‹ Hygiène des professions et des industriesChapitre 18 sur 49 · LATET · texte numérisé non relu

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après avoir été découpés et séchés, sont portés aux ouvrières, qui les assemblent de longueur dans des caisses et les repassent aux monteuses de cadres. Cet assemblage est accompagné d'un dégagement de poussière de bois très-ténue qui couvre les ouvrières et dont l'absorption finit par irriter fortement les bronches. Disons tout de suite qu'on pourra éviter ces* inconvénients en nettoyant préalablement les bois dans une machine à vanner avec blutoir, en sorte qu'ils arrivent à l'atelier parfaitement exempts de poussière.

Les premières recherches sur les maladies des ouvriers employés à la fabrication des allumettes phosphoriques datent de 1844 à 1845.

Ces affections consistent en un empoisonnement le plus souvent lent et chronique, qui se manifeste par une teinte jaune de la peau et une maigreur progressive : il y a à la fois des troubles des voies gastriques ou intestinales, tels que dyspepsie, maux d'estomac et de ventre; et des troubles nerveux (maux de tête, étouffements, engourdissement des membres, affaissement des facultés cérébrales). On a constaté chez les femmes une certaine prédisposition à l'avortement. — Gendrin, Rognetta, Th. Roussel et Sédiilot ont particulièrement insisté sur l'irritation plus ou moins intense des voies respiratoires. Cette irritation entraîne à sa suite de la bronchite, de l'asthme et de la bronchorrhée. Mais l'inflammation caractéristique au point de vue professionnel, c'est l'inflammation des gencives et la nécrose des maxillaires. Cette nécrose est-elle primitive ou consécutive à l'intoxication générale de l'organisme? la question, selon nous, est loin d'être résolue.

Quelques auteurs, Dupasquier entre autres, ont pris la défense des vapeurs phosphorées. Selon ce dernier, on devrait plutôt incriminer l'arsenic que certains fabricants.

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emploient quelquefois en quantités considérables clans la composition des allumettes chimiques. — Suivant d'autres auteurs, l'état cachectique des ouvriers serait dû le plus souvent awx mauvaises habitudes hygiéniques; Tardieu, en effet, nous les représente comme étant d'une extrême malpropreté, se nourrissant mal et se livrant de la manière la plus funeste aux excès alcooliques.

Tout en tenant compte de cette influence indirecte d'une mauvaise hygiène privée, on ne saurait plus nier aujourd'hui le développement d'une dyscrasie phosphorique. Quelques observations, entre autres celle de Fôurnier et A. Ollivier (Société médic. des hop. Juin 1869), tendent à prouver que l'intoxication par les vapeurs phosphorées peut avoir lieu d'une manière suraiguë. — Comment agirait le phosphore dans l'organisme? Serait-ce là une espèce d'asphyxie (anoxémie), le phosphore s'oxydant aux dépens de l'oxygène du sang? (Réveil, Lécorché.) D'après une séduisante théorie de Gubler, les masses de phosphore absorbées et accumulées en excès dans les tissus auraient le pouvoir d'ozonifier l'oxygène de l'organisme, de telle sorte que ce dernier communiquerait au plasma et aux tissus ainsi hyperphosphorés une activité exagérée, désordonnée, source de la dénutrition générale et de l'usure rapide des globules sanguins.

La prédisposition de l'organisme dans la nécrose des maxillaires attendrait-elle, pour se manifester, qu'une irritation locale soit le point, de départ du mal? Th. Roussel pense, en effet, que la présence des dents cariées peut être considérée comme la cause première de l'inflammation alvéolo-dentaire ; et clans ce cas-là, l'acide phosphorique doit-il être considéré comme l'agent destructeur de l'os?

Gubler et Lailler ont observé des cas de nécrose phos-

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phorée de toute la mâchoire inférieure où les dents étaient absolument intactes. Et si l'acide phosphorique était l'agent de cette destruction, les dents seraient ramollies et translucides comme chez les fabricants de soude artificielle.

Selon Gubler, il est plus probable que le phosphore en nature pénètre dans les tissus mous et jusqu'au périoste pour y arrêter le mouvement nutritif.

Quoi qu'il en soit, il est remarquable de voir combien souvent, au début, les ouvriers attaqués de la nécrose maxillaire jouissent d'un bon état de santé générale. La périostite phosphorée atteint toujours primitivement l'un ou l'autre maxillaire, l'inférieur plus souvent que le supérieur ; mais elle peut envahir consécutivement et par extension les autres os de la face.

L'inflammation commence par le périoste alvéolo-dentaire, gagne le corps de l'os, entraîne la suppuration, et souvent aussi donne naissance à de nouvelles formations osseuses (ostéophytes) qui, à leur tour, prennent part à la formation du pus. — Il se forme là un vaste foyer purulent qui décolle le périoste et gagne du terrain. — La mortification de Fos et la formation d'un séquestre en sont la conséquence. — Tantôt la nécrose s'étend à la totalité du maxillaire, tantôt elle reste limitée à une portion de l'arcade alvéolo-dentaire.

L'élimination du séquestre dépend du plus ou moins d'extension de la nécrose ; elle se fait, en général, du côté de la bouche. Quant à la régénération, elle a lieu ordinairement au maxillaire inférieur, mais jamais d'une manière complète. Au maxillaire supérieur, l'absence de réparation est la règle. — Les symptômes sont : douleur dentaire, gonflement phlegmoneux dépassant, le plus souvent, la limite du mai et s'étendant au cou et à la face. Un pus

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fétide, ichoreux, s'échappe au travers de fistules multiples. — L'érysipèle est une complication fréquente. — Il y a, petit à petit, une véritable résorption d'éléments putrides. L'alimentation devient insuffisante et les symptômes généraux d'épuisement finissent par amener la mort.

Heureusement, ce n'est pas toujours là la marche que suit la maladie : quelquefois la nécrose se poursuit sans presque aucun symptôme de réaction générale, et les malades sont tout étonnés le jour où, d'un coup de langue, ils font tomber dans la bouche le séquestre mobile. — relativement à la gravité de la maladie, il résulte des divers relevés faits par Trélat que l'on perd presque un malade sur deux, et encore, chez les individus donnés comme guéris, faut-il noter des difformités de la face, des désordres très-grands dans les fonctions masticatoires et digestives, qui altèrent profondément, l'économie et menacen l'existence dans un temps plus ou moins éloigné.

Hygiène préservatrice. — Il n'y a que peu d'années que les propriétés de Y essence de térébenthine comme substance neutralisante du phosphore ont été reconnues, et déjà un grand nombre de faits probants sont venus confirmer les premières données de l'observation.

Ch. de Freycinet nous apprend que dans les fabriques d'Angleterre un des plus sûrs moyens de préservation mis en usage consiste à placer des vases remplis d'essence de térébenthine dans toutes les salles et locaux où se dégagent les vapeurs de phosphore, et de faire porter aux ouvriers, suspendue au cou et appuyée sur la poitrine, une petite boîte contenant de l'essence dont les vapeurs s'échappent de la boite ouverte et se répandent dans l'air aspiré. — ■ D'après Letheby, en effet, 1/4000 de térébenthine dans l'air, à la température et à la pression ordinaires, suffit pour arrêter la combustion lente du phosphore et à empê-

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cher complètement la diffusion des vapeurs phosphorées. Les voies respiratoires doivent bénéficier avant tout de ces propriétés de la térébenthine à la fois préservatrices et modificatrices de toute irritation bronchique. Suivant Personne, qui s'est livré à des expériences sur des chiens, l'absorption de l'essence s'opposerait à l'oxydation du phosphore et par suite à l'altération des globules sanguins. — D'après Gubler, cet obstacle à la combustion du phosphore supprimerait la formation d'ozone. — ■ Quoi qu'il en soit, dans les cas d'intoxication phosphorique suraiguë, l'essence de térébenthine devra être donnée à l'intérieur. — Un second moyen prophylactique pour neutraliser les effets du phosphore sur le corps humain, c'est l'usage de boissons alcalines et le rinçage de la bouche avec des liqueurs pareillement alcalines : par exemple, avec une légère solution de carbonate de soude. — Mais rien ne vaut l'abandon du phosphore blanc dans la fabrication des allumettes, et son remplacement par le phosphore amorphe. — En effet, le phosphore rouge, dit amorphe parce qu'il n'est pas susceptible de cristalliser, est exempt, en général, d'effets toxiques, et peut être ingéré à hautes doses sans aucun danger. Toutefois, les ouvriers employés dans les fabriques d'allumettes phosphoriques devront chercher avant tout une hygiène privée bien entendue, des garanties de résistance et de préservation contre la maladie professionnelle. — Ils prendront des habitudes de tempérance et de propreté. Un costume de travail sera déposé à l'atelier. — Des ablutions seront faites au moment des repas et à la fin du travail. Gubler a conseillé l'administration de petites doses de charbon et de magnésie avant les repas et à la fin de la journée. — Selon cet auteur, en effet, l'eau de chaux et, le charbon absorbent et neutralisent les acides dérivés par oxydation du phosphore. Les ouvriers feront bien aussi de

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se nettoyer les dents avec un mélange de ces deux substances. — Une mesure des plus efficaces est celle qui consiste à abréger la durée du travail, à le couper par des intervalles de plein repos, et à exiger que l'ouvrier sorte de la fabrique pendant le repos, afin de respirer le grand air. « L'air pur ainsi aspiré, dit Garman, affaiblit l'influence des vapeurs pernicieuses absorbées pendant le travail. »

Mais c'est surtout à la ventilation convenable des ateliers qu'il faut demander les moyens pratiques de prévenir et d'atténuer les effets des inconvénients des vapeurs phosphorées. Nous ne saurions mieux faire que de donner ici la description d'un établissement où les conditions d'assainissement du milieu professionnel sont vraiment remarquables : c'est celui de M. Deroubaix, à Hémixem, près Anvers. « On y a fait une large et intelligente application de la ventilation artificielle, en ayant soin de la faire agir partout de haut en bas. En même temps, on a établi, entre les diverses opérations, une division méthodique de nature à en atténuer le plus possible les dangers. Cinq bâtiments séparés, pour l'emmagasinage des matières premières, pour le soufrage, pour la préparation de la pâte phosphorée, pour le trempage, le séchage et la mise en boites, et enfin pour l'expédition du produit, constituent la fabrique proprement dite. Ils sont tous aérés au moyen d'une grande cheminée centrale de 2 mètres de diamètre intérieur à la base, et de 36 mètres de haut, qui reçoit les flammes d'un appareil à vapeur, et en outre, si besoin est, celles d'un foyer spécial. Le long de deux faces contiguës de chaque bâtiment règne, extérieurement, un carnau souterrain en maçonnerie, de 0m,60 de côté, qui débouche à la cheminée. Partout où le phosphore séjourne, une ouverture pratiquée dans le mur et communiquant, par un petit conduit, au carnau souterrain, donne

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issue à la vapeur délétère sans lui permettre de se répandre dans l'atelier. La disposition prise pour saisir le gaz nuisible varie d'ailleurs selon la nature de l'opération. Ainsi, pour la préparation de la pâte on a une hotte large et basse, dont l'aspiration est encore activée par les flammes du petit foyer de fusion. — L'atelier de trempage et de séchage, qui offre le plus de danger, est particulièrement soigné.

» Sur les deux côtés longs sont disposés les séchoirs, au nombre de dix-huit, ayant chacun lm,80 de large, 3 mètres de profondeur et 2m,50 de hauteur. Ils communiquent avec le carnau de ventilation par de triples orifices au niveau du sol, et reçoivent l'air extérieur par des cheminées ouvrant au-dessus du toit. Ils sont chauffés par trois tuyaux de vapeur placés sous le plancher, qu'on démasque à volonté à l'aide de registres manœuvres de dehors. L'aspiration est également réglée à volonté. — Devant chaque rangée de séchoirs court un petit chemin de fer venant de l'atelier de fusion et se rendant à l'atelier d'expédition. Un chariot en fer reçoit la pâte toute préparée et la présente successivement devant, les séchoirs ; — à chaque point de stationnement, un orifice d'aspiration pratiqué dans le sol entraîne les vapeurs au carnau. — Le trempage se fait rapidement; les cadres sont aussitôt placés dans les séchoirs, dont les portes en fer sont soigneusement refermées. Le milieu de la salle est réservé à la mise en boîtes. Sous les tables sont pareillement ménagées des bouches d'aspiration. Enfin les boîtes terminées sont chargées en wagon et transportées au lieu d'expédition. Vu la rapidité des opérations, le très-court séjour du phosphore dans la salle et l'énergie de l'aérage, on peut espérer qu'un pareil atelier sera à peu près exempt d'inconvénients. » (Ch. de Freycinet.)

ALLUMETTES PIIOSPHORÏQUES (Ouvriers fabriquant les). 117 Abordons maintenant les questions d'hygiène industrielle, au point de vue des éléments de la fabrication ellemême. — On évitera les occasions de brûlures en remplaçant le chlorate de potasse par un corps comburant n'exposant point à la déflagration : c'est tantôt du peroxyde de manganèse qu'on associe h du minium, tantôt aussi du peroxyde de plomb associé îx du salpêtre ou trèsimproprement à du chromate de potasse. Aujourd'hui, le chlorate de potasse est généralement exclu de cette fabrication, sur le continent du moins; mais en Angleterre, le chlorate de potasse est encore à peu près le seul comburant employé. Dans ce cas-là, il faudra prendre soin de le détremper dans une solution de gomme avant de le soumettre au broiement à froid.

On a cherché à rendre inoffensif le phosphore blanc en réduisant considérablement sa proportion et en l'incorporant dans la pâte à un état de division extrême (procédé de Wagner). Ce procédé, qui ne diminue en rien l'inflammabilité de l'allumette, devra être employé de préférence. D'autre part, ainsi que nous l'avons dit, on a remplacé le phosphore blanc par le phosphore amorphe (Schroetter) dans la confection d'allumettes chimiques dites non vénéneuses. Telles sont les allumettes de MM. Coignet, les allumettes androgynes de Bombes-Devilliers. Mais cette substitution si désirable paraît destinée à rester à l'état de vœu, car en se perfectionnant ainsi, l'allumette au phosphore rouge perd, aux yeux de bien des personnes, le mérite principal de l'allumette chimique : celui de pouvoir produire du feu en tout temps, en tout lieu, sans le concours d'aucun accessoire. Du reste, c'est un fait reconnu aujourd'hui que sans présenter un danger d'empoisonnement aussi grand que le phosphore blanc, le manimeeni du phosphore rouge est loin de mettre à l'abri de

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toute nécrose. C'est pourquoi on a essayé la fabrication d'allumettes chimiques sans phosphore ni poison. Telles sont les allumettes de M. Canouil, composées en associant le chlorate de potasse avec des éléments tels que le bichromate de potasse, le nitrate de plomb, Toxysiilfure d'antimoine, etc.

Citons enfin, pour terminer, la machine à tremper de Bell et Higgins, dont on fait usage à Stratford, près de de Londres. Par ce procédé les ouvriers seraient complètement soustraits aux émanations du phosphore au moment même où le maniement de ce corps offre le plus de dangers. (Freycinet, Assainissement industriel, p. 93.)

îïeyfelder, Sur la nécrose des os maxillaires observée dans les fabriques d'allumettes chimiques (Arch. de méd., octobre 1843). — STROHL,Sur la même nécrose (Gaz. méd. de Strasbourg., nov. 181-5). — Genlrin, Sur une bronchite particulière dont seraient atteints les ouvriers des fabriques d'allumettes (journ. l'Époque, oct. 1845). — Rognetta,

■ Sur cette même bronchite (Ann. de thérap., 1816). — Th. Roussel et Sédillot, Communication à FAcad. des sciences, 1846. — Du- PASQUIER, Mémoire relatif aux effets des émanations phosphorées sur les ouvriers employés dans les fabriques de phosphore et les ateliers où l'on prépare les allumettes chimiques (Compt. rend, de l'Ac. des sciences). — Th. Roussel, Recherches sur les maladies

- des ouvriers employés à la fabrique des allumettes chimiques (Compt. rend, de TAcad. des sciences, oct. 1846). — Boys- le Loury, Chevallier et Bricheteau, Mémoire concernant l'action des vapeurs phosphorées sur les ouvriers qui y sont soumis (Compt. rend, de TAcad. des sciences, 1847). — S. Causse et Chevallier fils, Considérations générales sur l'empoisonnement par le phosphore, les pâtes phosphorées et les allumettes chimiques (Ann. d'hyg. publ., 1855).

— A. Chevallier, Rapport à l'Acad. sur la substitution du phosphore amorphe au phosphore ordinaire, 1855. — Mémoire sur les allumettes chimiques préparées avec le phosphore ordinaire, et suites dangers qu'elles présentent sous le rapport de la santé des ou-

. vriers, de l'empoisonnement et de l'industrie (Ann. d'hyg. publ., i 86J ).

— Gaultier le Claurry, Des allumettes chimiques avec ou sans

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phosphore (Ann. d'hyg. pub]., 1850). — Tardieu, îitude hygiénique et médico-légale sur la. fabrication et l'emploi des allumettes chimiques, rapport au comité d'hygiène, 1856; et article Allumettes chimiques, in Dict. d'hygiène publique, 1864. — Recueil des travaux du comité consultatif d'hygiène publique de France, t. II, 1873. — Ch. de Freycinet, Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870. — Gubler, Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius ou Histoire de l'action physiologique et des effets térap. des méd., p. 500, <2* édit., Paris, 1874.

amidonniers, féculiers. — Les amidoimiers sont exposés, dans l'exercice de leur profession, à deux causes principales de maladies , qui sont : l'action des poussières développées par le tamisage et le blutage de la fécule ; et l'influence fâcheuse de l'humidité entretenue par les lavages à grande eau qui sont nécessaires pour séparer le gluten de l'amidon. L'usage du blutoir mécanique ne met point à l'abri de cette action des poussières; c'est surtout au moment où la fécule est chassée hors de l'appareil et reçue directement dans des sacs que celles-ci se développent en quantité considérable. — Leur absorption n'a point un effet aussi pernicieux sur les poumons que celui produit par les poussières siliceuses. La plupart des amidoimiers n'accusent qu'une extrême sécheresse de la bouche et du gosier. Ils expectorent souvent, après le travail, des crachats rendus gommeux par la présence de l'amidon qui a fermenté; mais ils n'offrent aucun symptôme d'altération parenchymateuse des poumons. Déjcà Benoiston de Châteauneuf avait constaté le petit nombre de cas de phthisie que présentent les amidonniers : 1,02 sur 100 malades. Trébuchet, dans ses recherches, a trouvé le chiffre de 65 décès de phthisie sur 1000 décès.

Une affection assez commune est une éruption herpétigineuse qui a son siège au pourtour des commissures des

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lèvres ou sur le pavillon de l'oreille. L'irritation des paupières et de la conjonctive due à l'action directe des molécules pulvérulentes s'observe fréquemment aussi chez les ouvriers amidonniers. On a noté encore l'angine glanduleuse chez quelques-uns. Les autres maladies extrinsèques que l'on observe le plus souvent sont l'embarras gastrique, la diarrhée, et les douleurs rhumatismales. Elles doivent être attribuées en partie à l'influence de l'humidité ambiante, en partie à l'absence de soins hygiéniques.

ANILITCE (OUVRIERS EMPLOYÉS A LA FARRICATIOX DES

couleurs d'). — L'aniline est un alcaloïde organique artificiel dérivé du benzol. On obtient ce produit en traitant la nitro-benzine par la limaille de fer et l'acide acétique dilué. Aujourd'hui, presque toutes les couleurs employées dans la teinture des soies sont des dérivés de l'aniline : telles sont la fuchsine, les rouges Magenta, Solférino, les violets et bleus de Lyon, etc. Il serait trop long d'énumérer toutes les substances qui, par leur réaction sur l'aniline, peuvent produire des dérivés colorés ; l'acide arsénique, le bichlorure d'étain, le bichromate de potasse, l'acide sulfurique, l'acide benzoïque, etc., sont les réactifs le plus fréquemment employés dans l'industrie pour développer les rouges-violets d'aniline.

Les accidents auxquels sont soumis les ouvriers dans la fabrication des couleurs d'aniline sont de trois sortes : les premiers surviennent pendant la préparation de la nitrobenzine et sont dus à l'action de la benzine et des vapeurs d'acide hypoazo tique ou azoteux qui se répandent autour des ouvriers pendant la combinaison de l'acide azotique avec la benzine^

Les émanations de benzine ont pour résultat de produire une excitation des centres nerveux se manifestant

ANILINE (Ouvriers fabriquant des couleurs d'j. 12!

au début par une sorte d'ébriété et occasionnant, à la longue, un état de malaise avec des sueurs abondantes, une lassitude extrême, qui ne cessent qu'au bout de quelques jours (A. Chevallier). Les vapeurs nitreuses agissent particulièrement sur les voies respiratoires : elles provoquent une bronchite spasmodique avec toux opiniâtre et douloureuse suivie parfois de crachements de sang. Quelques ouvriers sont pris de vomissements auxquels succèdent de violentes coliques, et la plupart sont forcés de quitter l'atelier la poitrine oppressée, la respiration haletante, en proie à un commencement d'asphyxie.

L'opération du décartage est celle qui, avec le lavage, présente le plus d'inconvénients à cause de la grande quantité de vapeurs rutilantes qui se dégage. Il faut noter, en outre, l'action corrosive sur les mains du mélange d'acide azotique et sulfurique, et les brûlures causées par l'inflammation des produits hydrocarbonés.

La seconde espèce d'accidents qui doivent être attribués plus spécialement à l'absorption des vapeurs d'aniline consiste en un empoisonnement qui peut revêtir la forme aiguë ou la forme chronique. Je ne saurais mieux faire que de transcrire ici le tableau des symptômes de cet empoisonnement tel qu'il nous est tracé par Jules Bergeron dans son mémoire :

(( Les ouvriers qui débutent dans la fabrication de la nitrobenzine et de l'aniline accusent, dès le premier ou le deuxième jour, une céphalalgie orbitaire gravative compliquée parfois de nausées et de vomissements.

» Cet état de malaise, si pénible pour quelques-uns qu'ils abandonnent la fabrique, se dissipe, en général, après une ou deux semaines d'apprentissage, pour ne plus se reproduire qu'accidentellement, soit à l'occasion d'un travail forcé, soit pendant les chaleurs de l'été. La plupart éprou-

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vent aussi pendant leur noviciat des vertiges qui disparaissent facilement au grand air. Dans d'autres cas, au vertige succède la perte de connaissance, qui cède plus ou moins promptement à l'action de l'air frais et laisse quelquefois une sorte d'hébétude, laquelle se dissipe par degrés et laisse une grande pesanteur de tête. D'autres fois, l'ouvrier est pris d'un sentiment de torpeur, sa face se congestionne, il vacille, chancelle et tombe, comme un homme ivre, dans un état semi-comateux; ses yeux sont entr'ouverts ; il bégaye quelques paroles incohérentes et fait à peine quelques mouvements automatiques ; la respiration est pénible, irrégulière. Au bout d'une heure et quelquefois plus, l'intelligence se. réveille, l'individu sort de cette crise, conservant seulement un sentiment de fatigue générale avec un irrésistible besoin de sommeil. Chez d'autres, il survient de véritables convulsions épileptiformes des membres, des spasmes tétaniques de la région cervicale postérieure, alternant avec des accès de délire et un tremblement général. Les mouvements respiratoires sont irréguliers, la peau est froide, insensible, le visage pâlit; les lèvres, la langue, les extrémités prennent une teinte bleuâtre; les pupilles sont dilatées; les battements de cœur fréquents, et surtout d'une violence extrême, se ralentissent et deviennent irréguliers; cet état alarmant peut durer plus d'une heure, et l'ouvrier en sort brisé de fatigue et avec de violentes douleurs de tête... Mais, à la longue, il finit par s'établir chez les ouvriers en contact habituel avec les vapeurs d'aniline, une véritable chloro-anémie avec diminution de globules et augmentation des leucocythes. Il y a, le plus souvent, de l'embarras gastro-intestinal avec un état habituel de constipation. Il s'y ajoute un certain degré d'insensibilité aux membres supérieurs et de langueur des fonctions génitales. » (Jules Bergeron, Bull, de VAcad.)

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Des accidents d'un antre ordre, et, chose remarquable, les premiers sur lesquels on ait appelé Fatttention, peuvent se rencontrer chez les ouvriers employés à la préparation des couleurs d'aniline. Ils sont dus à l'action même des réactifs dont on se serl pour obtenir les dérivés colorés. La plupart de ces réactifs, en effet, le bichlorure de zinc, le bichromate de potasse, les sels de cuivre, etc., ont une action cathérétique très-marquée; mais c'est surtout à l'acide arsénieux qui se dégage dans la préparation de la fuchsine que doivent être attribués les symptômes décrits par Charvet en 1863, dans sa thèse inaugurale ; thèse qui devint le point de départ de recherches nombreuses sur la pathologie et l'hygiène de la profession.

Les ouvriers qui, dans l'usine de Pierre-Bénite, préparent la fuchsine, et qui ont été traités dans les hôpitaux de Lyon, présentaient les symptômes suivants : gonflement et pustules au scrotum s'étendant quelquefois aux jambes et aux avant-bras, crampes dans les membres avec tremblement musculaire, fourmillement dans les extrémités, affaiblissement plus ou moins marqué commençant toujours par les extrémités des membres, paralysie arrivant parfois au point d'empêcher la station, la locomotion et la préhen sion des objets, insensibilité se manifestant aux extrémités, soif, constipation, vomissements, diarrhée.

Ce sont là des signes évidents d'empoisonnement par l'arsenic. On a pu constater en outre des troubles de la vue, de véritables ophthalmies arsenicales, et des éruptions diverses de forme papuleuse et vésiculeuse. (Voyez Arsenic, p. 135.)

Hygiène préservatrice. — Les principales mesures de précaution consisteront avant tout dans l'isolement de différentes opérations les unes des autres, et dans la substitution de vastes hangars aux ateliers clos. Les ouvriers

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qui s'occupent de la préparation de la benzine peuvent être soustraits à ces incommodités lorsqu'on les fait travailler dans des ateliers convenablement disposés et parfaitement aérés. La conservation de la benzine demande des précautions, car elle est susceptible de s'enflammer et de donner naissance à des incendies et des brûlures. On devra toujours avoir dans les ateliers du sable, qui peut servir avec plus d'avantage que l'eau pour l'extinction des liquides hydrocarbonés qui entreraient en combustion. Pendant les opérations qui dégagent des vapeurs acides ou aniliques, on pratiquera une ventilation très-énergique, et en outre, lorsque les ouvriers procéderont au mélange des acides, au décantage et au lavage, ils devront mettre devant la bouche et les narines une éponge ou un mouchoir imbibé d'une légère solution alcaline au travers de laquelle l'air puisse se dépouiller de l'acide dont il est chargé. Un excellent procédé pour éviter le dégagement du gaz acide hypoazotique durant la préparation de la nitrobenzine, est celui qu'emploient depuis longtemps, en France, MM. Devers et Plisson, et qui consiste à faire passer les vapeurs hypoazotiques au travers du coke remplissant des bonbonnes superposées, et sur lequel on fait couler un filet d'eau en laissant accès à l'air.

Sous l'influence de l'eau et de l'oxygène de l'air, l'acide hypoazotique se change en acide azotique qui se condense facilement et s'écoule au bas de la colonne des bonbonnes superposées. On peut remplacer les bonbonnes par des tronçons de cylindres creux en lave et en grès, qui conviennent mieux pour une grande fabrication. S'il arrive quelques accidents aux ouvriers occupés à la fabrication de la nitrobenzine ou de l'aniline, il faudra leur faire cesser immédiatement tout travail, forcer l'ouvrier malade de se reposer, et en lui laisser reprendre ses occupations

que peu à peu, en surveillant attentivement les effets qui peuvent se produire, et s'ils se renouvellent, faire changer les ouvriers de travail, et même les obliger à quitter l'atelier pour prendre une autre profession. En cas d'empoisonnement aigu et grave, on fera des affusions froides, et l'on administrera tous les quarts d'heure une dose d'eaude-vie alternant avec une potion à l'ammoniaque.

On est parvenu à rappeler k eux des hommes plongés dans la plus profonde cyanose, en pratiquant des fictions stimulantes énergiques, en couvrant la poitrine, les jambes, les cuisses de sinapismes jusqu'au retour de la chaleur et la disparition de la lividité.

Lorsque la chloro-anémie se montrera avec tous les symptômes de l'aglobulie, le traitement le plus efficace consistera à faire respirer de l'oxygène pur, de l'air comprimé.

Dans la préparation de la fuchsine, les ouvriers prendront toutes les précautions prescrites pour la préparation des substances arsenicales : lavages fréquents et vêtements appropriés; abstention de tous repas dans les ateliers, etc. (Voyez Arsenic.)

Charyet, Étude sur une épidémie qui a sévi parmi les ouvriers employés à la fabrication de l'aniline, thèses de Paris, 1863. — G. Bergeron et Olliyier, Mémoire sur l'aniline (Journ. de physiol. de Brown-Séquard, 1863, et Nouv. Dict. de médec. et de chirurgie pratiques, Paris, 1865. — J. Bergeron, Bésumé d'un mémoire sur la fabrication et l'emploi des couleurs d'aniline (Bull. d'Acad. de médec, tome XXX, 1864-1865). — A. Chevallier, De la benzine, de la nitrobenzine et de l'aniline. Dangers et inconvénients qu'elles présentent dans la fabrication et pour la santé des ouvriers ( 'Ami. d'hyg. publ., 1865, ^ série, t. XXIV, p. 374). — De la fuchsine, de sa préparation, des accidents qui peuvent en résulter relativement aux ouvriers, et des dangers graves pour les habitants des localités près desquelles sont situées les fabriques (Ann. d'hyg., 1866, 2e série, t. XXV, p. 12). — Ferrand, Rapport sur l'influence sur la santé publique de la fabrication de l'aniline et des produits qui en déri-

vent (Gaz. médic. de Lyon, 1866). — Reaugrand, article Aniline du Nouveau Dictionn. encyclop. des sciences médic.

APPRETEURS »-ÉT©FFES E\T GENERAI, TEINTU- RIERS, DÉGRAISSEURS, IMPRIMEURS SUR ÉTOFFES. — SûUS la

dénomination générale d'apprèteurs d'étoffes nous comprendrons les apprêteurs proprement dits, les teinturiers, les dégraisseurs, les imprimeurs sur étoffes.

L'influence prolongée de l'humidité sur l'organisme, le contact prolongé de certaines parties du corps avec les substances employées comme réactifs ou altérants, le mélange à l'air respirable de vapeurs nuisibles qui s'élèvent des bains de teinture ou de dégraissage : telles sont les causes principales des affections morbides que l'on rencontre chez tous les apprêteurs d'étoffes. Dans les ateliers de teinture et d'apprêts, il règne une température humide de 35 à 40 degrés qui détermine chez presque tous les ouvriers une transpiration abondante ; dans certaines étuves où l'on fait sécher les étoffes de coton, la température s'élève jusqu'à 50 degrés (Yillermé). On comprend que ceux qui, par leurs fonctions, sont obligés de passer alternativement d'ateliers aussi chauds dans de véritables courants d'eau froide que nécessite le lavage des étoffes, sont exposés à contracter des maladies fort graves : les rhumatismes, les inflammations catarrhales des poumons et des intestins sont des affections que l'on rencontre très-fréquemment chez tous ces ouvriers.

Dans quelques établissements, l'habitude de promener au-dessus des pièces tendues sur des cadres, et dans le .sens de leur longueur, de petits chariots chargés de brasiers remplis de charbon de bois allumé, peut donner lieu à des accidents par suite du dégagement d'acide carbonique.

L'eczéma des mains et des bras, l'irritation chronique <lu corps papillaire du derme, les gerçures aux doigts, certaines éruptions et ulcérations spéciales sont des affections communes à tous ceux qui apprêtent et nettoient les étoffes. Elles trouvent leur cause dans le lavage et le blanchiment des étoffes, dans les opérations de dégraissage et de mordançage, la préparation des bains de couleur, l'impression des dessins avec des rongeants ou des couleurs rongeantes, etc.

La simple énumération des agents chimiques employés nous donnera une idée suffisante de la variété des inconvénients qui peuvent résulter de ces diverses opérations. €'est ainsi que, 1° comme agents de blanchiment, nous rencontrons : les acides sulfurique et sulfureux, le chlore, les chlorures de chaux et de soude, les lessives à la potasse et à la soude, etc. ; 2° comme agents de dégraissage, les mêmes, plus l'ammoniaque, le fiel de bœuf, certaines huiles volatiles (térébenthine, benzine), les alcools ordinaire et composés, et les terres grasses absorbantes, etc. ; 3° comme agents de dissolution, mordants et rongeants, les acides nitrique, hydrochlorique, acétique, oxalique, chromique et picrique, etc. , les nitrates d'alumine, de cuivre et de plomb, l'alun, les bioxalate, chromate, bichromate et prussiate de potasse, les chromate et acétate de plomb, l'arséniate et l'arsénite de potasse, les chlorures d'étain, etc.

Ainsi donc, absorption de vapeurs irritantes (acides ou alcalines), parfois toxiques, et leur action sur les voies respiratoires et sur les centres nerveux; contact immédiat et permanent avec des agents caustiques et altérants, et leur action, le plus souvent locale, mais quelquefois générale sur l'organisme : telles sont les deux grandes sources de maladies et d'accidents que nous trouvons condensées dans l'énumération précédente.

Le contact habituel avec des liquides acides ou alcalins finit par amener, à la longue, une certaine insensibilité de la peau des mains avec engourdissement musculaire. Chez les foulons occupés à dégraisser les draps, l'épiderme de ces parties est blanchi, ridé et soulevé par places, surtout aux. faces correspondantes du pouce et de l'index, entre lesquels on tient les pièces de drap en les déroulant (Tardieu, Dict. cVhyg., t. I, p. 224, 225).

Chez les imprimeurs sur étoffes, l'opération de l'épaississement des mordants et des couleurs est celle qui est la plus dangereuse. En effet, l'usage des épaississants est indispensable pour toutes les impressions faites à la main. Il se fait en mélangeant de l'amidon, de la fécule grillée ou de la gomme adragant aux couleurs et aux mordants, qui sont ensuite étendus sur l'étoffe au moyen d'une brosse. Pendant celte opération, l'ouvrier est couvert des éclaboussures du mélange et singulièrement exposé à l'action nuisible de la substance employée; c'est ainsi que la teinture en vert des étoffes avec les verts arsenicaux détermine des accidents spéciaux. (Voy. Fleuristes.)

L'usage des sels de plomb, surtout de l'acétate employé comme mordant, provoque quelquefois des accidents d'intoxication saturnine avec liséré bleuâtre des gencives. (Voy. Plomb.)

L'emploi du bichlorure de mercure comme mordant pour la teinture des plumes avec la murexide (purpurate d'ammoniaque) détermine chez les ouvriers qui plongent ces plumes dans le bain du mordant, et chez les ouvrières qui travaillent ensuite ces plumes, des accidents sérieux, tels qu'irritation très-vive de la peau des mains et des doigts, surtout à la face dorsale, des ulcérations très-douloureuses sur ces parties, des coryzas chroniques et rebelles, dus à l'action sur la muqueuse pituitaire des par-

tieules du sel caustique que les ouvriers respirent pendant la mise en œuvre des plumes, et qui s'accompagnent paribis d'ulcérations de la cloison nasale. Des symptômes prononcés d'intoxication mercurielle peuvent aussi se présenter chez les teinturiers en plumes; il n'est pas rare de les voir affectés de gingivite mercurielle avec salivation abondante, et même de tremblement caratéristique. (Voy. Mercure.)

Nous avons parlé d'ulcérations nombreuses et variées aux doigts que présentent la plupart de ces ouvriers. Voici comment ces lésions arrivent généralement : l'épiderme des mains, continuellement immergées dans les bains de préparation, se flétrit, s'altère, s'amincit ; les parties superficielles du derme s'irritent et deviennent d'une sensibilité extrême ; bientôt sur les parties latérales des doigts se forment de petites vésicules au niveau des papilles irritées; l'épiderme aminci se crève, laissant la papille à nu, entourée d'une aréole de squames. C'est alors que le contact avec les acides et les caustiques, principalement l'acide picrique, les chromâtes de potasse, la chaux et les chlorures, etc., vient déterminer en ce point, où l'épiderme protecteur n'existe plus, d'abord une inflammation plus vive, puis une ulcération. 11 est rare qu'un ouvrier teinturier n'ait point présenté, à un moment donné, de semblables lésions.

L'influence d'une atmosphère toujours humide et chargée, à certains moments, de principes gazeux irritants finit par amener chez les apprêteurs d'étoffes des affections chroniques des bronches et de l'estomac; le catarrhe bronchique avec emphysème, mais surtout les. dyspepsies gastro-intestinales, sont des maladies fréquentes chez les vieux teinturiers. Les irritations de la gorge, des gencives et des lèvres se rencontrent communément chez eux: nul

doute qu'il ne faille attribuer aux altérations des sécrétions buccales une grande part dans les troubles des fonctions gastriques. Les ulcères atoniques des membres inférieurs ne sont pas rares. Il est, en outre, une affection qui m'a été accusée par un certain nombre d'ouvriers et dont je ne puis me rendre compte que par la fatigue de la station debout, et l'action de l'humidité sur les membres inférieurs : ce sont les crampes dans les mollets et le tremblement des jambes.

Peut-être faudrait-il invoquer, dans certains cas, l'action de gaz délétères absorbés et venant agir sur le système nerveux? Les lignes suivantes, que nous empruntons à Tardieu et Roussin (Relation médico-légale, in Ami. dliyg. publ., 1868, t. XXIX, 2e série), ouvrent le champ à des recherches du plus haut intérêt : « Parmi les industries qui font usage des composés cyanures, et dans lesquelles les ouvriers qui les emploient se trouvent exposés à tous les inconvénients qui résultent de leur manipulation, il faut citer la teinture et l'impression des tissus en bleu de Prusse et bleu dit de France. Pour arriver à produire et à déposer sur les fibres textiles les cyanures doubles de fer ou d'étain qui font la base de ces riches couleurs, on se sert de mélanges soit de ferricyanure et d'acide minéral, soit de ferricyanure et d'acide tartrique, soit de ferricyanure d'ammonium, soit de l'un des composés précédents eî de sels d'étain. Or, soit par l'élévation des bains de teinture, soit par la vaporisation nécessaire à l'impression, il se dégage dans l'atmosphère des quantités énormes d'acide cyanhydrique. Il suffit d'avoir pénétré une fois dans les ateliers de teinture ou d'impression au moment où l'on prépare les bleus ci-dessus, pour être vivement affecté par l'odeur prussique qui imprègne l'atmosphère. On comprend difficilement qu'avec une venti-

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lation aussi incomplète que celle qui existe dans le plus grand nombre de ces fabriques, la santé des ouvriers, notamment de ceux qui, voisins de la cuve, impriment aux écheveaux ou aux tissus le mouvement de rotation, ne soit pas profondément atteinte par l'inspiration incessante de ces vapeurs délétères. »

Pendant l'essorage et le bobinage, en effet, il se fait une véritable dissémination de particules liquides qui en favorise la vaporisation, et ces opérations deviennent par cela même particulièrement nuisibles aux ouvriers.

Les vapeurs d'essence de térébenthine et de benzine donnent lieu à des accidents particuliers, tels que céphalalgie, malaise, lassitude extrême, troubles nerveux auxquels les dégraisseurs sont le plus souvent exposés.

La note suivante, lue par Perrin à la Société médicale d'émulation de Paris, et que nous reproduisons en entier, est du plus grand intérêt :

« Dans les teintureries, on dégraisse les étoffes en les plongeant clans de grands baquets remplis de benzine pure; après quoi on les sèche en les étalant sur une essoreuse à laquelle on imprime mécaniquement un mouvement rapide de rotation. C'est surtout dans cette dernière opération que la volatilisation de la benzine a lieu et que l'ouvrier est exposé à ces émanations qui ont pour résultat de produire une véritable ébriété. Ainsi, il est telle maison de teinturerie dans laquelle les ouvriers refusent d'entrer parce qu'on y fait un usage journalier de la benzine ; tandis que dans bien des établissements le dégraissage ne s'y fait qu'accidentellement. Outre cette action générale sur les centres nerveux, la benzine produit encore sur les mains, sur les bras, un effet local qui a pour résultat de déterminer un léger tremblement dans ces parties, avec sensation pénible de fourmillement et d'engourdissement.

C'est à cette influence particulière que les ouvriers font allusion quand ils disent que la benzine attaque les nerfs. »

Perrin donne comme explication que le contact prolongé de la benzine a pour conséquence immédiate d'enlever à ces parties (mains et bras), d'une manière incessante, une quantité relativement considérable de calorique normal. La benzine, en dissolvant encore les enduits gras et sébacés de la peau, développe dans cette partie de l'enveloppe cutanée une sensation pénible de sécheresse et de véritable crispation.

Dans le dégraissage de la laine, quand on emploie le sulfure de carbone, ce qui arrive Je plus souvent aujourd'hui, les ouvriers se trouvent exposés à tous les accidents que nous décrirons chez les ouvriers employés à la vulcanisation du caoutchouc. (Voy. Caoutchouc.)

Tout récemment le docteur Dron (Lyon médical) a signalé des accidents graves qui résultent de l'emploi de l'alcool méthylique dans l'apprêt des étoffes de soie. Ils consisteraient en une conjonctivite aiguë, un coryza intense et une céphalalgie très-vive, avec sensation de pesanteur, de striction dansla région crânienne. Chez quelquesuns, il se produirait des troubles de la digestion, anorexie, nausées, vomissements; chez d'autres, ii surviendrait de véritables contractions tétaniques des doigts.

Hygiène. — Malgré la liste aussi variée des affections qui peuvent atteindre les apprêteurs d'étoffes et teinturiers, la profession, considérée dans son ensemble, est loin d'être aussi insalubre qu'on l'a cru longtemps. Ce ne sont là, en effet, que des inconvénients accidentels, que la mise en usage des plus simples mesures d'hygiène industrielle et privée permettra de combattre et de prévenir.

Les ateliers seront largement ventilés, et dallés de façon à permettre le facile écoulement des eaux. — Au-

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dessus des bains susceptibles de laisser dégager des vapeurs nuisibles, on installera des hottes dont le tuyau d'aspiration communiquera au besoin avec le carnau des flammes du foyer.

Au-devant des bobines on placera des gardes en bois qui tiendront les ouvriers à l'abri de la projection des gouttelettes liquides. — L'essorage se fera en plein air ou sous de vastes hangars. On fera usage de gants de taffetas pour la manipulation de liquides ou substances dangereuses. Contre l'humidité les ouvriers emploieront des vêtements de travail mis par-dessus des vêtements plus chauds et porteront des sabots. — Ils s'abstiendront de tout excès de boissons et prendront la précaution de ne garder sur eux aucun vêtement mouillé.

Grâce aux progrès de l'art de la teinturerie, à une sag réglementation du travail et aux mesures hygiéniques, nous sommes loin aujourd'hui du temps où l'on pouvait écrire cette lettre : « Je suis las de la vie, et je suis disposé, pour en finir avec elle, à me soumettre au régime imposé aux teinturiers des Gobelins. » (Turgan, Grandes Usines.)

arse\tï€ (ouvriers qui travaillent l'). — Les différentes opérations relatives à la préparation de l'arsenic et des acides arsenicaux comprennent l'extraction du minerai arsénifère, le broyage ou bocardage, le grillage et la sublimation de l'oxyde formé.

L'extraction des minerais arsénifères ne provoquent généralement aucun accident grave, si ce n'est certaines éruptions cutanées se manifestant plus particulièrement au tronc, au pli du coude, au cuir chevelu et dans l'intervalle des doigts. Ces éruptions sont, en général, papuleuses et disparaissent facilement au moyen de quelques précautions hygiéniques. Le broyage, et surtout le broyage

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à sec et à la main, entraîne, an contraire, des lésions de la peau plus profondes, telles qu'ulcérations, pustules, et quelquefois, à leur suite, des symptômes généraux d'intoxication. Le grillage et la sublimation de l'acide arsénieux exposent à l'absorption des vapeurs arsenicales et à l'action de poussières éminemment dangereuses. C'est aux Allemands que nous devons surtout des documents complets sur la pathologie et la prophylaxie de la fabrication de l'arsenic. L'empoisonnement aigu est fort rare ; on l'a vu arriver seulement dans des cas où la chaudière dans laquelle se sublime l'acide arsénieux vient à se trouer ; l'acide arsénieux tombe alors dans le foyer, il se volatilise, et les vapeurs se répandent dans l'atelier. Le plus souvent, l'individu empoisonné éprouve à la gorge une sensation de chaleur acre, bientôt suivie de vomissements abondants et répétés, composés de résidus alimentaires et de matière blanchâtre. La soif est ardente, et les boissons renouvellent chaque fois le vomissement; il y a de la douleur épigastrique s'exaspérant par la pression, de la tendance à la syncope, les traits sont altérés et le pouls est extrêmement petit.

Dans les usines bien tenues, l'empoisonnement chronique grave est également peu commun; mais on peut rencontrer chez les ouvriers tantôt de l'anorexie, quelquefois, des vomissements et de la diarrhée; le plus souvent des irritations très-vives des yeux, des fosses nasales, et des bronches, avec enrouement et toux sèche ; il peut survenir des hémorrhagies nasales, de l'engorgement et des inflammations de l'arrière-gorge ; les narines présentent à leur pourtour de nombreuses excoriations croùteuses, et le séjour plus ou moins prolongé de la substance arsenicale, retenue par les poils du nez, peut finir par amener la perforation de la cloison.

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A la longue, il se manifeste des douleurs pseudo-rhumatismales, des vertiges, et, par-dessus tout, de l'affaiblissement, une paralysie incomplète du mouvement affectant de préférence les membres inférieurs, une coloration terreuse de la peau avec amaigrissement prononcé.

Cependant, c'est du côté de la peau que se montrent les lésions les plus communes et les plus rebelles. Elles consistent en éruptions de plusieurs sortes bien décrites par Imbert-Gourbeyre. Ces lésions sont, par ordre de fréquence: 1° des ulcérations aux doigts et aux orteils; 2° des pustules qui se terminent par croûtes ou par ulcérations laissant après elles des cicatrices indélébiles. On les rencontre souvent aux bourses, à la verge, parties sur lesquelles les mains chargées de poussière arsenicales sont portées fréquemment. Ces ulcérations sont circulaires, taillées à pic, indurées, mais d'une induration qui n'a point la consistance élastique des indurations syphilitiques ; leur fond grisâtre ne sécrète qu'une petite quantité de liquide melliforme qui se dessèche facilement sous forme de croûtes jaunâtres. — 'On pourrait confondre ces lésions avec des ulcérations syphilitiques ; mais leur siège, leur sécrétion, leur existence sur des ouvriers spéciaux doivent suffisamment attirer l'attention. 3° Uénjthème, que l'on rencontre le plus habituellement au pli de l'aine, clans le creux de l'aisselle et autour des articulations du coude et du genou. 4° Des éruptions papuleuses et ortiêes; leur lieu d'élection est au cou, au visage; elles débutent par groupes de papules rouges, grosses comme des tètes d'épingle, se confondant plus tard en s'élargissant. Elles donnent lieu à des démangeaisons très-vives, et peuvent occasionner à leur tour des ulcérations très-douloureuses; mais, le plus souvent, au bout de six à huit jours de durée, elles disparaissent avec une desquamation légère. 5° Des éruptions vésiculeuses,

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qui peuvent être comparées à la gale et à l'eczéma. On a constaté aussi chez ces ouvriers, à une période plus avancée du mal, du gonflement de la face et des paupières, des ecchymoses et la gangrène du scrotum. — Comme on le voit, parmi ces lésions cutanées, les unes sont plus directement la conséquence de l'action locale et immédiate de l'arsenic sur les parties exposées ; mais il en est qui sont le résultat d'une absorption préalable et de l'élimination de la substance toxique par la peau. Quelques auteurs se sont même efforcés d'en établir les signes différentiels. Aux premiers se rattachent plus spécialement les pustules, les ulcérations, les vésico-pustules, etc. — Suivant Lolliot et Rathery, les secondes se bornent le plus ordinairement au prurit, à l'éry thème, à l'eczéma, rarement à des squames, et le plus souvent à des taches brunes ineffaçables, paraissant spéciales à l'arsenic, et qui ont été signalées pour la première fois par Devergie.

Hygiène et thérapeutique. — Les accidents locaux céderont, en général, à un traitement approprié tel que bains, lavages et topiques adoucissants. — Un traitement efficace consiste en lotions d'eau salée sur les parties malades, que l'on saupoudre immédiatement de calomel à la vapeur (Pietra-Santa).

Mais lorsque des accidents généraux graves se manifestent, il ne faut pas hésiter à neutraliser immédiatement autant que possible le poison, et en débarrasser l'organisme par des vomitifs. Si l'acide arsénieux a été introduit dans l'estomac, les évacuants, les antidotes, la magnésie, mais surtout le peroxyde de fer hydraté, qu'on devra toujours avoir sous la main, seront administrés. Si l'absorption du poison s'est faite par un point quelconque de la surface cutanée, le contre-poison et les évacuants seront remplacés par des lavages très-minutieux.

Mais avant toute chose, il faudra mettre en pratique les moyens d'hygiène préservatrice ; c'est ainsi que les chambres destinées à la condensation des vapeurs arsenicales seront en nombre suffisant et bien closes. — On établira une ventilation énergique. Les ouvriers éviteront avec le plus grand soin l'inspiration de vapeurs arsenicales au moyen d'appareils spéciaux d'interception (masques respirateurs). Ils feront usage de vêtements d'atelier, exactetement fermés au col, aux manches, autour des malléoles. Ils laveront soigneusement et fréquemment les parties exposées, et devront prendre leurs repas en dehors des lieux où il pourrait y avoir une cause quelconque d'intoxication.

Dans la préparation en grand de l'acide arsénique, lorsque l'on chauffe ensemble de l'acide arsénieux avec de l'acide azotique, il se forme des vapeurs nitreuses trèsabondantes. Les mêmes dégagements se produisent dans la préparation de l'arséniate de soude par la méthode ordinaire, c'est-à-dire en faisant fondre de l'acide arsénieux avec du nitrate de soude et de la soude caustique. — L'absorption de ces vapeurs provoque chez les ouvriers des accès d'étouffement avec toux opiniâtre et angoisse thoracique. On a vu survenir quelquefois des hémoplysies abondantes. (Voy. Aniline, p. 121 .) On préviendra ces accidents en mettant en usage tous les moyens d'hygiène industrielle indiqués dans I'Hygiène générale.

Imbert-Gourbeyre, Histoire des éruptions arsenicales (Moniteur des hôpitaux, novembre 1857). — Brockmann, Des accidents causés par l'arsenic chez les ouvriers qui travaillent ce métal dans les mines du Harz. Extrait traduit par Beaugrand (Mon. des hôpit., 1858). — Beaugrand, article Arsenic (hygiène publique) (Dict. encycl. des sciences médic, t. VI). — Rathery, Note sur le diagnostic des éruptions arsenicales et des éruptions syphilitiques (Union médicale, février, 1874).

artificiers. — Il n'est personne qui n'ait entendu arler de nombreux cas d'explosion et d'incendie arrivés dans les fabriques d'artifices. — La manipulation 'des substances explosibles, telle est, on le sait, la principale source des accidents auxquels sont soumis les artificiers. — Parmi les causes qui provoquent l'inflammation de ces substances, il faut citer en premier lieu le frottement, le choc et le dégagement de chaleur produite par les réactions qui se développent inopinément au sein des mélanges explosibles. Tantôt c'est à l'acidité des matières premières, du soufre, par exemple, dans la poudre ; tantôt à l'affinité pour l'eau de certaines substances, entre autres du sulfate de cuivre anhydre, que l'on emploie dans un grand nombre de préparations, qu'il faut attribuer Finflammation des mélanges pyrotechniques (Chevallier).

Mais pour se rendre un compte exact des chances d'accidents contre lesquels les artificiers doivent se tenir en garde, il nous paraît utile- de passer en revue les diverses matières explosibles. — Parmi celles-ci, les fulminates, et surtout le fulminate de mercure, doivent être signalés en première ligne. C'est que les fulminates sont des produits d'une instabilité telle qu'il suffit quelquefois du plus léger frottement pour en déterminer l'explosion. La préparation du fulminate de mercure est excessivement dangereuse à cause de la nature vénéneuse des produits qui se dégagent, pendant le mélange des matières premières, tels que mercure, alcool, une espèce d'éther cyanhydrique dont la présence a été constatée dans les alcools qui proviennent de la fabrication des fulminates. — C'est pourquoi la matière explosible ne devra être préparée que dans des ballons à parois épaisses, dont les tubulures, garnies de joints hermétiques, communiqueront avec des touries ou bonbonnes de condensation dont la dernière conduira vers la

cheminée les vapeurs non condensées. — La vidange des bonbonnes doit se faire dans des Jiacs souterrains. — Le fulminate de mercure sert à la confection des capsules et amorces, et encore de certains joujoux bien connus : pois fulminants, [bonbons à la cosaque, etc. — On n'évitera le danger de maniement qu'en l'employant à l'état humide et par très-petites quantités à la fois. — Toutes les autres substances qui entrent dans la préparation concurremment avec le fulminate seront également à l'état humide, et l'on ne remuera le mélange qu'avec des baguettes de bois tendre, des cuillers de carte ou des barbes de plume, de manière à éviter toute occasion de frottement sur les tables de marbre.

Dans la préparation du fulmi-coton (poudre-coton), les ouvriers sont soumis à l'action des vapeurs acides nitreuses, qui irritent la muqueuse des yeux, du nez, de la gorge et des bronches, et peuvent occasionner des crachements de sang. — Toutefois, au point de vue de la fabrication, le fulmi-coton est la seule substance qu'on puisse préparer, pour ainsi dire, sans risque d'explosion; ce n'est guère qu'au moment où on la dessèche qu'elle peut spontanément détoner. — Presque toutes les explosions de fulmi-coton ont pour cause la décomposition spontanée de ce corps par suite de réaction intérieure dont la nature n'est pas encore connue, et qu'il était par conséquent impossible de prévoir et de prévenir. (Explosion de la manufacture de drap fort en Angleterre, 1846, viugt-six personnes tuées; de la poudrière de Bouchet, 1847, six personnes tuées, etc.)

Dans la composition des poudres au salpêtre et au picrate de potasse, il y a danger d'explosion presque à toutes les phases du travail, à partir de l'instant où les ingrédients sont mélangés. — La poudre au picrate, guère

plus inflammable que la poudre au salpêtre, détone sous l'influence du choc, mais seulement d'un choc violent, sec, appliqué d'une certaine manière. L'explosion des magasins Fontaine, fabricant de produits chimiques, place de la Sorbonne, à Paris, est restée jusqu'ici inexpliquée. — Il en est de même de celle qui eut lieu à l'école de pyrotechnie de la marine, à Toulon (1869).

En faisant réagir l'acide nitrique sur la glycérine, on convertit ce liquide incapable de bruit et de mal, employé dans la parfumerie et dans les pansements des malades, en une huile jaunâtre, corrosive, extrêmement vénéneuse et douée d'une force explosive prodigieuse. Il n'y a peutêtre pas de substance qui ait donné lieu à plus d'accidents. — La terrible tendance de la nitroglycérine à se décomposer, et la difficulté presque invincible de la manier sans danger, auraient engagé à y renoncer tout à fait, si l'on n'avait trouvé le moyen de supprimer tous ces inconvénients en mélangeant la nitroglycérine avec une matière inerte absorbant facilement le liquide (la silice, par exemple). — Le nouvel agent ainsi obtenu, appelé dynamite, a été introduit en France à l'occasion des événements de 1870. — Il est susceptible d'application dans les travaux de la paix aussi bien que dans ceux de la guerre. Les exploitations des mines, le percement des tunnels, les travaux sous-marins n'ont point eu jusqu'ici d'agent destructeur aussi efficace. Citons enfin les dangers auxquels sont exposés les artificiers en mettant le feu aux pièces d'artifice. Ce sont, en général, des brûlures plus ou moins profondes, surtout à la face.

Hygiène préservatrice. — Pour prévenir tout acccident et explosion dans les ateliers d'artifice, on évitera avant tout l'emploi du fer, particulièrement dans les planchers, les bancs et les tables. — On se servira spécialement

d'une substance métallique qui, parle frottement et le choc, ne produira pas d'étincelle; le cuivre, par exemple. — Si l'on est obligé de manier des artifices dans des bâtiments où il y a des clous en fer, il faut noyer la tête de ces clous dans le bois et les recouvrir de mastic, ou bien coller dessus plusieurs bandes de papier, de manière à ce qu'ils ne paraissent plus. — Les planchers seront arrosés et balayés avec soin et souvent, surtout dans les temps chauds. Ils seront largement aérés, et rafraîchis à l'extérieur, si c'est possible, par le système des projections d'eau. ("Voy. Hygiène générale, p. 60.) Les carreaux des fenêtres seront complètement recouverts de rideaux. — Les ouvriers, en pénétrant dans les ateliers, mettront des sandales ; il ne faut pas, en marchant, traîner les pieds ni en frapper, et n'avoir sur soi rien qui puisse produire du feu (allumettes, couteau, boucles en acier, etc.). Tout objet qui doit changer de place dans l'atelier sera pris et .déposé doucement, san le faire rouler ni glisser. On ne doit avoir dans la main que la quantité de poudre absolument nécessaire; tout artifice confectionné sera immédiatement enlevé. Si l'on a des fourneaux à allumer, on se servira de briquet de pierre. Toutes les manipulations qui exigent des chocs seront faites dans un local particulier, loin de la poudre de guerre ou des compositions fulminantes. — Dans les manufactures, toute fabrication doit reposer sur ce double principe : 1° composer le mélange explosible sous la forme pâteuse, et l'appliquer à un état d'humidité tel qu'aucune explosion ne puisse survenir; 2° diviser la matière par fractions en quelque sorte infiniment petites, pendant toutes les manipulations ultérieures, afin que si une explosion a lieu, elle soit graduelle ou successive au lieu d'être instantanée, de façon qu'en place d'un choc violent on ait un coup très-allongé, sans

danger aucun pour la sécurité (Ch. de Freyciuet). En résumé, les soins et les précautions qu'on apporte au travail des produits explosibles, le perfectionnement graduel des procédés de préparation, car beaucoup d'accidents sont dus à l'impureté des matières, feront disparaître de plus en plus les causes et les occasions de péril.

Bàrruel et Gaultier de Claubry, Rapport fait au conseil de salubrité sur la préparation des poudres fulminantes (Ann. d'hyg. publ., 1838). — H. Gaultier de Claubry, De l'emploi de l'alcool et de l'action sur l'économie animale des liquides éthérés provenant de la préparation des fulminates (Ann. d'hyg. publ., 1839, t. XXII, p. 305). — Des améliorations apportées dans les amorces fulmimantes (Ann. d'hyg. publ., 1848, t. XL, p. 333). — A. Chevallier, Sur la santé des ouvriers qui manipulent le fulminate de mercure (Ann. d'hyg. publ, 1844). — Ch. de Freycinet, Rapports sur l'assainissement industriel en France et à l'étranger (Ann. des mines, 1865-66-67). — Chevallier, Note sur les accidents observés dans les fabriques d'artifices (Journal de chimie, 1867). — Fernand Papillon, Des nouvelles matières explosibles (Revue des Deux-Mondes, 1873). — Nouveau questionnaire à l'usage des artificiers et élèves de l'école centrale de pyrotechnie maritime, Toulon, in-8°,

ARTISTES ET GENS DE LETTRES. — Si 110US réunissons sous ce titre commun les artistes, les littérateurs, les savants, les philosophes, les jurisconsultes, etc., ce n'est point que nous ne reconnaissions à chacun de ces groupes des différences notables dans la manière d'être professionnelle de leur tempérament et de leurs habitudes; mais c'est parce que nous trouvons chez tous une cause identique de maladies : . la prédominance extrême et continue du système nerveux sur l'ensemble des fonctions organiques. Mais tandis que chez les poètes et les artistes ce défaut d'équilibration organique est la

conséquence d'une prédisposition nerveuse originelle, caractérisée par une impressionnabilité, une irritabilité excessives (gênas irritabile vatum)\ chez les savants comme chez les philosophes nous nous trouvons en présence d'une suractivité extrême des centres nerveux, soutenue et réglée par la volonté et le travail assidu.

La sensibilité nerveuse organique chez les premiers , et chez les seconds l'excitabilité cérébrale professionnelle, ce sont là deux causes pathogéniques différentes au point de vue de l'origine, mais équivalentes comme résultat, parce qu'elles entraînent à leur suite l'irrégularité et les troubles dans les rapports organiques nécessaires au maintien de la santé. *

Le cerveau est donc l'organe qui doit être et qui esl en effet le plus souvent atteint chez les hommes livrés aux travaux de l'esprit. C'est une loi en physiologie que tout ce qui dépense a besoin de se nourrir; l'activité de la fonction entraîne l'activité circulatoire de l'organe qui fonctionne ; de là un afflux de sang vers le cerveau chez les penseurs. Mais, par suite de la prédominance d'action des fonctions intellectuelles sur les fonctions végétatives ou de nutrition, il y a en même temps diminution de la contractilité vasculaire, d'où dilatation des vaisseaux encéphaliques et congestion consécutive. Ce n'est donc pas tant à l'afflux exagéré de sang vers le cerveau, que dans le défaut d'innervation vasculaire encéphalique, qu'il faut rechercher la cause des troubles cérébraux si fréquents chez tous les hommes qui se livrent à la méditation et à l'étude.

De même que lorsqu'on gravit une montagne, les membres deviennent lourds et pesants par suite de la surcharge de principes excrémentiels que le sang reçoit des muscles; de même, à la suite d'un travail intellectuel

excessif, le cerveau tombe dans une torpeur douloureuse. Dans l'un et l'autre cas, le repos permet au courant sanguin d'entraîner les produits destinés à être éliminés et d'en débarrasser l'organe en souffrance. Mais combien peu. de savants et de penseurs prennent ce repos nécessaire! — Ainsi donc, d'une part, fatigue el épuisement de la substance nerveuse cérébrale; et de l'autre, désordres artériels et circulatoires : telles sont les causes qui amènent tôt ou tard, chez les uns le ramollissement, et chez les autres l'embolie et l'hémorrhagie du cerveau, d'où apoplexie. Copernic, Malpighi, Linné, Spallanzani, la Bruyère, Daubenton, Monge, Cabanis, Corvisart et bien d'autres ont été frappés d'apoplexie. Ces affections, toutefois, sont plutôt le triste apanage de ceux qui, comme les savants, impriment à leur esprit une tension continue, le violentent et le surmènent; tandis que chez les artistes et les poètes, l'extrême irritabilité nerveuse développe le plus souvent une instabilité de caractère qui est leur sauvegarde. Ils sentent passionnément et vite; et c'est pour cela que leurs passions touchent souvent k la folie. L'hallucination et la mélancolie, telles sont les deux formes de l'aliénation mentale que l'on rencontre communément chez eux. Pendant que la statistique,- en effet, donne un rapport de 960 cas d'aliénation mentale sur 1000 pour les artistes, elle ne fournit plus que le chiffre, de 370 pour les professeurs, les médecins et les savants; la moyenne relevée dans l'ensemble des professions dites libérales étant de 310 seulement sur 1000 individus.

Le Tasse, le Camoëns, Ribeira, Hoffmann, Edgard Poë sont des hallucinés; le Dante, Rousseau, Beethoven, Byron sont des mélancoliques. Quelquefois l'excès de sentiment pousse au suicide; témoins Chatterton, Gilbert, Escousse.

D'autres causes de maladies, bien que secondaires, n'en ont pas moins une importance extrême au point de vue surtout de la localisation morbide ; la vie sédentaire, la station assise habituelle, en amenant le ralentissement des échanges organiques, agissent par-dessus tout sur les fonctions d'élimination. C'est ainsi que les reins sont le plus souvent affectés. Civiale a dressé un tableau curieux des personnages graveleux ou calculeux de tous les temps. On y voit figurer Amyot, Erasme, Harvey, Calvin, Bacon, Leibnitz, Bossuet, Newton, d'Alembert, Buffon, Voltaire, etc. (Civiale, Traité de l'affection calculeuse, 1838.) Après les calculs et la gravelle, le catarrhe chronique de la vessie, dit Réveillé-Parise, est peut-être l'affection la plus commune parmi les hommes méditatifs. L'irrégularité dans les repas, les abus de boissons stimulantes, entre autres le café, les veilles prolongées, la solitude, sont autant de causes qui viennent agir dans le sens de l'influence déprimante de la suractivité fonctionnelle du cerveau. L'innervation végétative, avons-nous dit, est sacrifiée; les fonctions d'assimilation sont lentes. L'homme qui pense le plus, a dit Tissot, est celui qui digère le moins. De là une torpeur ou plénitude du système veineux abdominal ; de là, par suite, une constipation opiniâtre, des hémorrhoïdes et des congestions fréquentes du foie. L'ictère est une affection des plus communes chez les hommes de cabinet.

La plupart des maladies que nous venons de citer peuvent se rapporter, si l'on veut, à l'attitude et au mouvement professionnels. Un cerveau qui fonctionne se meut ; et l'observation a démontré qu'après un travail intellectuel assidu, la quantité d'urée éliminée est équivalente à celle que produit un exercice musculaire prolongé. — L'application soutenue des yeux, le travail de nuit à la

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lumière artificielle viennent s'ajouter, h un moment donné, à la lenteur de la circulation cérébrale, pour localiser la tendance congestive. La vue est une des fonctions qui s'usent et se fatiguent le plus promptement dans les contentions de l'esprit. Milton, Montesquieu, Beethoven, Augustin Thierry, moururent aveugles. — Chez quelquesuns enfin la fatigue d'écrire entraîne le spasme fonctionnel des doigts dit des écrivains. (Voy. Névrose coordinatrice des professions, Path. génèr.)

Réveillé-Parise a insisté particulièrement sur les modifications qu'une pareille intempérie nerveuse, pour nous servir de son expression, imprime aux maladies qui viennent atteindre les hommes dont nous parlons. Si pendant l'état de santé ils ne sont que trop portés h la migraine, aux névralgies de toutes sortes, pendant l'état de maladie, on comprendra facilement combien les complications de délire, d'agitation et de contraction spasmodique doivent être fréquentes. — Chez eux, la lèle se prend avec une étonnante facilité. — D'un autre côté, la marche de la maladie n'est plus régulière ; il y a une rapidité de sympathies extraordinaire entre les organes et les fonctions; c'est comme une diffusion de la souffrance dans tout leur être.

Le fond de tout cela est une faiblesse irritative ; une véritable asthénie de la fibre organique se manifestant surtout dans la convalescence par la prostration et l'épuisement des forces, et par le retour lent à la santé.

Disons-le tout de suite ; le traitement doit toujours être tonique. Les amers et le quinquina, les antispasmodiques et l'hydrothérapie, tels en seront les éléments. Pour l'alimentation et l'usage du vin, on tiendra compte surtout des habitudes et de l'état des voies digestives. Mais on n'oubliera pas que la thérapeutique morale est, pour

tout homme qui pense et médite, celle qui convient par excellence. Les voyages, les distractions, la vie à la campagne, le travail physique, le séjour aux eaux et les bains de mer seront tour à tour favorables.

Deux moyens de traitement doivent être particulièrement redoutés : les narcotiques et la saignée. Gui Patin nous apprend que le philosophe Gassendi s'affaiblit après deux saignées, au point que rien ne put le rétablir. Il en fut de même de Mirabeau. Combien d'autres pourrionsnous citer à qui les émissions sanguines ont été funestes.

Si maintenant nous consultons les statistiques sur la vie moyenne des gens de lettres, artistes, savants, etc., nous nous trouvons en présence de chiffres très-élevés. C'est ainsi qu'en Angleterre, Madden donne comme âge moyen celui de soixante-dix ans ; Benoiston de Chàteauneuf, en France, soixante-neuf ans; et Lombard, à Genève, soixante-cinq ans. Cette moyenne, prise seulement parmi les célébrités, est-elle l'expression réelle de la vérité? Nous en doutons. Combien se sont-ils éteints avant de laisser un nom, tués par le rude labeur de la pensée, et, disonsle aussi, par les privations physiques !

Hygiène. — Dans l'hygiène générale préventive, nous considérerons trois éléments importants et solidaires : l'élément intellectuel, l'élément physique, et l'élément moral. — L'hygiène intellectuelle comprend la modération dans le fonctionnement du cerveau, le soin apporté à lui procurer un repos favorable et proportionné, en évitant les veilles prolongées, l'abus des boissons excitantes et du tabac, et l'entraînement delà pensée elle-même. — L'hygiène physique doit assurer à l'activité de l'âme l'activité et la santé du corps. Mens sana in corpore sano, tel est le but que l'on doit se proposer. Pour cela, on travaillera dans une chambre suffisamment aérée, à la

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