‹ Hygiène des professions et des industriesChapitre 14 sur 49 · LXX. — On peut toutefois tirer certaines conclusions · texte numérisé non relu

LXX. — On peut toutefois tirer certaines conclusions

de tout ce qui a été écrit à ce sujet. On voit, par exemple, que les professions dites libérales, les commerçants, les employés des administrations, les fermiers vivent toujours bien au delà de la moyenne générale, et que, d'autre pan, les professions manouvrières par excellence : tailleurs de pierres, portefaix, journaliers, mineurs, etc., sont partout les moins favorisées.

Mais ce qui ressort plus clairement encore de toutes ces statistiques, c'est que les conditions professionnelles, à proprement parler, ont sur la durée de la vie une influence moins puissante que le degré d'aisance fourni par la profession; aisance qui permettra plus ou moins à l'ouvrier de bénéficier d'une hygiène h la fois préservatrice et compensatrice.

LXXI. — Combien, en effet, les tendances pathologiques professionnelles ne sont-elles point favorisées encore par l'insalubrité des logements ! Petits, humides, bas, obscurs, sales et infestés : tel est le triste portrait que nous fait Passot des logements des ouvriers de Lyon.

Qui n'a entendu parler des trop fameuses caves de Lille?

Malpropreté, humidité, défaut d'air et de lumière, insuffisance de capacité, mauvais état du sol, absence ou mauvaise disposition des cheminées ; disposition défectueuse des fourneaux, des moyens de chauffage ou de cuisson des aliments ; mauvais état des portes et fenêtres; mauvais entretien des cours, corridors, escaliers; insuffisance d'eau pour l'entretien de la propreté : telles sont les causes principales qui pèsent fatalement sur l'hygiène privée de l'ouvrier.

Enfant, il puise dans l'obscurité et l'humidité de ces logements insalubres la prédominance du tempérament lymphatique et la tendance au rachitisme et à la scrofule.

Comment ensuite, transporté dans les ateliers, soumis à l'incessante influence d'un travail peu proportionné à ses forces, n'en subirait-il point les déplorables effets? et lorsque malade ou épuisé, vieilli avant l'âge, il revient demander à sa demeure un repos nécessaire à sa santé, quel bénéfice peut-il attendre d'un air vicié par l'encombrement?

LXXII. — A Mulhouse, à Amiens, à Reims, à Rouen, à Marseille, partout les enquêtes des conseils de salubrité ont révélé les faits les plus regrettables et les plus dignes d'intérêt.

« Il y a dans nos départements, disait tout récemment M. Dollfus, un très-grand nombre d'ouvriers mariés qui ont cinq ou six enfants. Rs logent dans une petite chambre avec leur femme et leurs enfants. La même chambre sert à tout : on y fait la cuisine, et ils ont peut-être 6 mètres cubes d'air, et souvent moins encore, alors qu'on en donne 20 mètres cubes aux prisonniers, aux individus condamnés. J'ai vu de ces logements, ajoute M. Dollfus, dans lesquels les femmes m'ont déclaré avoir eu dix et douze enfants; il ne leur en reste souvent que deux ou trois. » (Bulletin de la Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures, nos 3 et 4, 1868.)

Passot signale particulièrement les loges des portiers, presque toutes obscures, étroites et sans ventilation, coupées par des soupentes prenant pour la plupart le jour sur des allées sombres ou sur des cours humides. Aussi, ditil, les portiers sont-ils généralement rhumatisants, et leurs enfants scrofuleux.

Que dire surtout de l'insalubrité de ces logements désignés sous le nom de maisons meublées, garnis, chambres, etc. ? Il ressort d'une enquête qui a été faite à ce sujet par la chambre de commerce de Paris, que sur plus

de deux cent mille ouvriers qui, en bonnes circonstances, travaillent à Paris , plus d'un cinquième ; et sur cent six mille ouvrières plus d'un vingtième, par conséquent plus de quarante mille hommes et six mille femmes logent en garni ; deux tiers environ plus ou moins sédentairement, l'autre tiers momentanément, et pendant la seule saison des travaux, retournant au pays pendant la mortesaison. — Une partie de ces garnis,, un tiers environ, sont dans d'assez bonnes conditions, un autre tiers dans des conditions passables, le surplus est dans des conditions mauvaises, et quelquefois très-mauvaises, d'ordre, de propreté, de salubrité et même de moralité. Dans presque tous on entasse dans une même pièce un nombre plus ou moins considérable ou d'hommes ou de femmes, et même des uns et des autres.

En 1832, sur neuf cent cinquante-quatre maisons garnies qui recevaient des journaliers, des balayeurs, des chiffonniers, des ramoneurs, des maçons, etc., quatre cents quatre-vingt-dix-neuf, plus delà moitié, furent atteintes et décimées par le choléra !

LXXÏII. — Et ce n'est pas seulement chez les ouvriers des villes que nous trouvons cette grande cause de maladies, l'insalubrité des logements. La demeure de l'habitant des côtes, celle du paysan, du laboureur, deviennent surtout, par leur malpropreté, le vice de leur construction, leur mauvaise distribution intérieure, l'absence de toute hygiène privée, des causes neutralisantes des précieux avantages que leur assurent la vie active et l'air pur de la mer ou des champs.

LXXIV. — L'habitation des logements malpropres et insalubres n'atteint pas seulement la constitution physique de l'ouvrier, elle tend aussi à le dégrader moralement. « Il y a en effet, dit Brochin, une corrélation directe ma-

nifeste entre l'habitation domestique et les mœurs. »

Personne, sous ce rapport, n'est allé aussi loin que Cadet de Gassicourt. Pour cet observateur passionné, l'influence des mœurs devait l'emporter toujours, dans l'étiologie des maladies des classes ouvrières, sur l'influence professionnelle proprement dite ; et son pessimisme à cet égard a dû préparer les voies à l'optimisme bien connu d'un des plus célèbres hygiénistes du temps, Parent-Duchâtelet, qui semble s'être efforcé, dans ses remarquables travaux, d'innocenter la plupart des professions de toute cause intrinsèque de maladie.

Pour nous, en analysant comme nous l'avons fait l'influence morbide professionnelle, nous avons voulu marquer la part réelle qui revient à chacune des causes de maladies, qu'elles soient intrinsèques ou extrinsèques à la profession, générales ou individuelles, et nous tracer pour ainsi dire une route dans la recherche des moyens hygiéniques, industriels, physiques ou moraux, capables d'en préserver les ouvriers.

LXXV. — Pour terminer tout ce qui, dans la pathologie professionnelle, se prête à des considérations générales, il nous reste à parler des quelques résultats fournis par la statistique au sujet de la prédisposition cà la folie, imputable aux professions.

C'est à Parchappe que l'on doit les seules recherches importantes cà cet égard. Cet auteur, d'après la statistique de la France embrassant pour l'année 1853 les faits d'admission dans les asiles, qui se sont élevés à 32 87G, a pu déterminer les professions dans 19 817 cas.

Les résultats ont fait ressortir, pour diverses catégories professionnelles, des différences de proportion entre le nombre des admissions et le chiffre de la population professionnelle correspondante, qui expriment des variations

notables clans la prédisposition à la folie imputable aux professions.

D'après ces résultats, les diverses catégories générales de professions se classeraient, selon le degré de prédisposition à leur attribuer, dans l'ordre suivant :

Profession Proportion sur 1000.

Professions libérales 3,10

Militaires et marins 1,99

Domestiques et journaliers . . 1,55

Rentiers et propriétaires 1,01

Ouvriers de l'industrie et de l'agriculture. . . . 0,66

Commerçants et négociants 0,42

Parmi les professions libérales, la nature spéciale des occupations et conditions donnerait lieu à des différences considérables de prédisposition, se traduisant dans les faits suivants :

Professions. Proportion sur 1000

Artistes . 9,60

Juristes 8,41

Ecclésiastiques 4,13

Médecins et pharmaciens 3,85

Professeurs et hommes de lettres 3,56

Fonctionnaires publics et employés 1,37

Parmi les ouvriers, les professions agricoles ont fourni 3789 malades pour une population quatre ou cinq fois plus considérable que celle des professions industrielles, qui à elles seules ont fourni 6767 malades, près du double. Ce qui pourrait se mesurer par le rapport de 1 cas de folie chez les travailleurs de la campagne pour 8 cas chez les travailleurs des villes.

Les résultats obtenus en Belgique, par un recensement qui en 1858 a compris les aliénés à domicile, font ressortir

des proportions différentes pour des catégories analogues ; mais confirment les données principales de la statistique de France, en assignant une influence prépondérante de la prédisposition aux professions libérales, laquelle influence s'exprime par la proportion de 4,81 sur 1000; et l'influence la plus faible aux professions agricoles, pour lesquelles la proportion du nombre des aliénés à la population correspondante a été trouvée égale à 0,92 sur 1000.

A Copenhague, Hannover a relevé à l'hôpital des aliénés les chiffres suivants : sur 1100 admissions, les non-artisans fournissent 716, et les artisans 384 seulement, guère plus de la moitié.

LXXVI. — Si maintenant, parmi les causes prédisposantes, nous voulons rechercher la part qui revient aux diverses professions, nous trouvons que les intérêts de fortune frappent plus spécialement les spéculateurs et les négociants ; les passions déprimantes, ambition déçue, réputation, excès de travail intellectuel, orgueil, etc., dominent chez les artistes, les gens de lettres, les hommes politiques et les juristes ; la rêverie mystique, la continence, chez les ecclésiastiques et les religieuses; le dénûment, la misère, les excès alcooliques, chez les ouvriers des villes ; l'insolation, les violences physiques, chez les soldats; la faiblesse d'esprit, chez les paysans.

Parmi les classes ouvrières enfin, les professions sédentaires paraissent fournir un chiffre plus considérable d'aliénés. C'est ainsi que dans les relevés de Hannover, les tailleurs, les cordonniers, les relieurs, les tisserands, les vanniers, les menuisiers, les ajusteurs, etc., occupent les premiers rangs.

LXXVII. Hy g içne professionnelle générale. — D'une manière générale l'hygiène du travailleur se divise en hygiène préservatrice et en hygiène compensatrice.

A la première se rattachent plus spécialement toutes les modifications apportées au fonctionnement professionnel dans le but de préserver autant que possible les ouvriers des inconvénients propres à la profession elle-même; la seconde comprend l'étude de toutes les améliorations à introduire dans la manière d'être physique et morale de l'ouvrier, qui lui permettront de compenser par une hygiène privée convenable les effets plus ou moins inévitables d'un métier pénible et insalubre.

Toutefois, Y hygiène préservatrice est celle qui nous paraît le plus directement professionnelle. Nous la diviserons elle-même en hygiène industrielle et en hygiène individuelle; la première comprenant toute mesure de prophylaxie générale du ressort même du mécanisme industriel ; la seconde s'occupant plus directement des moyens de préservation mis à la portée de l'individu.

La substitution du travail mécanique à la main de l'ouvrier, les divers modes de ventilation générale et spéciale, la construction et la distribution convenables des usines et des ateliers, la bonne disposition des machines, etc., sont du ressort de l'hygiène industrielle.

Le choix des vêtements, les appareils préservateurs des poussières ou des vapeurs, les soins habituels de propreté, l'entente, l'ordre et la discipline dans le travail commun, appartiennent à l'hygiène individuelle.

La voie que nous allons suivre dans l'étude de l'hygiène des professions nous est naturellement indiquée par l'ordre clans lequel nous avons analysé leur influence pathogénique.

A l'attitude et au mouvement professionnels nous opposerons donc le travail des machines, que nous étudierons dans ses avantages comme dans ses inconvénients, et nous apprendrons à prévenir l'action fâcheuse du milieu

professionnel par l'application des procédés généraux et particuliers d'assainissement des atmosphères limitées.

LXXV1I1. Des machines. — La substitution des machines à la main de l'ouvrier, en amenant un véritable soulagement pour celui-ci dans beaucoup de circonstances, en faisant disparaître en grande partie les effets des attitudes vicieuses et du mouvement continu, n'en introduisit pas moins dans le travail professionnel une cause nouvelle d'accidents qui, par leur fréquence et leur gravité dans certaines professions, semblent ne leur avoir apporté au premier abord qu'une funeste compensation. L'attention a d'abord été fixée sur ce point par les statistiques dressées dans les filatures; mais l'introduction de la vapeur dans la plupart des industries actuelles est venue enlever aujourd'hui aux fabriques de laine, de coton et de soie, le triste privilège des accidents si variés des machines.

C'est aux rapports du conseil de salubrité du département du Nord que l'on doit les renseignements les plus significatifs à cet égard. — Beaugrand, dans un article remarquable du Dictionnaire encyclopédique -des sciences médicales y a trouvé intéressant de* réunir ces divers rapports, d'en additionner les chiffres et d'en dresser une statistique générale.

C'est dans ce travail que nous allons puiser en grande partie.

LXX1X. — Parmi les machines, celles qui occasionnent le plus souvent des accidents sont les engrenages, les courroies et lanières, les cylindres, les calandres, les arbres verticaux, les cordes, les roues de volée, les scies mécaniques, etc.

Les engrenages sont l'origine du plus grand nombre des accidents ; mais ces accidents ont en général une gravité moindre. Les lésions produites par eux ont presque tou-

jours leur siège aux premières phalanges; elles occupent, dans certains cas, la totalité des doigts, parfois même la main tout entière; mais c'est très-exceptionnellement qu'elles atteignent les avant-bras.

Avec les cylindres, les calandres, les laminoirs, c'est aussi, la plupart du temps, des écrasements de doigts et de la main que l'on rencontre. Après les engrenages viennent, par ordre d'importance, les courroies et lanières. Le plus communément l'accident a lieu lorsque, la courroie s'échappant de la poulie, l'ouvrier cherche à la remettre en place sans faire arrêter la machine; alors, l'une de ses mains se trouvant prise entre cette poulie et la courroie, son corps, entraîné avec une effrayante rapidité, va se broyer contre le plafond. Dans d'autres cas, c'est eu saisissant au passage les vêtements des travailleurs que les courroies 'occasionnent des accidents. C'est peut-être là, en effet, la cause qui amène le plus fréquemment des accidents de machines dans les ateliers (arbres tournants, rouleaux, poulies, cylindres, etc.) : une partie de vêtement, une manche de chemise se trouve saisie, entraînée, et tout un membre peut être broyé avant qu'on ai eu le temps d'arrêter la machine.

LXXX. — ■ Les parties du corps le plus souvent atteintes sont 1° les membres supérieurs, qui fournissent à eux seuls l'énorme proportion de 87 pour 100 des accidents ; les membres inférieurs, 7,5 pour 100; la tête et le tronc, 5,5 pour 100 (Loiset). C'est en général des contusions graves, des plaies contuses, par arrachement, des écrasements, des fractures que l'on relève dans tous ces accidents. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici le tableau frappant que Tourdes a tracé de ces lésions industrielles : « Une force considérable agissant sur les organes, les tord, les arrache et les broie, laissant

d'affreuses blessures dont l'aspect est caractéristique. La plaie a une surface inégale, déterminée par les différences d'élasticité et de résistance des tissus. L'hémorrhagie manque souvent par suite de la torsion de l'artère, dont la tunique celluleuse est allongée. Un membre est arraché sans que la douleur soit violente chez la victime surprise par cette subite mutilation. De larges pertes de substance résultent de ces arrachements. La plaie, large, béante, aux bords écartés et épaissis, avec des longueurs inégales de muscles, de tendons, d'aponévroses, de nerfs, qui dépassent la surface, présente moins d'ecchymoses que les blessures faites par contusion. La peau du crâne peut être scalpée; on à vu l'arrachement de la verge, des testicules, du scrotum, des doigts, des extrémités supérieures et inférieures jusqu'au tronc, dont la tête même est quelquefois séparée. Ces lésions sont accompagnées souvent de fractures et d'écrasement. La peau peut résister dans ses torsions : nous avons vu, chez un homme entraîné par le mouvement circulaire d'une machine, les vertèbres cervicales tordues et brisées, et la tête ne plus tenir au tronc que par la peau restée intacte. Des suppurations interminables, des éliminations d'esquilles, des fractures non consolidées, de fausses articulations, des hernies sont le résultat de ces plaies par arrachement qui laissent après elles des infirmités incurables et d'affreuses difformités. » (Tourdes, article Blessures du Dictionnaire encyclop. des sciences médicales.)

LXXXT. * — La plupart de ces accidents sont amenés par l'entassement des machines dans un espace trop étroit, par l'insuffisance des passages, par l'ignorance du danger, et surtout par l'imprudence des ouvriers. Quoi qu'on en ait dit, nous n'en voulons pour preuve que les chiffres suivants, qui font connaître la fréquence des accidents sui-

vant les âges : sur 100 accidents, il y en a 41 qui se présentent chez les enfants au-dessous de quinze ans, 36,4 chez les adultes de quinze à vingt-cinq ans, 13,1 seulement de vingt-cinq à quarante ans, et 9,5 de quarante à soixante ans. L'enfance et l'adolescence ne sont-elles point, en effet, les époques de la vie où insouciance et imprudence vis-à-vis le danger se trouvent le plus souvent, réunies ?

LXXXII. — Malgré ce que nous- venons de dire du nombre et de la gravité des accidents qu'entraîne le travail mécanique, c'est là un résultat fâcheux qui perd chaque jour de son importance en présence des nombreuses améliorations que l'hygiène industrielle a su introduire dans la vie d'atelier.

C'est ainsi que la plupart de ces machines, arbres tournants, transmissions de mouvement, seront établies hors de la portée des ouvriers ; que les ateliers larges et bien distribués ne seront pas encombrés par elles; que l'on maintiendra entre les machines des passages suffisants pour les allées et venues de tous.

Un des préceptes d'hygiène industrielle dont l'application a été la plus féconde en résultats avantageux, c'est l'enveloppement des machines. Des grilles, des gardes, des tabliers seront placés en avant des parties dangereuses. Les arbres verticaux, les transmissions de mouvement seront enchâssés jusqu'à hauteur d'homme.

De son côté, l'ouvrier ne cherchera jamais à nettoyer une machine pendant qu'elle est en marche ; il ne déplacera et ne replacera les courroies qu'à l'aide d'un crochet fixé au bout d'un long bâton, et ne se servira jamais de sa main pour cela.

On exigera que les ouvriers portent toujours dans l'ateliers des vêtements sans ampleur, exactement serrés au

b8 HYGIÈNE DES PROFESSIONS.

corps, aux membres supérieurs surtout. Les femmes, les enfants, les novices seront exclus de tout travail dangereux. L'ordre, l'entente, la discipline dans le travail, préviendront un grand nombre d'accidents. Il est indispensable qu'un signal facile à reconnaître, entendu par tout le monde, avertisse que la machine va être mise en marche; d'un autre côté, des moyens de communication immédiate entre les divers ateliers et le lieu de la mise en mouvement permettront aux mécaniciens de stopper à temps, au moindre avertissement qu'un accident va se produire, qu'un ouvrier est saisi, entraîné, et va devenir la victime de son imprudence ou de celle d'autrui.

Ce sont là des précautions continues qui exigent une surveillance incessante, mais grâce auxquelles le travail mécanique paraîtra aux yeux de l'hygiéniste ce qu'il est réellement, un progrès incontestable dans l'éducation professionnelle.

LXXXIII. — Cependant l'immense multiplication des machines à vapeur, qui a permis de remplacer presque partout la force physique humaine par des outils mécaniques qu'un bras faible peut conduire , en limitant dans son énergie le mouvement professionnel, généralisa l'introduction des enfants dans les fabriques, et, par leur assujettissement à une vie si peu en rapport avec les besoins de développement de leur corps, vint peser lourdement sur la santé de ces jeunes ouvriers. C'est ici que se manifeste surtout la funeste influence d'une atmosphère confinée et d'un travail professionnel prématuré. Les statistiques du recrutement militaire nous apprennent que sur 325 000 jeunes gens qui, dans l'une des dernières années écoulées, se' présentaient à la conscription, on comptait 109000 réformés pour défaut de taille, rachitisme, infirmités ou faiblesse de constitution.

Quelle est la part exacte qui revient dans ce contingent aux centres d'industrie ? Les chiffres suivants vont nous l'apprendre. Contre 10 000 conscrits aptes au service dans dix départements agricoles, la proportion des réformés est de 4029 ; tandis que dans la Marne, la Seine-Inférieure, l'Eure , etc. , contrées essentiellement manufacturières , cette proportion s'est élevée jusqu'à 14 451 réformés contre 10-000 jugés bon pour le service !

De pareils résultats sont bien faits pour appeler l'attention publique. Aussi, suivant en cela l'exemple de l'Angleterre, la plupart des gouvernements se sont crus intéressés à prévenir cet état de choses en limitant par une loi le travail des enfants dans les fabriques. Il ne nous appartient point de passer en revue les lois successives qui, en France comme à l'étranger, ont eu pour objet une telle réglementation du travail dans le jeune âge. Nous insisterons seulement sur ce point, que c'est surtout au manque d'exercice en plein air, si nécessaire à l'enfance, à la trop longue durée du séjour dans l'atelier plus encore qu'aux fatigues provoquées par le travail mécanique lui-même, que l'on s'est proposé de remédier avec juste raison.

LXXXIV. — A cet égard, l'Angleterre et l'Allemagne ont donné l'exemple à la France. C'est mal entendre en effet les intérêts de l'industrie et de la société que de procéder par des demi-mesures et par des atermoiements. Suivant nous, l'âge d'admission des enfants dans les manufactures ne devrait pas être inférieur à treize ans. L'enfant au-dessous de cet âge est encore bien jeune, ses forces physiques et intellectuelles sont à peine développées, et le travail uniforme de l'atelier peut arrêter sa croissance. De treize à dix-huit ans, il ne devra pas être occupé plus de huit heures par jour. Un repos sera ménagé à ces jeunes ouvriers matin et soir, pendant lequel ils feront de l'exercice

en plein air. Tout travail de nuit leur sera interdit. La loi doit être plus sévère encore pour les travaux souterrains des mines et carrières et certaines industries dangereuses ou malsaines, d'où les enfants âgés de moins de seize ans seront rigoureusement exclus (fabrication de la céruse, du caoutchouc vulcanisé, etc.) Nous sommes enfin partisan de la création d'inspecteurs salariés par le gouvernement, et chargés non-seulement de faire exécuter les règlements fixés par la loi, mais encore de prendre l'initiative et d'assurer l'application de toutes les mesures d'hygiène professionnelle dans les grandes comme dans les petites industries.

LXXXV. — Nous allons maintenant nous occuper d'une manière générale des principes de l'assainissement industriel, en réservant pour les articles de pathologie spéciale la description des procédés d'application plus particulièrement usuels à chaque profession. Nous avons vu combien la nature de certains matériaux employés peut être nuisible à la santé de l'ouvrier; combien, par exemple, le contact avec des substances toxiques, l'absorption des poussières et des vapeurs, sont une cause continue de danger dans un grand nombre d'industries. La première peut-être de toutes les mesures préservatrices à. appliquer dans la manipulation des poussières dangereuses, c'est l'intervention de l'eau dans les procédés d'opération industrielle. C'est ainsi qu'on prévient le dégagement des poussières engendrées par la pulvérisation en humectant les matières, en en effectuant le broyage sous l'eau. Le tamisage lui-même, qui donne lieu à une dissémination fâcheuse des particules pulvérulentes nocives, pourrait être remplacé par une décantation.

Non-seulement l'ouvrier est mis ainsi à l'abri de l'absorption des poussières par les voies pulmonaires, mais

encore l'eau prévient jusqu'à un certain point les dangers de leur absorption par la peau, ainsi que nous l'avons vu dans l'étude de l'empoisonnement professionnel, en rendant compte des expériences de Roussin. (Des phénomènes d'absorption, in Bull. del'Acad. de mèd., 1866-67, t. XXXII, p. 266, et Nouv. Exp. relat. à l'absorption cutanée, in Ann. d'hyg., 1867, t. XXVIII, p. 179.)

LXXXVI. — Une autre manière de procéder tout aussi importante, et du domaine encore de l'hygiène industrielle, consiste à enfermer les substances dans des appareils hermétiques ou communiquant directement avec le dehors. C'est ainsi qu'on opère le broyage, le bluttage et le tamisage des matières dans les fabriques de produits chimiques. Tels 'sont encore les appareils clos en usage chez les émailleurs et les fabricants de verre mousseline. (Voy. Émailleurs, Verriers.)

Tels sont aussi les tamis à doubles parois employés dans les pharmacies pour le tamisage des substances vénéneuses.

LXXXVII. — Les dispositions ayant en vue de soustraire les ouvriers aux vapeurs nuisibles se rattachent généralement au principe bien connu des hottes de dégagement. Ces hottes communiquent avec une cheminée commune ou spéciale dans laquelle l'aspiration est favorisée par les flammes mêmes du foyer, ou par la chaleur qu'y développe un foyer auxiliaire (c'est d'habitude un ou plusieurs becs de gaz).

Dans les cas où l'opération donne lieu à un dégagement de vapeurs éminemment insalubres, elle peut se faire dans une sorte de guérite hermétiquement close, pourvue de vasistas et de parois ou regards vitrés.

L'ouvrier opère en passant les bras à travers les vasistas qui sont à hauteur de poitrine, pendant que les gaz délétères sont entraînés par aspiration vers la cheminée de dégagement.

Les chaudières, cuves, vases, etc., dans lesquels sont contenus des liquides dégageant soit à chaud, soil à froid, des vapeurs dangereuses, doivent être aussi surmontés de semblables hottes vitrées.

Cette mesure de préservation industrielle a été appliquée pour la première fois par d'Arcet afin de garantir les doreurs des vapeurs mercurieiies. — Elle est aussi en usage chez les émailleurs, dans le saupoudrage à chaud des supports des fils télégraphiques (fours à châssis vitrés), etc.

L'appareil de Descamps, que les ouvriers employés à la vulcanisation du caoutchouc appellent ironiquement lanterne magique, est aussi basé sur ce principe. Elle consiste en une caisse vitrée enveloppant la table de travail, et qui met ainsi à l'abri des vapeurs de sulfure de carbone.

Un pareil système de préservation trouvera encore son emploi dans les fabriques de produits chimiques, pour la préparation des sulfates (entre autres du sulfate de^quinine, qui développe chez les ouvriers des accidents fébriles particuliers), des chlorures, des acides, etc. ; dans la fabrication de l'aniline et des produits qui en dérivent; dans le dérochage des métaux, dans la fabrication des chromâtes, etc.

Une disposition excellente pour mettre les ouvriers à l'abri de certaines vapeurs consiste à en amener la condensation immédiate, lorsque celles-ci sont susceptibles de se condenser, par exemple les vapeurs de benzine, de térébenthine, éther, alcools, etc. Ainsi la table d'application ou la cuve de dissolution des substances employées peuvent être surmontées d'une sorte de toiture creuse dans l'intérieur de laquelle circule un courant d'eau froide. Les vapeurs se condensent alors contre la face inférieure de cette toiture, et peuvent être recueillies dans des gouttières spéciales (teinturiers, dégraisseurs).

LXXXVI1I. — Dans quelques circonstances, une simple

modification de détail dans la construction d'un four, par exemple, permettra de réaliser une amélioration sensible pour l'hygiène. C'est ainsi que dans la décomposition du sel marin, dans la calcination des pyrites, on empêchera les vapeurs d'acide chlor hydrique ou d'acide sulfureux de rentrer dans les ateliers, ce qui arrive souvent, en maintenant la communication avec la cheminée de l'usine au moment même du chargement.

Un autre moyen de combattre l'influence des vapeurs nuisibles répandues dans l'atmosphère des ateliers consiste à les neutraliser en amenant le dégagement d'autres vapeurs capables de se combiner avec elles. C'est ainsi que l'on emploie les vapeurs de térébenthine contre les vapeurs phosphoriques dans les fabriques d'allumettes; les vapeurs ammoniacales contre les vapeurs nitreuses dans le dérochage des métaux, et contre les vapeurs mercurielles dans l'étamage des glaces, etc. (Voy. Pathol. spéciale.)

LXXXIX. — De leur côté, les ouvriers se soumettront aux principales mesures de préservation individuelle. On leur prescrira l'usage de vêtements de travail. Ceux-ci seront confectionnés de façon à préserver la plus grande partie du corps du contact des poussières nuisibles. Ils devront être d'étoffe lisse et se laissant difficilement imprégner par les poussières et les odeurs. On choisira de préférence la toile ordinaire gommée ou cirée, qu'il est facile de laver fréquemment. Ces vêtements seront exactement serrés au cou, aux poignets, aux malléoles.

Les mains seront garanties par des gants de taffetas ou de peau, toutes les fois que l'opération le permettra; d'autres fois elles seront' recouvertes d'un enduit préservateur, de poudre de talc, par exemple, comme dans la manipulation des substances toxiques, arsenicales entre autres, ou d'un corps gras, comme dans le dévidage des cocons, etc.

Les soins de propreté individuelle seront rigoureusement exigés dans tous les ateliers. Ils consisteront en grands bains, lavages fréquents des parties découvertes, tête, visage, mains, bras, toutes les fois que l'ouvrier quittera une opération dangereuse. Il serait à désirer que la plupart des grandes usines eussent un local affecté à ces mesures d'hygiène (vestiaire, salle de bains, etc.). Tantôt on se servira d'eau simple, tantôt, et suivant les circonstances, d'eau acidulé sulfureuse ou alcaline, pour neutraliser l'action nocive des substances employées. Jamais aucun repas ne sera pris dans les ateliers. Des lotions fréquentes de la bouche et du nez préserveront les premières voies de tout dépôt de poussières toxiques ou altérantes. C'est ainsi que le plus souvent ces poussières sont retenues sur les gencives au pourtour des dents, ou par les poils qui garantissent l'ouverture des narines. De là des accidents généraux par absorption consécutive (cuivre, plomb) ; et des accidents locaux par suite de l'action caustique de certaines substances (bichromate de potasse, sels arsenicaux, chlorure de zinc, etc.). Une excellente mesure de préservation consistera à n'employer les ouvriers qu'alternativement et par intervalles de temps plus ou moins éloignés, dans les opérations dangereuses.

XG. — Mais pour prévenir toute pénétration de vapeurs ou de poussières dans les voies respiratoires, on conseillera avant tout l'emploi d'un des appareils de préservation connus sous les noms de respirateurs.

Nous trouverons décrit à chaque article de pathologie spéciale l'espèce d'appareil préservateur de ce genre le plus communément employé dans la profession. Toutefois, comme c'est là un moyen de préservation individuelle d'une grande importance, nous croyons devoir en faire le sujet de quelques considérations générales.

On peut diviser les appareils respirateurs en deux classes : les uns ont pour but principal de préserver des poussières par un véritable tamisage de l'air respiré à travers un diaphragme obstructeur ; les seconds ont pour objet de mettre à l'abri des dangers de tout milieu non respirable, quelle que soit la nature de l'insalubrité.

XGI. Respirateurs à poussières. — De tout temps les ouvriers se sont servis instinctivement d'un lambeau d'étoffe, d'un simple mouchoir ou d'une touffe de chanvre pour se préserver des poussières tenues en suspension dans l'atmosphère ambiante.

Gosse (de Genève) le premier eut l'idée de faire un masque préservateur garantissant à la fois la bouche et le nez. Ce masque, qui n'était autre qu'une simple éponge, était destiné à préserver les ouvriers chapeliers sécréteurs de la poussière mercurielle qui se dégage pendant le secrétage et l'éjarrage des peaux employées dans la chapellerie. (Voy. Chapeliers.) Gosse fds, reprenant, l'idée de son père, confectionna un. masque composé de tranches d'épongé superposées et cousues ensemble, dans lesquelles il enchâssa une paire de lunettes. Ce masque, humecté d'eau, est en principe un excellent préservateur, mais il a l'inconvénient de se nettoyer difficilement une fois chargé de poussières; et de plus, il donne lieu à une chaleur insupportable pour les ouvriers.

L'éponge fut bientôt remplacée par un morceau de laine, d'étoffe plucheuse ou de mousseline, par une simple lamelle de ouate (respirateurs de Tyndall), ou par une toile métallique à mailles très-serrées, appliquée en forme de masque sur le visage.

La plupart des masques préservateurs des poussières employés aujourd'hui se composent généralement d'un grillage métallique simple ou double et recouvert d'un

morceau de mousseline ou d'étoffe poreuse qu'il est facile de nettoyer à volonté. Tels sont les masques d'Eulemberg, de Durwell, de Leffrey. On peut encore, et cela est souvent préférable, placer la substance tamisante, ouate, laine ou éponge, etc., entre deux toiles métalliques (masques de Tyndall, de Paris, de Camus).

L'imbibition du masque est, on le comprend, une excellente mesure ; elle permet à l'air respiré de se rafraîchir tout en arrêtant plus facilement les poussières. Ce principe a été appliqué dans toute son extension dans le masque de Poirel (voy. Tailleurs de pierres), dit absorbant hydraulique, où c'est une couche d'eau qui sert de diaphragme tamiseur.

De pareils masques, cependant, ne peuvent préserver que des matières pulvérulentes inertes et qui n'altèrent en rien la composition de l'air respirable.

XCII. — Pour se garantir des vapeurs nuisibles, irritantes ou délétères, mêlées à l'air ambiant, on a d'abord cherché à les neutraliser au moment de leur passage à travers la substance tamisante. Papon (De la peste, Paris, an VIII), fait mention de masques garnis de lunettes, et de tissus plus ou moins imbibés de vinaigre dont on se servait pendant les épidémies.

Brizé-Fradin, en 1808, proposa son tube inspirateur, lequel était garni dans son intérieur de plusieurs mèches ou cardes de coton imbibées de substances soit acides, soit alcalines. Tenu d'une main par l'ouvrier, ou attaché au-devant de la poitrine, cet appareil ne pouvait rendre de grands services.

Le masque en éponge de Gosse fils est bien supérieur à cet égard. Les expériences auxquelles l'inventeur se livra furent assez probantes. Elles eurent lieu tour à tour clans les brasseries, les celliers, les égouts, les mines, etc.

L'éponge était imbibée d'une solution alcaline de potasse contre les vapeurs acides; d'eau chlorurée contre l'hydrogène sulfuré, l'ammoniac et les miasmes putrides ; d'eau de chaux contre l'acide carbonique, etc.

Un Anglais, Robert, construisit vers 1820 un appareil destiné à préserver surtout de la fumée dans les incendies. Cet appareil consistait en un capuchon matelassé, qui ne permettait de respirer que par une espèce de trompe qui allait chercher l'air au niveau du sol. C'est un fait d'observation, en effet, qu'au milieu d'un incendie, la couche d'air qui est près du sol contient une plus petite proportion de fumée que les couches les plus élevées. Cet appareil a été modifié en France ; on a substitué à la trompe, au-devant du nez et de la bouche, une sorte de cao'e bourrée d'épongés et recouverte de futaine, le tout trempé dans l'eau ou un autre liquide approprié, et au travers de laquelle doit passer l'air inspiré. Comme on le voit, c'est toujours le même principe.

Citons encore les respirateurs Stenhouse en usage en Angleterre, dans les égouts et les hôpitaux, lesquels sont composés d'une couche mince de charbon de bois enferme entre deux toiles métalliques à larges mailles, et servant à protéger des gaz méphitiques et des émanations organiques.

XCIII. — Ces appareils, toutefois, ne sont pas facilement acceptés des ouvriers, à cause de la chaleur qu'ils développent et, quoi qu'on en dise, à cause de la difficulté que l'on a de respirer suffisamment une fois qu'ils sont en place. Que penser, en outre, d'une substance préservatrice comme le chlore, par exemple, dont on imbiberait le diaphragme tamiseur? Le remède, dans ce cas-là, égale le mal. Il était donc naturel de créer des respirateurs qui, mettant complètement à l'abri du milieu dangereux et

délétère, permissent l 'arrivée d-un air respirable pris en dehors de ce milieu même. De là l'invention des respirateurs à double courant d'aspiration et d'expiration.

La première idée d'un appareil composé d'un tube aspirateur et d'un tube expirateur est dû à Pilâtre de Rozier, qui, en 1785, descendit au fond d'une cuve de brasseur, profonde de 4- mètres, et put y rester des heures entières au milieu du gaz acide carbonique.

On trouve dans les Annales des mines (1824)ladescrip-s tion de divers appareils dont on se servit successivement dans les mines pour aller porter secours aux asphyxiés.

On lit d'abord arriver l'air par un tuyau aspirateur que l'ouvrier portait à la main comme le tube de Brizé-Fradin, ce qui ne lui permettait guère d'être utile. Puis le tube inspirateur fut fixé au nez, l'air expiré sortait par la bouche ; les deux mains étaient ainsi libres ; mais l'appareil était douloureux et difficile à maintenir.

C'est alors que le principe des deux tuyaux fut adopté : l'air inspiré pénétrait dans le tube inspirateur, clans lequel se trouvait un clapet s'ouvrant de dehors en dedans; et l'air expiré s'échappait par le tuyau expirateur, en refoulant un second clapet s'ouvrant en sens contraire.

D'Arcet, Gaultier de Claubry et Parent-Duchâtelet (Annales d'hygiène publique, 1829) ont reproduit un appareil consistant en un réservoir contenant l'air nécessaire à la respiration pendant tout le temps qu'on est obligé de séjourner dans un lieu infecté.

Ce volume d'air était renfermé dans un sac porté sur le dos à l'aide de courroies comme celles qui servent à fixer une hotte ou le sac d'un soldat. Il ne restait plus qu'à réunir dans un seul appareil les deux principes du sac portatif et du jeu des clapets pour obtenir un respirateur des plus efficaces.'

C'est ce qu'a fait Gallibert dans l'appareil que l'on trouvera décrit à l'article Égoutiers.

XCIV. — Nous ne ferons qu'indiquer en dernier lieu les divers scaphandres et la cloche à plongeur dont on se sert pour la pèche aux éponges, aux perles, etc., et pour les travaux sous-marins. Ils exposent à tous les inconvénients du séjour dans un air comprimé, et nous renvoyons à cet égard à la pathologie spéciale des ouvriers qui travaillent à F air comprimé. Nous citerons toutefois, comme pouvant servir aux mêmes usages que le respirateur Gallibert, l'appareil plongeur de Rouquayrol-Denayrouse, dont on trouvera la description à l'article Déchargeurs de râteaux.

Tels sont à peu près tous les appareils de préservation individuelle parmi lesquels on pourra choisir suivant les exigences de la profession. Mais, il faut l'avouer, les ouvriers répugnent beaucoup à en faire usage et à s'emprisonner ainsi le visage.

Leur utilité est incontestable quand il s'agit de se préserver pendant un temps fort court d'une opération insalubre; et sous ce rapport, leur véritable rôle est avant tout un rôle de sauvetage, en permettant d'aller au secours des ouvriers frappés d'asphyxie dans une galerie démines, un égout, un cellier, un caveau funéraire, une cuve, etc.

Quant aux respirateurs à poussières, tout en reconnaissant les avantages que les ouvriers pourront en retirer, c'est là un mode de préservation qui devra toujours céder la place, si cela est possible, dans la manipulation des substances toxiques, aux appareils clos et vitrés dont nous avons parlé, et aux procédés de ventilation spéciale. Dans tous les cas, ces deux moyens de préservation pourront être employés simultanément.

NGV. Ventilation. — Un moyen général d'assainissement des ateliers, c'est la ventilation. D'après les expé-

riences les plus récentes, il faut de 40 à 50 mètres cubes d'air pour un individu adulte en l'état de santé, 60 ou 80 pour les malades et les ouvriers des ateliers insalubres, 100 ou 150 pour les salles d'hôpitaux en temps d'épidémie. Il est nécessaire d'ajouter à ces chiffres 6 mètres cubes pour une bougie, 12 à 15 mètres cubes pour un bec de gaz, 20 et 25 mètres cubes pour une lampe allumée. On voit donc quelle quantité d'air il faut mettre en mouvement pour avoir une aération convenable, — Il est un autre point intéressant que nous devons signaler et qui trouve surtout son application pratique dans les usines où se trouvent des foyers et des fourneaux ardents; c'est que plus Vaêrage est puissant, moins unetem péralure élevée est incommode.

La ventilation se divise en ventilation naturelle et en ventilation artificielle. — La ventilation naturelle consiste à ménager d'une part des ouvertures suffisantes pour la libre circulation de l'air, et de Fautre à développer, par l'inégalité d'échauffement des couches d'air intérieures, de véritables courants d'aspiration qui en permettent le prompt renouvellement. — ■ L'expérience suivante de Tresca faite au Conservatoire des arts et métiers, peut nous rendre compte de la valeur du chauffage dans la ventilation : 1° 1 kilogramme de charbon, aidé de la ventilation naturelle de 0m,42, peut déterminer l'écoulement de 1836 mètres cubes de gaz avec une vitesse moyenne de lm,227. 2° En déduisant la part afférente à la ventilalion naturelle, ce volume se réduirait à environ 1492 mètres cubes avec une vitesse moyenne de lm,028.

Dans les salles de capacité moyenne, l'ouverture des portes et des fenêtres en été, un système rationnel de chauffage en hiver, suffisent à ventiler d'une façon efficace.

Il n'en est plus de même dans les grands ateliers. Dans ces conditions, on obtient le plus souvent des courants d'aspiration en échauffant les couches d'air par le moyen de tuyaux dans lesquels circule de l'eau chaude. L'air de l'atelier s'échauffe par le rayonnement et le contact avec les parois échauffées de ces poêles, et, après un séjour plus ou moins long dans les salles, sort par des canaux d'évacuation qui débouchent dans une chambre chaude surmontée par une cheminée de dégagement. Il est remplacé par de l'air pur provenant de l'extérieur, et amené par des tubes spéciaux qui vont le puiser au dehors.

D'autres fois on établit l'aspiration en ménageant des bouches et des tuyaux de dégagement communiquant avec la cheminée, dans laquelle on entretient un foyer qui active l'aspiration de l'air et débarrasse le milieu intérieur de tout gaz nuisible.

Les orifices d'appel peuvent, suivant les circonstances, être situés en haut ou en bas, ou bien encore régner tout le long des parois de la salle. Il est préférable que les tuyaux d'évacuation ne se rendent point d'eux-mêmes directement à la cheminée, mais viennent déboucher dans un canal commun d'échappement.

Du reste, toutes les fois que l'on pourra utiliser l'action de la chaleur nécessitée par les besoins mêmes d'une industrie, cette chaleur convenablement employée suffira pour produire une ventilation énergique et stable.

C'est ainsi que dans certaines fabriques où il existe des séchoirs, des étuves, l'aspiration produite par le séchoir pourra servir à ventiler les salles voisines; des becs de gaz placés au haut d'une salle, tout en servant à l'éclairage, détermineront un courant d'évacuation pour l'air vicié, si l'on a soin de ménager au plafond des cheminées de dégagement. Le plus communément, les flammes des four-

neaux, dirigées vers la cheminée centrale d'une usine par l'intermédiaire d'un carnau commun, pourront ainsi former un vaste conduit d'aspiration dans lequel viendront déboucher des tuyaux d'évacuation plongeant dans tous les points de l'atelier.

Dans certaines circonstances, un jet de vapeur débouchant dans le canal d'évacuation donnera lieu à une aspiration énergique.

XGYI. — Toutefois, malgré les avantages sérieux que présente ce mode de ventilation par appel, il est loin d'être applicable en toutes circonstances. En effet, lorsque la température extérieure est moins élevée que la température intérieure, l'appel de l'air pur a lieu aisément. Mais en été, la ventilation devient difficile, et ce n'est qu'à l'aide de moyens puissants qu'on peut la produire. Dans ce cas, il faut avoir recours à la ventilation artificielle par injection ou propulsion d'air.

La ventilation artificielle est celle qui se pratique par l'intermédiaire des ventilateurs mécaniques. Elle peut, au point de vue du renouvellement de l'air, être employée de concurrence avec la ventilation par chauffage; mais elle est indispensable toutes les fois qu'il s'agit de l'enlèvement des poussières. Les ventilateurs mécaniques sont aspirants ou soufflants, et souvent les deux à la fois. En général, pendant que des ventilateurs agissent à une extrémité de l'atelier pour chasser l'air vicié au dehors, l'air extérieur afflue à l'autre extrémité par les orifices d'appel. Quand l'atelier est vaste , plusieurs ventilateurs sont nécessaires. Ils seront toujours placés auprès de tuyaux d'évacuation dans lesquels l'air propulsé doit s'en-> gager. Des ventilateurs seront disposés avec avantage, dans un grand atelier par exemple où se dégagent beaucoup de poussières, entre le plafond et les combles,, et

serviront, en même temps, à aspirer l'air dans les régions supérieures et à le lancer au-dessus des toits.

Habituellement, quand dans un atelier certaines machines donnent lieu à un dégagement abondant de poussières, on doit établir la ventilation propulsive tout auprès d'elles, parce qu'il est préférable que l'air se charge de poussières dans la dernière partie de son parcours.

LXLVI. — Mais il est des circonstances où la ventilation artificielle agissant sur la masse entière de l'air intérieur, est insuffisante à maintenir la salubrité et la pureté du milieu professionnel. Ainsi, par exemple, dans les filatures, il est. utile d'empêcher, autant que possible, les poussières dégagées par les diverses machines : cardes peigneuses, batteurs, éplucheurs, etc., de se répandre dans l'atelier. On fait alors intervenir la ventilation spéciale.

La ventilation artificielle spéciale non-seulement est un moyen d'assainissement général de l'atelier, mais encore joue un rôle important comme -mode de préservation individuelle. Dans les aiguiseries, par exemple, les ouvriers trouvent dans les ventilateurs spéciaux la plus sérieuse garantie contre l'insalubrité du travail "professionnel. Le principe de la ventilation spéciale consiste dans l'enveloppement de la machine de travail mue par la main de l'homme ou par la vapeur. Cette enveloppe communique par un conduit avec un canal de ventilation clans lequel un ventilateur aspire les poussières qui se développent pendant le travail professionnel (aiguisage, broyage, blutage, vannage, etc.). Dans un vaste atelier où plusieurs machines fonctionnent à la fois, les enveloppes de celles-ci peuvent être mises en communication avec un canal commun de ventilation dans lequel l'aspiration sera provoquée par des ventilateurs puissants.

Indépendamment de cette disposition, on peut encore.

LAYET. 5

établir, aux points les plus encombrés de la salle, des tuyaux d'évacuation de l'air vicié qui viendront déboucher dans ce même canal d'aspiration.

Un mode particulier de ventilation sera aussi appliqué avec avantage; c'est la ventilation par l'air comprimé. Elle exige 'emploi d'un moteur, d'une machine soufflante et d'un

Md'air comprimé débouchant dans un canal de ventilajon. On peut lui donner une grande énergie, et elle permet surtout de porter, avec certitude, sur un point déterminé.

LXLVII. — D'une manière générale, la ventilation artificielle agissant directement sur la table de travail de l'ouvrier est préférable encore à l'emploi d'un masque ou respirateur. Elle doit toujours être faite de haut en bas, de manière à préserver avant tout le visage du travailleur.

Nous n'insisterons pas davantage sur les procédés de ventilation artificielle; la plupart des ventilateurs spéciaux devant être décrits à chaque article de pathologie professionnelle. (Voy. Filateurs, Aiguiseurs, etc.)

LXUVIII. — Pour terminer toutce qui se rattache à la ventilation, nous devons maintenant parler des moyens employés pour rafraîchir l'air des ateliers. Un premier moyen consiste à établir la prise d'air dans une cave ou dans une galerie souterraine ; un second, à faire passer l'air appelé contre les parois d'enveloppes ou de réservoirs métalliques dans l'intérieur desquels circule de l'eau plus ou moins froide.

On prendra d'ailleurs toutes les dispositions pour assurer, par l'ouverture d'orifices nombreux et largement proportionnés, l'admission et l'évacuation de l'air.

Il est un moyen de rafraîchir l'atmosphère des salles qui n'est que la simple imitation des effets naturels de la pluie, mais qui-est très-efficace. D'après le général Morin, ce procédé n'exige qu'environ lmc,320 d'eau pour mouiller efficacement 100 mètres carrés de toiture et les

mettre à l'abri de réchauffement de la radiation solaire.

Il est, comme on le voit, d'une grande simplicité, et ne soulève d'autre difficulté d'application que celle d'obtenir économiquement la quantité d'eau qu'on veut distribuer sur les surfaces extérieures. A cet égard, on pourrait se servir, dans certaines manufactures, des eaux de condensation des machines, que l'on dirigerait à travers des jets d'eau convenablement disposés.

LXLIX.— Il est enfin des circonstances où il peut être utile, pour la santé des ouvriers, de donner artificiellement à Fatmosphère de l'atelier le degré d'hygrométrie convenable.

Dans les filatures, par exemple, les ateliers des machines dites à préparation exigent une semblable mesure d'hygiène préservatrice.

Outre l'arrosage fréquent des parquets, on arrive à ce résultat en faisant passer à travers un jet d'eau divisée à l'état pulvérulent, toute la masse d'eau qui doit pénétrer dans l'atelier. L'air arrive alors plus ou moins imprégné d'humidité dans les salles de travail.

G. L' hygiène compensatrice, avons-nous dit plus haut, comprend l'étude de toutes les améliorations à introduire dans la manière d'être physique et morale de l'ouvrier, qui lui permettront de compenser par une hygiène privée convenable les effets plus ou moins inévitables d'un métier pénible et insalubre.

C'est là, en vérité, le côté purement philosophique et social de la question professionnelle. Le salaire, la demeure, la famille, la morale, la religion, l'instruction et l'épargne, tels sont les éléments obligatoires de cette hygiène éminemment extrinsèque à la profession, et qui fournirait à elle seule matière à un long travail. Mais ce serait sortir tout à fait de notre cadre que de faire autre chose ici que d'en indiquer seulement l'importance et -la

nécessité au point de vue de l'influence salutaire qu'elle doit avoir fatalement sur la santé des travailleurs.

Bernardin Ramazzini, De moi-bis artificum diatriba. Padoue, 1713.

— Le même traduit en .français et annoté par Fourcroy, 1777. — Hecquet, la Médecine, la Chirurgie et la Pharmacie des pauvres, 1740. — Dictionnaire de santé; article Maladies des artisans, 1760.

— Buchan, Médecine domestique. Traduction par Duplanil, 1775.

— Bertrand, Thèse sur les professions et les métiers, Paris, 1804.

— Cadet de Gassicourt, Considérations morales sur les professions et les métiers, in Mémoires de la Société médicale d'émulation. — Brizé-Fraclui, Chimie pneumatique, 1808. — Mérat, article Professions, in Dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes. — Pâtissier, Traité des maladies des artisans, 1822. — Halle, art. Hygiène de l'Encyclopédie méthodique ; art. divers du Dictionnaire des sciences médicales; Hygiène ou l'Art de conserver la santé, 1806, in-8°. — Benoiston de Chateauneuf, De l'influence de certaines professions sur le développement de la phthisie pulmonaire (Ann. d'hyg. publ., Paris, 1831). — Turner-Thackrah, The Effects of principals Arts, Trades, etc., 1832, Londres. — Lombard (de Genève), De l'influence des professions sur la phthisie pulmonaire, in Ann. d'hyg. publ., 1834. — De l'influence des professions sur la durée de la vie (Ann. d'hyg. publ., 1836). — Sodler, Souffrance des enfants employés dans les fabriques et filatures d'Angleterre (discours à la chambre des communes ; extrait in Ann. d'hyg. publ., 1834). — Villermé, Sur la population de la Grande-Bretagne considérée principalement dans les districts agricoles et manufacturiers et dans les grandes villes (Ann. d'hyg. publ., 1834). — Nouveaux détails concernant l'influence du développement des manufactures sur la population en Angleterre, 1835. — Sur la durée trop longue du travail des enfants dans beaucoup de manufactures, (Ann. d'hyg. publ., 1837). — Gillet, Quelques réflexions sur l'emploi des enfants dans les fabriques, et sur les moyens d'en prévenir les abus, Paris, in-8°, 1840. — Joire, Des logements du pauvre et de l'ouvrier considérés sous le rapport de l'hygiène publique et privée dans les villes industrielles (Ann. d'hyg. publ., 1851). — Passot, Des logements insalubres et de leur assainissement, (Gaz. méd. de Lyon, 1851). — Trebuchet, Recherches sur la mortalité des ouvriers à Paris, 1853-1858, in Ann. d'hyg. publ. — Tardieu, Mémoire sur les modifications physiques et chimiques que détermine dans certaines par-

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— Dictionnaire d'hygiène publique et de sulubrité ou Répertoire de toutes les questions relatives à la santé publique considérées dans leurs rapports avec les subsistances, les épidémies, les professions, les établissements d'hygiène et de salubrité, complété par le texte des lois, décrets, arrêtés, ordonnances et instructions qui s'y rattachent, Paris, 2e édition, 1862, 4 vol.— Michel Lévy, Traité d'hygiène, 5e édition, Paris, 1869, 2 vol. in-8°. — Requin, Traité de pathologie interne. — Fonteret, Hygiène physique et morale de l'ouvrier, 1858, in-8°, Lyon. — Hànnover, Maladies des artisans. Traduit par Beaugrand, inAnn. d'hyg. publ., 1862. — Shann, Recherches statistiques sur les maladies des artisans, in British médical Journal, 1862. Extrait par Beaugrand. — Vernois, Traité d'hygiène industrielle et administrative, comprenant l'étude des établissements insalubres, dangereux et incommodes, Paris, 1860,2 vol. in-8°. — De la main des ouvriers et des artisans au point de vue de l'hygiène et de la médecine légale (Ann. d'hyg. publ., 1862). — Beaugrand, Comptes rendus des travaux d'hygiène professionnelle dans les Annales d'hygiène publ., articles sur les professions, in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. — Ch. de Freycinet, Traité d'assainissement industriel, comprenant la description des principaux procédés employés dans les centres manufacturiers de l'Europe occidentale, pour protéger la santé publique et l'agriculture contre les effets des travaux industriels, Paris, 1870, yi-8°, et atlas de 21 pi. ; — Traité d'assainissement municipal, comprenant la description des principaux procédés employés dans les centres de population de l'Europe occidentale, pour protéger la santé publique, Paris, 1870, in-8°, et atlas. — Motard, Traité d'hygiène générale, Paris, 1868, 2 vol. in-8°. — Pappenheim, Handbuch der Sanitâts-Polizei, 2° édition, Berlin, 1868. — Turgan, les Grandes Usines, 1865-69. — Ch. Laboulaye , Dictionnaire des arts et manufactures (publication industrielle d'Armengaud aine.)

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AÉRd^iMJTES. — On peut regarder les aéronautes comme soumis à deux causes d'accidents : 1° aux chutes et aux chocs sur la terre, et aux effets de l'expansion excentrique des liquides et des gaz de l'organisme sous l'influence de la raréfaction de l'air, tels que hémorrhagies de toute espèce, syncopes, symptômes d'embolie gazeuse ou de congestion des vaisseaux capillaires, refroidissements, qui laissent souvent après eux une prédisposition fâcheuse aux lésions organiques des poumons et du cœur. (Voy. les expériences de P. Bert, à l'article Air comprimé.)

Il serait curieux de faire le relevé des morts accidentelles arrivées chez les aéronautes de profession.

Les déchirures de la membrane du tympan sont fréquentes chez eux : en effet, par suite de la rapidité avec laquelle ils sont transportés dans un milieu dont l'air est raréfié, la pression atmosphérique diminue à la surface externe du tympan, et avant que l'équilibre ait eu le temps de s'établir par l'issue de l'air à travers la trompe d'Eustache, l'expansion du gaz contenu dans la caisse refoule le tympan de dedans en dehors et en détermine la rupture.

Prophylaxie. — S'il faut en croire Paul Bert, les troubles fonctionnels auxquels sont exposés les aéronautes dans leurs ascensions seraient dus à la diminution de la proportion de l'oxygène du sang sous l'influence de l'abaissement de la pression barométrique extérieure. — « Si donc, dit cet auteur, les aéronautes qu'arrête dans leur course verticale, non la force ascensionnelle du ballon, mais la possibilité de vivre, veulent monter plus haut qu'ils

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n'ont fait jusqu'ici, ils peuvent le faire à la condition d'emporter avec eux un ballon plein d'oxygène, auquel ils auront recours lorsqu'ils souffriront trop de la raréfaction de l'air. » L'expérience est venue confirmer les prévisions de l'éminent physiologiste français ; dans une récente ascension, où l'on s'est élevé à une hauteur inconnue jusqu'ici, les aéronautes ont recueilli de l'inhalation de î'oxygène qu'ils avaient emporté avec eux tout le bénéfice que Paul Bert leur avait annoncé.

Paul Bert, Comptes fendus de l'Académie des sciences.

aiguilles (fabricants d'). — Une aiguille passe, avant d'être livrée au commerce, par les mains de plus de quatre-vingts ouvriers différents. Les diverses opérations qu'elle doit subir peuvent se subdiviser en cinq séries dis^ tinctes qui sent : le façonnage, la trempe et le recuit des aiguilles brutes, le polissage, le sciage et l'affinage.

Le façonnage de l'aiguille, c'est-à-dire la conversion du fil métallique en aiguilles brutes, comprend déjà une vingtaine d'opérations; mais trois d'entre elles, le palmage, le marquage et surtout Yempointage, peuvent amener des accidents.

L'ouvrier empointeur opère à l'aide de meules en grès quartzeux et, de peur de la rouille, complètement à sec. Tout autour de lui jaillissent des étincelles brûlantes produites par l'inflammation des particules métalliques que soulève le frottement des aiguilles sur la meule, en même temps qu'une poussière de grès voltige constamment devant sa bouche et pénètre, avec l'air inspiré, dans ses voies respiratoires. Les meules, en effet, d'un grain brillant et d'une dureté moyenne, s'usent rapidement et inégalement, et l'on est obligé de les retailler souvent, opération qui devient, à son tour, une source nouvelle de poussières quartzeuses.

80 AIGUILLES (Fabricants d1).

Les brûlures de l'œil, principalement de la cornée, et les blépharifes, d'une part; de l'autre, l'irritation continue des voies broncho-pulmonaires : telles sont les maladies intrinsèques auxquelles sont particulièrement exposés les ouvriers empointeurs d'aiguilles.

C'est à leur sujet, en effet, que la phthisie professionnelle provoquée par l'absorption incessante des poussières a été surtout étudiée. Les travaux de Johnston, de Knight, de Holland en Angleterre, de Villermé et de Desayvre en France, ont particulièrement appelé l'attention des hygiénistes sur le triste sort qui semble réservé à cette catégorie d'ouvriers. Sans l'emploi des moyens préservatifs, les empointeurs ne peuvent guère exercer leur métier plus de douze à quinze ans. Ils meurent à la fleur de l'âge, atteints de phthisie pulmonaire, à moins qu'ils n'aient renoncé de bonne heure à cette partie de la fabrication des aiguilles.

Le tableau suivant, que l'on doit aux recherches de Holland, nous renseigne sur la durée probable de la vie chez les empointeurs d'aiguilles comparée à celle de la population de toute l'Angleterre et de quelques districts

agricoles :

Age.

Aiguilleurs.

Population totale.

Districts agricoles.

On voit ainsi qu'il est rare qu'un ouvrier empointeur arrive à l'âge de 50 ans, et que la donnée moyenne de sa vie, comparée à la moyenne générale des autres ouvriers,

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lui est mesurée par un déficit constant de vingt années.

Ces résultats sont à peu de chose près semblables à ceux que les travaux de Jonhston et de Knight avaient déjà fait connaître. On comprend dès lors que toute l'attention des fabricants et des hygiénistes se soient portée sur la recherche des moyens de prévenir l'absorption des poussières pendant l'opération de l'empointage.

Hygiène préservatrice. — Parmi les moyens de préservation, les uns ont pour but de s'opposer à l'absorption des poussières en garantissant immédiatement les voies respiratoires; ce sont les divers masques et respirateurs. (Voy. Hygiène générale et les masques d'Eulenberg et de Durwell.)

Les autres s'adaptent à la meule elle-même et sont formés de différentes pièces ou armatures disposées en général de manière à permettre à une ventilation active de condenser et d'entraîner au loin les poussières de grès et les éclats de métal. C'est en Angleterre que les premiers appareils de ce genre furent inventés et mis en usage. Les simples entonnoirs ou hottes placés au-dessus de chaque ouvrier et se continuant avec un tuyau aspirateur, ne les préservent point du contact des particules siliceuses et métalliques. Prior, le premier, imagina une espèce de soufflet mù par le pied de l'ouvrier ou par le moteur qui fait tourner la meule, et dont le vent, chassé à travers un tube percé de fentes longitudinales qui embrasse la meule, produit un courant assez fort pour entraîner la poussière. Un autre appareil fondé sur le même principe fut construit en 1816 par Thomas Roberts; enfin Abraham inventa, en 1822, un appareil simple qui avait le double avantage d'entraîner la poussière de grès et de préserver les ouvriers des particules fines d'acier qui s'élèvent pendant le travail. C'est à l'aide de barreaux aimantés qu'il arrêtait

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les poussières qui échappaient à la ventilation. Les ventilateurs qui aspirent l'air par un trou pratiqué au-dessous de la meule, comme celui dont on se sert à la fabrique d'armes de Châtellerault, et empêchent les poussières de s'élever, sont de beaucoup préférables : toute la moitié antérieure de la meule est prise dans une enveloppe en fer-blanc qui communique avec un fort ventilateur à vannes, et ne laisse échapper aucune poussière. Mais il n'est aucun moyen de préservation qui vaille celui qu'a imaginé et employé avec succès Pastor, fabricant à Borcette, près d'Aix-la-Chapelle, et qui consiste à faire de la meule elle-même un ventilateur qui entraîne les particules de grès et d'acier. Cette meule est revêtue d'une enveloppe en tôle qui ne laisse qu'un étroit passage pour les aiguilles, et qui porte, en un autre endroit, une plaque de verre à travers laquelle l'ouvrier suit les progrès du travail.

La chambre vide comprise entre la meule et l'enveloppe est en communication avec un tuyau aboutissant à une cheminée, et dans laquelle l'eau se précipite avec violence, entraînant la poussière siliceuse et métallique. Bien supérieur à toutes les visières, à toutes les lunettes, à tous les garde-vue employés comme préservateurs des yeux, ce procédé garantit à la fois ces derniers des éclats métalliques incandescents, et les voies respiratoires de l'absorption des poussières.

' Dans plusieurs fabriques on a cherché à remplacer l'em pointage à la main par l'empointage mécanique : tel est le but des machines de Schleicher et de Neuss qui fonctionnent en Allemagne. Les aiguilles sont appliquées sur la meule, dans une position analogue à celle que leur donne la main de l'ouvrier, et roulent dans le sens de son épaisseur, de manière à ce que, arrivant d'un côté, elles sortent terminées de l'autre. Dans l'une comme dans l'au-

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tre, les poussières sont entraînées vers une enveloppe à l'aide d'une forte aspiration. Enfin une autre machine ingénieuse, employée chez M. Printz à Borcette, supprime complètement les poussières et rend la ventilation superflue; mais elle a l'inconvénient de produire beaucoup moins en un temps donné.

Dans l'opération du pahnage des aiguilles, l'ouvrier en saisit de vingt à vingt-cinq entre le pouce et l'index de la main gauche, les arrange en forme d'éventail, pose les têtes sur un tas ou enclume en acier qui est devant lui, et de la main droite, soulevant un marteau, il frappe plusieurs coups successifs sur toutes les têtes et les aplatit en un instant (ce qui se nomme palmer).

Les palmeurs sont parfois soumis à une fatigue assez grande. Le mouvement professionnel est ici la principale cause d'inconvénients et de maladies. Les douleurs contusives de l'épaule et du poignet, la crépitation des tendons, les durillons forcés, la contracture des doigts de la main qui tient le marteau, et le spasme fonctionnel de ceux qui serrent les aiguilles : telles sont les affections intrinsèques à la profession.

L'opération du marquage, qui consiste à percer le trou des aiguilles, et celle du drillage, par laquelle on achève ou arrondit le chas, exigent beaucoup d'attention, du coup d'ceil et une grande habitude. On emploie généralement des femmes et des enfants pour ce genre de travail. Mais l'application soutenue des yeux qu'il nécessite est la cause de fatigue et de troubles prématurés de la vue. Il est rare qu'un ouvrier puisse marquer plus de dix ans. (Voyez Pathologie générale, p. 23 Troubles de la vue professionnels.)

Johnston, On a new species of phthisis peculiar to persons occupied in pointing needles (Mem. of thoLondon medic. Society, vol. V). —

M AIGUISEURS.

Kmght, On the grinders phthisis (North of England medic. and surg. Journal, 1830). — Villermé fils, Note sur la santé de certains ouvriers en aiguilles (Ann. d'hyg. publ., 1850). — Holland, Diseases of the lungs from mechanical causes, and inquiries into the condition of the artisans exposed to the inhalation of dust., Lond., 1843. — Laboulàye, Dictionnaire des arts etmanuf., art. Aiguilles. — Ch.de Freycinet, Rapports sur l'assainissement industriel à l'étranger et en France (Ann. des*mines, tomes V à VII, 1864-1865).

aiguiseurs, Couteliers, Émouleurs, Affûteurs, Polisseurs d'acier. — Dans l'aiguisage à sec, l'ouvrier aiguiseur est soumis à l'action de la poussière silicieuse et métallique produite par l'usure simultanée de l'instrument et de la meule. Dans l'aiguisage à l'eau, les poussières projetées sont moins considérables et se mélangent plus difficilement avec l'air inspiré, en raison de leur plus grande densité; mais l'ouvrier se trouve exposé à tous les inconvénients de l'éclaboussage des meules. Cetéclaboussage, surtout considérable pendant l'opération du retaillage ou riflage de la meule, est une cause sérieuse de maladies, parce que l'ouvrier aiguiseur reçoit, dans son travail, sur ses bras, sa figure, sur tout son corps, une pluie de boue mêlée de parcelles siliceuses et métalliques à tel point abondantes que les vêtements en sont totalement imprégnés; de là une source de refroidissements fréquents dont les conséquences ordinaires sont des phlegmasies de la poitrine et des rhumatismes.

L'attitude professionnelle, à son tour, peut amener, chez les jeunes apprentis, des déformations de taille et des épaules. L'habitude de pencher le corps en avant entraînerait, suivant Turner-Thackrah, la déviation antérieure de la colonne vertébrale. Ces déformations, suivant Chevallier, se rencontreraient dans la proportion de 1 sur 15, près de 7 pour 100. Souvent l'ouvrier, tenant de ses deux

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mains l'instrument à aiguiser, appuie fortement sur sa poitrine l'extrémité du manche; cette pression, outre sa tendance à favoriser la déformation de la poitrine, peut amener la formation d'une bourse présternale susceptible de s'enflammer et de suppurer. « Il y a tel aiguisage de lames, dit Ch. de Freycinet, pendant lequel on voit, par moments, le corps de l'ouvrier se soulever en entier et porter exclusivement sur la pointe des pieds et sur l'outil pressé contre la meule. Il paraît certain que, de cette façon, le travail marche plus rapidement et que l'ouvrier gagne davantage; mais il achète durement ce surcroît de salaire par Y aplatissement de la poitrine, qui en est presque toujours la conséquence. Cette fâcheuse pratique est en vigueur chez les 16 ou 1,700 émouleurs de Thiers, à Langres, à Nogent, etc. — Les fabriques de Châtellerault ont eu le bon esprit d'y renoncer, et la maison Charrière, à Paris, revendique la louable initiative d'avoir réformé ce travail. »

Ainsi donc, action continue et irritante des poussières absorbées sur les voies respiratoires, surtout pendant l'aiguisage à sec; influence prédisposante de la mauvaise attitude professionnelle ; influence occasionnelle de l'humidité : telles sont les causes qui favorisent, développent et entretiennent l'inflammation chronique des bronches, l'emphysème et la phthisie professionnelle chez les aiguiseurs. (Voy. Pathologie générale.)

Le tableau suivant, emprunté aux recherches de Holland, nous fait connaître la durée de la vie probable chez les diverses catégories d'aiguiseurs comparée à celle du reste de la population totale en Angleterre.

AIGUISEURS.

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