DÉNOMBREMENT DE LA POPULATION ET DÉCÈS PAR RACES
Population. Décès. Proportion.
Race blanche 177 10 0.056
Métisse 534 32 0.060
Indienne 241 13 0.038
Noire , 4329 415 0.095
Début de l’épidémie, 6 novembre. Dernier décès, 17 mars. Durée, 4 mois, 11 jours.
Nous voyons que la race blanche, la classe de couleur et les Indiens ont fourni, à peu de chose près, la même proportion de morts et que la race noire a été beaucoup plus maltraitée que les autres races. Dans la plupart des autres communes, la mortalité a été plus forte qu’à Sainte-Rose sur la classe de couleur, le nombre proportionnel des décès est allé en augmentant dans toute la colonie des races blanche et indienne à la classe de couleur, et de celle-ci à la race noire comme dans la commune de Sainte-Rose, mais avec cette différence que la mortalité des deux dernières catégories l’a emporté plus qu’elle ne l’a fait ici sur celle des deux premières. Je n’ai pu me procurer les éléments complets d’une statistique des décès par race que pour les deux communes seulement de Saint-Claude et de Sainte- Rose. Un des termes du rapport, l’effectif de la population par race, m’a manqué pour toutes les autres communes.
DESHAIES (Mortalité : 1.79).
Cette commune, toute montagneuse, a un territoire étendu, mais elle est peu peuplée; limitrophe de la commune de Sainte- Rose, son épidémie se rattache à la sienne.
Un jeune homme de Deshaies, Daniel Euterbe, arrivant du hameau Madame, de Sainte-Rose, où il a vu mourir quelques jours auparavant les deux premiers cholériques, meurt lui-même du choléra le 14 novembre à huit heures du matin; sa mère et le nommé AnatoleAlidor, qui l’ont soigné, meurent le même jourà trois heures de l’après-midi ; neuf autres décès viennent se grouper autour de ceux-là depuis le 14 jusqu’au 26 novembre, et l’épidémie est terminée. Deux autres cas cependant, dont l’origine n’est pas indiquée, ont eu lieu en janvier.
La préservation a été facile dans cette commune, où la population est fort peu nombreuse et très-disséminée.
Encore un fait qui caractérise la divergence des opinions et nous édifie sur celle qui régnait dans les hautes sphères officielles. , | Le commissaire de police de la commune de la Pointe-Noire, voisine de celle de Deshaies, ayant informé l’administration supérieure de l’apparition du choléra à Deshaies et des trois décès survenus dans la journée du 14 novembre, il lui fut demandé sur quoi il se fondait pour qualifier la maladie de choléra, s’il avait visité les malades en compagnie d’un médecin, et injonction lui fut faite d’être à l’avenir plus circonspect dans ses rapports. Quelques jours plus tard, le malheureux commissaire de police succombait dans sa commune au choléra qu’il avait si bien nommé.
LA CAPESTERRE (Mortalité: 11.66).
Une des communes les plus salubres de la Guadeloupe; le quartier de Sainte-Marie seul est marécageux et sujet aux fièvres.
Le 11 'novembre deux marins, Filoseil et Polydor, arrivent de la Pointe-à-Pître dans la même embarcation, tous les deux sont malades; Filoseil meurt à sept heures du soir et Polydor dans la nuit. La maladie se transmet aux personnes qui les ont soignés. La mère de Polydor tombe malade le 15.
A l’autre bout de la commune, un maçon, nommé Lavillotte, arrivant aussi de la Pointe-à-Pître, meurt le 14 novembre sur l’habitation les Mineurs; puis le choléra se propage parmi les travailleurs de l’habitation.
Le 17 novembre, un charpentier, venu commeles précédents de la Pointe-à-Pitre, meurt du choléra à l’hospice de La Capesterre. L’épidémie commence dans la commune par ces trois points sur lesquels elle a été importée. Elle a sévi longtemps et avec une grande violence, malgré la salubrité de la commune.
TROIS-RIVIÈRES (Mortalité : 14.86).
Cette commune passe pour la plus salubre de la colonie; située sur un terrain sec et élevé, ouvert au vent de la mer, il ne paraît y avoir là aucune cause locale d’insalubrité qui puisse développer une maladie miasmatique.
Les faits d’origine manquent ici de précision. Il paraît certain cependant que le premier cas s’est montré sur une colporteuse arrivée de la Pointe-à-Pître qui mourait le 10 novembre. La mortalité a été énorme à la fin de novembre et au commence-
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ment de décembre, parce que les émigrants de la Basse-Terre, ravagée à cette époque, arrivaient en foule dans la commune et y portaient la maladie sur tous les points à la fois.
Les communes les plus rapprochées de la ville, le Vieux-Fort, Gourbeyre, Saint-Claude, le Bailli f et les'IIabitants ont eu à la même époque et pour la même cause leurs plus mauvais jours.
VIEUX-FORT (Mortalité : 11.30).
L’épidémie a commencé le 21 novembre par une jeune femme nommée Gertrude, arrivée de la Basse-Terre ce jour-là sur l’habitation Mazarin, elle mourait le lendemain.
Bien que cette commune n’ait pas de grandes habitations ni de hameaux très-peuplés, elle a été, comme toutes celles qui entourent la Basse-Terre, fortement éprouvée.
GOURBEYRE (Mortalité : 16.34).
Les deux communes de Gourbeyre et de Saint-Claude sont, avec la commune des Trois-Rivières, les plus salubres de toute la colonie; mais elles passent, sous ce rapport, après cette dernière commune, car les affections diarrhéiques y sont un peu plus fréquentes qu’aux Trois-Rivières.
Le 19 novembre mourait, après des évacuations par haut et par bas, le nommé Vincent Capot, noir africain, qui avait fait la veille plusieurs voyages à la Basse-Terre. Le 21 un décès eut lieu sur l’habitation l’Hermitage, limitrophe de la commune des Trois-Rivières, qui était envahie depuis plusieurs jours sur des points rapprochés de cette habitation; celle-ci comptait le lendemain cinq décès. Quelques jours plus tard, l’épidémie avait atteint toutes les parties de la commune, même les hauteurs; elle a été sur plusieurs points directement importée de la Basse-Terre.
M. Arnaud, venu de la Martinique pour combattre l’épidémie, puis M. Bochard, médecin de la marine, ont été successivement chargés du service médical et ont déployé beaucoup de zèle dans cette mission. Le maire, M. Négré, s’est fort distingué par l’habile organisation des secours qu’il a su établir dans sa commune et par la généreuse impulsion qu’il a communiquée à ceux qui pouvaient être utiles.
SAINT-CLAUDE (Mortalité : 15.31).
La plus grande partie du territoire de cette commune se développe à une hauteur de deux à six cents mètres. Le camp Jacob, lieu de résidence de la garnison pendant l’hivernage, et de convalescence pour les malades, est situé dans celte commune ; les malades qui ne sont pas affectés de lésipns viscérales profondes y recouvrent promptement les forces de la santé.
Malgré une salubrité notoire, la commune de Saint-Claude est une de celles qui ont le plus souffert. Les diarrhées et les dysenteries y sont assez fréquentes, ce qui confirme le fait de parallélisme topographique qui a généralement existé dans la colonie entre l’endémie diarrhéique ou dysentérique et le choléra. La qualité des eaux est la seule cause appréciable de cette affinité, elle paraît agir en dirigeant sur l’intestin un processus irritatif qui le dispose à contracter la dysenterie, de même qu’à ressentir les effets de l’intoxication cholérique.
L’émigration de la Basse-Terre dans les hauteurs du camp Jacob, du Matouba et du Gommier, dit un rapport du maire de Saint-Claude, nous a porté les germes de la maladie. L’épidémie a commencé le 15 novembre, sur une habitation située à deux kilomètres delà Basse-Terre. Parmi les victimes des premiers jours, dans les hauteurs, on comptait beaucoup de personnes arrivées de la ville depuis un ou deux jours. Le 23, le maire écrivait encore : « Plusieurs cas se sont déclarés ce matin, tous provenant » de personnes arrivées de la Basse-Terre. »
Deux habitants, MM. Le Sueur et Amé Noël, prirent la courageuse initiative de faire des visites jet de porter des secours dans leurs quartiers respectifs. Trois ambulances étaient établies dans la commune et l’hôpital du camp Jacob recevait aussi des malades.