‹ Hygiène des pays chaudsChapitre 26 sur 49 · STATISTIQUE DE LA POPULATION ET DES DÉCÈS PAR RACES · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DE LA POPULATION ET DES DÉCÈS PAR RACES

Population.

Décès.

Proportion.

Race blanche

Race indienne

Race noire créole

Race africaine

Mortalité des races noire,

créole et africaine réunies.

Race métisse

ou

13,116 pour 100.

Cette statistique nécessite quelques observations.

1° Nous croyons d’abord que le coefficient de la mortalité qui résulte des nombres posés par cette statistique (13, 116), est plus faible que celui qui est donné par la statistique officielle de l’épidémie (13,31). Cela tient sans doute à ce que la race de tous les individus décédés n’a point pu être déterminée et qu’un certain nombre de décès n’ont point été classés par race.

2° Si l’on compare la proportion totale et la proportion par race des décès dans cette commune, avec les mêmes éléments statistiques dans la commune de Sainte-Rose, nous voyons 1° que la proportion totale des décès est presque double dans la commune de Saint-Claude, 2° que la proportion des décès delà race noire, qui forme dans les deux communes, comme dans toute la colonie, la plus grande partie de la population, est double aussi dans la commune de Saint-Claude.

3° Bien qu’il n’ait pas été possible d’établir la même statistique de mortalité par race pour les autres communes, tous les renseignements que j’ai pu obtenir concordent pour prouver que la race noire a fourni, proportionnellement à sa population dans toutes les communes de la colonie, plus de décès qu’aucune des autres races. ,

4° La commune de Saint-Claude est la seule pour laquelle j’ai pu avoir, grâce à la thèse de M. Lignères, le nombre proportionnel des décès pour chacune des deux catégories, race noire créole, c’est-à-dire noirs nés dans le pays et race noire africaine. La mortalité est beaucoup moins considérable dans cette dernière race, c’est aussi ce qui a eu lieu partout.

o° Il résulte enfin de la statistique des deux communes de Sainte-Rose et de Saint-Claude que les différentes races se rangent de la manière suivante dans l’ordre des mortalités croissantes : 1° Races blanche et indoue à peu près sur le même rang. 2° Métisse. 3° Noire africaine. 4° Noire créole.

Nous voyons encore que la race blanche a donné un peu plus de décès (0,0639) à Saint-Claude que la race indoue (0,053) ; c’est l’inverse à Sainte-Rose : décès de la race blanche, 0,056, décès de la race indoue 0,058. En additionnant par races les nombres proportionnels des décès des deux communes, nous obtenons pour la race blanche 0.1199 et pour la race indoue 0.11 10, ce qui place les races dans l’ordre suivant de mortalité croissante, à supposer que ces deux communes représentent exac-

tement ce qui s’est passé dans toute la colonie : races indoue blanche, métisse, noire africaine, noire créole. La race jaune paraît avoir eu moins de décès que toutes les autres, d’après les indications que j'ai pu obtenir. Je n’ai eu connaissance d’aucun décès sur les 10 ou 12 Chinois que je connaissais à la Basse-Terre ou aux environs. Une meilleure explication, peut-être, que la race, de cette immunité relative, c’est que les Chinois très-çeu nombreux (une centaine) qui restent dans le pays, vivent à part, en dehors des agglomérations et des encombrements, et qu’ils sont presque tous placés dans des conditions d’hygiène au moins passables.

Les divers résultats ci-dessus consignés ne doivent d’ailleurs être acceptés que comme approximation. Une statistique exacte est impossible; d’abord parce que les nombres qui expriment l'effectif de la population et ceux qui expriment l’effectif des décès n’ont point une certitude complète; ensuite, et surtout, parce qu’il y a un tel mélange entre les races blanche, métisse et noire créole, que ces trois catégories n’ont pas de limites précises. Elles se confondent sur leurs confins et ce n’est pas sans raison que le maire d’une des communes de la colonie répondait à la demande qui lui était faite d’une statistique de la mortalité par race, dans sa commune, que cette statistique n’était pas possible.

Il faut aussi se garder d’attribuer exclusivement à la race les différences si grandes que présente la statistique mortuaire selon les races. L’hygiène n’est pas la même dans les différentes races. J’ai montré, dans la première partie de ce livre, quelle part revient aux vices de l’hygiène dans la mortalité dü choléra et j’ai fait remarquer, en parlant des influences secondaires qui ont aggravé l’épidémie, combien ces influences ont été plus favorables pour la race indoue que pour la race nègre ; ainsi moins d’encombrement dans les logements, moins d’agglomérations, éloignement des foyers les plus actifs de la contagion, peu de femmes, d’enfants et de vieillards, catégories de la population qui ont été les plus éprouvées dans toutes les races ; on pourrait ajouter, avec M. Cuzent, l’usage de quelques condiments venus de leur pays, coriandre, curcuma, bétel, cari, etc., qui paraissent propres, quand on n’en abuse pas, à entretenir un bon état des fonctions digestives. On voit que la statistique de la mortalité par race a besoin d’être commentée, si l’on veut rester dans le vrai.

Entre la Basse-Terre et la commune importante de Sainte- Rose, située à l’extrémité N. de la Guadeloupe, on trouve sur le versant occidental de l’île cinq communes adossées aux contre-forts delà chaîne centrale et qui se partagent les vallées et les collines de ce versant. Ce sont les communes du Baillif, des Vieux-Habitants, de Bouillante, de la Pointe-Noire et de Deshaies. Ces cinq communes ont été frappées en raison directe de leur rapprochement de la ville, sans que les degrés divers de salubrité, au point de vue des fièvres, aussi bien que de la dysenterie, aient paru rien y faire. Celle de Deshaies, la plus éloignée de la Basse-Terre, et qui a fort peu de relations soit avec la Basse- Terre, soit avec la Pointe-à-Pitre et même avec les autres communes, a été, comme nous l’avons yu, presque complètement épargnée. Pour cette commune, il peut y avoir, il est vrai, d’autres raisons de l’immunité relative dont elle a joui ; par exemple, le peu de densité de sa population, l’absence d’agglomérations et de voies faciles de communications intérieures;'mais pour la Pointe-Noire, la commune la plus éloignée de la Basse- Terre après celle de Deshaies et qui a eu, après elle, le moins de décès cholériques, on ne peut plus invoquer d’autres raisons de ce dernier fait que son éloignement de la Basse-Terre, car cette commune est une des plus insalubres de l’île tant sous le rapport des fièvres que sous celui de la dysenterie. Nous voyons de même la mortalité marcher en sens inverse de la distance à la ville, dans les trois autres communes. Ces faits sont inexplicables si on ne tient pas compte de la donnée de la contagion ; si au contraire on admet cette donnée, — et il y a bien d’autres raisons plus concluantes que celle-ci, qui obligent à le faire, — ils s’expliquent naturellement, car les relations avec la villependant l’épidémie, les émigrations de la ville dans la campagne ont dû être d’autant plus nombreuses que la distance à parcourir est moins grande.

La même relation existe entre la proportion des morts et les distances de la ville, dans les communes situées au S. de la Basse-Terre : elle existe aussi dans l’arrondissement de la Pointeà-Pître et par rapport à cette ville, tant pour les communes de la Grande-Terre que pour celles de la Guadeloupe proprement dite, de sorte que c’est là un fait général qui vient à appui de la propagation contagieuse.

LE LHOLÉKA DK LA GUADELOUPE.

BA1LLIF (Mortalité: 15,23) .

Le sieur Pollux s’est rendu, le 18 novembre au soir, de la Basse-Terre sur une petite propriété de la section Saint-Dominique, le lendemain il mourait de choléra. G’estle premier cas. Le 24, un second cas se déclare dans la même section. Les émigrants arrivaient en grand nombre de la ville; l’épidémie envahit toute la commune; elle y a été très-violente.

HABITANTS (Mortalité: 13,72).

Les émigrants de la Basse-Terre arrivaient depuis quelques jours dans cette commune quand l’épidémie a commencé. Le premier cas a été celai d’une nommée Zélie, demeurant auprès du bourg, qui était allée les jours précédents à la Basse-Terre; elle est morte le 22 novembre, après quelques jours de souffrance. Le même jour mourait un jeune domestique qui venait d’arriver avec une famille de la Basse-Terre.

Dans cette journée du 22 novembre, les émigrants arrivèrent en grand nombre. La plupart se rendirent dans les hauteurs ; quelques-uns s’arrêtèrent dans une maison située sur la route. La nommée Yictorine, qui les avait reçus, tomba malade le même jour et mourut huit jours après. Elisabeth qui a soigné Yictorine au commencement de sa maladie, meurt avant elle.

Dix maçons de la Basse-Terre employés sur l’habitation de M. Rollin continuaient à fréquenter la ville, ils y allaient souvent passer la nuit; ce furent les premiers malades de l’habitation, trois moururent au commencement de l’épidémie; les sept autres retournèrent en ville où la plupart succombèrent. Comme les communes voisines, celle-ci n’a eu que de rares visites de médecin.

D’après le témoignage du maire, l’honorable M. Rollin, il n’y a eu que deux malades atteints du choléra qui aient guéri à l’ambulance. La contagion y était affreuse. Il fallait recourir aux réquisitions pour faire soigner les malades, car les hommes chargés de ce service se sauvaient sitôt qu’ils le pouvaient.

BOUILLANTE (Mortalité : 8,61).

Commune très-étendue, séparée de la Basse-Terre par les deux précédentes , population rare , point d’agglomérations nombreuses, propres à devenir des centres d’irradiation puissante.

Le choléra est entré ici avec une marchande ambulante venue de la Basse-Terre; arrivée le 9 novembre, elle mourait le lendemain ; un travailleur de l’habitation l’Ile, qui l’avait soignée, mourut le même jour ; et d’autres cas succédèrent de proche en proche. Un second fait d’importation est signalé à la date du 21 sur un autre point de la commune. Un homme qui venait de faire un voyage aux Trois-Rivières, où l’épidémie régnait depuis une dizaine de jours, tomba malade en arrivant et mourut peu de temps après. L’épidémie s’est développée d’abord autour de ces deux foyers. La commune de Bouillante a eu près de la moitié moins de décès que les deux communes précédentes ; cela tient sans doute principalement à son éloignement de la Basse- Terre qui l’a empêchée de recevoir autant d’émigrants que les communes plus rapprochées.

POINTE-NOIRE (Mortalité . 7,33).

Le premier cas de choléra se déclare le 21 novembre sur un ouvrier du nom de Théodore, qui venait d’arriver de la Basse- Terre, où il travaillait. Théodore meurt le jour de l’invasion. Les cas qui suivent restent discrets autour de ce premier malade; cinq jours plus tard, l’épidémie avait envahi tout le bourg, et le 30 on signalait plusieurs décès à la campagne. Le commissaire de police , celui-là même qui avait annoncé, par une lettre en date du 15 novembre, l’apparition du choléra à Deshaies, mourait le 30 au matin ; le soir du même jour, c’était le maréchal des logis de gendarmerie. Le supérieur des Frères, les médecins étaient malades, tous ceux qui pouvaient porter secours étaient frappés. La population du bourg fuyait de tous côtés et propageait l’épidémie dans la campagne, car les personnes qui demeuraient à la campagne s’abstenaient autant que possible de venir au bourg depuis que le choléra y avait éclaté. M.Bochard, médecin de la marine, a été envoyé dans cette com-

mune vers la lin de l’épidémie, pour faire remédier aux inhumations défectueuses.

La plus éloignée de la Basse-Terre des quatre communes que je viens de passer en revue, la Pointe-Noire, est aussi celle qui a le moins souffert.

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