SEC ET HUMIDE
Canifs
Rasoirs
Ciseaux
Scies
DE LA POPU- LATION
En Angleterre et pays le Galles
Dans les contrées agricoles
Un pareil tableau n'a pas besoin de commentaires..
Parmi les maladies intrinsèques des aiguiseurs, nous trouvons en outre les brûlures et les lésions traumatiques des yeux comme chez les ouvriers en aiguilles ; les durillons forcés et la rétraction de l'aponévrose palmaire comme chez tous les ouvriers brunisseurs en général.
Le brunissoir est un instrument en acier ou en pierre dure qui sert à polir un corps en frottant les inégalités ou
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aspérités qui sont à sa surface. Ce genre de travail expose à une fatigue assez grande des muscles du bras el de l'avant-bras , à de la synovite tendineuse, en même temps qu'à des callosités et bourrelets métacarpo-phalangiens.
Les aiguiseurs sont encore exposés à des coupures et plaies contuses de la main. Elles sont dues, le plus souvent, à la maladresse et à l'inexpérience de l'apprenti. Mais il arrive quelquefois, surtout lorsqu'on veut dégraisser la meule, que l'outil et la main qui l'accoirïpagne sont repoussés et ramenés brusquement entre la meule et le rebord de l'auge dans laquelle elle tourne. De là des contusions et des plaies profondes aux doigts. On évitera ces accidents au moyen d'un support qui puisse s'approcher aussi presque possible de la meule. Ce support, placé du côté où la meule rabat, ne doit servir que pour les outils exigeant un point d'appui pour l'aiguisage, tels que les crochets des tourneurs par exemple. Pour les burins, les fers de rabot, les ciseaux, il faut défendre de les affûter du côté du support, et exiger de l'ouvrier qu'il se place du côté où la meule monte, en tenant l'outil qu'il affûte librement appuyé sur la meule.
Un genre d'accident qui prend un caractère de spécialité professionnelle résulte de la rupture de la meule. Cet éclatement est dû presque toujours au gonflement humide des coins de bois avec lesquels on cale la meule sur son arbre. Très-souvent, en chassant ces coins avec force, on produit de petites fentes au centre de la meule, et ces fentes se développant rapidement sous les efforts continuels de la force centrifuge, ne tardent pas à faire éclater la meule. Projetés de tous les côtés, ces éclats de meule viennent frapper l'ouvrier aiguiseur à la tète, à la face, à la poitrine, et donnent lieu à des blessures graves.
Des accidents analogues peuvent se produire par l'emploi
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de coins trop secs qui, en se gonflant au contac: de l'eau qui coule sur la meule, en amènent la rupture.
D'après Chevallier, la station debout développerait, chez les ouvriers couteliers, des varices et des ulcères aux jambes. Chez les aiguiseurs de la rue ou rémouleurs, j'ai souvent constaté la présence d'une hernie inguinale à droite.
Comme maladies extrinsèques, on note, par ordre de fréquence, les angines, les rhumatismes et les affections gastro-intestinales. Ces dernières sont dues, le plus souvent, sans doute à l'influence de l'humidité environnante, mais il faut accuser aussi Faction directe des particules siliceuses sur la muqueuse digestive.
Hygiène préservatrice. — Les moyens prophylactiques propres à empêcher les affections pulmonaires sont de deux sortes : les uns, purement mécaniques, ont pour but de s'opposer à l'absorption des poussières ; les autres, de placer les ouvriers dans des conditions hygiéniques telles que l'action des poussières soit atténuée autant que possible. Les respirateurs ordinaires sont inefficaces parce qu'il ne protègent pas l'ouverture des narines; l'éponge mouillée est très-incommode; il faut la nettoyer de temps en temps, et les ouvriers cessent bientôt d'y recourir. Eulenberg a proposé un grillage métallique en forme de .masque recouvert d'une gaze à claire-voie ; il suffit d'essuyer de temps en temps la surface extérieure de cette gaze avec une éponge mouillée, et d'autant plus longtemps que les poussières se développent en plus grande abondance. On pourrait encore se servir du masque du docteur Durwell (de Guebviller). (Voy. Tailleurs de pierres.)
Les ateliers d'aiguiserie doivent être spacieux et bien aérés; des bouchas de ventilation générale doivent y être largement ménagées, les meules y seront disposées sur
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un seul rang. Mais on aura recours avant toat aux ventilateurs spéciaux. Il y a plus de trente ans déjà que dans les usines d'aiguiserie de M. Peugeot, à Hérimoncourt (Doubs), on a adapté aux meules des armateurs et des aspirateurs lançant la poussière hors de l'atelier. Dans son étude sur les industries anglaises, Ch. de Freycinet parle d'un système qui consiste à engager la partie antérieure de la meule dans l'orifice d'un tuyau communiquant avec un ventilateur à palettes. L'ouvrier étant placé de l'autre côté de la meule et en face de cet orifice, les poussières qu'il produit en repassant s'échappent tangentiellement et se dirigent vers le tuyau, où elles sont vivement aspirées dans l'intérieur. Mais nous offrirons comme modèles en ce genre les installations faites par Goldenberg et Gie dans leur usine au Zornhoffprès Saverne.
Leur ventilation est basée sur le principe du ventilateur aspirant en usage à Châtellerault : les meules sont montées dans des fossés maçonnés et aussi étroits que possible ; ils ont une pente très-forte vers un égout longitudinal qui reçoit les eaux provenant de l'aiguisage, et dans lequel sont entraînées les boues formées par l'usure des meules et des outils aiguisés.
Parallèlement à cet égout on a ménagé un second canal à fleur de sol et parfaitement clos, de 0m,50 de hauteur sur une largeur égale, et qui communique avec la fosse de chaque meule par une ouverture de 0m,25 de section. Ce canal peut, lorsque les dimensions de l'atelier l'exigent, être placé au-dessus del'égout servant à l'écoulement des eaux.
L'une des extrémités de ce conduit qui forme le canal de ventilation vient déboucher à l'extérieur de l'atelier, et son orifice s'arrondit de manière à correspondre au diamètre du ventilateur, dont l'un des côtés devra s'appli-
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quer, aussi hermétiquement que possible, à l'orifice de ce conduit. — Chaque fosse de meule est munie de deux vannes à clapet, dont l'une ferme sa communication avec le fossé d'écoulement des eaux, et dont l'autre l'isole du canal de ventilation... On comprend aisément que si on obstrue les ouvertures existant sur le derrière et le côté des meules, et que l'on fasse agir ainsi cet appel d'air le plus près possible du point où appuie la barre d'acier avec laquelle on tourne, toutes les molécules détachées par l'outil seront entraînées du côté de l'appel. L'action du ventilateur sera en outre aidée de la force centrifuge de la meule, qui cherche déjà à entraîner ces molécules.
MM. Goldenberg ont adopté, pour les meules sèches, une enveloppe pourvue de parties mobiles qui permettent de la rétrécir au fur et à mesure de l'usure de la meule, en sorte que l'ouverture ménagée pour le travail de l'ouvrier conserve toujours une section à peu près uniforme.
La partie des poussières aspirées qui reste déposée dans le canal de ventilation ou dans la fosse est enlevée de temps en temps.
D'une manière générale, un système de ventilation n'est réellement pratique qu'cà la condition de laisser l'ouvrier rifler sa meule chaque fois qu'il le croit utile. Il faut donc multiplier les appareils de ventilation.
A Saint-Etienne, on a cherché à pratiquer la ventilation des meules par injection d'air : l'appareil de compression est un ventilateur triple du système Perrigault. Le principe consiste à ouvrir l'aspirateur, et en même temps l'air est appelé et entraîné par tous les vides qui existent entre les contours de la bâche et de la meule.
Dans le but de prévenir les accidents causés par la rupture de la meule, il sera bon de se livrer à un essai préalable de celle-ci et de l'entourer, en grande partie, d'une
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auge ou bâche. L'éclatement des meules à aiguiser, avonsnous dit, est toujours déterminé par des divisions partant du trou central qui livre passage à l'axe de fer autour duquel elles tournent. Polonceau a proposé de les munir, sur leurs deux faces latérales, de renflements cylindriques dont le diamètre serait au moins le tiers de celui de la meule. Ces renflements régneraient de chaque côté circulairement autour du trou central et auraient le même axe que lui, en sorte que leurs saillies sur les faces planes de la meule présenteraient l'apparence d'un court moyeu.
C'est en se basant sur ces données que MM. Goldenberg sont parvenus à éviter tout accident de ce genre dans leur usine. Avant de procéder au montage de la meule, on la sonde en la frappant de légers coups de marteau, et pour peu qu'elle ait la moindre fente elle rendra un son fêlé, et doit, dans ce cas, être immédiatement rebutée ; car sous aucun prétexte on ne peut monter une meule à moins qu'elle n'ait été reconnue parfaitement saine. Après le montage, la meule est tournée, puis sondée une seconde fois pour s'assurer qu'il ne lui est arrivé aucun accident pendant cette opération; si le son est resté clair, elle est mise en mouvement à titre d'essai. Cet essai consiste à faire marcher la meule pendant une heure avec une vitesse de 120 à liO tours par minute au lieu de 80 à 100 qu'elle fait en temps normal. Quand au montage, il s'opère de la façon suivante : les meules sont montées sur des arbres en fer de Om,ll de diamètre, sur lesquels on les fixe à l'aide de deux plateaux en fonte de Om,87 de diamètre, portant deux nervures près de leur circonférence extérieure, qui correspondent à deux rainures taillées dans la meule ; ces plateaux sont serrés contre la meule à l'aide d'unécrou qui s'emboite dans la partie taraudée de l'arbre. Lorsque la meule est serrée sur son arbre, on coule du
soufre sous les plateaux, de manière à remplir non-seulement les vides existant entre les plateaux et la meule, mais encore pour bien sceller l'arbre dans le trou central de cette dernière.
C'est pour ces installations préservatrices au premier chef, que l'Académie des sciences a accordé tout récemment à MM. Goldenberg et Cie le prix des arts insalubres.
Quant aux meules artificielles fabriquées avec le grès ou l'émeri et la gomme laque, et que l'on a essayé de substituer aux meules de grès, elles ont le double inconvénient d'éclater plus souvent que les autres et de développer, en s'échauffant, une odeur nauséabonde très-incommode.
L'ouvrier aiguiseur aura soin de se vêtir chaudement, de manière à éviter les refroidissements. Une blouse de travail en forte toile gommée ou cirée sera passée pardessus ses vêlements et soigneusement fermée au col et aux poignets. Dans le cas où il aurait l'habitude d'appuyer contre sa poitrine l'instrument à aiguiser, il fera usage d'un petit plastron suspendu à son cou. Pendant l'opération de l'aiguisage à sec et du rifïage de la meule, il aura recours à un garde-vue, à des lunettes, pour se garantir des éclats métalliques.
Si, malgré toutes les précautions hygiéniques et individuelles, l'irritation des organes broncho-pulmonaires s'affirme chez l'ouvrier émouleur, il devra renoncer à poursuivre plus longtemps sa profession. Le mal en effet est d'abord circonscrit, il ne se généralise que très-tard, et si l'ouvrier a pu se soustraire à temps à toute nouvelle absorption de poussières, il peut guérir ou du moins prolonger longtemps encore son existence. (Voy. Pathologie générale de la phthisie professionnelle.)
Alph. Chevallier, Des accidents auxquels sont exposés les couteliers, émouleurs et aiguiseurs (Annales d'hygiène publique, 1830).
AIR COMPRIMÉ (Ouvriers travaillant dans Y). 93
— Polonceau, Moyen de prévenir la rupture des meules à aiguiser (Ann. d'hyg, publ., 1845). — Mortn (de l'Institut), Dangers auxquels sont exposés les ouvriers dans les fabriques d'ancres (Compt. rend, de l'Acad. des sciences, 1847). — Desayvre, Étude sur les maladies des ouvriers de la manufacture d'armes de Châtellerault (Ann. d'hyg. publ., 1856). — Jordan, Maladies des ouvriers dans les fabriques d'acier (Ann. d'byg. publ., 1864). — Beaugraxd, article Aiguiseurs (Dict. encyclopédiq. des scien. médic). — A. Goldenberg, Note sur le système de ventilation appliquée aux meules et aux polissoirs des usines de MM. Goldenberg et Cie au Zornhoff près Saverne (Public, industr. d'Armengaud aine, t. XIX, 1871). — Freyciket, Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870.