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fibreux, et à les couper soit directement, soit sur une sonde cannelée. Puis on fera cicatriser dans l'extension permanente pratiquée au moyen d'une attelle digitée appliquée sur la face dorsale de la main.

XVI. — Dans l'exercice d'un grand nombre de professions, la répétition du mouvement professionnel provoque la formation de bourses séreuse accidentelles. Les aréoles du tissu cellulaire soumises à des compressions et des tensions répétées tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, se laissent peu à peu allonger et distendre.

Quelques-unes des lamelles intercellulaires se rompent, et bientôt, là où n'existaient d'abord que quelques aréoles naturelles, se trouve constituée une cavité plus ou moins spacieuse.

Cette cavité ne contient pas habituellement de liquide; mais pour peu que les mouyements soient plus fréquents ou plus rudes, il s'y épanche une sérosité dont la couleur varie depuis le jaune-citrin jusqu'au rouge foncé. Il y a alors ce qu'on appelle un hygroma.

Quelquefois les parois de la poche s'enflamment et suppurent; il faut alors donner issue à la collection purulente.

La présence d'une bourse séreuse accidentelle est un excellent signe professionnel. C'est ainsi que la bourse située au-devant du sternum est propre aux menuisiers (Velpeau); celles du bord cubital de l'avant-bras gauche et des faces dorsales des quatrième et cinquième métacarpiens appartiennent aux ouvriers en papiers peints (Padieu) ; celle sur l'épine iliaque antéro-supérieure, aux tisserands, etc.

XVII. — D'une manière générale, tout mouvement est le résultat d'une , excitation normale, de la moelle. Cette excitation, qui entre en jeu par l'influence de la volonté, tient sous sa dépendance le fonctionnement de tous les

muscles appelés à prendre part au mouvement professionnel. Or, dans certaines professions, c'est par une attention soutenue, un exercice prolongé, que l'habitude du mouvement s'acquiert. Il y a alors comme une coordination artificielle qui fait que des muscles antagonistes concourent à la fois au même but. Il est facile de comprendre combien il faut dans ces cas-là que l'excitation soit uniformément constante et dispensée régulièrement à chacun des muscles qui doivent prendre part au mouvement professionnel. Toutes les fois donc que ce mouvement sera délicat et complexe, il sera exposé à des perturbations diverses résultant le plus souvent du défaut d'harmonie entre l'impulsion volontaire et l'excitabilité du centre nerveux irradiateur.

XYIII. — C'est chez les écrivains de profession que ces perturbations ont été étudiées pour la première fois. Il arrive que l'impulsion volontaire étant donnée, les muscles fixateurs et directeurs de la plume sont pris de tremblement, de crampes, de contractions spasmodiques. C'est en général au bout de quelques moments dont la durée varie, que l'acte professionnel est ainsi brusquement interrompu. Dans les cas extrêmes cependant, il suffit que l'individu prenne la plume ou même que, sans la saisir, il mette sa main et ses doigts dans la position spéciale, pour que le désordre apparaisse aussitôt et prévienne toute réalisation de l'acte. Même encore, suivant quelques auteurs, la simple représentation idéale de l'acte a provoqué dans la main les mêmes perturbations musculaires que l'exécution.

Quelquefois l'excitation motrice atteint des muscles qui devraient rester en repos. Ainsi la contraction anormale peut atteindre successivement tous les muscles de l'avantbras. (Duchenne, de Boulogne, De l'électrisation localisée,

3e édit., 1872, et Physiologie des mouvements, Paris, 1807.)

XIX. —Cette, affection a reçu d'abord le nom de crampe des écrivains (Brûcke) ; mais l'observation a permis de la reconnaître partout où l'acte professionnel est, comme celui de l'écriture, le résultat de mouvements collectifs et simultanés. C'est ainsi qu'elle a été observée chez les graveurs qui emploient le burin, les couturières qui manient l'aiguille; chez les pianistes, les joueurs de violon, de harpe, les compositeurs d'imprimerie, les trayeuses de vaches, les bijoutiers, les fleuristes, etc. Duchenne (de Boulogne) a vu un maître d'armes chez lequel une rigidité convulsive des muscles de la main et de l'avant-bras avait lieu chaque fois qu'il tombait en garde. De là le nom de spasme fonctionnel qu'il donne à cette affection, ou encore de névrose coordinatrice des professions, sous lequel Benedikt l'a désignée.

XX. — Le spasme fonctionnel est souvent incurable. Il faut en général s'abstenir de tout exercice professionnel qui l'a provoqué. Toutefois le massage ou pressions concentriques des doigts sur l'épaule ont donné d'excellents résultats, et l'on cite des cas de guérison. Chez les écrivains de toute classe, expéditionnaires, employés de bureau, etc. on peut y remédier jusqu'à un certain point à l'aide des appareils prothétiques de Cazenave, qui ont au moins l'avantage de permettre d'écrire. Ils consistent en un porte-plume armé de deux vis de pression et en deux cercles de caoutchouc pourvus chacun d'une vis de rappel. Ce porte-plume mécanique subit des modifications plus ou moins nombreuses suivant qu'il est destiné à tel ou tel malade en particulier.

XXI. — Jusqu'ici nous avons pour ainsi dire localisé le mouvement professionnel dans la partie du corps que le même mouvement met en jeu. Nous devons à pré-

sent en rechercher les effets sur l'organisme en général.

Toutes les fois que le travail professionnel demande un déploiement d'énergie et de force, il y a effort. — L'effort est un ensemble de contractions musculaires intenses ayant pour condition physiologique la fixation complète ou incomplète', générale ou partielle du thorax, avec ou sans suspension de la respiration. En effet, l'immobilité, la rigidité temporaire de la cage thoracique ont pour but de fournir un point d'appui aux muscles chargés de déployer cette énergie exceptionnelle. La cage se développe sous l'influence d'une forte inspiration, et l'air inspiré vient en remplir la capacité. Ainsi répandu dans les cellules et les bronches dilatées, cet air fournit aux côtes et au diaphragme un support élastique tenant en équilibre la réaction des muscles respirateurs et la pression extérieure. L'effort cesse brusquement ou progressivement avec l'écoulement plus ou moins rapide de l'air hors des poumons.

XXII. — On conçoit combien de semblables modifications apportées dans les fonctions respiratoires doivent varier suivant l'intensité et la répétition des contractions musculaires. Le portefaix qui soulève un fardeau, le boulanger qui pétrit, le cordonnier qui tire son ligneul, nous offrent à des degrés divers l'image de l'effort professionnel.

XXIIT. — Le plus souvent, l'influence de l'effort est toute thoracique, c'est-à-dire qu'elle se fait spécialement sentir sur les organes contenus dans la poitrine. Un mouvement professionnel qui ne demande qu'un effort modéré n'entraînera pas la suspension de la respiration, mais un simple trouble dans son rhythme normal. A la longue cependant, sous l'influence d'expansions et de compressions alternatives et répétées, les poumons sont atteints dans leur circulation et par suite clans leurs phé-

nomènes intimes de nutrition. La tension du sang augmente dans le système vasculaire, de là des troubles consécutifs dans les fonctions cardiaques. Il survient des palpitations fréquentes, résultat d'une véritable irritation fonctionnelle de l'organe, qui va devenir à son tour la cause d'affections organiques du cœur.

En général, c'est là le fait d'un mouvement professionnel qui limite son action aux membres supérieurs et qui ne prend qu'un point d'appui partiel sur la cage thoracique.

Shann, en Angleterre, a particulièrement insisté sur ce mode pathogénique des maladies du cœur chez les boulangers, les cordonniers, les corroyeurs, les savonniers, etc. , et Halfort en a signalé l'extrême fréquence chez les batteurs de métaux.

XXIV. — Dans certaines circonstances, l'effort moins limité, mais brusque, immobilise de la façon la plus complète la cage thoracique ; tous les muscles entrent en jeu ; il y a suspension absolue et momentanée de la respiration, arrêt de la circulation veineuse; de là des congestions pulmonaires intenses, des raptus sanguins vers les organes encéphaliques et abdominaux.

XXV. — ■ Une conséquence fréquente de ce genre d'effort, c'est la production d'une hernie, le plus souvent inguinale, par suite de la pression exercée sur la masse intestinale par les contractions des muscles abdominaux et du diaphragme. L'influence du travail professionnel est ici incontestable : plus une profession ou un métier est pénible et demande un déploiement de force musculaire, plus il expose aux hernies.

Suivant Malgaigne, ce genre de hernie se rattache de préférence aux professions que l'on exerce debout, par exemple les hommes de peine, les journaliers, etc.

Kingdon, en Angleterre, a relevé pendant trois années

consécutives, 1859-1860-1861, les catégories d'individus qui ont le plus présenté de hernies. Il a trouvé par ordre d'importance : les fermiers (ou sujets employés aux travaux de la campagne), les commissionnaires, les charpentiers et menuisiers, les domestiques, les jardiniers, les charretiers, les forgerons, etc. (Medico-chirurgical Transactions, 1864.)

La plupart du temps, ces hernies se produisent à droite. Selon Jules Gloquet, cette particularité serait en corrélation avec la prédominance du nombre des droitiers sur celui des gauchers. En effet, l'ouvrier qui fait un effort du côté droit du corps s'incline à gauche; le diaphragme n'agit plus alors de façon à repousser directement en bas et en avant la masse intestinale, mais bien en bas, en avant et latéralement à droite.

XXVI. — Nous avons en commençant considéré l'attitude vicieuse comme un résultat du mouvement professionnel, et nous l'avons surtout étudiée au point de vue des difformités auxquelles elle peut donner lieu. Mais il est certaines dispositions générales du corps nécessitées et maintenues par les habitudes professionnelles sur l'influence desquelles nous devons nous appesantir : nous voulons parler de la station assise et de la station debout.

XXVII. — La station assise est la position habituelle des professions dites sédentaires; elle est en général accompagnée d'une inclinaison du tronc en avant plus ou moins prononcée. Dans cette position, les viscères abdominaux sont comprimés, principalement l'estomac et le foie; le diaphragme, refoulé en haut, vient appuyer sur les poumons; ceux-ci, maintenus par la paroi antérieure de la poitrine qui s'aplatit en se portant légèrement en arrière, se trouvent resserrés dans un espace devenu insuffisant pour la complète expansion de leur parenchyme. Il en

résulte un ralentissement de la circulation abdominale que vient accroître encore l'absence de tout exercice musculaire. De là des stases sanguines dans les organes digestifs, et par suite une torpeur habituelle des fonctions d'absorption. La gastralgie, la dyspepsie, conséquence de l'inertie gastro-intestinale, la constipation, les hémorrhoïdes, et chez les femmes, les troubles de la menstruation : telles sont les affections qu'entraîne en général la continuité d'une pareille attitude professionnelle.

XXVIII. — Mais le plus souvent il faut joindre à celte action mécanique l'influence d'une vie dépourvue de l'activité générale nécessaire à la régularisation du cycle fonctionnel. De là une souffrance de l'organisme caractérisée par l'anémie, la chlorose ou la dystrophie constitutionnelle. Celle-ci, en effet, se manifeste le plus souvent par le développement de la tuberculose.

XXIX. — S'il est un point sur lequel les auteurs qui ont cherché à établir l'influence des professions sur la phthisie professent une opinion unanime, c'est l'énorme proportion de phthisiques que présentent les professions qui nécessitent une position courbée. C'est peut-être ce qui ressort le plus clairement des statistiques dressées par Benoiston (de Châteauneuf) et Lombard (de Genève) : les couturières, les copistes, les graveurs, les tailleurs, les vanniers, etc., payent un large tribut à la phthisie.

XXX. — Mais, hâtons-nous de le dire, si cette attitude agit dans un sens favorable à ,son développement, c'est par l'obstacle qu'elle apporte à l'hématose. J'insiste sur ce point : l'attitude courbée trouble la nutrition; l'immobilité relative du corps la ralentit ; mais il faut avant tout, ainsi que Benoiston (de Châteauneuf) l'a fait ressortir, tenir compte de la viciatîon habituelle de l'air respiré, de l'influence d'une mauvaise nourriture, des privations de toute

sorte, des chagrins, de la misère. Tout dépend aussi du plus ou moins d'énergie de l'organisme ; c'est ainsi que les ouvrières sont plus souvent atteintes que les ouvriers. D'une autre part, il faut reconnaître que les enfants et les jeunes gens d'une constitution délicate choisissent justement ces mêmes professions où l'attitude assise domine ; et c'est là une prédisposition individuelle dont il faut avant tout tenir compte.

XXXI. — A dire vrai, la tuberculose pulmonaire n'est point une maladie professionnelle, ou, si Ton veut, c'est la maladie de toutes les professions misérables. Les excès de tout genre la développent aussi. Mais excès et misères sont des conditions extrinsèques à la profession, dont l'influence doit disparaître avec les progrès de l'hygiène et de la morale.

Nous verrons plus loin qu'il en est autrement de la phthisie caséeuse, laquelle a son point de départ dans une irritation continue de la substance pulmonaire; et c'est cette dernière qu'à bon droit nous pourrons appeler phthisie professionnelle.

XXXII. — On considère généralement la station verticale comme une cause de varices et d'ulcères aux membres inférieurs, par suite de l'obstacle qu'elle apporte au retour du sang veineux.

Gela est vrai pour bon nombre de professions dans lesquelles l'immobilité des jambes vient s'ajouter à la station debout habituelle, par exemple chez les ouvriers qui travaillent à l'établi (ajusteurs, imprimeurs). Mais il n'en est plus de même chez ceux où le mouvement professionnel vient favoriser la circulation veineuse ; et en outre il faut reconnaître que la station assise, par suite de la réplétion des vaisseaux abdominaux qu'elle détermine, est une cause tout aussi réelle de varices aux jambes.

XXXIII. — Pour expliquer, dans certaines professions, la fréquence des ulcères aux membres inférieurs, on a fait intervenir tour à tour, avec la prédisposition variqueuse, l'action de la chaleur rayonnante chez les uns (forgerons, cuisiniers) et celle de l'humidité chez les autres (blanchisseuses, débardeurs). Parent-Duchâtelet (Recherches sur la véritable cause des ulcères qui affectent fréquemment les extrémités inférieures, m Ann. dliyg., 1830, t. IV, p. 239). a réduit la plupart de ces assertions à leur juste valeur ; mais il ne les a point détruites. Ce qu'il faut reconnaître, c'est que la plupart des ulcères ne sont point variqueux, et qu'ils sont dus soit à quelque plaie ou contusion auxquelles expose plus particulièrement la profession (charpentiers, riveurs, etc.), soit à quelque brûlure comme chez les fondeurs, soit enfin à toute autre cause accidentelle d'irritation cutanée (bouton excorié, piqûres d'insectes), comme chez les bouchers et les gens de la campagne. C'est un fait certain que les ulcères se rencontrent plus souvent à gauche qu'à droite. Ph. Boyer a avancé que le membre gauche est plus exposé parce qu'il est porté en avant pour élargir la base de sustentation chez les ouvriers qui travaillent debout et se servent de leurs membres supérieurs seulement.

XXXIV. — Après avoir analysé le mouvement professionnel dans ses éléments comme dans ses effets immédiats et consécutifs, il nous est maintenant faciie de comprendre quel rôle important, il est appelé à jouer dans les habitudes de travail et le genre de vie de l'ouvrier, et combien il peut à lui seul servir de base sérieuse à une classification des professions. C'est ainsi que nous maintiendrons le nom de professions sédentaires à celles où la somme de mouvement professionnel est insuffisante pour l'harmonie et la répartition des forces physiologiques, et de

professions actives à celies où le mouvement imprime à l'organisme une activité continue et trop souvent excessive. Aux premières incombent naturellement les attitudes passives, et comme manifestation morbide générale le ralentissement des fonctions de nutrition ; aux secondes se rattachent tous les phénomènes de l'effort professionnel, la suractivité circulatoire et l'exagération des fonctions éliminatrices.

Le type idéal d'une profession serait celui où le mouvement professionnel marcherait d'accord avec le mouvement organique, et par des alternatives de repos et d'exercice équilibrerait le jeu régulier des fonctions. — Nous n'insisterons pas davantage sur les maladies que l'on rencontre dans chacun de ces groupes de professions. Il nous suffit pour le moment d'en avoir indiqué la tendance pathogénique, renvoyant pour de plus amples détails aux articles de pathologie spéciale.

XXXV. — Il est cependant un côté de la question que nous devons traiter ici. Dans la plupart des professions sédentaires, l'activité fonctionnelle de la vue est mise en jeu d'une façon continue et souvent exagérée, de là des affections consécutives de la vision dont il nous faut étudier le mode pathogénique.

L'application soutenue de la vue sans repos suffisant agit de deux façons sur la santé de l'organe, 1° en entretenant une congestion plus ou moins prononcée des membranes de l'œil, principalement de la choroïde; 2° en exagérant la fonction d'accommodation.

C'est en grande partie à la congestion des vaisseaux de l'œil que sont dus tous les symptômes éprouvés par les ouvriers qui se livrent à un travail minutieux et prolongé sur des objets petits ou à contours délicats (bijoutiers, lapidaires, brodeuses, etc.). Il y a le plus souvent ce qu'on a appelé des bluettes, des points brillants, des mouches

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volantes, auxquelles vient s'ajouter de la fatigue et de la pesanteur oculaire.

Parfois, c'est comme un brouillard et un obscurcissement momentané ; et la vision peut perdre ainsi chaque jour de sa netteté.

Cette congestion est favorisée encore par l'attitude penchée de la tête et le travail à la lumière artificielle.

En effet, tandis que dans la lumière du soleil la moitié environ des rayons calorifiques sont en général des rayons lumineux, on trouve dans la lumière de l'huile environ 90 pour 100 de rayons obscurs et thermiques ; et seulement, 10 pour 100 de rayons éclairants. ïl en est de même pour celle du gaz. La lumière du pétrole ne contient que 6 pour 100 de rayons éclairants. Cette influence thermique de la lumière artificielle agit dans le sens de la congestion, en même temps qu'une plus faible quantité de rayons lumineux entraîne une plus grande tension de l'innervation oculaire.

XXXY1. — On ne peut bien voir les petits objets qu'en les tenant plus ou moins rapprochés des yeux. Il en résulte une continuelle contraction du muscle ciliaire qui préside à l'accommodation. Ce fontionnement exagéré du muscle accommodateur de la vue finit par en amener l'épuisement ; de là une diminution de la force visuelle pour les objets rapprochés, et l'obligation pour la plupart des ouvriers de se servir de verres convexes de presbyte, qui épargnent ainsi l'emploi d'une bonne partie du pouvoir accommodatif.

Nous désignerons ces troubles de la vue sous le nom tYcisthénopie professionnelle. — Mais il peut arriver aussi que l'action excessive du muscle ciliaire entraîne chez lui un véritable spasme fonctionnel; dans ces cas-là, les verres convexes ne donnent lieu à aucune amélioration.

XXXVII. — Le rôle important que jouent les membranes vasculah es dans la nutrition des milieux de l'œil peu! nous

expliquer jusqu'à un certain point l'influence prédisposante qu'ont certaines professions sur le développement de la cataracte. Nul doute, en effet, que la tendance congestive de l'organe oculaire ne puisse à elle seule amener les troubles dans la nutrition de la lentille cristalline.

Toutefois il est une cause qui nous paraît agir plus directement ici : c'est la continuelle mise en jeu du muscle accommodateur, qui, agissant directement sur le cristallin, le soumet à une compression plus ou moins forte et prolongée, et doit finir en en ralentissant ainsi la nutrition, par en altérer la texture.

Bien que les statistiques ne soient point encore assez concluantes à ce sujet, on ne peut nier ce genre d'influence professionnelle sur la formation de la cataracte. Galezowski va même jusqu'à établir un signe différentiel : « Il y a un fait incontestable pour moi, dit-il, c'est que les opacités du cristallin débutent presque constamment par le segment interne et inférieur chez ceux qui lisent et écrivent, chez les graveurs, les bijoutiers, etc. ; tandis que chez les gens de la campagne, où l'action de la lumière trop vive doit être considérée comme cause prédisposante, l'opacité débute soit par le noyau, soit par toute la périphérie.

XXXVIII. — On cherchera à prévenir les divers troubles de la vision en donnant à la fonction le repos qui lui est nécessaire. S'il n'est pas possible à l'ouvrier de s'abstenir de travailler à la lumière artificielle, on combattra l'influence fâcheuse de cette lumière par l'usage de lunettes en verres de couleur. D'après A. Chevallier, le verre bleunoir de teinte légère ou extra-légère, pour le travail du jour ou du soir sur les objets rapprochés, sera employé de préférence. Ce verre éteint en effet plus que tous les autres les rayons jaunes et rouges, qui sont les rayons qui fatiguent le plus la vue.

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Lorsque l'affaiblissement de la vue obligera l'ouvrier à se servir de verres convexes, il les choisira convenables, et toujours du numéro le plus faible possible, et il ne passera à un numéro plus fort que lorsqu'il en éprouvera l'indispensable besoin.

Desayvre, qui a eu l'occasion d'étudier ces troubles de la vue chez les monteurs de garnitures de fusil à Châtellerault (Etudes sur les maladies des ouvriers de la manufacture de Chàtellerault in Ann. d'hyg., 1856, 2e série, t. Y, p. .69), dit qu'un des plus sûrs effets de l'usage de ces verres est de permettre à l'ouvrier de travailler sans souffrance, sans ressentir cette fatigue extrême et ces phénomènes d'aberration de la vision dont nous avons parlé.

Dans le cas de spasme ciliaire, le repos prolongé seul permettra à la convulsion de cesser (Testelin).

XXXIX. — Nous pourrions maintenant parler de l'influence du mouvement professionnel du cerveau et de l'organe de la voix dans quelques professions sédentaires ; mais nous avons cru devoir faire de ces professions le sujet d'articles spéciaux, ces études se prêtant moins à la généralisation que la précédente. (Voy. Artistes et Gens de lettres ; et Voix (hommes livrés à l'exercice de la).)

XL. — Après ce que nous venons de dire des modifications et des déformations physiques que produit invariablement, dans certaines parties déterminées du corps, l'exercice des diverses professions, on comprend de quelle utilité ces indices professionnels devaient être regardés par les médecins légistes dans la recherche de l'identité.

Le genre de profession et la teinte de l'âme, a dit le premier Fodéré (Traité de médecine légale, 1813), laissent des empreintes' ineffaçables propres à faire distinguer les individus. Mais c'est à Ambroise Tardieu (Mém. sur les modifications physiques et chim. que détermine l'exercice

des diverses professions, pour servir à la recherche médicolégale de l'identité, in Ami. cVhycj., t. XLIi, p. 388, et t. XLVIII, p. 131, et Nouv. Dict. de mêd. et de chir. prat., 1874, t. XVIII, p. 343, art. Identité) que l'on doit l'étude la plus approfondie de ces. divers signes professionnels. — ïl les a classés en trois catégories.

Dans la première il range tous les signes qu'il appelle incertains, et qui consistent dans une simple modification de la sécrétion épidermique ou de la coloration, et disparaissent plus ou moins rapidement sous l'influence de la cessation momentanée ou définitive du travail : la macération de l'épiderme, la coloration imprimée à la peau des mains par le, contact avec quelque substance altérante, l'usure des poils, des ongles, etc., sont des signes incertains (blanchisseuses, teinturiers, ouvriers en métaux).

La seconde catégorie comprend des signes durables, mais qui n'offrent point un caractère suffisant de spécialité professionnelle ; ce sont des signes certains mais inconstants : telles sont les callosités ou les altérations de structure h la paume de la main, que l'on rencontre chez tous les artisans qui tiennent l'outil à poing fermé; telles sont encore les varices, les hernies, les troubles fonctionnels de la vue, etc.

Dans la troisième enfin se trouvent toutes les altérations qui sont permanentes et restent comme un stigmate indélébile de la profession dont elles sont la conséquence, comme une marque ineffaçable propre à faire reconnaître l'identité de ceux qui ont exercé cette profession : telles sont les déformations des doigts par rétraction musculaire ou aponévrotique, les bourses séreuses accidentelles, les hypertrophies locales musculaires, les déviations du tronc ou des membres, etc., tous signes qui sont assez constants pour faire connaître à la fois la cause qui a

produit l'altération, le travail dont elle est la conséquence, l'outil que manie l'artisan et l'attitude qui lui est propre. XLI. — La plupart de ces altérations sont caractéristiques non-seulement par leur nature, mais encore et surtout par le siège exact qu'elles occupent. A ce sujet, la main peut être considérée comme le lieu d'élection des signes d'identité professionnelle... « Soit qu'elle opère directement, dit Vernois (De la main des ouvriers et des artisans au point de vue de llujgiène et de la méd. lég., m Ann. d'hyg., 2e série, t. XXII, p. 104), soit qu'elle se borne à diriger les machines admirables qui de nos jours enfantent tant de merveilles, la main paye constamment et presque fatalement le tribut et le large impôt des services qu'elle rend à l'industrie. » La connaissance de la main professionnelle sera donc d'une importance sans égale dans la recherche médico-légale de l'identité. Nous en décrirons les signes les plus importants à chaque article spécial.

XLII. — Aux influences pathogéniques du travail professionnel il convient de rattacher les inconvénients qui résultent pour les ouvriers de la nature même des matériaux employés. — L'eau, le feu, les substances minérales et végétales peuvent, comme éléments du travail professionnel, agir d'une façon plus ou moins directe sur la santé de l'ouvrier. De là toute une catégorie de maladies professionnelles revêtant jusqu'à un certain point un caractère plus prononcé de spécialité, et en tête desquelles il faut placer Y empoisonnement professionnel. Les ouvriers qui travaillent le plomb, le mercure, l'arsenic, le cuivre. Toute matière altérante ou toxique, reçoivent de la plupart de ces substances une atteinte profonde à leur santé qui se manifeste par des symptômes caractéristiques.

Ceux qui emploient l'eau à chaque instant, qui vident et remplissent des bassins ou des cuves, y trempent et

retrempent les étoffes, les peaux, les linges, etc., contractent, dans ce contact direct et permanent avec l'humidité, des prédispositions morbides toujours les mêmes, qui se traduisent tôt ou tard par l'irritation catarrhale des mu-, queuses : catarrhe des bronches, catarrhe de l'intestin, catarrhe des voies génito-urinaires, et par des affections rhumatismales apyrétiques et indolentes.

La manipulation répétée des liquides tenant en dissolution des substances acides, alcalines, caustiques ou altérantes, donne lieu à certaines altérations de l'épidémie et du derme, et provoque à la longue des perversions locales de la sensibilité et du mouvement. (Teinturiers, tanneurs, blanchisseuses.)

XLIII. — Les artisans que leur travail professionnel retient auprès de fourneaux ardents, exposés ainsi à l'éclat et à la chaleur rayonnante d'un foyer, de métaux incandescents ou de flammes brûlantes, sont soumis à des déperditions sudorales excessives qui, affaiblissant leur organisme, leur donnent cette apparence de pâleur anémique qui est comme le cachet de leur profession, et les rendent moins aptes à résister aux chances de maladies accidentelles ou épidémiques. Les boulangers, les fondeurs, les verriers, les cuisiniers, etc., ont payé de tout temps un large tribut aux épidémies.

L'action continue du feu agit encore d'une façon médiate et fâcheuse pour la santé, en devenant la cause de brusques transitions du chaud au froid, occasionnées par les courants d'air que sollicite la différence de température des couches atmosphériques. C'est ainsi que les affections inflammatoires de la poitrine, les rhumatismes aigus fébriles, lanéphritealbumineuse,qui surviennent en pareilles circonstances, peuvent être considérés comme des maladies professionnelles.

XLIV. — En dehors des lésions traumatiques du crâne chez les ouvriers que leur métier expose aux chutes, aux accidents ; en dehors de l'influence incontestable des travaux de l'esprit, chez les hommes de cabinet; en dehors, dis-je, de ces causes professionnelles de l'inflammation des méninges et du cerveau, nous en trouvons ici une autre tout aussi importante et trop souvent efficace : c'est l'action intense du calorique rayonnant. L'observation démontre en effet un grand nombre d'encéphalites et de méningites chez les forgerons, les verriers, les puddleurs, les ouvriers des hauts fourneaux, etc.

XLV. — Une autre conséquence pathologique, c'est la fréquence des troubles de la vision chez les ouvriers ainsi exposés à l'éclat des foyers.

Faut-il considérer l'action vive du feu sur les yeux comme prédisposant à la cataracte ? Beaucoup d'auteurs l'on dit, d'autres l'ont répété, mais, suivant Warlomont, rien n'est moins démontré ni plus improbable.

Ce que nous devons reconnaître cnez cette catégorie d'ouvriers, c'est que l'éclat des foyers agit ici en exaltant, en pervertissant la sensibilité de la rétine. Il y a sans doute congestion des membranes vasculaires de l'œil ; mais l'affaiblissement de la vue trouve surtout sa cause dans l'excitation diffuse et prolongée de l'innervation sensorielle. Cette excitation provoque la double contraction pupillaire et ciliaire, dont l'effet est de diminuer le nombre des rayons lumineux excitants, d'en modérer l'action sur la rétine en en empêchant la diffusion, et cette contraction réflexe, à son tour, finit par amener la fatigue de l'accommodation; c'est pourquoi la plupart des ouvriers sont encore obligés, dans ces circonstances, de faire usage de verres de presbyte.

XLYI. — Nous venons d'envisager la question de l'influence de l'humidité et de la chaleur rayonnante à un

point de vue essentiellement individuel, et comme conditions intégrantes du travail de l'ouvrier. Mais humidité et chaleur deviennent à leur tour des éléments du milieu professionnel, et comme tels vont continuer à agir sur la santé de l'ouvrier d'une manière moins immédiate sans doute, mais non moins nuisible. Rien n'est plus favorable au développement du lymphatisme que cette action incessante d'une atmosphère chaude et humide dans certains ateliers (ateliers de tissage, de moulinage de la soie, etc.). XLYIL — C'est aussi au point de vue du contactimmédiat de l'ouvrier avec les substances toxiques qu'ils manipulent, qu'il nous faudrait considérer l'empoisonnement professionnel. Toutefois travail et milieu sont ici tellement connexes que leurs éléments sont pour ainsi dire communs. C'est en effet soit à l'état de vapeurs mêlées à l'atmosphère, soit k l'état de poussières respirées ou déposées . sur tout le corps, soit à. l'état de mélanges humides que ces substances viennent agir directement sur l'organisme. Il y a en même temps absorption par les voies respiratoires, par les voies digeslives et par la surface cutanée.

— Souvent ces poussières déposées dans les premières voies rencontrent dans les liquides organiques sécrétés des dissolvants qui favorisent leur absorption. Quelques substances toxiques, l'arsenic entre autres, trouvent dans des lésions cutanées spéciales provoquées par leur propre action caustique, une voie d'introduction dans l'organisme.

— D'une manière générale, si l'on considère que le plus souvent la matière toxique est à l'état pulvérulent (sels de cuivre, de plomb, d'arsenic, etc.), et que les vêtements et le corps de l'ouvrier en sont littéralement imprégnés ; si l'on a remarqué que les lésions locales des voies naturelles d'introduction sont très-rares, tandis que la fréquence de celles de la peau a été signalée par tous les auteurs , on

3r> HYGIÈNE DES PROFESSIONS.

est porté à regarder comme la cause la plus importante et la plus générale de l'empoisonnement professionnel l'absorption de la substance toxique par la surface de la peau. XL VIII. — Déjà Flandin, en 1847, avait émis l'opinion que l'intoxication chez les ouvriers cérusiers est produite plus encore par les voies de l'absorption cutanée simple que par celles de l'olfaction, de la respiration et de la digestion. Roussin (Des phénomènes d'absorption, in Bull, de VAcad. deméd., 1866-1867, t. XXXII, p. 264, et Nom. Exp. relat. à l'absorption cutanée, in Ann. d'hyg., 1867, t. XXVIII, p. 179), en 1867, s'est livré à des expériences probantes au sujet de l'absorption cutanée dans l'intoxication arsenicale professionnelle. Voici tout au long quels sont les conclusions de l'auteur. Il se croit autorisé à conclure « 1° que la peau humaine revêtue de son épidémie est réellement, matériellement lubrifiée par une substance grasse; qu'elle ne peut être mouillée, c'est-à-dire touchée par l'eau ; qu'elle ne peut absorber et n'absorbe en réalité aucune, particule d'eau liquide, soit pure, soit tenant en dissolution des substances étrangères; — 2° que l'absorption par la peau, et le passage dans l'économie de substances salines ou autres en dissolution dans l'eau, est complètement impossible tant que la surface cutanée est recouverte de liquide aqueux : l'eau est précisément l'obstacle unique apporté à cette absorption ; — 3° que l'enduit gras qui recouvre la peau ne permet d'autre pénétration et d'autre absorption cutanée que celle qui se produit par l'intermédiaire d'un véhicule capable de mouiller réellement la peau ; — 4° que le contact direct d'une matière très-divisée, simplement appliquée au pinceau, adhérente aux vêtements, ou résultant de l'évaporation à la surface du corps, d'une solution aqueuse de cette substance, est suivie d'une absorption certaine par Y effet seul de la pré-

sence de l'enduit gras sébacé qui pénètre et dissout sur place cette poudre elle-même et la met dans les conditions nécessaires à la progression capillaire. »

XLIX. — On comprend tout de suite de quelle importance hygiénique devront être pour les ouvriers exposés aux poussières toxiques, l'usage de vêtements de travail préservateurs et les habitudes générales de propreté, telles que bains et lavages fréquents. C'est là un point sur lequel nous insisterons en temps et lieu.

L. — Le caractère de toute intoxication professionnelle est de s'affirmer d'une manière lente et périodique, par des symptômes plus ou moins caractéristiques, par des alternatives d'amélioration et de recrudescence dans les manifestations morbides.

Presque toujours l'ouvrier pâle, épuisé, cachectique, en proie ta des troubles fonctionnels variés, prolonge ainsi son travail dans les conditions les plus funestes, jusqu'au moment où des accidents graves viennent le forcer à se retirer.

Une conséquence des plus fâcheuses de l'intoxication professionnelle, et«qui du reste ne s'est dévoilée aux yeux des observateurs que dans de pareilles conditions d'étiologie, c'est son influence désastreuse sur les ouvrières enceintes, et se continuant même sur le produit de la conception : ménorrhagies, avortements, accouchements prématurés d'un côté, et de l'autre faiblesse maladive, mortalité plus grande des nourrissons, tels sont les accidents qui ont été le plus souvent signalés dans ces cas-là. (Voy. Mercure, Plomb, Phosphore, etc.)

LI. Milieu professionnel. — Nous venons de voir l'ouvrier aux prises avec son travail, se pliant à des attitudes et à des mouvements pénibles, exposé plus ou moins à l'action nuisible des matériaux qu'il emploie; transportons-le maintenant par la pensée dans une étroite cham-

bre ou dans un atelier peu spacieux, respirant un air tantôt insuffisant, tantôt vicié par des émanations diverses, sursaturé d'humidité ou bien encore chargé' de poussières, recevant en un mot d'une atmosphère confinée une atteinte nouvelle et incessante à l'intégrité des fonctions respiratoires. On comprend combien cette influence nouvelle du milieu viendra peser d'un poids considérable dans la balance pathologique de la profession.

Supposons, au contraire, ce même ouvrier travaillant au milieu d'un air pur et sans cesse renouvelé, suffisamment chaud et suffisamment humide; tirant de l'atmosphère qui l'entoure des forces nouvelles pour accomplir son labeur; et nous verrons le milieu contre-balancer jusqu'à un certain point l'influence d'un travail fatigant, en maintenant l'activité de l'acte respiratoire, et en favorisant les échanges organiques. — Ainsi donc l'influence directe de l'atmosphère de l'atelier sur les organes et les fonctions respiratoires, telle est dans son essence même le point de vue sous lequel nous devons envisager la question de "milieu professionnel.

Que nous consultions, en effet, les traités généraux ou les divers mémoires publiés sur la pathologie professionnelle, il nous faut reconnaître l'importance que tous les auteurs ont donnée à cette cause de maladies, importance grandement justifiée, aujourd'hui surtout que l'introduction des machines dans le travail a diminué d'autant l'influence pà-< thogénique de l'attitude et du mouvement professionnels.

LU. — Pâtissier (Traité des maladies des artisans, Paris, 1822) admet toute une grande classe de maladies causées par des molécules qui, sous forme de vapeurs ou de poussières se mêlent à l'air que l'on respire, pénètrent dans les organes pulmonaires et en troublent les fonctions. L'étude une fois faite du mode pathogénique de quelques-

unes de ces poussières dans ce que nous avons appelé l'empoisonnement professionnel, va nous permettre de généraliser davantage. A l'instar de Pâtissier, nous reconnaîtrons comme éléments morbigènes se mêlant à l'atmosphère de l'atelier, des vapeurs et des poussières.

LUI. — Les vapeurs se divisent en vapeurs délétères et en vapeurs irritantes. Les vapeurs délétères agissent sur l'organisme en passant par les voies respiratoires; mais sans amener des lésions essentielles des organes bronchopulmonaires. C'est là une seconde espèce d'empoisonnement professionnel, d'un type moins uniforme que le premier, parce qu'il est souvent plus spontané, plus accidentel, plus varié dans son origine. Toutefois, nous pouvons dire que lorsqu'il a lieu d'une manière chronique, son mode pathogénique est toujours l'asphyxie; asphyxie plus ou moins lente, causée par des altérations spécifiques du sang ayant pour caractère commun la diminution des globules rouges et une leucocythémie relative. Cet état amène à la longue un véritable affaiblissement des échanges organiques entre les globules et l'air extérieur, ou bien encore, par la destruction primitive d'un epartie de ces globules, entraine une véritable difficulté de pourvoir à ces échanges. De là une asphyxie secondaire consécutive à un empoisonnement lent que caractérisent toutes les apparences de la chloroanémie, un affaissement progressif des forces, avec amaigrissement, pâleur, troubles fonctionnels et palpitations.

C'est ainsi qu'agissent les vapeurs d'aniline, de benzine et de térébenthine chez les teinturiers ; celles de sulfure de carbone chez les ouvriers en caoutchouc vulcanisé ; l'oxyde de carbone chez les repasseuses et les cuisiniers; les gaz méphitiques des égouts, des fosses d'aisances, etc. ; les miasmes organiques, l'air vicié par les produits de la combustion respiratoire, surchargé d'acide carbonique, ete:

Mais il est des circonstances où l'absorption des vapeurs délétères entraine la perte subite de connaissance, et quelquefois la mort, si des secours ne sont pas administrés à temps. Les centres nerveux sont alors atteints dans leur essence même, et avec eux les fonctions des poumons et du cœur; et s'il n'y a point là d'asphyxie proprement dite, il n'en faut pas moins chercher à réveiller les mouvements respiratoires pour ramener la circulation et prolonger ainsi un temps suffisant les échanges organiques nécessaires à l'élimination des principes nuisibles.

LIV. — Disons tout de suite que le meilleur traitement de l'asphyxie chronique consiste principalement dans l'application et le maintien des procédés d'assainissement de l'atelier : ventilation et condensation des gaz nuisibles ; et dans l'amélioration de l'hygiène privée des ouvriers : alimentation suffisamment réparatrice et salubrité des logements. (Voy. plus loin.)

LV. — Mais il nous parait utile d'exposer tout au long', ici, les principes du traitement à appliquer dans le cas d'asphyxie rapide; principes qui doivent être toujours présents à l'esprit des ouvriers appartenant aux professions dans lesquelles des accidents graves de ce genre se rencontrent communément. (Vidangeurs, égoutiers, puisatiers, fossoyeurs, etc.)

Le premier soin consistera à ramener l'asphyxié à l'air libre. — Nous ferons connaître plus loin les moyens (Je préservation dont les sauveteurs devront se servir pour aller à la recherche des ouvriers frappés de perte de connaissance. — Une fois loin de la cause d'asphyxie, on procédera immédiatement à la respiration artificielle.

La respiration artificielle, en effet, qu'il s'agisse d'une simple asphyxie ou d'un empoisonnement délétère, qui a pour but, en excitant artificiellement le '.actes mécaniques

de la respiration, d'aider ainsi puissamment au retour des fonctions du cœur, est le plus sur, le plus prompt et le plus énergique traitement de l'asphyxie; celui qui, dans les circonstances où il faut faire vite avant tout, doit être mis à la portée de tous et connu parfaitement dans la profession.

Deux procédés de respiration artificielle remplissent ces conditions : l'insufflation et les mouvements rhythmés du thorax et de l'abdomen.

LVI. — L'insufflation se pratique directement de bouche à bouche, ou par l'intermédiaire d'un soufflet. Mais, outre les accidents qu'il peut en résulter, tels que dilatation exagérée et rupture de vésicules pulmonaires, il faut avouer qu'elle manque en grande partie son but, et n'entretient que d'une façon très-incomplète la respiration artificielle.

LV1I. — On donnera donc la préférence au second mode de procéder. — Nous allons exposer la méthode dite de Silvester, qui nous parait la plus efficace, la plus prompte et la plus immédiatement applicable par tout le monde.

Elle consiste dans les règles suivantes, dès que l'asphyxié est porté dans une atmosphère pure :

1° Donner au patient une position convenable : placez le corps sur le dos, les épaules soulevées et soutenues par un vêtement replié, et appuyez les pieds.

2° Maintenir libre l'introduction de l'air dans la tm* chée-artère : entr'ouvrez la bouche et maintenez la langue en dehors des lèvres.

3° Imiter les mouvements d'une respiration profonde : élevez les bras des deux côtés de la tète et maintenez-les doucement, mais fermement, ainsi élevés d'eux-mêmes. (Ce mouvement élargit la capacité de la poitrine en soulevant les côtes, et produit une respiration.)

LÀYET. - 3

Abaissez ensuite les bras, et pressez-les doucement, mais fermement, pendant deux secondes, contre les côtés de la poitrine : ce mouvement diminue la capacité du thorax en pressant les côtes, et produit une expiration forcée. — Répétez ces mouvements alternativement, hardiment et avec persévérance quinze fois par minute.

i° Ramener la circulation et la chaleur, et exciter la respiration : frictionnez les membres depuis les extrémités jusqu'au cœur. Enveloppez le corps mis à nu dans une couverture chaude et sèche ; de temps en temps projetez un peu d'eau froide à la figure du patient.

Lorsque la vie commence à se rétablir, donnez une cuiller à café d'eau et d'eau-de-vie chaude, si c'est possible.*

A l'aide de ces pratiques, que tout ouvrier peut exécuter immédiatement, il sera possible de rappeler souvent à la vie des hommes en état d'asphyxie, avant que le médecin soit arrivé près d'eux.

Dans quelques cas où l'ouvrier asphyxié n'avait pu être rappelé à la vie par l'emploi des moyens que nous venons d'indiquer, on a essayé avec succès les inhalations de gaz oxygène. C'est là un traitement qu'il ne faudra pas négliger toutes les fois qu'on le pourra. (Voy. Vidangeurs.)

LVIII. — Les vapeurs irritantes (vapeurs acides, buées, fumées, etc.) donnent lieu par leur absorption brusque à des accidents de suffocation.

On comprend qu'en pareil cas il faille soustraire immédiatement l'ouvrier malade à l'action du milieu funeste.

Presque toujours ces accidents sont suivis de crachements de sang, indice d'une irritation violente des voies pulmonaires. Mais lorsque ces vapeurs sont respirées en petite quantité, elles provoquent à la longue une altération chronique de la bouche, de la gorge, du larynx et des

bronches. — L'angine glanduleuse, la bronchorrhée, l'emphysème et l'asthme spasmodique, telles sont les affections que présentent le plus souvent les ouvriers soumis depuis longtemps à l'action de ces vapeurs (fabricants de produits chimiques, étameurs, fabricants de soude artificielle, etc.). La phthisie consécutive ta l'inflammation chronique des poumons et peut-être aussi cà la dégénérescence des produits hémoptoïques a été signalée par quelques auteurs, entre autres par L. Hirt (Annales d'hygiène, 1874). Mais il est une affection que l'on rencontre communément chez tous ceux qui vivent clans une atmosphère acide : c'est l'altération et la perte consécutive des dents. On sait, en effet, que la cause la plus importante de la carie dentaire, c'est l'acidité des substances mêlées à la salive, que cette acidité provienne de l'extérieur ou de la fermentation des liquides sécrétés. (Voy. Bijoutiers, Décapeurs, Doreurs, etc.)

LIX. — Nous arrivons maintenant au point peut-être le plus important de la pathologie professionnelle : nous voulons parler du mode d'action desv poussières sur les voies respiratoires.

Presque tous les auteurs qui ont recherché l'influence des professions sur le développement de la phthisie pulmonaire ont regardé ces poussières comme une cause déterminante de cette dangereuse affection.

Si cette opinion est absolument vraie pour certaines poussières, elle ne l'est plus pour d'autres. Toutefois, les unes et les autres agissent de la façon la plus nuisible sur les organes broncho-pulmonaires, et peuvent ainsi devenir, sans aucun doute, une cause favorable au développement de la tuberculose chez les individus déjà prédisposés par une dystrophie constitutionnelle, héréditaire ou acquise. Mais la tuberculose, nous l'avons dit à propos des profes-

sions sédentaires, n'est point une maladie professionnelle, c'est le résultat d'un vice de nutrition dont la pathogénie est du ressort de l'hygiène générale. Ce qu'il y a donc de réellement professionnel ici, c'est l'influence éminemment favorable des professions à poussières sur le développement d'une maladie dont le germe existe déjà dans l'organisme.

Quant à la véritable phthisie professionnelle, comme nous allons le voir, elle est de cause tout à fait locale et subordonnée à l'action mécanique des poussières.

LX. — Parmi les poussières, en effet, il en est qui, le plus souvent de provenance végétale ou animaie, sont d'une pulvérulence telle, que leur configuration n'entraîne aucun déchirement, aucune érosion des moindres éléments des tissus ; seulement par leur présence et leur accumulation dans les voies naturelles, elles excitent la sécrétion des muqueuses et provoquent des mouvements d'expulsion plus ou moins répétés, plus ou moins violents, suivant l'accoutumance de ces membranes. — La cause persistant, les sécrétions s'exagèrent, les tuniques contractiles s'hypertrophient, les cavités s'élargissent, leurs parois sont moins élastiques; de là une affection chronique caractérisée par une expectoration abondante, des accès fréquents de toux, de l'anhélation et de la faiblesse respiratoire. On comprend qu'à la longue, les troubles apportés à l'hématose puissent conduire à l'amaigrissement, à la consomption. Telle est la maladie que l'on a appelée tour à tour asthme, emphysème, bronchorrhée, et, à tort, phthisie des houilleurs, des mouleurs, des cotonniers, des débourreurs de laine, etc.

Si l'ouvrier, par l'abandon de son travail, se soustrait à cette cause incessante d'irritation morbide et que chez lui la santé générale ne soit pas déjà profondément altérée,

la guérison, sinon radicale, parle retour de l'organe à son état normal, du moins assurée, par la cessation locale du progrès pathologique, se maintiendra et s'affirmera de plus en plus. On trouve dans ce cas-là, comme lésions anatomiques, de la rougeur, de l'injection de la muqueuse des voies aériennes ; d'autres fois elle est pâle, épaissie, ramollie, rarement ulcérée ; il y a avec cela de la dilatation des petites bronches, et le plus souvent un état emphysémateux du poumon.

Gomme on le voit, ce ne sont point là les lésions de la phthisie pulmonaire ; nous donnerons à cette affection le nom de bronchorrhêe professionnelle.

LXI. — Mais les choses se passent autrement quand l'ouvrier respire des poussières minérales (siliceuses ou métalliques). Dans ce cas, la nature, la configuration des particules elles-mêmes, aussi petites qu'elles soient, expose à l'érosion des muqueuses aériennes, à la pénétration de ces mêmes particules dans le parenchyme pulmonaire, qui deviennent ainsi de véritables épines autour desquelles se forment des foyers d'inflammation aboutissant à la désorganisation par places du poumon. — On comprend que l'âge, l'état des forces, le genre de travail, les conditions hygiéniques extrinsèques (refroidissements, écarts de régime) puissent modifier jusqu'à un certain point et activer la marche et les phénomènes de la maladie ; mais le point de départ reste toujours le même.

LXII. — On doit à Jordan une remarquable description des lésions pulmonaires observées chez les ouvriers employés aux fabriques d'acier. Avant lui Desayvre avait signalé la nature et la marche de la maladie dans une excellente étude sur les ouvriers de la manufacture d'armes de Châtellerault, et paraît avoir ouvert la voie aux recherches du premier. Tous les deux reconnaissent à cette

à"2 HYGIÈNE DES PROFESSIONS.

affection éminemment professionnelle deux formes ou plutôt deux périodes distinctes.

« Dans la première forme, tout se borne pendant plusieurs années à un état asthmatique, les forces restant à l'état ordinaire. La toux a précédé la dyspnée, et une expectoration abondante de mucosités mêlées de poussières l'accompagne. Les résultats de l'exploration physique répondent à ces symptômes; la cage du thorax est proéminente en avant, sa circonférence est agrandie et les espaces intercostaux élargis. La percussion est remarquablement sonore; le bruit respiratoire est en partie bronchique, en partie obscur. Cet emphysème, dit Jordan, permet cependant aux ouvriers qui en sont atteints de résister longtemps à l'action des poussières. Bien que la trame pulmonaire soit épaissie par les effets de l'inflammation chronique, l'élargissement bronchique et cellulaire permet l'entrée de l'air d'une manière suffisante pour les besoins de l'organisme, l'expectoration des amas de poussières est rendue plus facile, et enfin le passage à la destruction du tissu pulmonaire est différé. Le plus souvent, les lésions anatomiques de cette première période de la maladie sont les mêmes que celles que nous avons signalées dans la bronchorrhée professionnelle, si ce n'est qu'ici les ulcérations de la muqueuse bronchique existent presque toujours.

Si à ce moment-Là l'ouvrier renonce à son travail, il peut guérir ou du moins prolonger encore très-longtemps son existence. Jordan dit que ceux qui commencent à travailler à un âge assez avancé, et qui ne présentent pas de disposition aux maladies chroniques des poumons, seraient plus susceptibles de voir la maladie ne pas dépasser cette première forme.

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