ou
Nous voilà bien loin du rapport 3.61
qui se déduit du travail en question *.
Mais il faut calculer sur d’autres bases si l’on veut connaître les rapports de la mortalité sur les différents terrains.
Les cinq îles dans lesquelles a sévi l’épidémie se partagent en trois groupes, au point de vue géologique :
1° Terrain mixte stratifié, la Désirade, mortalité
2° Terrain volcanique, j Guadeloupe . . .
3° Terrain calcaire.
Les Saintes La Grande-Terre. . .
Marie-Galante. . . .
Rapport de la mortalité sur le terrain mixte stratifié de la Désirade à la mortalité sur les terrains calcaires de la Grande-Terre et de Marie-Galante.
Rapport de la mortalité sur les terrains volcaniques de la Guadeloupe et des Saintes à la mortalité sur les terrains calcaires de la Grande-Terre et de Marie-Galante
1. Je n’entends pas critiquer les résultats obtenus par il. Walther, mais seulement les comparer à ceux que j’ai obtenus. Quant aux inductions relatives à l’influence des races sur la mortalité qui ont été tirées des chiffres de la statistique par l’éminent rapporteur, ces inductions n’ont aucune valeur, quand on ne tient pas compte des conditions d’hygiène.
Un excédant annuel des décès sur les naissances étant signalé par le travail de M. Walther, dans plusieurs communes de la Colonie, M. de Quatrefages exprime le regret que l’auteur du mémoire n’ait pas étudié, dans les différentes races qui peuplent la Guadeloupe, ce mouvement général de la population qui se traduit par les naissances et les décès.
L’excédant des décès porte en partie sur les immigrants; il est dû, pour eux, à ce que les convois d’immigrants comprennent toujours très-peu de [femmes comparativement au nombre des hommes : c’est un des côtés les plus déplorables de l’immigration comme elle se fait aujourd’hui et l’un de ceux qui la mettent sous le rapport humanitaire au-dessous de l’esclavage. L’illustre rapporteur a mille fois raison quand il dit que si l’immigration entretient la populalion, elle entretient aussi la mortalité. Mais c’est moins l’immigration qui en est cause, que l’hygiène qui y préside ordinairement. Il faut en conclure, quant à la question spéciale dont il s’agit, qu’il est nécessaire d’introduire dans les convois d’immigrants un nombre de femmes suflisanl pour empêcher de s’éteindre la fraction de la population totale que représentent ces convois.
Ces différences sont tellement considérables qu il laut bien admettre, pour les expliquer, des causes locales très-puissantes. Irons-nous chercher ces causes dans la constitution géologique différente de ces îles? Évidemment non, car ce qui a eu lieu à la Guadeloupe est complètement contradictoire avec la plupart des observations faites en Europe, où le choléra a presque toujours sévi plus fortement sur les terrains sédimentaires, formés par voie mécanique de précipitation aqueuse, que sur les terrains volcaniques et éruptifs formés par les forces chimiques et moléculaires. Entre autres enseignements précieux qu’elle nous offre, l’épidémie de la Guadeloupe nous montre qu’on s’était trop hâté d’ériger en une sorte de loi les inductions tirées des observations jusque-là faites en Europe, en avançant que les terrains anciens sont moins favorables que les terrains de formation récente au développement des épidémies de choléra. En présence de ces faits contradictoires, le mieux est de suspendre son jugement jusqu’à nouvelle étude de la question. Nous n’avons pas besoin, du reste, d’invoquer l’influence du sol pour expliquer l’aggravation de l’épidémie dans les îles de la Guadeloupe, des Saintes et de la Désirade. J’ai montré que les principales causes de cette aggravation ont été, pour la Guadeloupe, l’abondance de l’irrigation et la contamination des cours d’eau par les matières cholériques; pour les Saintes et la Désirade, une misère plus grande et la difficulté des secours.
Il ne paraît pas, d’après le compte rendu de M. de Quatrefages, qu’il soit question, dans le mémoire de M. le docteur Walther, de la fièvre pernicieuse algide, pour laquelle a été pris le choléra de la Guadeloupe. Il est bon sans doute de reconnaître aujourd’hui que l’épidémie qui a ravagé cette colonie en 1865- 1866 était bien le choléra, — car c’est probablement là ce que veut dire maintenant le mot d’épidémie cholérique, — mais il eût encore mieux valu que personne ne l’eût nié, pendant que le fléau moissonnait la population. Il eût fallu surtout que l’administration, mieux édifiée sur la nature de la maladie, eût pu prendre au début les mesures qui pouvaient en arrêter la propagation et qu'elle n’eût pas donné par ses actes une sanction officielle et autoritaire à l’erreur; il eût fallu enfin que le triomphe de la vérité n’eût pas nécessité des combats qui ont duré plus longtemps que l’épidémie et qu’il n’eût pas fait plus d’une victime.
L’idée que la maladie était une fièvre pernicieuse s’est incatv
née dans tous les faits qui se rattachent à l’épidémie, sans en excepter la statistique mortuaire. Je n’ai pas voulu insister sur cette cause-là, quand j’ai étudié les causes secondaires d’aggravation de l’épidémie, mais elle est la première et la plus puissante de toutes ces causes. Quand on touche par quelque point que ce soit à 1 histoire de cette épidémie, il est impossible de passer sous silence la grande erreur qui l’a faite ce quelle a été ou bien on ne fait plus de l’histoire.