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ATHLÈTES ET LUTTEURS

maintenir, de la continuité de l'exercice musculaire. Dès qu'un lutteur de profession prend du repos, il se manifeste chez lui une tendance prononcée à l'obésité. Ce fait est bien connu en Angleterre et a donné lieu à ce qu'on appelle Y entraînement des boxeurs. Il nous paraît intéressant d'en transcrire ici les détails. Le système généralement employé est le suivant : c( Le régime, les exercices sont réglés avec le soin le plus scrupuleux. L'athlète qui, par le repos, est devenu replet et à respiration courte, est chaudement enveloppé dans d'épais vêtements de laine, puis contraint de parcourir de longues distances, surtout en montant, jusqu'à ce qu'il se déclare une transpiration abondante. Alors on le frotte soigneusement avec un linge rude ; on lui fait prendre des bains fréquents, de manière à nettoyer parfaitement la peau et à rendre à cette membrane la parfaite intégrité de ses fonctions, et surtout celle de sécrétion. Le sujet est soumis à des exercices variés, simulacre de lutte et autres moyens calculés pour augmenter la puissance musculaire et développer la poitrine. Comme régime, on fait surtout usage de biftecks, de côtelettes de mouton; la viande est d'abord battue, afin de rendre la ftbre animale plus digestible, puis cuite dans une poêle à frire exactement nettoyée, pour éviter la moindre contamination. On doit couper cette viande en petits morceaux, afin de rendre la mastication plus facile. On permet l'usage de la bière, mais avec modération. Au bout de quelques semaines de ce régime, un homme tout boursouflé, qui ne pouvait, sans être haletant, parcourir 20 mètres, ni recevoir le moindre coup sans être meurtri et ecchymose, est débarrassé de toutes les substances superflues et amené au point de déployer la plus grande force d'action et de résistance ! »

Il est une affection particulière que l'on rencontre

chez les lutteurs : c'est l'hématocèle du pavillon de l'oreille (Jarjavay). La répétition des pressions, des froissements, jointe sans doute à la congestion de toutes les parties de la face pendant les efforts de la lutte, a pour conséquence d'amener une sorte d'hypertrophie du tissu cellulaire sous-cutané, qui se traduit par le développement exagéré des oreilles, la rougeur et l'épaississement de la peau. Dans ces conditions, il n'est pas rare de voir, sous l'influence d'un traumatisme même léger, la peau se décoller du cartilage sous-jacent, et une poche sanguine se former. Le traitement consistera à faciliter la résorption du sang par l'application de compresses résolutives; et lorsque la tumeur sera volumineuse, on pratiquera quelques ponctions, de manière à évacuer la plus grande quantité possible de liquide. (Claverie, De l'hématome du pavillon de l'oreille, thèse de Paris, 1870.)

IlI^MStJTÏEIlS, ORFEVRES, JOAILLIERS, SERTISSEURS DE

diamants. — Nous étudierons dans un même article les professions de bijoutier, d'orfèvre et de lapidaire. La fabrication de bijoux (bagues, boucles d'oreilles, chaînes, etc.), constitue une occupation sédentaire par excellence, où l'attitude, les yeux et la main jouent le principal rôle dans le travail professionnel.

L'application continue des yeux à un travail minutieux sur des objets d'une extrême ténuité, l'usage de la loupe, amènent à la longue, chez le plus grand nombre, une fatigue et un affaiblissement de l'accommodation qui conduit fatalement à la presbytie. (Voy. Pathologie générale, Asthénopie professionnelle.)

Les ouvriers lapidaires qui fendent les pierres plates ou celles qui renferment dans leur intérieur un défaut, sont assis, la poitrine penchée en avant, les deux mains ap-

pavées sur les rebords d'une boîte qui doit recevoir les moindres parcelles et éclats du diamant qu'ils divisent. Ce travail, qui demande une attention soutenue et beaucoup d'adresse, se fait à la plus grande clarté du jour, et, lorsque la nuit est venue, h la lumière de becs de gaz dont on concentre les rayons sur le diamant ta travers de grosses boules d'eau. Cette action d'une lumière vive sur la rétine vient encore augmenter la fatigue des yeux. Quelle délicatesse de vue, quelle tension extrême de l'innervation oculaire ne faut-il pas au tailleur de diamants pour saisir les moindres indications, la forme, la couleur, le sens de chaque partie de la pierre qu'on lui a confié à tailler ! au polisseur, pour distinguer chacune des facettes parfois microscopique de la pierre précieuse, et les présenter successivement à la meule ! Aussi les maladies des yeux sontelles fréquentes chez tous ces ouvriers. On a observé le plus souvent la congestion cboroïdienne, l'asthénopie professionnelle, la cataracte et la blépharite ciliaire chronique,

L'exercice professionnel des doigts et des mains prédispose particulièrement au spasme des fléchisseurs des doigts et à la contracture.

Ce genre d'affection est peut-être plus fréquent ici que chez les écrivains. (Voy. Pathologie générale, Névrose coordinatrice des professions.) On la rencontre surtout chez les sertisseurs de diamants et de pierres précieuses.

L'attitude professionnelle, qui nécessite une position continuellement courbée sans que l'exercice général des muscles du tronc vienne compenser sa funeste influence, prédispose au développement de la phthisie pulmonaire. Dans certaines opérations, l'absorption de poussières minérales vient encore favoriser cette tendance morbide et même y donner naissance. C'est ainsi que les polisseurs de bijoux

d'acier peuvent à bon droit prendre rang à côté des aiguiseurs, dans les statistiques pathologiques ; c'est en général l'émeri et le rouge d'Angleterre qu'ils emploient soit au moyen de meules semblables à celles du lapidaire, soit en frottant avec une brosse rude. Il n'est pas d'opération qui développe plus de poussières dangereuses. Dans la bijouterie en fonte de fer, on retrouve chez quelques-uns les symptômes de la maladie dite asthme des mouleurs.

Benoiston de Chàteauneuf nous donne en effet pour les bijoutiers le chiffre le plus élevé de sa statistique : 13 phthisiques sur 100 ouvriers malades. D'après Hirt (de Breslau), ce chiffre serait de 1 8 pour 100 chez les joailliers. Hannover a relevé chez les orfèvres de Copenhague 36 décès de phthisie sur 100 décès, et Trebuchet, à Paris, 1 décès de phthisie sur 5 décès.

Il est une série d'opérations d'orfèvrerie et de bijouterie particulièrement nuisibles aux ouvriers; entre autres le dérochage, décapage ou ranvage, qui a pour but de donner aux bijoux de cuivre que l'on prépare pour la dorure un poli et une couleur plus claire qui se rapproche de celle de l'or. Cette opération consiste à passerle cuivre à l'acide nitrique, ce qui amène un dégagement considérable de vapeurs nitreuses qui pénètrent dans les voies respiratoires et digestives ; dans le procédé dit par immersion ou au trempé, qui consiste à plonger les objets à dorer dans une dissolution bouillante de chlorure d'or ; dans un bain alcalin, la préparation du bain de dissolution donne lieu aussi à d'abondantes vapeurs nitreuses. Quand l'action de ces vapeurs n'a été que passagère, il y a surtout une sensation de constriction à la gorge avec toux, dyspnée, douleurs très-vives à la poitrine, quelquefois un sentiment d'ardeur à l'estomac avec coliques. A la suite d'une action prolongée, il y a de l'irritation très-forte des bronches avec ex-

pectoration jaunâtre abondante, râles muqueux, sonores et étendus ; puis l'oppression augmente, l'anxiété est extrême, il se manifeste de l'orlhopnée, de la cyanose, du délire, des mouvements convulsifs, des accès de suffocation de plus en plus répétés ; il y a en même temps des accidents gastriques plus prononcés, des vomissements, une constriction très-douloureuse de l'épigastre, et la mort enfin peut survenir. Les premiers symptômes sont le résultat de la simple irritation locale produite par le gaz hypoazolique; les derniers et les plus graves sont le résultat de l'absorption : le gaz agit en asphyxiant les globules par la soustraction de leur oxygène et de celui du sang.

Le contact habituel des liquides acides provoque la desquamation et l'usure de l'épiderme des mains, en même temps qu'une irritation chronique des couches superficielles du derme se manifestant surtout à la paume des mains par une éruption psoriasiforme, et à la partie dorsale par des crevasses, des gerçures et des perversions de nutrition des ongles.

La dorure et l'argenture galvaniques emploient des quantités énormes de cyanure de potassium pour la formation de bains alcalins où les sels d'or et d'argent doivent préalablement se dissoudre pour devenir aptes à se déposer en couches denses et continues.

L'action du cyanure sur le derme irrité et mis à nu peut occasionner des accidents assez semblables à ceux qui l'ont observé chez les photographes. (Voyez ce mot.) Enfin la décomposition des bains par la pile donne lieu à un dégagement très-abondant parfois d'hydrogène, qui vient altérer l'atmosphère de l'atelier.

Certains symptômes d'empoisonnement peuvent se montrer chez les ouvriers bijoutiers. Pour ne perdre aucune des parcelles des métaux précieux, les balayures

des ateliers d'orfèvrerie et de bijouterie sont ramassées, grillées, lavées, puis on amalgame les cendres ainsi, obtenues. On distille ensuite le mercure, et après distillation on trouve le métal fin dans l'appareil. Pour obtenir la quantité d'or et d'argent qui reste encore, on traite par le plomb, de manière à former un alliage de plomb et d'argent, et on coupelle le culot de plomb enrichi. — Ces diverses opérations donnent lieu à des causes d'insalubrité, telles que vapeurs mercurielles, vapeurs et émanations de plomb pouvant occasionner des accidents mercuriels et saturnins chez les ouvriers.

La fabrication des pierres fausses (strass) et des émaux de joaillerie peut aussi provoquer des symptômes d'empoisonnementparle plomb. (Voy. Verriers et Émailleurs.) — On trouve décrite dans Requin une singulière cause d'intoxication saturnine : « Comment pourrions-nous nous rendre compte des accidents saturnins assez fréquents chez les lapidaires, dit cet auteur, si nous ne savions pas que pour tailler certaines pierres précieuses on se sert d'une roue en plomb sur laquelle on met de l'émeri; que ladite roue s'use fort vite et a besoin d'être remplacée à peu près tous les mois; et que par conséquent il se fait là sans cesse une imperceptible mais réelle dissémination de plomb, en une infinité de subtiles particules qui s'attachent aux mains, et s'introduisent avec l'eau dans les poumons et les voies digestives. » (Requin, Pathologie interne.)

Les bijoutiers en faux imitent le vert de montagne ou malachite avec une pâte renfermant du vert arsenical de Schweinfurt. De là des éruptions diverses et assez graves aux doigts ejt à. la main, et parfois de véritables symptômes d'empoisonnement par l'absorption de l'arsenic. (Voy. Arsenic, Ouvriers en papiers peints, etc.)

Les maladies que l'on rencontre le plus communément chez ces diverses catégories d'ouvriers sont, d'après nos propres recherches, les dyspepsies, l'anémie, les affections broncho-pulmonaires (asthme et phthisie) et des coliques, très-souvent d'origine métallique (cuivre, plomb). — Suivant Beaugrand, toutefois, médecin de la société des ouvriers de l'orfèvrerie Christofle, la colique de cuivre, si tant est qu'elle existe, est très-légère et n'affecte guère que les novices. (Voy. Cuivre.)

Il nous paraît intéressant de placer en regard les chiffres de vie moyenne que Lombard (de Genève) a relevés chez les professions que nous venons d'étudier. En prévenant qu'il faut se tenir en garde contre Yoptimisme des chiffres donnés, la comparaison n'en reste pas moins significative. Ainsi, la moyenne étant de 55 ans, elle est pour les orfèvres de 61, les lapidaires 57, les bijoutiers doreurs 51, les joailliers 49, les émailleurs de bijoux 48. Ce qui fait une moyenne professionnelle de 53, inférieure à la moyenne générale.

Hygiène et thérapeuthique. — On préviendra la fatigue et. les troubles de la vue en colorant l'eau des globes destinés à concentrer sur les objets les rayons de lumière. Si l'on se sert de lunettes, le verre bleu-noir de teinte légère, pour le travail du jour ou du soir, sur les objets rapprochés, sera employé de préférence. Pour contrebalancer autant que possible la fâcheuse influence de l'attitude, les ouvriers bijoutiers feront usage d'établis élevés qui empêcheront toute inclinaison trop marquée du tronc. Les polisseurs de bijoux en acier feront usage de ventilateurs spéciaux déjà décrits h l'article Aiguiseurs. La ventilation générale des divers ateliers sera pratiquée de la façon la plus complète.

« Des moyens variés ont été mis en œuvre par MM. El-

kington de Birmingham dans leur atelier d'orfèvrerie. Dans la salle de l'argenture, on se débarrasse de l'hydrogène parfois très-abondant qui provient de la décomposition de l'eau par les piles, au moyen d'un ventilateur à colonnes qui débouche au-dessus du toit de la maison. La différence de hauteur des deux colonnes, à peine de 1 mètre, produit un courant d'air suffisant; — clans les salles de préparation des bijoux et objets (dérochage, décapage),les dégagements acides s'effectuent sous des hottes ou des cages mises en relation avec une des grandes cheminées, ou avec un tuyau dans lequel brûle un fort bec de gaz. » (Ch. de Freycinet.)

Pendant le dérochage, Hillairet a proposé de combattre les vapeurs nitreuses par celles de l'ammoniaque, dont l'évaporation est constante et assez rapide à la température ordinaire. Il se forme des vapeurs blanches opaques, plus denses, complètement inodores et absolument inoffensives d'azotate et d'azotite d'ammoniaque. Les ouvriers feront usage d'une éponge ou mieux d'un masque en étamine imbibé d'une légère solution alcaline (carbonate de potasse). Ils se garantiront les mains et les avant-bras en se servant de gants de peau ou de taffetas ciré. Ils éviteront enfin les divers accidents d'empoisonnement auxquels ils sont exposés dans quelques opérations de la fabrication des bijoux en faux en prenant toutes les précautions indiquées aux articles spéciaux (Arsenic, Plomb, Mercure). — Si des accidents d'asphyxie arrivaient pendant le dérochage, il faudrait immédiatement exposer l'ouvrier à l'air, pratiquer sur le tronc des frictions stimulantes, établir des révulsifs sur tout le corps ; l'application d'un large cataplasme bien chaud sera un excellent moyen à employer. On prescrira enfin l'usage de boissons calmantes, et le régime du lait doux sera maintenu quelque temps.

A. Chevallier et Boys de Loury, Essai sur les accidents qui peuvent parvenir aux ouvriers qui passent le cuivre à l'acide nitrique ou dérochage (Ann. d'hyg. publ., 1847, t. XXXVIII, p. 323). — Hannover, Die Krankheiten der Handwerker, in Beilage zur Deutsche

r Klinik, 1861, nos 5, 6, 7, traduit sous le titre : Maladies des artisans, d'après les relevés des hôpitaux civils de Copenhague (Ann. d'hygiène, 1862, t. XVII). — Tdrgan, Grandes Usines. Article Taillerie des diamants à. Amsterdam. — Ch. de Freycinet, Rapports sur l'assainissement industriel en Angleterre (Ann. des mines, 1864.), et Traité d'assainissement, Paris, 1870. — Beadgrand, article Bijoutiers (Nouv. Dict. encycl. des sciences médicales). — Ludw. Hirt, Die Krankheiten der Arbeiter, Breslau und Leipzig, 1873, analysé par Schwartz, in Ann. d'hygiène, 1874.

BLANcmssErsES. — Le blanchissage du linge expose par excellence à tous les dangers de l'action continue de l'humidité sur l'organisme : aussi rencontre-t-on chez les blanchisseuses un chiffre considérable de bronchites, d'angines, de laryngites et d'affections inflammatoires des organes thoraciques et abdominaux. — La pneumonie catarrhale est souvent ici le point de départ de la phthisie pulmonaire. — Nous trouvons, en effet, dans le mémoire de Benoiston de Châteauneuf un relevé de 45 phthisies sur 1000 malades. — Trebuchet indique un chiffre annuel de 7 décès de phthisie par 1000 blanchisseuses. Les relevés de Lombard (de Genève) ne donnent, au contraire, qu'une très-faible proportion de phthisiques, et classent la profession de blanchisseuse parmi celles qui offrent une durée d'existence au-dessus de la moyenne. Il faut tenir compte ici du milieu dans lequel ce médecin a observé, et reconnaître, avec Beaugrand, que cela tient à ce qu'il n'y a souvent parmi elles que des femmes vigoureuses et bien constituées ; les chétives et les délicates étant loin d'embrasser une telle profession.

Les affections gastro-intestinales se rencontrent assez

souvent, la diarrhée catarrhale surtout. — La néphrite albumineusc a été considérée par quelques-uns comme une maladie propre à la profession de blanchisseuse; mais les auteurs s'accordent généralement à regarder comme excessivement fréquents l'aménorrhée et les troubles de la menstruation. Malgré l'assertion contraire d'Espagne (de Montpellier), qui a observé dans un climat favorable, nous persistons à croire que l'immersion fréquente des pieds dans l'eau, pratiquée, sans aucune précaution, avant comme après les repas, pendant comme après les règles, est une action des plus imprudentes et la cause de maladies sérieuses de la matrice. — L'acné sébacée atrophique serait aussi, d'après Chausit, une affection commune chez les blanchisseuses.

L'attitude et le mouvement professionnels provoquent le développement d'ulcères aux membres inférieurs et de callosités aux mains. Oudin, Parcnt-Duchâlelet classent cette profession parmi celles qui exposent le plus aux ulcères atoniques et aux varices. Sur 760 femmes atteintes d'ulcères aux extrémités inférieures, dont la profession est indiquée, Parent-Duchâtelet a trouvé 204 blanchisseuses, c'est-à-dire 26 pour 100.

La station verticale, l'action continue de l'eau, le sexe féminin peuvent à bon droit être incriminés ici dans leur influence commune.

Pâtissier a vu des blanchisseuses dont les doigts demifléchis ne pouvaient s'étendre complètement. Cette rétraction se rencontre surtout à la main droite, et doit être attribuée ta la préhension du battoir.

L'habitude de tenir de la main gauche la planche sur laquelle elles battent, détermine dans la paume de cette main un bourrelet transversal calleux marqué surtout à la base du quatrième et du cinquième doigt (Vernois).

Espagne a constaté deux callosités a l'avant-bras droit chez les blanchisseuses au baquet. Suivant cet auteur, ces callosités prennent parfois le volume d'un demi-œuf de poule, et sous la peau qui leur correspond il se forme une bourse séreuse accidentelle volumineuse et fluctuante pouvant devenir le siège d'hygromaet d'inflammation suppurative très-dangereuse. — L'action de tordre le linge avec force devient quelquefois la cause d'inflammation des gaines tendineuses des muscles de l'avant-bras (Follin). Halfort parle même de la subluxation du poignet provoquée par les efforts répétés du tord âge.

L'habitude de travailler à genoux qu'ont certaines blanchisseuses occasionne la formation d'une bourse séreuse prérotulienne et le développement d'hygromas du genou. Enfin, attitude et mouvements, efforts violents auxquelsse livrent parfois ces ouvrières, deviendraient la cause, suivant Espagne, d'assez fréquents prolapsus de matrice.

La nature des eaux de lessive peut à son tour provoquer des inconvénients sérieux. L'action de la soude et de la potasse ramollit l'épidémie, favorise l'apparition de gerçures et de crevasses douloureuses au dos de la main et dans l'intervalle des doigts. Suivant Romberg (Die Nervenkriïnkheileri), cette action amènerait, a la longue, une certaine insensibilité des avant-bras, accompagnée d'engourdissement; Gamberini, cité par Beaugrand, parle aussi d'une névralgie rhumatismale des avant-bras, principalement chez les blanchisseuses qui sont livrées à ce travail depuis peu de temps, et que caractérisent des douleurs avec chaleur commençant par les doigts, et s'étendant aux avant-bras jusqu'à quelques pouces du pli du coude. Ces douleurs s'exaspèrent surtout pendant la nuit.

Les émanations du chlore de l'eau de Javelle peuvent provoquer des irritations de la gorge et des yeux; mais elles sont en général trop faibles. Dans les lavoirs publics, la décomposition des eaux savonneuses stagnantes donne lieu à des odeurs nauséabondes et parfois très-insalubres.

La malpropreté du linge soumis au blanchissage devient quelquefois aussi la cause d'accidents fâcheux et de maladies infectieuses. Fourcroy parle d'épingles et de corps étrangers divers laissés dans les linges, qui, au moment du travail professionnel, peuvent pénétrer dans les tissus et causer des irritations assez vives et des panaris.

Les linges imprégnés de matières virulentes et contagieuses deviennent ainsi la source de communication de maladies graves. La fièvre typhoïde est extrêmement fréquente chez les blanchisseuses des hôpitaux (Griesinger). Dans les diverses épidémies de choléra, on a remarqué que la profession avait été cruellement frappée par la maladie; et ce n'est pas une des moindres raisons ta invoquer en faveur de la transmission du choléra par les déjections alvines des malades, déjections dont étaient souillés les linges envoyés au blanchissage.

Le défaut d'hygiène morale vient encore peser dans la balance pathologique de la profession. Les habitudes d'ivrognerie et les troubles alcooliques sont fréquents chez les blanchisseuses de gros; chez les blanchisseuses de fin, les maladies vénériennes sont communes.

Hygiène préservatrice. — On ne saurait trop éloigner de la profession de blanchisseuse les jeunes filles, débiles et chlorotiques. Pour combattre l'action du froid et de l'humidité, il sera avantageux de faire usage d'un tablier en toile cirée., Les avant-bras seront garantis par des manchettes maintenues au-dessus des poignets par des cordons élastiques. Les pieds seront tenus chaudement

dans (les sabots. Le travail de rivière sera évité pendant les époques de la menstruation. Les lavoirs publics seront tenus avec la plus grande propreté, bien dallés, de façou à permettre le libre écoulement de l'eau. On ne conservera pas sur soi les vêtements mouillés.

Toute affection morbide des voies respiratoires ou digestives devra être soignée dès le principe. — Une ceinture de flanelle couvrant le bas-ventre sera une excellente précaution contre les accidents utérins. On évitera le développement de bourse séreuse au coude et au genou en faisant usage de coussinets ou de paillassons. Le linge sale sera examiné avec soin et passé à la lessive s'il y a lieu. Celle-ci détruira en effet tout principe virulent et contagieux. On usera avec la plus grande réserve de solutions alcalines ou chlorurées, dans le double intérêt des mains des blanchisseuses et du linge. Pour obvier aux effets de la manœuvre de torsion du linge, on aura recours, s'il est possible, à l'essorage mécanique, qui fonctionne dans beaucoup d'ateliers de blanchisseuses. En présence enfin de toute menace de phthisie, on devra conseiller l'abandon de la profession.

Oudin, Thèse de Paris, 1811. — Adrien, Essai sur l'hygiène des professions qui exposent à l'influence de l'eau, thèse de Paris, 1818. — Parent -Duchatelet, Recherches sur la véritable cause des ulcères qui affectent fréquemment les extrémités inférieures d'un grand nombre d'artisans à Paris (Ann. d'hyg. publ., 1831). — Espagne, Observations sur quelques points de l'industrie et de l'hygiène des blanchisseuses (Montpellier médical, 1864). — Beaugrand, article Blanchisseuses (Nouv. Dict. encycl. des scien. médicales, t. IX, 1868).

blanchisseurs de tissus. — Le blanchiment des tissus expose à tous les inconvénients du blanchissage; mais, de plus que ce dernier, aux effets des émana-

lions du chlore, do l'acide sulfureux, et à leur action sur les voies respiratoires et la surface cutanée. Suivant Ludw. Hirt (de Breslau), qui a fait, des expériences sur les animaux, l'acide sulfureux absorbé exciterait, puis paralyserait les centres nerveux respiratoires. Il se produirait ainsi, suivant le degré de concentration des vapeurs sulfureuses dans le milieu professionnel, tantôt une toux spasmodique et douloureuse, tantôt comme un véritable arrêt de la respiration avec menace d'asphyxie. Mais son action la plus constante sur les ouvriers consiste en une irritation lente et continue des muqueuses des voies absorbantes, entraînant à sa suite l'inflammation chronique des organes. De là des conjonctivites, des angines, des laryngites, des bronchites et des broncho-pneumonies et des dyspepsies rebelles. Parmi les ouvriers les plus exposés à l'inhalation des vapeurs de soufre, il faut citer en premier lieu les blanchisseurs de chapeaux de paille. — La broncho-pneumonie chez eux est très-fréquente.

Les vapeurs de chlore ont une action plus marquée encore sur les ouvriers qui y sont exposés, principalement chez ceux qui blanchissent le coton et ceux qui blanchissent les chiffons. Elles provoquent de la toux, du coryza, souvent des hémoptysies et parfois un spasme de la glotte très-intense. (Voy. Papetiers et Produits chimiques.) Les affections communes aux blanchisseurs de tissus sont l'eczéma chronique des avant-bras et les éruptions furonculeuses. — En outre la peau des mains est ramollie par le contact des liquides acides; l'épiderme, complètement blanchi, est ridé, soulevé et détruit par places. Cette disposition s'observe surtout chez les blanchisseurs d'étoffes. (Voy. Apprêteurs d'étoffes.)

Ludw. Huit, Die Krankheiten der Arbeiter, Breslau imd Leipzig-, 1873, analysé in Annales d'hygiène publique 2e série, 187-1.

bouchers. — Il n'est personne qui n'ait remarqué l'aspect florissant, l'embonpoint parfois considérable des bouchers et des charcutiers, Dans une curieuse statistique sur la taille et le poids des conscrits bavarois, examinés surtout au point de vue des professions, par Mayer, 1863, on voit que les bouchers, placés au bas de la liste pour la taille, regagnent un assez bon rang quant à la pesanteur. Ils occupent le troisième rang, après les brasseurs et les tonneliers, dans la moyenne générale. — Une opinion généralement répandue est qu'ils doivent cet état de santé ta l'absorption de prétendues particules animales en suspension dans l'atmosphère des boucheries. Il est inutile d'avoir recours à une semblable hypothèse. L'habitude d'une nourriture succulente presque entièrement composée de viandes amène chez eux une prédisposition pléthorique qui se manifeste souvent par des congestions actives vers le cerveau et les poumons.

Sous cette apparence de robuste santé se dissimule une véritable dyscrasie sanguine caractérisée par la surcharge d'éléments globulaires. La lenteur de la nutrition interstitielle provoque ainsi le développement d'une obésité fréquente surtout chez les bouchères.

Les maladies que l'on rencontre le plus souvent chez les bouchers, après les troubles de la circulation cérébrale, sont, suivant Mayer, les maladies de cœur, et par-dessus toutes l'hypertrophie compensatrice. En seconde ligne viennent les fièvres bilieuses gastriques, les rhumatismes, les congestions du foie. La réplétion du système veineux abdominal donne lieu à de la constipation habituelle et aux hémorrhoïdes. Les phlegmasies de la poitrine sont assez rares. Quant à la phlhisie, c'est, selon Mayer, de toutes les maladies, celle qui se présenterait le plus rare-

ment chez les boucliers. Suivant Hannever, au contraire, cette affection serait représentée par le chiffre élevé de 12 phthisiques sur 100 malades. Les recherches de Trebuchet concordent avec celles de Mayer, elles fournissent un chiffre annuel de 2,7 décès par phthisie sur 1000 bouchers à Paris.

D'après des relevés faits à l'hôpital Saint-Louis, on aurait remarqué chez eux la fréquence des éruptions cutanées, l'acné sébacée entre autres (Beaugrand). — Les furoncles et les anthrax ont été signalés par tous les auteurs. Parent-Ducliâtelet a noté aussi la présence de varices et d'ulcères aux membres inférieurs, et en attribue la cause à la station debout prolongée. Mais Beaugrand suppose que la cause réelle est dans l'écorchure par le grattement de petits boutons fréquents sur le mollet et les jambes des iDouchers, jambes qu'ils ont l'habitude de laisser à nu en relevant le bas des pantalons.

L'action d'abattre, de couper, de dépecer les morceaux de viande les expose à des blessures quelquefois graves aux doigts et à la main.

Dans les abattoirs, les odeurs putrides résultant de la fermentation des débris des matières animales (viandes, sang, fumiers), et l'imprégnation du sol par l'humidité, sont autant de causes d'insalubrité. Les auteurs ont signalé les dangers occasionnés par le dépouillement des animaux morts du charbon. Mais il est rare que de semblables accidents se rencontrent encore aujourd'hui. Ce qui est plus fréquent, c'est de voir les bouchers qui dépouillent les veaux présenter de l'herpès circiné sur les mains et les avant-bras (Besnier). Cette affection très-rebelle est le résultat de la contagion.

Les charcutiers sont soumis à des inconvénients particuliers provoqués par les mauvaises odeurs et les

buées qui se dégagent pendant la préparation de certains aliments : la cuisson du gras-double et la combustion de la graisse sont des plus incommodes. C'est à l'action combinée de ces odeurs, de ces buées, de la fumée et de l'humidité qui remplissent le lieu de travail, que sont dues principalement les affections gastro-intestinales que l'on relève en assez grand nombre chez eux. ■ — Dans les chambres où l'on fume les jambons, il peut arriver des accidents d'asphyxie si l'on a l'imprudence d'y pénétrer avant d'avoir aéré. A. Chevallier en a publié un cas dans les Annales d'hygiène en 1864.

On a cru remarquer que les professions où les ouvriers étaient occupés aux matières animales jouissaient, à l'égard des épidémies graves, d'une certaine immunité. D'après Parent-Duchâtelet et Payen, cela se remarquerait surtout chez les équarrisseurs, les dépeceurs et les écorcheurs d'animaux, dont la pathologie professionnelle offre la plus grande analogie avec celle des bouchers. C'est là un fait d'observation qui a besoin d'être contrôlé.

Quant à la longévité chez les bouchers, si Lombard (de Genève) les place, dans sa statistique, au-dessous de la moyenne, W. C. de Neufville, qui a calculé leur âge moyen sur 1000 décédés, nous donne le chiffre de 57 ans, ce qui est très-élevé.

Parent-Duchatelet, Recherches sur la véritable cause des ulcères qui affectent fréquemment les extrémités inférieures d'un grand nombre d'artisans de la ville de Paris (Ann. d'hyg\, Paris, 1830, t. IV). — Neufville, Lebensdauer und Todesursachen 22 verschiedener Stande und Gewerbe. Mit 23 stat. Tabellen, Frankfurt af M. 1855. — Hannover, Die Krankheiten der Handwerker, in Beilage zur Deutsche Klinik, 1861, nos 5, 6, 7, traduit sous le titre Maladies des artisans, d'après les relevés des hôpitaux civils de Copenhague (Ann. d'hygiène, 1862, t. XVII). — Mayer, Uber den Einfluss des Standes und Berufes auf die Lebensdauer Aerztliches

166 BOUGIES STÉARIQUES (Fabricants de).

Intelligenz-Blatt, Miinchen september, 1863, et Canstatt's Jahresbericht uber die Fortschritte ia der gesammten Medicin, Wurzbourg, 1864, Band VII, analysé par Beaugrand, in Annal, d'hyg., Paris, 1865, t. XXIII, p. 229. — Beaugrand, Dict. encycl. des scienc. médic., t. X, art. Bouchers.

BOUGIES STÉARIQUES (fabricants de). — La fabrication des bougies stéariques comprend diverses opéralions insalubres pour les ouvriers. — La grande humidité des ateliers et le mélange à l'air respirable de vapeurs acides et d'émanations nuisibles, telles sont les deux causes principales de maladies que présente la profession.

La fonte des suifs donne lieu à un dégagement d'émanations tellement pénétrantes qu'il faut quelquefois apporter des baquets de chlorure de chaux pour rendre le séjour de l'atelier supportable aux ouvriers.

Dans la plupart des usines, la saponification soit à la chaux, soit aux acides, s'effectue dans des cuves découvertes. Il en résulte des odeurs extrêmement désagréables, accompagnées, dans le second cas, d'un fort dégagement d'acide sulfureux. — Une opération des plus nuisibles, c'est la décomposition des savons de chaux par l'acide sulfurique. Dans une cuve chauffée où se trouve de l'acide sulfurique étendu, on verse les stéarate, oléate et margarate de chaux; la combinaison se'produit, et l'on voit alors les acides gras surnager, mais une partie est entraînée au-dessus de la cuve par les vapeurs qui s'en exhalent.

Le nettoyage à la vapeur des acides gras donne lieu à un dégagement d'acide stéarique très-divisé, que la vapeur entraîne et que les ouvriers sont exposés à absorber. Enfin, dans l'opération de la distillation il se dégage encore une certaine quantité de vapeurs d'acide gras non condensé et d'acroléine. Ce dernier produit est d'une nature très-irritante.

BOUGIES STÉARÏQIES (Fabricants tëf. 167

Une autre cause d'infection provient du séjour des matières grasses dans le sol de l'atelier.

On comprend combien de telles conditions de milieu peuvent, ta la longue, agir d'une manière fâcheuse sur la santé. Aussi les ouvriers des fabriques de stéarine ont-ils tous un aspect maladif et paie. Ils sont fréquemment sujets aux dérangements intestinaux. Un certain nombre sont atteints de bronchite le plus souvent spasmodique. Les palpitations et les troubles nerveux se rencontrent assez souvent chez ces artisans.

La plupart des anciens ouvriers accusent un affaiblissement précoce de la vue, en même temps qu'une certaine faiblesse des mouvements locomoteurs. — Le concassage du savon de chaux à la main, et le maniement des liquides acides sont la cause de diverses altérations de l'épidémie et de crevasses douloureuses aux doigts.

Parfois il y a un certain degré d'anesthésie des mains et des avant-bras.

Hîgièxe préservatrice. — Cette industrie, comme toutes celles où l'on traite des matières animales, peut être considérablement assainie par des soins et de la propreté.

C'est en opérant sur des matières fraîches, en ayant des appareils bien nettoyés, en aérant les locaux, en dallant les ateliers, en prévenant, en un mot, toutes les causes de fermentation putride, qu'on arrive à diminuer beaucoup les inconvénients de la profession. — La condensation des vapeurs, tel est le principe d'hygiène industrielle qui devra être rigoureusement appliqué.

La fonte des suifs se fera dans de grandes cuves surmontées de couvercles rivés aux parois, et parfaitement hermétiques; un tuyau conduira les vapeurs de la cuve au dehors. '

La saponification par l'acide sulfurique aura lieu dans

des vases clos, munis d'un tuyau en plomb, qui débouchera dans un carnau communiquant à la cheminée. Les vapeurs provenant de la distillation et l'acroléine seront entraînées par un canal d'aspiration à la rencontre des flammes perdues des foyers, au sein desquelles elles seront brûlées.

Ch. de Freycinet, Rapports sur l'assainissement en France et à l'étranger (Ànn. des mines, de 186-4 à 1868), et Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870, p. 286.

BOULANGERS. — Dans le travail de la boulangerie, les ouvriers sont exposés à divers accidents inhérents à l'industrie à laquelle ils se livrent. Ces accidents sont de deux sortes : ceux qui proviennent de l'introduction de la farine la plus fine dans les voies pulmonaires, et ceux qu'occasionnent les mouvements violents par lesquels le pétrisseuragit sur la masse de pâte qu'il confectionne.

C'est dans l'opération du pétrissage en effet que les boulangers sont le plus exposés à voir s'introduire dans leurs voies respiratoires les particules de farine. « Ceux qui séparent la farine d'avec le son, dit Ramazzini, ceux qui secouent et portent les sacs, ne peuvent s'empêcher d'avaler avec l'air qu'ils respirent les particules de farine qui voltigent. »

Cette action des poussières sur les bronches et les poumons ne se manifeste que par une certaine tendance au crachement. Peut-être faut-il attribuer à l'irritation continue qu'elles provoquent sur la muqueuse des bronches une part quelconque au développement de l'emphysème que l'on rencontre souvent chez les boulangers. Mais on doit leur rapporter plus communément les symptômes d'angine pharyngienne et d'otite externe que nous avons constatés chez un grand nombre d'entre eux.

Desmarres a noté chez les boulangers la fréquence des blépharites ciliaires. Le rayonnement des fours s'ajoute ici à l'action directe et irritante des particules pulvérulentes sur les paupières.

La seconde cause de maladies, plus importante que l'action des poussières, et qui probablement expose les pétrisseurs à plus d'accidents, ce sont les mouvements violents et répétés qu'exige le travail professionnel. Ce mouvement professionnel amène à la longue un développement considérable des muscles des membres supérieurs ; mais il prédispose particulièrement aux affections organiques du cœur. Pâtissier et après lui Shann ont attiré l'attention sur cette influence fâcheuse des mouvements brusques et des efforts répétés des bras chez les pétrisseurs. L'emphysème dont nous avons parlé reconnaîtrait le plus souvent pour cause ces troubles dans le fonctionnement du cœur.

Parent-Duchâtelet cite les boulangers comme atteints fréquemment de varices et d'ulcères, et Malgaigne les regarde comme sujets aux hernies. La station verticale qu'ils seraient obligés de garder serait la cause prédisposante de ces deux affections.

La mise en pain de la pâte et la cuisson exigent moins de fatigue musculaire, mais exposent à une grande chaleur et à une vive lumière. De là cette fatigue prématurée de la vue que l'on remarque chez un certain nombre. L'action combinée du calorique rayonnant et l'irritation causée par le dépôt de matières pulvérulentes sur la peau en sueur occasionnent des eczémas et des éruptions lichénoïdes principalement sur les mains et aux bras (Requin). Pour ma part, j'ai noté très-fréquemment des abcès tubéreux de l'aisselle se terminant le plus souvent par suppuration. Hannover cite l'érysipèle comme une maladie

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très-commune chez les boulangers de Copenhague. Les travaux, qui se font généralement la nuit, soumettent ces artisans à des alternatives brusques de température, le corps n'étant point couvert convenablement; ils entraînent à la suite un véritable état d'anémie que caractérise la pâleur ordinaire aux garçons boulangers. Ramazzini, Pâtissier, Mérat, regardent la profession comme une des plus insalubres. Stoll avait remarqué que lorsque ces ouvriers sont atteints de maladies aiguës, ils succombent plus souvent et plus rapidement que les autres. On a signalé surtout les fièvres graves et typhoïdes ; Hannover donne pour les premières le chiffre de 23 sur 100 maladies, et Neufville celui de 18 sur 100 pour les secondes. Dans nos recherches sur la pathologie des ouvriers des arsenaux maritimes, nous avons noté les affections gastrointestinales comme beaucoup plus fréquentes chez les boulangers que chez les autres ouvriers. Le chiffre relevé est de 20,5 pour 100 maladies internes. Tumer- Thackrah dit que le rhumatisme se montre sur un sixième des boulangers. Cette fréquence des affections rhumatismales s'explique suffisamment par les brusques alternatives de froid et de chaud; d'après Hannover, elles prendraient le plus souvent la forme apyrétique. A cette même cause il faut rapporter les cas nombreux de néphrite albumineuse que l'on aurait observés chez eux (Requin). Il en est de même pour les affections de poitrine qui s'observent souvent; Hirt (de Breslau) donne comme chiffre des affections respiratoires chez les boulangers 28,2 sur 100 malades. Quant à la phthisie, elle serait beaucoup moins commune qu'on ne l'a dit. Renoiston de Châteauneuf donne un rapport de 2,7 phthisiques sur 100 malades, et dans les relevés de Trebuchet on trouve un chiffre annuel de 4 décès par phthisie sur

100 ouvriers boulangers à Paris. Sur 1000 maladies internes relevées par moi, à Lorient, chez les boulangers, la phthisie pulmonaire est représentée par le chiffre trèsfaible de 21. Dans une statistique de Mayer sur la taille et le poids moyen des conscrits bavarois, les boulangers occupent un des derniers rangs dans les professions ouvrières actives. La durée de leur vie serait au-dessous de la moyenne générale, d'après Lombard (de Genève), qui donne l'âge de 49 ans 8 mois. Neufville, qui a calculé l'âge moyen sur 1000 décédés, est arrivé au chiffre de 51 ans.

Une remarque du plus haut intérêt, c'est la singulière aptitude qu'ont les boulangers à subir l'influence des épidémies. Stoll avait déjà observé qu'ils étaient très-sujets aux fièvres malignes. Dans la peste affreuse qui désola Marseille en 1720, tous les boulangers périrent, et on fut obligé d'en faire venir des villes voisines pour suffire aux besoins du peuple (Pâtissier).

Clot-bey fit la même observation pendant les épidémies de peste en Orient. Audouard a constaté chez ces artisans une très-grande réceptivité morbide pour la fièvre jaune, et Blondel pour le choléra; suivant Mayer, enfin, ce sont encore les boulangers qui fournissent le plus de victimes au typhus. Comment expliquer de pareils faits? La plupart des auteurs s'accordent. pour accuser les brusques refroidissements et les fatigues auxquelles les ouvriers boulangers sont soumis ; elles développeraient chez eux un état leucocythémique éminemment favorable à la réceptivité morbide.

Hygiène préservative. — Le seul moyen efficace du ressort de l'hygiène industrielle consiste dans l'emploi de pétrins à vapeur ou de pétrins mécaniques. Les premiers sont plus spécialement en usage dans les grandes

172 BOYÀUDIERS.

boulangeries. La machine à pétrir la pâte, de Pintus et Cic, ne demande que peu de frais d'installation et peut être employée dans les plus petites boulangeries. Dans une auge sont mises en mouvement par une manivelle deux paires d'ailes hélicoïdales. Un homme peut ainsi pétrir en quelques minutes et amener à un état satisfaisant 100 à 150 kilogrammes de farine et d'eau mélangées. Cette substitution du pétrissage mécanique au pétrissage à bras aura pour effet de soustraire, en grande partie, l'ouvrier à l'absorption des poussières, puisque au lieu d'être courbé sur le pétrin il sera placé à côté ; d'une autre part, les mouvements violents seront entièrement supprimés.

Parent -Duchatelet, Recherches sur la véritable cause des ulcères qui affectent fréquemment les extrémités inférieures d'un grand nombre d'artisans de la ville de Paris (Ànn. d'hyg., Paris, 1830, t. IV). — Turner-Thackrah, The effects of principal Arts and Trades and Professions ou Health and Longevity, London, 1832, in-8°. — Lombard (de Genève), De l'influence des professions sur la durée de la vie (Ann. d'hyg., 1" série, 1835, t. XIV). — Gaultier de Claubry, Rapport sur la fabrication du pain par le pétrissage à bras et par les machines (Ann. d'hyg. publ., 1839). — Hannover, Die Krankheiten der Handwerker, in Reilage zur Deutsche Klinik, 1861, nos 5, 6, 7, traduit sous le titre, Maladies des artisans, d'après les relevés des hôpitaux de Copenhague (Ann. d'hyg., 1862, t. XVII). — Mayer, Uber den Einfluss des Standes und Rerufes auf die Lebensdauer (Aerztliches Intelligenz-Rlatt, Mùnchen, september 1863, et Canstatt's Jahresbericht uber die Forteschritte in der gesammten Medicin, Wurzburg, 186i, Rand VII, analysé par Reaugrand, in (Ann. d'hygiène, Paris, 1865, t. XXIII, p. 229). — Neufville, Lebensdauer und Todesursachen 22 verschiedener Stande und Gewerbe. Mit 23 statit. Tabellen, Frankfurt a M., 1855. — Reaugrand, Dict. encycl. des sciences médicales, art. Roulangers.,

boyaudiers. — On désigne sous le nom de boyaudiersles ouvriers qui préparentet filent les cordes h boyaux

BOYAUDIERS. 173

servant aux instruments de musique, à la confection des raquettes ; les cordes dites à Lorrain pour les rémouleurs, les cordes à fouets, les cordes dites d'arçon pour les chapeliers, les cordes pour les horlogers, etc. - La profession de boyaudier est l'une des plus dégoûtantes qu'on puisse imaginer. Cette industrie consiste en effet à séparer des boyaux déjà fétides les matières fécales qui s'y trouvent renfermées. Ces matières fécales sont reçues dans un puisard qu'elles changent en un cloaque infect. Il faut encore détacher la graisse qui adhère h ces intestins, les débarrasser de leur membrane muqueuse, les tremper, les insuffler, les dessécher et les blanchir au soufre.

On arrive à séparer les membranes en laissant les boyaux subir la putréfaction pendant cinq à six jours en hiver, deux ou trois en été.

Les ouvriers boyaudiers sont soumis à deux causes principales de maladies : l'humidité extrême qui les environne, et les émanations putrides qu'ils respirent. Suivant quelques auteurs, ils sont ptàles, languissants et sujets à l'œdème des jambes. L'anémie et les troubles dyspeptiques, gastro-intestinaux, telles sont en effet les affections les plus communes chez eux.

« Dans l'opération de l'insufflation, qui consiste à souffler les boyaux à la surface d'un grand baquet rempli d'eau, le même ouvrier ne peut pas souffler plus de trois jours de suite. Ses mains seraient pour ainsi dire dépouillées et sa poitrine fatiguée. Malgré l'habitude, il sent alors l'odeur qui lui prend à la gorge, cet organe recevant presque chaque fois qu'il respire le refoulement de l'air qu'il fait entrer avec force dans le boyau et qui en sort infect. » (Labarraque.)

Cette opération provoque, a la longue, une irritation

174 BOYAUDIERS.

chronique du pharynx et des voies buccales ; les lèvres sont irritées, parfois turgescentes et ulcérées, surtout aux commissures ; l'épiderme des mains est usé, soulevé par places et crevassé dans l'intervalle des doigts. A cette action de l'eau s'ajoute celle des solutions alcalines (po-tasse) dans lesquelles on met à macérer les intestins. On rencontre quelquefois chez ces ouvriers une certaine anesthésie des mains et des avant-bras semblable à celle que Romberg a signalée chez les blanchisseuses. Dans la fabrication des cordes harmoniques, le soufrage que l'on fait ordinairement subir aux boyaux desséchés et désinsufflés pour les blanchir, expose à l'irritation des yeux et des voies respiratoires.

•Les affections de poitrine se rencontrent assez souvent chez les boyaudiers, mais la phthisie ne serait guère plus fréquente ici que chez les bouchers.

Il est une fabrication industrielle, celle du crin à pêcher, qui se rapproche jusqu'à un certain point de celle que nous venons d'étudier. Suivant Laboulaye (in Dict. des arts et manufact.), quand le papillon du vers à soie s'est fait jour, on prend les cocons et on les jette dans une chaudière pleine d'eau bien chaude ; on saisit une foule de brins avec un balai de bruyère; ils s'agglutinent et ne suivent au rouet que très-peu, en raison du trou dont le cocon est percé ; on soufre ces brins pour les blanchir et on les met en paquets. La matière animale rérineuse qui entoure ce fille rend imperméable à l'eau. Cette opération jonne lieu au mal dit de bassine (voy. Dévideuses de cocons), et expose à l'action des vapeurs sulfureuses sur les voies respiratoires.

Hygiène préservatrice. — L'hygiène préservatrice individuelle consistera à éviter, autant que possible, le contact prolongé de l'eau; on portera par-dessus les vêtements

B0YAUD1ERS. 1 75

une chemise de grosse toile cirée. On fera usage de sabots et de tabliers de cuir.

Pour l'insufflation des boyaux, l'emploi d'un embout préservera les lèvres et la bouche de toute action directe des liquides. Un moyen plus complet de préservation, et qui supprimerait en même temps toute fatigue de la poitrine, serait l'emploi d'un réservoir d'air comprimé au robinet duquel on fixerait le bout de l'intestin qu'on veut insuffler. Dans la fabrique de Monnier etDutripon, à Eysines (Gironde), on pratique l'insufflation au moyen de gros soufflets mus avec le pied, à l'instar des meules de rémouleurs. Ch. de Freycinet nous apprend qu'une disposition à peu près semblable est en usage depuis quelques années chez M. Brimbœuf, à Issy : le soufflage s'exécute à la mécanique, au moyen de chalumeaux desservis par un ventilateur. (Traité d'assainissement industriel.)

On procédera à l'hygiène de l'atelier en renouvelant l'eau des baquets et des cuves le plus fréquemment possible, en supprimant les puisards et en les remplaçant par des tonneaux à déversoir. On combattra les émanations putrides au moyen des désinfectants, principalement le charbon et le sulfate de fer. — On favorisera l'écoulement immédiat des eaux en bitumant ou dallant le plancher des chambres de travail. Ces eaux chargées de résidus putrides seront conduites au dehors. On établira des cheminées d'appel constamment ouvertes, et les magasins de produits fabriqués seront largement aérés. Pour l'opération du ratissage on emploiera le procédé Labarraque, qui consiste à immerger, même à l'état frais, les boyaux dans une solution d'hypochlorite de soude, ce qui dispense d'avoir recours à la macération pour opérer la séparation des membranes, et arrête subitement les progrès de la fermentalion putride déjà commencée. — On ne pénétrera enfin

dans les soufroirs qu'après les avoir soumis à une complète aération.

Les affections morbides contractées par les ouvriers boyaudiers subiront un traitement approprié, mais le plus souvent tonique. Le régime habituel sera fortifiant, et l'on fera usage de vin et de viande autant que possible.

Labarraque, article Boyaudiers (Dictionn. industriel de Mauléon). — Chevallier et Guérard, Mémoire sur les résidus liquides provenant des établissements industriels (Ann. d'hyg. publ., 1846, t. XXXVI, p. 113). — Trebuchet, Du travail des peaux et autres résidus des boyauderies. Rapport général des travaux du conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, extrait reproduit in (Ann. d'hyg. publ., 1861, t. XVI, p. 262). ~ Beaugrand, article Boyaudiers (Dict. encyclop. des sciences médicales.) — Ch. Fbeycinet, Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870, p. 129.

brasseurs. — Les brasseurs, suivant Pâtissier, présentent une singulière tendance à l'embonpoint et à perdre de bonne heure toute activité d'esprit et d'imagination. Turner-Thackrah et Halfort confirment l'observation précédente. On remarque en effet chez les brasseurs un état pléthorique qui les prédispose aux congestions et aux troubles fonctionnels du cerveau. Sous une apparence de robuste santé, ils cachent des maladies chroniques de l'abdomen et un état de réplétion de tout le système veineux. Les dyspepsies gastro-intestinales, les hypérémies du foie sont les affections les plus fréquentes.

D'après mes propres recherches, j'ai noté comme une maladie commune chez eux l'irritation des voies urinaires et principalement de la vessie.

C'est à leur genre de vie, ainsi qu'aux excès de boisson de bière auxquels ils se livrent, qu'il faut rapporter la plupart de leurs prédispositions morbides.

Il est toutefois un certain nombre d'opérations professionnelles qui entraînent des dangers et donnent lieu à des accidents malheureusement plus fréquents qu'on ne serait tenté de le croire.

C'est ainsi que l'entrée imprudente dans les germoirs avant le renouvellement de l'air expose à l'asphyxie par l'acide carbonique.

Le même accident peut avoir lieu pendant la fermentation de la bière. En effet, on laisse ordinairement fermenter la bière dans des caves basses et peu aérées. L'acide carbonique qui se dégage forme au-dessus du sol une couche plus ou moins épaisse dans laquelle peut se trouver l'ouvrier qui vient inspecter les tonneaux. — On évitera tout danger en prenant les plus grandes précautions. On a essayé de la ventilation artificielle, mais on a dû y renoncer parce que les courants d'air empêchent ou troublent la fermentation. Voici, d'après Ch. de Freycinet, une bonne disposition prise dans une des principales brasseries de Louvain :

« Le local destiné à la fermentation des bières blanches est très-spacieux et très-élevé, ce qui est déjà une bonne condition de salubrité. En outre, entre les diverses rangées de tonneaux existent des couloirs dans lesquels s'épanche le jet et se réunit l'acide carbonique. Ces couloirs ont pour profondeur toute la hauteur des tonneaux, et au niveau de l'extrémité supérieure de ceux-ci règne une espèce de plancher destiné à l'ouvrier chargé de l'inspection des bières. La tête de celui-ci se trouve donc au-dessus de la zone dangereuse, de toute la hauteur du corps. »

Les brasseurs présentent souvent des brûlures graves causées par la projection de vapeurs ou de liquides bouillants. Mais un accident qui le plus souvent amène des résultats funestes, c'est la chute danslçs cuves enébullition.

On préviendra ces causes de danger trop fréquentes dans les brasseries en entourant les chaudières d'ébullition d'une margelle; elles seront surmontées d'un dôme en maçonnerie au centre duquel une cheminée d'appel déterminera une aspiration qui préserve complètement le couloir dans lequel circulent les ouvriers.

En somme, la mortalité chez les brasseurs serait, d'après Fuchs, au-dessus de la moyenne des autres professions à l'âge moyen; celui de 50 ans, qu'a trouvé Neufville a Francfort, est encore relativement assez élevé.

Thackrah, The Effects of principal Arts and Trades and Professions on Health and Longevity, London, 1832, in-8°. — Fuchs, Uber den Einfluss der verschiedenen Gewerbe auf den Gesundheits znstand (Hecker's neue Annalen der gesammten Heilkunde, Berlin, 1835. — Halfort, Entstehung, Verlauf und Behandlung der Krankheiten der Kiinstler u. Gewerbe treibenden, Berlin, 1845. -*- Rohart, Traité théorique et pratique de la fabrication de la bière, Paris, 1819, 2 vol. in-8°. — Trebuchet, Comptes rendus des travaux du conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine, de 1849 à 1858, Paris, 1861, p. 461. — Freycinet, Rapport sur l'assainissement industriel en Belgique, 1865, et Traité d'assainissement industriel, p. 151.

BeiQUETiERS, tuiliers. — Les opérations que nécessite la fabrication des briques, des tuiles et dés carreaux sont au nombre de trois : le marchage, le moulage et la cuisson.

Le marchage, qui a pour but la préparation de la pâte, se fait par le piétinement de l'argile préalablement détrempée et délayée, et mélangée le plus souvent à du sable ou à de la marne calcaire.

Ces opérations, qui exposent à tous les dangers du refroidissement des extrémités inférieures, sont une cause fréquente de rhumatismes aigus et chroniques et de douleurs articulaires, surtout au cou-de-pied.

Dans quelques fabriques où l'on ajoute assez de chaux dans les pâtes pour augmenter leur fusibilité, l'ouvrier marcheur présente à la face plantaire du métatarse et des orteils de petites ulcérations assez difficiles à guérir, et dont on doit rapporter la cause à l'action caustique ' de la chaux.

Une fois l'argile pétrie, elle est prise et foulée à la main dans un moule en bois de la grandeur que doit avoir la brique ou la tuile, et tout ce qui dépasse est raclé avec une règle ou couteau ; puis on porte les pièces moulées au séchoir. Ce travail du moulage exige une prodigieuse activité musculaire de la part des membres supérieurs. Une compagnie de briquetiers aux environs de Paris, composée en général de quatre ouvriers, un marcheur, deux mouleurs et un garçon pour démouler les briques et les placer sur l'aire, fait en moyenne sept mille briques ordinaires par douze heures de travail effectif.

Une telle somme de mouvement professionnel peut entraîner, à la longue, un développement prononcé des membres supérieurs, mais expose, par-dessus tout, à des douleurs et des inflammations dans les articulations de la main et du poignet. La distension des ligaments du carpe avec craquements, la synovite tendineuse avec crépitation des extenseurs au poignet, l'érylhème et l'irritation psorîasiforme des papilles du derme à la paume de la main, sont des affections fréquentes chez les briquetiers et les tuiliers. — L'attitude professionnelle provoque le développement de varices volumineuses aux jambes, atrophiant quelquefois, suivant Yernois, la substance même du tibia. Chez les marcheurs de pâte, on a signalé la crépitation douloureuse dans les tendons du fléchisseur commun des orteils et du fléchisseur propre du gros orteil. La cuisson des briques à la houille se fait le plus souven

en tas en plein air; la cuisson au bois et à la tourbe se fait toujours dans des fours. — Cette opération expose à l'action de la fumée et du feu, delà une cause de conjonctivites et de blépharites chroniques.

Dans quelques endroits, on se sert de terre assez sèche pour pouvoir être réduite en poudre à la batte et que l'on soumet à une très-forte pression dans des moules métalliques pour en faire des briques qui n'ont pas besoin d'être séchées. — Nous retrouvons chez ces ouvriers les accidents causés par l'action des poussières, tels qu'affections des yeux et irritation des voies respiratoires.

Dans le vernissage des tuiles et des carreaux, qui se fait en saupoudrant une des faces avec un mélange d'environ une partie de sulfure de plomb et une partie de sable broyé, les ouvriers sont encore exposés, surtout pendant le broyage et le tamisage de ces matières, non-seulement à l'action locale et mécanique des poussières, mais encore aux effets toxiques d'un sel de plomb absorbé. (Voy. Potiers et Émailleurs.)

Ramazzini nous fait des briquetiers de son temps le plus triste tableau et les regarde comme généralement disposés aux maladies aiguës, aux fièvres malignes et aux inflammations. D'autres auteurs regardent l'anémie et la diarrhée comme très-fréquentes chez eux (Halfort (de Berlin), Heise (de Rathnew). D'après mes recherches, les affections gastro-intestinales seraient, en effet, assez communes chez les briquetiers et les tuiliers. Mais il faut tenir grand compte du milieu et du climat dans lequel on observe. Dans les briqueteries et les tuileries du midi de la France, les ouvriers m'ont paru, en général, robustes et bien portants.

Les maladies de peau sont assez communes chez eux, entre autres les éruptions. lichénoïdes et l'acné sébacée.

BRONZEURS. 181

Il faut noter aussi les abcès tubériformes de l'aisselle chez les mouleurs, et les plaies ulcéreuses de la jambe chez les marcheurs.

Turner Thackrah, The effects or Arts, Trades and Professions on Health and Longevily. London, 1832. — Halfort, Entstehung, Verlauf und Behandlung der Krankheiten der Kiinstler und Gewerbetreibenden, Berlin, 1845. — Heise (de Rathenow) , Maladies des ouvriers employés dans les briqueteries. Casper's Vierteljahrschrift fiir gerichtliche und ôffentliche Medicin, 1860, Band XVII, Heft. I, traduit et accompagné de quelques . observations par Beaugrand Ann. d'hyg. publ., 1860, t. XIII, p. 319.

broxzeurs. — On appelle bronzage l'art de donner à des objets de bois, de plâtre, etc., une surface telle qu'ils aient l'apparence du bronze. Pour cela, l'objet étant recouvert d'une couche de colle ou de vernis, on le saupoudre, à l'aide d'un petit sachet, avec la poudre à bronzer. On frotte ensuite la surface avec un linge humide. — On comprend que, d'après la composition de la poudre, il puisse en résulter tels ou tels accidents par suite de son absorption par les voies respiratoires. En général, c'est du cuivre en poudre obtenu par précipitation, de la limaille de laiton ou de l'or mussif, souvent mélangés avec une certaine proportion de cendres pulvérisées. — D'au très fois on argenté les figurines de plâtre en frottant avec un amalgame composé de parties égales de mercure, de bismuth et d'étain, et en recouvrant le lout d'une couche de vernis. — On rencontre chez tous ces ouvriers des troubles des voies digestives, principalement une inflammation chronique des gencives due, chez les uns, à l'action irritante des poussières; chez les autres, à l'absorption du mercure. — Un semblable travail expose, à la longue, à des coliques métalliques (voy. Cuivre) et à l'asthme des mouleurs (voy. Mouleurs).

LAYET. 11

182 BRONZEURS.

Le bronzage des métaux comprend le polissage ou décapage des objets à bronzer, et le bronzage proprement dit.

Le polissage, qui se fait au moyen des acides azotique, sulfurique, etc., expose à tous les inconvénients du dérochage (voy. Bijoutiers) et du décapage (voy. Zingueurs). — Dans les fabriques d'armes, celte opération prend le nom de damasquinage.

« Dans l'emploi des acides azotique, chlorhydrique, sulfurique ou de leur mélange, pour damasquiner les canons de fusil, les lames d'épée et divers autres instruments tranchants, il se dégage de l'acide nitreux ou du chlore, et la respiration de ces gaz détermine la production de certaines affections des voies aériennes, depuis le simple état catarrhal jusqu'à la pneumonie confirmée et l'altération progressive du tissu pulmonaire. — Les yeux en subissent aussi une influence qui se traduit par des maladies oculaires telles que conjonctivite chronique, ophthalmies rebelles, etc. Ces accidents sont d'autant plus marqués que les espaces où travaillent les ouvriers sont plus exactement clos. » (Jordan.)

Dans le bronzage ordinaire, on donne la teinte en faisant agir un sulfure pour produire une mince couche de sulfure de cuivre auquel est due la coloration appelée bronze. Pour le bronzage noir, on emploie le sulfure d'arsenic (foie d'arsenic). — Pour le bronzage vert, on applique sur les pièces décapées, au moyen d'une brosse à chaud ou à froid, des mélanges dont la base est composée de sel ammoniac, mais dont la coloration verte est due soit à l'arsenic, soit au cuivre. Toutes ces opérations donnent lieu à un dégagement de vapeurs extrêmement nuisibles. Les ouvriers éprouvent presque tous des céphalalgies plus ou moins violentes dues à l'action du gaz sulfhydrique,

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