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QUELQUES MOTS A PROPOS DE LA PROPHYLAXIE ÉPIDÉMIQUE

Les épidémies du choléra sont dues, dans les pays où il ne naît pas spontanément, à ce que l’on méconnaît en temps opportun la nature de la maladie et son caractère contagieux, d’où dépendent les mesures à prendre pour s’opposer efficacement à son développement épidémique.

La contagiosité du choléra est la base de toute prophylaxie efficace. On peut dire que les épidémies commencent toujours par des cas isolés, ou du moins par des foyers circonscrits autour de quelques malades. Quand on nous annonce, par exemple, comme on a pu le lire, il y a quelques années, dans tous les journaux que le choléra a fait à Saint-Louis du Sénégal cent cinquante victimes le premier jour, il est permis de croire que ce premier jour n’était pas le jour des premiers cas de choléra, car ce n’est jamais ainsi que procède cette maladie, ni aucune autre maladie contagieuse.

Pour qu’une si subite explosion fût possible, il faudrait un nombre extraordinaire d’importateurs et tel que l’on comprend difficilement les circonstances qui pourraient les faire arriver en même temps dans une même localité.

Il serait oiseux d’agiter aujourd’hui la question de savoir comment le choléra naît dans l’Inde, car les faits manquent pour résoudre cette question, au moins en France; à défaut de faits positifs, tenons-nous provisoirement aux suppositions les plus vraisemblables. Il n’est guère probable que le choléra provienne uni-

quement d’une infection locale. La topographie du bassin du Gange est sans doute pour beaucoup dans l’origine du choléra que nous voyons sortir de ces contrées, mais il est vraisemblable que les conditions particulières du milieu social, la race, la misère, l’encombrement, l’excessive malpropreté, ne sont pas non plus étrangères au développement de cette maladie.

1° Quand le choléra épidémique a pénétré dans un pays maritime, ou autre, et qu’il n’a pas encore multiplié ses foyers, il est possible d’en arrêter la propagation par des mesures d’isolement suffisamment prolongé, secondées par des moyens de purification destinés à l’éteindre sur place. Ainsi s’est préservée l’île anglaise de la Dominique pendant l’épidémie de la Guadeloupe.

2° S’il arrive par voie de mer et que le débarquement des malades n’ait pas encore eu lieu, la quarantaine à bord ou au lazaret, selon les circonstances, est de rigueur. C’est à une mesure semblable que l’île de Saint-Martin a dû sa préservation pendant la même épidémie.

3° La durée de la quarantaine doit être de dix jours au moins à partir de la fin des opérations de désinfection et de purification nécessaires en pareil cas.

4° Le linge qui a servi aux malades, surtout celui qui a été souillé par les déjections, doit être l’objet des plus grandes précautions et de mesures de désinfection particulières, car l’expérience a prouvé que ces linges servent souvent de moyens de transport à la maladie.

5° Un ancien médecin en chef, fort distingué, de la marine, M. le docteur Vilette, blâme avec raison, en thèse générale, la mesure qui consiste à forcer les navires contaminés à purger leur quarantaine sous voile et au mouillage (Marchai de Cal vi , ouvrage cité, p. 31 Zi) . 11 y a ici une distinction à faire. Pour les navires encombrés, cette mesure me paraît, comme à M. \ dette, inintelligente et barbare. Les navires à voiles qui n ont en général qu’un équipage restreint peuvent sans danger purger leur quarantaine au mouillage en se conformant aux règles hygiéniques prescrites en pareil cas. Le débarquement de 1 équipage serait sans doute préférable dans les ports qui ont un lazaret convenable. Mais ces ports sont encore en bien petit nombre. La quarantaine faite à terre dans certains pays où rien n est prêt

pour un établissement de ce genre, pourrait être quelquefois plus inintelligente et plus barbare encore que la quarantaine faite à bord. Si les matelots de la Petite Louise, mise en quarantaine à Saint-Martin, à l’époque du choléra eussent été débarqués et placés avec les passagers dans le lazaret improvisé et déjà fort insuffisant pour ces derniers qui leur fut donné à terre, au lieu d’une mort et de quelques malades qu’il y eut parmi les passagers, il est à craindre qu’on n’eût compté un plus grand nombre des uns et des autres. Tout doit être subordonné en pareil cas aux conditions particulières que présentent les bâtiments et aux circonstances locales.

6° La dissémination des passagers et de l’équipage d'un navire suspect, la dispersion des foyers cholériques, qu’ils existent à bord d’un bâtiment ou à terre, nécessitent toujours deux précautions essentielles, la désinfection des objets susceptibles d’être contaminés et l’isolement des personnes; leur dispersion équivaudrait à celle du fléau, comme le fait si justement remarquer M. Marchai (de Galvi), et comme plusieurs exemples le prouvent.

On lit dans le Dictionnaire de thérapeutique et de matière médicale de Ml\l. Bouchut et Després : Art. Choléra :

« Il n’y a pas de police sanitaire capable d’arrêter la marche » d’une véritable épidémie de choléra ; mais un foyer cholé- » rique, où succombent beaucoup de victimes, doit être immé- » diatement dispersé, et c’est une faute grave de concentrer les » populations dans un même lieu. »

Sans doute une épidémie de choléra ne peut être arrêtée dans un pays où elle a déjà éclaté sur plusieurs points ; mais il ne paraît pas impossible d’empêcher le développement d’une épidémie naissante, ni la propagation aux pays voisins d’une épidémie en pleine activité; cela peut être, il est vrai, difficile dans les pays d’Europe pleinement peuplés et reliés entre eux par des communications extrêmement nombreuses. Pourtant, quand des limites naturelles bien marquées permettent de surveiller les communications entre deux pays voisins, dont l’un est en proie au choléra, il ne paraît pas impossible d’en arrêter la propagation au pays indemne. L’Espagne et l’Angleterre, par exemple, pourraient sans doute se préserver du choléra de la France, et réciproquement. En tous cas, l’essai mériterait d’être tenté; mais il faudrait, pour qu’il présentât quelque chance de succès,

rompre avec les habitudes traditionnelles du laisser-passer des maladies contagieuses.

La seconde proposition : « Un loyer cholérique où succombent beaucoup de victimes doit être immédiatement dispersé, » formule un précepte qui n’est pas sans danger, s’il n’a, comme complément, la désinfection des choses et l’isolement des personnes. C’est pour disperser un foyer cholérique qu’on a donné a la Pointe-à-Pître, avec les résultats que nous connaissons, la clef des champs aux prisonniers détenus pour amendes. Le passage que je viens de citer d’un livre très-répandu, paraît inspiré par l’idée de la non-contagion du choléra, idée qu’il faut combattre partout où on la trouve. Il est d’ailleurs bien entendu, comme je l’ai expliqué, que c’est surtout la contagion médiate qu il faut avoir en vue quand il s’agit du choléra.

7° Les îles lointaines reliees aux continents par des communications peu nombreuses, se préserveront facilement quand tout le monde sera convaincu que le choléra est contagieux.

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