au soir, ni selles, ni urines. — Limonade citronnée, bouillons, sulfate de quinine 0 gr. 40. — Le soir, léger mouvement fébrile sans frisson .

3 mars, apyrexie complète, peau moite, les douleurs abdominales et

lombaires sont moins fortes qu’avant l’attaque du choléra; grande faiblesse. — Limonade, bouillon, eau vineuse, extrait de quinquina, 1 gramme. .

La fièvre a fini par céder à l’usage du quinquina et du fer, mais les fonctions digestives sont restées longtemps languissantes, 1 anémie, les douleurs erratiques de l’abdomen et des lombes ont persisté longtemps. Les bains froids ont amélioré plus tard cet état de santé, sans réussir à rendre beaucoup de vigueur.

Ce cas n’a pas offert une extrême gravité, malgré les conditions fâcheuses où se trouvait la malade. À cette époque de 1 épidémie, le nombre des malades et la proportion des cas mortels avaient considérablement diminué. Depuis le 15 février où je fus appelé auprès d’un malade sans pouls et cyanosé, qui mourut peu de temps après ma visite, je n’ai plus eu qu’un seul décès à enregistrer sur neuf cas de choléra, quelques-uns trèsgraves, que j’ai encore vus. Ce cas, suivi de mort, a offert quelques particularités remarquables; d’abord il est survenu, comme le précédent, chez un malade atteint de fièvre ; ensuite, malgré le peu d’intensité des symptômes de la première période, la terminaison a été funeste. Voici cette observation.

huitième observation. — Choléra survenu après un accès de fièvre intermittente , réaction à forme cérébro-abdominale adynamique; état typhoïde, mort, autopsie.

Le nommé Giraud, quarante-huit ans, compositeur à l’imprimerie du gouvernement, est sujet à la fièvre, mais n’a jamais eu d’accès grave.

Le 15 février, dans l'après-midi, Giraud a un accès de fièvre qui tombe dans la nuit. Une légère diarrhée se déclare sur la fin de l’accès; le malade l’attribue à la limonade citronnée qu’il a bue.

Je vois le malade le 15 au malin, il est debout un peu pâle, affaibli, a la peau moite, sans chaleur; le pouls est encore un peu fréquent, la tête lourde; il a pris, avant de se lever, environ un gramme de sulfate de quinine, la diarrhée continue, les selles sont stercorales, liquides, grisâtres. J’engage le malade à entrer à l’hôpital et lui prescris, en attendant, café légèrement alcoolisé, potion avec sous-nitrate de bismuth et laudanum.

Le malade, qui n’est pas entré à l’hôpital, me fait appeler l’aprèsaiidi; les selles sont devenues tout à fait liquides, blanchâtres, il n’y a point de douleurs, le ventre est lourd, parcouru par quelques borborygmes et de légères coliques; la peau tend à se refroidir, le pouls est plus faible, la langue pâle, un peu blanche en arrière et au centre. Giraud se décide à enlrer à l’hôpital. — Thé, potion élhérée laudanisée, lavements laudanisés.

16, la série complète . des phénomènes de la première période s’est déroulée depuis hier, évacuations caractéristiques, chute du pouls, algidité, crampes, affaiblissement de la voix, altération rapide des traits, suppression des urines. Les vomissements et les évacuations alvines continuent, avec moins de fréquence. — Eau de riz, glace, thé alcoolisé, potion avec laudanum et bismuth.

17, la chaleur et le pouls se sont relevés hier, dans la soirée, la réaction a continué de se développer pendant la nuit qui a été fort agitée et sans sommeil ; pouls à 90, peau médiocrement chaude, sèche;

visage animé, mais empreint de stupeur, voix rauque, très-faible, céphalalgie fronto-occipilale, vomissements fréquents, douleurs à l’épigastre. — Tilleul, eau gazeuse, julep diacodé bismuthé, pédiluvcs sinapisés.

18, moins de fièvre, voix plus rauque, presque éteinte, soif vive, langue sèche, un peu brune au centre; épigastre et abdomen douloureux à la pression, vomissements bilieux opiniâtres, selles liquides, jaunes. — Bouillon, limonade gazeusp, potion avec extrait de quinquina 2 gr., lavements Liudanisés, pédiluvcs et sinapismes.

19, nuit mauvaise, sans repos, quoique le malade ait peu souffert, grande prostration, langue sèche, brune, fendillée à sa base; pas de mouvement fébrile, l’épigastre est toujours très-douloureux, les vomissements continuent, nuis sont plus rares, quelques hoquets ; .intelligence engourdie, réponses lentes. — Ut suprà, lavement avec extrait de quinquina.

20, le mouvement fébrile a augmenté hier soir; ce matin, pouls faible à 75, chaleur normale, la voix commence à revenir, décubitus dorsal, grande prostration; les vomissements ont encore lieu de temps à autre.

Potion avec teinture de musc et alcoolat de mélisse, sulfate de quinine 0 gr. 50 et lavement.

21, Le malade reste plongé dans une somnolence, d’où il ne sort que pour répondre, par monosyllabes, aux questions qu’on lui adresse; langue fuligineuse, Roquets, vomissements rares; quelques gros gargouillements dans la fosse iliaque droite. Point de selles, les lavements ont été gardés.

Bouillon, eau gazeuse, glace, potion avec extrait de quinquina, lavement quininé 0 gr. 50.

22, hier soir, un peu plus de chaleur et de fréquence du pouls, nuit calme, mais passée dans un assoupissement continuel, point de douleurs, pouls faible sans fréquence, température abaissée; le malade a uriné dans la nuit, pour la première fois depuis l'apparition des selles cholériques; quelques cuillerées d’urine obtenues par le cathétérisme sont jaunâtres, limpides, elles donnent avec l'acide azotique la réaction du pigment biliaire, elles ne contiennent pas d'albumine.— Ut suprà, potion avec teinture de musc et de quinquina.

23, même état, décubitus dorsal continuel, immobilité complète, réponses difficiles, sorte de coma-vigil, pouls un peu dur sans fréquence. — Ut suprà, vésicatoires aux jambes.

24, stupeur profonde, réponses inintelligibles; pouls faible et fréquent, chaleur diminuée aux extrémités, résolution des membres. Dans la journée, la paralysie cérébrale fait des progrès, le pouls disparaît et le malade meurt à huit heures du soir, après onze jours de

maladie.

Autopsie douze heures après la mort.

Amaigrissement générai; le faciès n offre pas le cachet du choléra. Thorax. — Les poumons sont sains, gorgés de sang liquide et noir, état fort différent de celui qu’ils présentaient chez le sujet de la troisième observation, mort de choléra foudroyant.

Abdomen. — La muqueuse intestinale n’offre aucune altération notable, non plus que les autres viscères de l’abdomen, à l’exception de la rate qui a un volume double de l’état normal. *

Il n'y avait dans l’inlestin aucune trace de psorentérie, ce qui s’explique par la longue durée de la maladie. La vessie ne contient qu une très-petite quantité d’urine liquide d’une densité de 1017 seulement Crâne.— Les méninges sont fortement injectées; la pression du doigt nd chasse pas le sang des petits vaisseaux et ne fait pas disparaître la coloration rouge; l’arachnoïde est opaline et presque opaque à la base du cerveau;la substance cérébrale hvperhém'ée dansses couches superficielles, sans changement appréciable de consistance; les ventricules moyens contiennent 30 ou 40 grammes de sérosité rougeâtre.

Cette autopsie n’a présenté aucune lésion qui appartienne en propre au choléra ; elle n’a. offert que les altérations de la méningite secondaire à laquelle a succombé le malade.

L’observation suivante mérite d’être rapportée, à cause de la complication quelle a présentée et des incidents qui s’y rattachent.

neuvième observation. — Choléra survenu chez un dysentérique, guérison ; rechute de dysenterie ; diarrhée chronique consécutive .

Poupine, vingt-cinq ans, ouvrier d’artillerie de marine, entré à l’hôpilal de la Basse-Terre le 28 mars 1866, pour une dysenterie aiguë. Bonne constitution, santé générale peu altérée.

Le 1er avril le malade allait mieux. La fièvre avait disparu ainsi que le sang dansles selles; celles-ci étaient liquides, chargées de mucosités, au nombre de quatre ou cinq dans les 24 heures, peu abondantes; les foi tes coliques et le ténesme rectal avaient également cessé.

Le 2 avril, à ma visite du matin, j’apprends qu’il y a eu, dans la dernière partie de la nuit, des selles bilieuses très-abondantes; le malade habituellement coloré avait beaucoup pâli. Dans la matinée, les évacuaiions alvines ont pris les caractères spéciaux du choléra, elles sont devenues blanches, riziformes;la chute du pouls, l’algidité, les crampes, l’altération du visage , la suppression des urines se sont montrées successivement.

Thé alcoolisé, potion éthérée laudanisée, glace, petits lavements opiacés, calorique.

Durant un jour, le malade reste froid, presque sans pouls, les selles blanches continuent pendant le même laps de temps. La réaction se dessine faiblement le 3 au soir, sans menace d’accidents graves; les vomissements persistent et deviennent bilieux. L’état du malade s’améliore peu à peu les jours suivants; les selles redeviennent diarrhéiques, le mouvement fébrile disparaît complètement le malin, mais le pouls reste plus frséquent, de quatre ou cinq pulsations le soir, et en

môme temps plus développé, la peau un peu plus chaude; les urines n’ont reparu que le quatrième jour; les premières qui ont été rendues, contenaient de la maiiôre colorante biliaire, comme dans l’observation précédente, et quelques traces d’albumine.

Notre malade était en bonne voie de rétablissement; il n’y avait plus que deux ou trois selles diarrhéiques par jour, sans douleurs; l’appétit devenait vif, la petite touche fébrile du soir avait disparu, il restait seulement de la gastralgie et des digestions laborieuses.

Le régime était depuis trois jours :

Demi-quart, eau vineuse, glace, eau de seltz, extrait de quinquina 2 grammes, lavement laudanisé.

il au matin, même prescription. [Entre mes deux visites de ce jour retour de selles liquides, abondantes.

Je vis le malade à cinq heures du soir, il était sans fièvre, ne présentait rien de particulier et ne me parla pas du dérangement de la journée. Dans la soirée, les selles se reproduisent avec abondance. Outre les moyens appropriés pour combattre les symptômes intestinaux, le médecin de garde prescrit 1 gr. 50 dî sulfate de quinine.

Le 12 au matin.il ne reste de cet orage que de la faiblesse et une vive irritation gastro-intestinale, qui se traduit par des douleurs épigastriques, de fréquents vomissements et des selles dysentériques, composées de matières solides, d’un liquide brun, spumeux, contenant des traces de sang. Le malade est sans fièvre, comme la veille, à mes deux visites; la figure n’offre aucune altération.

Des vomissements bilieux opiniâtres continuent pendant plusieurs jours, un léger mouvement fébrile se montre tous les après-midi, comme avant celte rechute de dysenterie, — non de choléra, — suite probablement d’un écart de régime.

Quelques potions avec l’extrait de quinquina font justice du mouve- , ment fébrile; l’appétit se réveille et se développe avec énergie, puis nouvelle rechute de dysenterie.

Le malade s’est relevé pour retomber de nouveau. A la fin du mois de mai, quand je l’ai perdu de vue, il était atteint de diarrhée chronique, sans que son état général fût mauvais. 11 a été envoyé, peu de temps après, en convalescence en France.

Je vois dans cette observation un cas très-simple de choléra survenu pendant une dysenterie qui a repris son cours, à mesure que disparaissait la maladie intercurrente.

Cependant les accidents de la journée du II ont fait porter à mon insu, sur la feuille de clinique de ce malade, ce diagnostic, que je ne saurais accepter dans sa seconde partie ; Dysenterie, fièvre algide cholérique.

La note du médecin de garde qui a vu le malade entre mes deux visites, est consignée, en ces termes, sur la feuille de clinique :

H avril. « A neuf heures du matin, petit mouvement fébrile, auquel » succède bientôt une dépression du pouls et une tendance algide, « qui va s’accentuant jusqu'à dix heures. »

« Le malade est réchauffé au moyen de briques. A deux heures de » l’après-midi, encore un peu d'algidité; dans la journée une dizaine » de selles dysentériques, non sanglantes, couvertes d’une écume blan- » châtre. »

« A huit heures du soir, les selles ont changé de nature, elles » sont aqueuses, blanchâtres, un peu d’algidité. »

« Potion avec sulfate de quinine 1 gr. 50, éther 1 gr., laudanum » 10 gouttes. Deux lavements avec camomille laudanisée ; briques » chaudes. »

« Dans la nuit les selles sont nombreuses encore; au matin du 12, « elles ont changé encore une seconde fois de nature; elles sont dysen- » tériques, contiennent des parties solides et quelques traces de sang. * Je dois discuter ce diagnostic et cette note.

La rechute du 11 n'offre pas les phénomènes caractéristiques du choléra pas plus que ceux d’une fièvre grave. Dans les fièvres, un léger mouvement fébrile n’est jamais suivi d’algidité grave. Le refroidissement qui peut survenir alors, est dû à des causes accidentelles variées, qui sont, le plus souvent, indépendantes de la maladie elle-même. Il suffit que le malade reste découvert ou, au contraire, qu’il provoque une transpiration trop abondante, pour amener un refroidissement consécutif de la peau, qui ne ressemble en rien à l'algidité des maladies graves. Il est d’ailleurs probable que le malade subissait, dans ce cas, une influence dont les douze selles dysentériques qu’il avait eues dans la journée, indiquent la nature, il faisait une rechute de dysenterie. L’écume blanchâtre qui recouvrait ces selles dysentériques ne pouvait être qu’une écume muqueuse. Ce n’est pas sous celte forme écumeuse que se présentent les selles cholériques. Celles-ci sont blanches parce qu’elles contiennent des microphyles, des microzoaires, c’est-à-dire de l’albumine solide dans un état d’extrême division, et que les corps [transparents très-divisés deviennent blancs par réflexion, exemple : les globules gras du lait, la neige, etc.

Le mouvement fébrile et la tendance algide du matin devaient être fort peu de chose puisqu’il n’en restait aucun vestige à cinq heures de l’après-midi; le malade ne m’a pas même parlé de ces accidents de la journée.

« A huit heures du soir, les selles ont changé de nature, elles sont i aqueuses, blanchâtres. » Quelle pouvait être la cause de cette couleur blanchâtre? C’est ce qu’il est difficile de savoir au juste; mais si nous remarquons que, le lendemain malin, les selles étaient de nouveau dysentériques, comme dans la journée de la veille, il est probable que ces évacuations blanchâtres, survenues pendant un laps de temps de quelques heures seulement, entre des selles dysentériques qui les ont précédées et suivies, n’étaient point de la nature du flux cholérique; car celui-ci, se déclarant chez un sujet déjà malade et après de nombreuses selles dysentériques, n’aurait pas manqué de susciter plu-

sieurs autres phénomènes corrélatifs, très-accentués, du choléra ; or cela n’a pas eu lieu. Le lendemain matin, malgré la persistance des évacuations pendant la nuit, le pouls, la température, le faciès, n’offraient point les modifications propres au choléra. La coloration blanche indiquée pouvait tenir à un flux cœliaque, qu’il n’est pas rare d’observer chez les convalescents, après un écart de régime. C’est de la matière grasse qui blanchit alors les selles, et les phénomènes généraux qui s'en suivenL sont beaucoup moins graves que ceux du choléra. L’état très-satisfaisant du malade, le lendemain malin, rend cette hypothèse très-probable.

Mais j’accorde, quoiquecela me paraisse invraisemblable, qu’il y ait eu, après les selles dysentériques de la journée du 11, un llux de nature cholérique, à 8 heures du soir, remplacé de nouveau, le lendemain matin, par les déjections de la dysenterie. Qu’est-ce qu’il en faudrait conclure ? C’est qup le malade aurait éprouvé à la fois deux rechutes, l’une de dysenterie, l’autre de choléra. La difficulté d’admettre une rechute de choléra vient surtout ici de la coïncidence qu’elle aurait présentée avec la rechute de dysenterie, qui est certaine, et de l’absence des autres symptômes caractéristiques du choléra.

Passons par-dessus ces difficultés, admettons que le malade a eu, dix jours après sa première attaque de choléra, une nouvelle attaque plus légère. Où sont, je le demande, les raisons qui autorisent à donner à ce cas le nom d’une entité morbide nouvelle, fièvre algide cholérique ? Serait-ce parce que, après la seconde attaque supposée du choléra comme après la première, il y a eu, chaque soir, pendant plusieurs jours, un léger mouvement fébrile? C’est ce qui est arrivé, à peu près constamment,

- dans tous les cas de choléra qui ont guéri, car ils ont tous passé par la période secondaire ou de réaction fébrile, et les exacerbations vespérales sont très-communes dans toutes les maladies fébriles des pays chauds; elles ont lieu dans la dysenterie comme dans la période secondaire du choléra, de sorte qu’elles s’expliquent tout aussi bien, chez notre malade, soit que l’on admette qu’il a fait simplement une rechute de dysenterie ou bien, en même temps, une rechute de dysenterie et de choléra, seulement la dernière hypothèse ne me paraît guère acceptable, et, dans tous les cas, il n’y a pas besoin, pour rendre compte de ces exacerbations, d’admettre une maladie nouvelle, la lièvre cholérique. Ce sont précisément les lièvres réputées essentielles, comme les intermittentes, les rémittentes, simples, graves ou

pernicieuses, de quelque nom métaphorique qu'on les décore, d’après les ressemblances qu’elles peuvent présenter avec les autres maladies, qui s’affranchissent le plus souvent de cette règle presque générale. Dans ces lièvres, les paroxysmes paraissent plutôt soumis à une périodicité subordonnée aux heures de l’invasion de l’accès principal, et on ne les voit guère se manifester régulièrement le soir.

Bien loin donc de voir, dans les petits accès ou paroxysmes fébriles du soir, une raison pour assimiler la fièvre secondaire du choléra à une fièvre essentielle paludéenne et de donner au choléra le nom de fièvre algide cholérique, l’existence de ces pa- , roxysmesou accès réguliers du soir, est, au contraire, une raison déplus de ne pas confondre la fièvre et le choléra.

Ce dernier cas est un de ceux qui se prêtent le mieux à une confusion de diagnostics, à raison de l’existence simultanée de deux maladies, qui ont chacune leur période fébrile, mais l’analyse rigoureuse des faits et leur interprétation conforme aux données les plus sûres de la pathologie ne permettent pas de voir dans le cas ci-dessus autre chose que le choléra enté sur la dysenterie.

J’ai dû entrer dans ces détails, à l’occasion d’un fait particulier qui s’est produit dans mon service, parce que je ne pouvais laisser passer, sans en repousser la responsabilité, un diagnostic, souvent porté pendant l’épidémie de la Guadeloupe, quand il l’a été chez un de mes malades, contrairement à mes intentions formelles, diagnostic dont je n’ai vu la justification chez aucun malade pendant l’épidémie, ni à aucune autre époque.

Je ne demande pas mieux qu’on prouve que l’épidémie de la : Guadeloupe a été une fièvre pernicieuse algide cholériforme ou I1 cholérique, et je déclare même que, du moment qu’on m’aura I donné cette preuve, j’abjurerai mon erreur de n’y avoir vu que le choléra le plus complet qu’on puisse voir, mais personne n’a le droit de venir chercher un appoint à cette fallacieuse théorie dans les faits que j’ai observés et que j’ai interprétés autrement; c’est plus qu’un droit, c’est pour moi un devoir impérieux de répudier toute espèce de responsabilité à l’égard d’une théorie que je crois avoir été aussi funeste qu’elle est fausse

Dans les derniers temps de l’épidémie, des cas qui s’annon- >i çaient comme devant être très-graves, se terminaient quelquefois, n comme par enchantement, par un retour complet à la santé,

dans l’espace de deux ou trois jours; c’est à peine s’il restait un peu de faiblesse, voici un de ces cas :

dixième observation. — Choléra d’apparence grave , forme gastro-intestinale , réaction très-vive, guérison rapide.

M>1° Cantin, douze ans, rue neuve du Galisbé, étant allée en ville voir un de ses parents, atteint de choléra, est prise, elle-même, deux ou trois jours après cette visite. Depuis plus d'un mois, il n’y avait eu aucun cas de choléra dans le quartier qu’elle habitait.

Invasion le 22 février au matin, par le flux intestinal caractéristique, bientôt suivi de chute du pouls, de refroidissement, de pâleur et d’amaigrissement de la figure. Cet état va s'aggravant, pendant quatre ou cinq heures; l'algidité, l’affaiblissement de la voix, le faciès cholérique sont très-prononcés, mais les crampes, la cyanose, les désordres de la respiration, les douleurs viscérales, l’agitation sont peu marqués.

— Tilleul alcoolisé, glace, potion et lavements opiacés.

Une vive réaction se développe, environ six heures après l’invasion; j la face s’injecte et prend une coloration érythémateuse; le pouls est à 95, la peau chaude et sèche, la télé douloureuse, la soif très-vive, avec de légères nausées.

Je n’étais pas habitué à voir la réaction se développer avec cette allure véhémente. Je demeurais tout près de là, j’engageai à me prévenir, si la tête devenait plus douloureuse ou s’il survenait quelque nouveau symptôme. Mais tout cet appareil fébrile n’eut qu’une durée éphémère, à huit heures du soir il était à moitié dissipé, la fièvre tombait, la peau était halitueuse, l’animation et l’érythème de la face avaient en partie disparu, les nausées étaient presque nulles, la céphalalgie moins forte et la soif moins vive. — Eau albumineuse, bouillon coupé.

23, plus de fièvre ni de nausées, chaleur naturelle, soif modérée. — Eau vineuse, bouillon.

Le quatrième jour, la malade était complètement rétablie, sauf un peu de faiblesse et de pâleur. C’est tout ce qui restait d’une attaque de choléra bien caractérisée.

La famille où Mlle C... était allée visiter son parent atteint du choléra, revenait de la campagne, où elle avait émigré au commencement de l’épidémie, après avoir perdu plusieurs de ses membres. C’est en rentrant en ville, dans le domicile qu’elle avait abandonné, que deux des enfants et une servante ont été atteints. Ces trois cas, dont l'un a été grave, se sont terminés heureusement comme celui de Mhe C...

onzième observation. — Choléra d’ apparence foudroyante; forme cérébro-abdominale, ataxique : guérison.

Séraphine, négresse, trente ans, demeurant Graude-Rue du Fort, i atteinte le 8 mars, au matin.

11 y a eu, dès le début, des évacuations cholériques abondantes et rapprochées; appelé trois heures après l’invasion, je trouve la malade

dans une algidité complète. Le pouls, à peine sensible aux poignets, est filiforme sans fréquence. Fortes crampes aux extrémités et aux mollets; violentes douleurs abdominales, vive agitation, oppression respiratoire; le faciès cholérique est extrêmement prononcé, la voix très-alîaiblie ; la malade accuse une violente céphalalgie, le crâne et la nuque sont chauds, il y a quelques idées délirantes. Au moment de ma visite, les vomissements étaient arrêtés, les selles rares et peu abondantes. — Eau albumineuse, julcp diacodé, calorique, sinapismes aux membres inférieurs.

A quatre heures du soir, faible réaction fébrile, visage animé, l'agitation n’a fait que croître. Loquacité, délire, évacuations arrêtées. — Limonade citrique, compresses froides sur le front, lotions sur la figure, cataplasmes sinaptsés aux jambes.

9 mars, point de sommeil, agitation et délire pendant toute la nuit ; un peu plus de calme ce matin, mouvement fébrile comme hier au soir, pouls à 90, peu développé, douleurs épigastriques, quelques vomissements des boissons pendant la nuit. — Bouillon maigre, limonade gazeuse, julep diacodé. — Le soir, légère exacerbation fébrile, agitation et délire. La malade veut se lever et courir dehors. — Pédiluve sinapisé, vingt sangsues derrière les oreilles.

10 mars, nuit moins agitée que la précédente. Le matin, céphalalgie, mouvement fébrile presque nul, soif toujours très-vive, deux vomissements bilieux dans la nuit, qui ont amené du soulagement.— Bouillon, limonade, eau albumineuse, extrait de quinquina 2 grammes, julep diacodé.

Une amélioration sensible s’est montrée les jours suivants. Les troubles digestifs ont disparu, l’appétit s’est réveillé, les forces sont revenues, mais la malade est restée sujetLe, pendant près de quinze jours, à un peu de céphalalgie et d’agitation, qui augmentaient le soir et même à des mouvements d’excitation psychique qui touchaient au délire.

Les cas de choléra qui se présentaient avec cet ensemble de symptômes graves, du côté du ventre et du système nerveux, au commencement de l’épidémie, étaient toujours mortels. Je suis porté à penser qu’un traitement rationnel appliqué au moment où les premiers malaises avant-coureurs de la maladie se déclarent peut en atténuer la violence et en rendre la guérison possible, alors quelle ne l’eût pas été, si le traitement avait commencé plus tard.

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