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LA DÉSIRADE

Population, 1788. Décès, 298. Prop. p. cent, 16,6660.

Petite île stratifiée, sèche et sablonneuse, formée de roches anciennes roulées et de calcaire, située auvent de la Grande-Terre et à 8 ou 10 lieues de la Pointe-à-Pître. Une léproserie a été établie dans cette île en 1728, elle recevait dans l’origine les malades de la Martinique et ceux de la Guadeloupe. L’isolement et la salubrité de la Désirade paraissent l’avoir fait choisir pour cette destination.

Après la ville de la Basse-Terre, cette commune a été la plus plus éprouvée de toute la colonie. L’épidémie a commencé dans le quartier du Souffleur, au N. de l’île, sur des marins débarqués d’un bateau arrivé depuis quelques jours -de la Pointeà-Pître; bien qu’il fût muni d’une patente nette, délivrée à la Pointe-à-Pitre, ce bateau fut soumis, à son arrivée, à une quarantaine de trois jours, car on savait à la Désirade qu’il régnait dans cette ville une maladie épidémique. Une lettre du maire de la Désirade, en date du 20 novembre, annonce en ces termes l’invasion de l’épidémie:

« L’affection s’est déclarée dans un seul quartier de l’île, le » Souffleur, et chez des marins arrivés de la Pointe-à-Pître, il y » a une dizaine de jours. » Les personnes qui avaient soigné les malades furent d’abord atteintes, et la maladie se propagea

ensuite comme un incendie, dans le Souffleur et dans le quartier voisin des Petites-Anses, qui furent frappés d’une manière , !| effrayante. Sur une population de 23 habitants 21 sont morts aux Petites-Anses, abandonnés de tout le monde. Les deux survivants ayant pris la fuite, les cadavres restèrent plusieurs jours sans sépulture, et l’infection était telle qu’il fallut mettre le feu aux cases où ils étaient renfermés.

A la première nouvelle des ravages de l’épidémie au Souffleur et aux Petites-Anses, les habitants du bourg s’enfuirent dans les montagnes. Le maire, M. Pain, courageux vieillard, et son adjoint, M. Crocquet, médecin de la Léproserie, restèrent seuls du conseil municipal. Un cordon sanitaire d’hommes armés fut établi entre le bourg et l’extrémité N. de l’île, où sévissait l’épidémie.

Il en est des cordons sanitaires comme des quarantaines I bonnes ou inutiles, ou mauvaises mesures, selon la manière de les appliquer ou l’usage qu’on en fait. La quarantaine de trois jours imposée au bateau qui a porté le choléra à la Désirade, était insuffisante et ne constituait qu’une mesure illusoire; elle n’a point préservé l’île. Le cordon sanitaire, tendu entre le bourg et les quartiers envahis, n’a pas eu plus d’utilité. J’approuve le cordon sanitaire quand on n’a qu’à isoler quelques cholériques pour préserver une population et que l’isolement peut être complet; mais si le cordon sanitaire doit être un peu étendu, son établissement présente parfois des difficultés qui ne peuvent être surmontées, quand la population n’en comprend pas l’importance et qu’on n’a pas l’autorité nécessaire pour le faire respecter; son efficacité a été nulle à la Désirade. Malgré le cordon sanitaire, l’épidémie a fait le tour de l’île et lui a enlevé le cinquième de sa population. Le bourg qui a eu recours au cordon sanitaire a été précisément le premier atteint après les deux quartiers qui étaient alors en proie à l’épidémie; le quartier des Galets, à l’extrémité S. de l’île et en dernier lieu celui de la Baie Mahault, sur la côte E., ne l’ont été que plus tard.

La Désirade et les Saintes n’ont point de ces cours d’eau auxquels je pense qu’on doit attribuer une grande influence dans la propagation épidémique si intense dont l'île volcanique de la Guadeloupe a été le théâtre. Mais il y a eu à la Désirade, comme aux Saintes, des causes particulières de l’aggravation de

LE CHOLÉRA DE LA GUADELOUPE. 3il

l’épidémie dans ces deux îles; la misère y est encore plus grande qu’à la Guadeloupe, et ces îles étaient, moins que les autres, à la portée des secours de toute espèce. Les autres causes secondaires, telles que l’habitude de déshabiller les morts, de conserver, sans le désinfecter, le linge qui avait servi aux malades, l’ignorance de la propriété contagieuse des déjections et des précautions à prendre pour qu’elles ne deviennent pas nuisibles, y ont probablement fait plus de victimes encore que dans les autres îles de la colonie. Les inévitables conséquences de l’erreur accréditée à la Guadeloupe sur la nature de la maladie ont dû aussi avoir des conséquences plus graves dans ces îles où ne parvenait guère que l’écho officiel de ce qui se passait dans les principaux centres de la colonie.

INTENSITÉ RELATIVE DE L’ÉPIDÉMIE SUR LES DIFFÉRENTS TERRAINS ET DANS LES DIFFÉRENTES ÎLES.

Nous avons vu que l’épidémie du choléra a affecté le plus souvent une distribution topographique inverse de celle de la fièvre et parallèle à celle de la dysenterie.

Voici les résultats fournis sur ce sujet par la statistique :

1° Dans l’île volcanique de la Guadeloupe, où il y a peu de marais, et où la fièvre est à peine endémique, mais où la dysenterie l’est d’une manière très-prononcée, la proportion de la mortalité sur la population a été de 0,135706.

2° Dans les îles de la Grande-Terre et de Marie-Galante, où, au contraire, les marais abondent, et où les fièvres sont tout à fait endémiques, tandis que la dysenterie ne l’est pas, la même proportion est de 0,036753 pour la première et de 0,026300 pour la seconde de ces deux îles ou, en moyenne, 0,031526, c’est-àdire près de cinq fois moindre.

3° Si, au lieu de considérer la fièvre et le choléra dans des îles différentes, qui n’ont pas la même constitution géologique, nous les considérons dans des localités différentes de la même ile, le résultat est encore le même, c’est-à-dire que le choléra a sévi plus fortement dans les localités les moins sujettes aux fièvres; mais avec une différence bien moins forte entre les deux termes de la comparaison : ainsi les trois communes de Saint- Claude, Gourbeyre, Les Trois-Rivières, qui sont les moins

marécageuses de Me volcanique de la Guadeloupe et celles où les fièvres sont le plus rares ont eu :

Saint-Claude, une mortalité de. . . . 0.1531

Gourbeyre, — .... 0.1654

Trois-Rivières, — .... 0.1486

Dans la commune de la Goyave, la plus marécageuse de l’île et la plus éprouvée par les fièvres, la] mortalité a été de 0,0969.

4° Quelques communes ont offert à celte règle une exception qui n’est qu’apparente. On a cité à cet égard la commune de Sainte-Rose, où le choléra a sévi plus fortement dans la partie marécageuse que dans celle qui ne l’est pas, ou qui l’est le moins ; mais le fait s’explique par la raison que j’en ai donnée, à savoir que les plus fortes agglomérations de population et les voies nombreuses et faciles de communication, dont l’influence sur la propagation du choléra n’est pas douteuse, se trouvent dans cette partie marécageuse de la commune, où l’épidémie de choléra a le plus fortement sévi.

5° Les eaux courantes peu salubres qui sont employées comme eaux potables dans l’île volcanique de la Guadeloupe, ont probablement exercé, à l’égard du choléra, une action prédisposante analogue à celle qu’elles exercent sur le développement de la dysenterie. Indépendamment de leurs effets comme eaux potables insalubres, les eaux courantes de cette île paraissent avoir eu encore un autre genre d’action sur la propagation de l’épidémie du choléra; c’est comme véhicule de. l’agent contagieux, qui y a été abondamment répandu, pendant l’épidémie, par la projection dans ces cours d’eau des déjections cholériques et le lavage du linge des malades.

Si les eaux courantes ont aggravé l’épidémie dans l’île volcanique de la Guadeloupe, on ne peut pas invoquer cette cause pour les îles des Saints et de la Désirade, qui ont eu plus de malades et de morts que les îles calcaires de la Grande-Terre et de Marie-Galante et la dernière des deux précédentes îles, la Désirade, plus que la Guadeloupe volcanique elle-même ; car les Saintes et la Désirade n’ont pas de cours d’eau. Mais pour cesdeux dernières îles, il faut tenir compte de la misère qui y est encore plus grande que partout ailleurs, et de leur éloignement du

centre de la colonie, qui y rendait l’assistance plus difficile. Il est probable que ces deux circonstances ont considérablement aggravé l’épidémie dans les deux îles des Saintes et de la Désirade. La mortalité proportionnelle a été :

Aux Saintes 0.121234

A la Désirade 0.166666

La Désirade a donc été la plus maltraitée de toutes les îles de la colonie.

Un rapport sur le concours pour le prix Godard, en 1869, fait à la Société d’anthropologie de Paris, par M. de Quatrefages (de l’Institut), où il est rendu compte d’un mémoire intitulé : Epidémie cholérique de la Guadeloupe, pendant les années 1 865- 1866, présenté au concours par M. le docteur Ch. Walther, médecin en chef de la marine 1 (Y. Revue des cours scientifiques , 7e année, n° 37, p. 584 et suiv.), donne la statistique obituaire suivante de l’épidémie de la Guadeloupe que l’auteur du mémoire nomme Cholérique , mot qui — je dois le faire remarquer — n’a pas toujours eu la même signification pendant l’épidémie.

Mortalité sur les terrains volcaniques (la Guadeloupe et les Saintes) 0 .1341

Mortalité sur les terrains calcaires (la Grande-

Terre, Marie-Galante, la Désirade 0.0371

Rapport de la mortalité des terrains volcaniques

à celle des terrains calcaires 3.61

Une remarque à faire, c’est que la mortalité moyenne des trois îles, la Grande-Terre, Marie-Galante et la Désirade, ne peut être 0.0371, lorsque la mortalité de la Désirade seule dépasse 0.16.

En ajoutant la mortalité de la Désirade à celle des deux îles calcaires delà Grande-Terre et de Marie-Galante, la mortalité de la Grande-Terre étant, d’après mes calculs faits sur les données officielles que j’ai pu

consulter 0.036753

celle de Marie-Galante 0.026300

celle de la Désirade 0.166666

j’obtiens, pour ces trois îles, la moyenne 0.076573

et pour rapport entre la mortalité des deux îles

l. Médecin en chef de la Guadeloupe en 1865-1866, aujourd'hui inspecteur adjoint du service de santé de la marine.

volcaniques, la Guadeloupe et les Saintes d’une part, à celle des trois îles, la Grande-Terre, Marie- Galante, la Désirade d’autre part, 0.128480 :

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