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AGENTS DES COMPAGNIES

Tués. Blessés. / Écrasés, comprimés ou tamponnés clans des manœuvres de plaques tournantes, de wagons, de machines; dans les char- 4-6 194 \ gements ou déchargements; en attelant

ou décrochant les wagons, en nettoyant les locomotives.

Tombés du haut des wagons ou ma- | chines en repos, ou en voulant y monter. ( Tombés dans les fosses à piquer le ) feu, et dans les trous de plaques tour- ( liantes.

ï Surpris par les trains ou machines en | marche, ou atteints en marchant à côté [ des convois.

Tombés du train ou machines en mar- 12 49 ) °he, soit par inattention, par le sommeil,

par un arrêt brusque, soit en sautant des wagons sur la voie.

CHEMINS DE FER (Employés des). 217

f Atteints par les travaux d'art ou par

29 60 < les roues de la machine, en se levant,

f en se penchant, etc.

j Atteints en faisant le contrôle des bul-

( retins.

( Chute de poteaux télégraphiques, pas-

( serelles, ponts, grues, projectiles, etc.

De 1854 à 1869, il y a eu en France plus ce 10 800 personnes atteintes; le tableau suivant permettra de se rendre compte de la proportion des accidents qui incombent aux seuls agents des compagnies :

Tués. ' Blessés. Totaux.

Voyageurs 32-4

Agents des compagnies. 2154 Autres 991

On voit donc que les agents des compagnies ont été aiteints dans Ténorme proportion de 78 pour 100. D'une autre part, la proportion des décès est considérable chez eux: près de 1 mort sur 5 personnes atteintes. Nous ne saurions mieux faire comprendre la nature et la gravité des lésions produites qu'en empruntant à Tourdes la description suivante : « On se trouve ici en présence des effets maximum de l'écrasement produit par une quantité de mouvement provenant de vitesses et de masses considérables. Pour les locomotives, c'est un poids de 16 à Gi tonnes; pour les voitures, de 4 à 5000 kilogrammes avec des vitesses de 20 à 80 kilomètres à l'heure, soit 5 à 22 mètres par seconde, vitesse égale à celle d'un vent impétueux. Les genres de lésions qui amènent la mort peuvent se distinguer ainsi : 1° Effets du tamponnement. Des hommes

LAYET. 13

218 CHEMINS DE FER (Employés des).

d'équipe, des employés pendant les manœuvres des trains sont saisis entre deux voitures et écrasés par la rencontre des tampons. L'autopsie a offert dans ce cas une très-grande identité de lésions : le thorax est aplati d'avant en arrière, ou un peu obliquement, suivant le lieu d'application du tampon; la peau est intacte ou à peine ecchymosée; la cage thoracique a éclaté; on rencontre des fractures multipliées des côtes, du sternum et du rachis, avec déchirures des poumons, du Cœur et des gros vaisseaux; la mort est souvent instantanée. — 2° Effets de V écrasement sur les rails. Les signes sontl'attrition au plus haut degré avec empreintes allongées et la section complète d'une partie du corps (tête, membre). La mort peut avoir lieu sans qu'aucun organe essentiel ait été atteint, par exemple dans l'écrasement simultané des membres supérieur et inférieur du même côté. — 3° Chutes. Par l'effet même de l'impulsion horizontale, elles se font souvent contre les rails et une partie du corps est broyée. — 4° Effets des chocs et collisions des trains. Dans ce cas, toutes les blessures ont le caractère de la contusion au plus haut degré, accompagnée de commotion du cerveau ou de la moelle épinière. Ainsi, pour un train animé d'une vitesse de Hm,l1, l'effet est le même que si la victime tombait de m?29, environ d'un second étage; avec 13m,88 par seconde, c'est la hauteur d'un troisième, 9m,82; le train express, qui parcourt 16m,16 par seconde, produirait le même effet qu'une chute de 14m,15 ou d'un quatrième étage, sauf les diminutions causés par les frottements. » (Tourdes, à l'article Blessures, in Dict. encyclop. des sciences médicales.)

Tardieu a cité plusieurs observations remarquables par la marche progressive et le caractère des accidents consécutifs à la commotion produite par la collision des trains.

Chez un employé des postes, il se déclara une encéphalite aubaigùe à marche progressive ; les phénomènes de paralysie s'accusèrent de plus en plus, et le malade mourut d'un ramollissement chronique du cerveau.

En Angleterre, on désigne les Symptômes pathologiques développés à la suite d'une collision sur les chemins de fer, du nom expressif de rail-way spine.

E. Duchesne, Des chemins de fer et de leur influence sur la santé des mécaniciens et des chauffeurs, Paris, 1857, in- 12. — De Martinet, Communication à l'Académie des sciences, 1857. — Devilliers, Recherches statistiques et scientifiques sur les maladies des diverses professions du chemin de fer de Lyon, 1857, in-8°. — Bisson, Lettre à 31. Duchesne, in Union médicale, 1858. — Oulmont, Note sur l'influence exercée par les chemins de fer sur la santé des ouvriers, 1860. — Pietra- Santa, Chemin de fer et Santé publique. Hygiène des employés et des voyageurs, Paris, 1861. — T. Gallard, De l'influence exercée par les chemins de fer sur l'hygiène publique (Compte rend, de l'Àcad. , des sciences, 1861). — Logludic , la Question, des accidents des chemins de fer, thèse de doctorat, Strasbourg, 1868. — Ambr. Tardieu, Accidents des chemins de fer; étude médico-légale (Ann. d'hyg. publ., 1871, 2e série, t. XXX i.

ciiiffoxkiers. — (( Les statisticiens ont fait sur le chiffon une foule de calculs approximativement exacts, d'après lesquels, en France, 100 000 personnes au moins vivraient du glanage des chiffons, 100 000 êtres humains presque tous faibles, infirmes, femmes ou enfants débiles , qui trouvent dans ce travail une existence qu'ils seraient forcés de demander au vol, à l'aumône ou à l'assistance publique.» (Turgan, Grandes Usines.)

Vêtus de guenilles et munis d'une hotte qu'ils portent sur leur dos, on les voit ramassant au milieu d'ordures, ou achetant, les uns des chiffons, d'autres des peaux de lapins, tous en général des os et du verre cassé. D'autres

s'en vont fouillant dans les ruisseaux pour ramasser les débris de toute espèce que l'eau charrie avec elle (ce sont les regrattiers) ; d'autres encore recherchent dans les lits des rivières des substances et des corps tels que particules métalliques, fer, cuivre, «plomb, étain, argent et or, qu'ils lavent ensuite dans une grande sébile à la manière d'un minerai. Ils restent ainsi, et quelquefois pendant de longues heures, plongés dans l'eau jusqu'à la ceinture. De retour chez eux, ils entassent pêle-mêle , dans la chambre où ils couchent, chiffons sales, os, vieux papiers, peaux et débris de toute espèce. Ils reposent sur des grabats sans draps, souvent sans couverture, conservant leurs vêtements souillés, et exposés à toutes les émanations qui se dégagent de matières sordides accumulées autour d'eux.

On comprend combien une hygiène aussi révoltante, jointe à la misère, peut être dangereuse pour leur santé. Les maladies de peau occasionnées par le contact d'objets sales et de matières irritantes sont extrêmement communes chez eux. Ils sont exposés à gagner la gale et certaines maladies contagieuses par l'intermédiaire des chiffons qu'ils manient. Les fièvres graves, revêtant presque toujours un caractère d'adynamie, sont fréquentes chez les chiffonniers. Plus que personne ils sont frappés par les épidémies, le choléra et la fièvre typhoïde entre autres. Les douleurs rhumatismales et les affections de l'intestin se rencontrent assez souvent dans la profession; Ollivier (d'Angers) ayant été appelé à visiter un magasin de chiffonnier où se trouvaient amoncelés des os et des débris de toute espèce, fut atteint, quelques heures après, de nausées, d'évacuations liquides très-fétides, de sueurs froides, de syncope, véritables symptômes d'empoisonnement putride qui se dissipèrent peu à peu.

Ou trouve chez les gratleurs de ruisseaux et les rava-

geurs de rivière, des plaies des mains et des ulcères des membres inférieurs très-difficiles à guérir.

D'après Vernois, la pression continuelle sur les reins delà partie inférieure et toujours laplus pesante de la hotte, amènerait à la partie inférieure des lombes le développement de trois bourses séreuses avec épaississement de la peau, formant comme trois angles d'un triangle isocèle à sommet tourné en bas; l'inférieure correspond exactement à la partie supérieure de la crête, sacrée; les deux supérieures sont situées à 2 centimètres environ au-dessous de l'épine iliaque postérieure et supérieure.

Hygiène. — Le triage des objets doit se faire, autant que possible, au grand air; chaque fois les chiffons seront lavés à l'eau chlorurée et les os placés dans des sacs. Les chiffonniers prendront l'habitude de changer de vêtements ; ils se laveront fréquemment le visage et les mains, et garderont le moins de temps possible auprès d'eux les objets ramassés en tas. Transon etDublanc ont proposé l'établissement d'une sorte de halle aux chiffons où s'opéreraient l'emmagasinement et le triage. « Là, les entrepreneurs en » chiffons trouveraient à louer des magasins bien aérés » que la police surveillerait aisément; là surtout chaque » famille de chiffonniers obtiendrait, à titre gratuit, la dis- » position exclusive d'une petite cellule pour son travail. Le » ménage du chiffonnier, sa famille, serait donc, c'est là le » point essentiel, séparée du tas d'ordure qui est l'objet de » son industrie. Dès lors il ne lui serait plus, comme aujour- » d'hui, impossible de mettre en pratique, dans son inté- » rieur, la plus simple mesure d'hygiène privée. » — Hors des heures du travail, il aurait un vêtement décent; ses enfants ne porteraient pas avec eux cette odeur « horrible » qui les fait repousser des écoles; et lui-même, relevé à » ses propres yeux, chercherait des moyens de distraction » ailleurs qu'au cabaret. »

222 CHROMATETJRS (Ouvriers).

Parent-Duchàtelet, Des ravageurs et des regrattiers, in Mémoire sur les débardeurs delà ville de Paris (Ann. d'hyg. publ., 1830, t. III. — Abel Transon et Dubianc, Observations sur quelques industries, et en particulier sur le commerce des cbiffons dans le 12e arrondissement de Paris (Ann. d'hyg. publ., 1854, t. I, p. 59). — Ad, Trebuchet, Des chiffonniers, in Rapport général sur les travaux du conseil d'hygiène publique et de salubrité de la Seine, depuis 1849 jusqu'à 1858, Paris, 1861, p. 351.

CHfitojîATEURS (ouvriers). — Les composés chromiques sont d'un emploi très -répandu dans l'industrie des toiles peintes et des impressions sur étoffes, principalement les chromâtes de potasse, qui servent comme rongeur dans la teinturerie. — On comprend dès lors combien leur fabrication est importante.

Les ouvriers qui préparent les sels de chrome éprouvent des accidents de diverse nature. C'est à Chevallier et Bécourt que nous devons les premières recherches sur cette question ; mais la plupart des renseignements leur furent donnés par le directeur d'une fabrique du Havre, M. Clouet.

ce L'attention se fixa d'abord sur une altération particulière de la cloison des fosses nasales, causée par la respiration des buées qui s'échappent des chaudières où l'on fabrique le bichromate de potasse. Ces buées, composées en grande partie de vapeurs et de poussières caustiques, déterminent une très-vive irritation des fosses nasales; les yeux se remplissent de larmes, et il se manifeste un éternument irrésistible et répété; l'ouvrier est forcé de se moucher, et chaque fois qu'il le fait, une portion de la cloison membraneuse du nez qui est détruite vient avec les matières qui sont recueillies par le mouchoir, de telle sorte qu'au bout de six à huit jours, après avoir éprouvé des picotements, du larmoiement, des éternuments, la cloison s'amin-

CHROMATEURS (Ouvriers). -223

cit, se perfore et se détache » (Bécourt et Chevallier). En même temps, on voit survenir aux mains, aux pieds, sur les parties latérales des orteils et des doigts, là surtout où existent des excoriations, des plaies d'un caractère tout particulier, des ulcères qui tendent à gagner en profondeur, s'accompagnant d'indurations passagères, et laissant après eux des cicatrices indélébiles. — La peau de divers endroits du corps, surtout des bras et des organes génitaux, de la partie interne des cuisses, est le siège d'éruptions eczémateuses ou pustulo-ulcéreuses.

Ces accidents se déclarent avec une très-grande rapidité, Les ouvriers ne sont pas occupés depuis quelques jours, qu'ils en ressentent déjà les premiers sévices, et telle est la puissance caustique des matières pulvérulentes et des vapeurs chromatées, que, selon Hillairet, les animaux qui vivent même en dehors des ateliers sont aussi atteints, et parfois à un très-haut degré.

Ce même observateur a signalé des ulcères de la gorge pouvant simuler des accidents syphilitiques. Il parle en outre de bronchite et d'attaques de suffocation, de céphalalgie et d'amaigrissement, tous symptômes pouvant se manifester chez les ouvriers par l'action continue de la substance toxique.

Clouet, dans sa lettre à Chevallier, puis Delpech, nous ont fait connaître que les ouvriers qui ont subi l'ulcération et la perforation de la cloison nasale ne ressentent plus, en général, que des symptômes très-légers de coryza; qu'ils conservent, le plus souvent, leurs facultés olfactives; et enfin que ceux qui, avant d'entrer dans la fabrique, ont l'habitude de priser du tabac, sont ordinairement à l'abri de cet accident. Ce fait toutefois souffre des exceptions.

Il mous reste maintenant à indiquer dans quelles circonstances et à quel moment de la fabrication ces altérations

2"24 CHROMÀTEURS (Ouvriers;.

ont le plus de chance de se produire. D'après Delpech et Hillairet, le mélange du fer chromé avec les corps qui doivent le transformer en chromate de potasse (nitrate, carbonate, sulfate de potasse) s'opère sans accident d'aucune espèce.

Au moment du détournement de la combinaison ainsi obtenue on calcine, et quand on la refroidit en l'éteignant avec de l'eau froide, les vapeurs qui s'élèvent entraînent avec elles des parcelles pulvérulentes de chromate jaune neutre; d'autre part, le transport de la calcine vers les cuves où elle doit être lessivée donne lieu à des poussières abondantes. Dans ces cas-là, les altérations nasales sont constantes et sans aucune exception. — Les lésions cutanées le sont moins, en raison de l'état de siccité de la matière; mais, si le moindre fragment s'introduit dans une écorchure des mains ou des pieds, les ulcérations spéciales se manifestent aussitôt. Elles deviennent très-fréquentes chez les ouvriers employés aux cuves de lessivage. — Telle est la part d'action qui revient au chromate jaune ou neutre de potasse.

L'action du bichromate commence dans les chaudières au moment où l'acide sulfurique qui doit transformer le chromate neutre vient d'y être versé. — Ici, la question de la présence de l'acide chromique libre dans les vapeurs qui s'élèvent peut être posée ; d'où l'on peut conclure à une action du bichromate de potasse en vapeur, en solution, en cristaux ou en poussière, avec réserve toutefois de l'action possible d'une certaine quantité d'acide chromique (Hillairet).

Hygiène préservatrice. — On mettra surtout ici en vigueur tous les procédés et moyens de préservation industrielle et individuelle que nous avons déjà décrits (hottes, cheminées de dégagement, cages vitrées et appareils clos,

ventilation générale, masques préservateurs, vêtements appropriés, lavages et ablutions fréquents, etc. (Voy. Hygiène générale, p. 60.)

Recourt et Chevallier, Mémoire sur les accidents qui atteignent les ouvriers qui travaillent le bichromate de potasse (Ann. d'hyg. publ.,^1863). — Delpech, Le la fabrication des chromâtes et de son influence sur la santé des ouvriers (Bulletin de l'Acad. de médecine, t. XXIX, p. 289, novembre 1863).— Hillairet , Maladies des ouvriers chromateurs, mém. lu à l'Académ. de méd., in Bulletin de l'Académie de médecine, janvier 1864. — Delpech et Hillairet, Mémoire sur les accidents auxquels sont soumis les ouvriers employés àlafabrication des chromâtes, in Ann. d'hygiène publ., t. XXXI,

cordonniers. — De toutes les causes de maladies qui viennent atteindre les cordonniers dans leur existence sédentaire, aucune ne se fait sentir d'une manière plus funeste que l'attitude vicieuse qu'exige leur profession. Assis, du malin au soir, sur un escabeau, le corps courbé en deux, ils pratiquent dans le cuir, et de la façon la plus pénible, des coutures forcées. Le mouvement professionnel se passe tout entier dans les membres supérieurs et les lombes, tandis que la moitié inférieure du corps reste dans la plus complète immobilité. Leur vie dans des échoppes malsaines, dans des rez-de-chaussée bas et humides ; la privation souvent de tout exercice salutaire au dehors, des digestions rendues pénibles par l'attitude professionnelle, entraînent chez eux un état marqué de mauvaise nutrition et d'anémie générale.

En effet, cette attitude à laquelle ils sont condamnés comprime les viscères abdominaux, mais surtout l'estomac et le foie. Il y a réplétion sanguine du système veineux et abdominal, et par suite troubles dans les sécrétions des

intestins et de leurs glandes annexes. De là des dyspepsies, des congestions de foie, de la constipation, des hémorrhoïdes, etc.

Les affections de l'intestin, d'après Shann, qui a observé en Angleterre, seraient deux fois plus nombreuses ici que partout ailleurs. Quant aux maladies de l'estomac, elles sont représentées par le chiffre élevé de 67 pour 100 des maladies observées ; la moyenne dans l'ensemble des autres professions étant de 40 pour 100. Déjtà Gorvisart et Mérat avaient signalé les cordonniers comme sujets non-seulement à l'inflammation chronique, mais encore au cancer de l'estomac.

J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs fois, chez des détenus militaires occupés à faire des souliers, l'eczéma du scrotum. Tous attribuaient le plissement et l'irritation des bourses à l'action de la poussière des cuirs, — A l'endroit où l'on a coutume de frapper sur la semelle, à la partie antérieure de la cuisse, il existe parfois une certaine inflammation du derme, de l'érythème et de l'eczéma. — L'habitude de maintenir le soulier contre la cuisse à l'aide d'une courroie sans fin (tire-pied) que l'on tend avec le pied correspondant, peut devenir la cause de douleurs et de convulsions dans les muscles de la jambe. Clémens, cité par Axenfeld, a décrit une crampe des cordonniers dans laquelle les convulsions se manifestent non-seulement aux mains, mais encore aux bras et à l'un des membres inférieurs. — L'usage du poinçon, celui de l'alêne, du tranchet, expose à des piqûres et des lésions des doigts de la main.

Le panaris, l'ampoule forcée sont des affections assez communes à la main droite; le pouce et l'index, qui tirent le fil pour l'enduire de poix, ont la pulpe aplatie; celle du pouce est un peu déjetée vers l'index. Le pli qui sépare la

deuxième et la troisième phalange de l'index est coupé par le fil et présente une crevasse profonde dont les bords sont durs et calleux (Tardieu). — On a indiqué comme habituelle chez les cordonniers la luxation en arrière du pouce gauche (Vernois). — On a noté enfin la présence de bourses séreuses accidentelles sur les ischions, et sur la cuisse à la région sus-rotulienne; les premières développées par la pression continue du siège sur l'escabeau, la seconde par la pression du tire-pied et les coups répétés du marteau.

Il est une autre conséquence fâcheuse de l'attitude et du mouvement professionnels, qui consiste en une prédisposition marquée aux affections des poumons et du cœur. Stoll (Médecine pratique) signale les hémorrhagies pulmonaires comme se rencontrant fréquemment chez les cordonniers. — Suivant Mayer, 49 pour 100 meurent de maladie de poitrine. — Benoiston de Chàteauneuf a relevé 55 phthisiques sur 1000 malades. — Nous trouvons dans les recherches statistiques de Trebuchet que 1000 ouvriers cordonniers fournissent par an un chiffre de 7 décès par phthisie, et d'après Hannover, plus d'un tiers des décès seraient dus à cette affection chez les cordonniers de Copenhague.

La voussure du dos et certaines déformations de la poitrine, que provoque à la longue une telle attitude professionnelle, doivent être regardées comme éminemment favorables au développement des affections précédentes. — Romazzini parle du plaisant spectacle de bossus, courbés et boiteux que donnait, de son temps, la procession de la corporation des cordonniers. Il est plus que probable qu'un grand nombre n'embrassait la profession qu\à cause de la préexistence chez eux de pareilles difformités. — Mais il est un enfoncement du thorax produit par la près-

sion de la forme sur la poitrine que l'on rencontre communément. C'est au niveau de l'articulation chondrosternale des sixième, septième et huitième côtes, immédiatement au-dessus de l'appendice xyphoïde, que le sternum offre un creux profond, régulier, circulaire, très-nettement circonscrit, et qui a été considéré par Tardieu comme un signe d'identité certain et constant de la profession.

Ces différentes causes, altitude vicieuse, pression de la forme sur le sternum, action continuelle et efforts des membres supérieurs, se joignent à leurs résultats morbides plus ou moins immédiats , tels qu'efforts respiratoires et troubles pulmonaires, troubles dans la circulation abdominale, déformation ou dépression thoracique, pour donner naissance aux affections organiques du cœur. Il est intéressant en effet de remarquer combien ces affections sont fréquentes chez cette catégorie d'ouvriers (Shann). On ne peut accuser ici les rhumatismes articulaires aigus, car ils sont très-rares. Les douleurs musculaires, le lumbago et la névralgie sciatique sont les seules manifestations rhumatismales que l'on rencontre chez eux. — Tous les auteurs s'accordent pour regarder la profession comme une de celles où la durée de la vie est la moins longue.

Cadet de Gassicourt dit que les cordonniers meurent avant 45 ans , et qu'un vieux cordonnier est une chose rare. Neufville, qui a observé à Francfort, donne comme âge moyen 47 ans ; Shann, en Angleterre, 39 ans, Hannover; à Copenhague, a trouvé que parmi les artisans, les cordonniers étaient ceux qui fournissaient le plus de malades, et que l'âge moyen des décès, en pareilles circonstances, était de 35 ans.

Benoistom de Chateauneuf, De l'influence de certaines professions

sur le développement delà phthisie pulmonaire (Ann. d'hyg. publ., 1831, t. VI, p. 5). — A. Tardieu, Mémoire sur les modifications que détermine dans certaines parties du corps l'exercice des diverses professions pour servir à l'histoire médico-légale de l'identité (Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., 1849, t. XLII et XLIIl). — Hannover, Die Krankheiten der Handwerker, in Beilage zur deutsche Klinik,

1861, nos 5,6, 7, traduit sous le titre Maladies des artisans d'après les relevés des hôpitaux civils à Copenhague (Ann. d'hyg. publ.,

1862, t. XVII). — Max. Vernois, la Main des ouvriers, Paris, 1862. — Mayer, liber den Einfluss des Standes und Berufes auf die Lebensdauer fArztliches Intelligenz Blatt, Munchen september 1863 et Canstatt's Jahresbericht ùber die Fortschritte in der gesaramten Medicin. Wurzhurg I86i, Band VII, analysé par Beaugrand (Ann. d'hyg., Paris, 1865, t. XXIII, p. 2291

couvreurs. — (( État salubre, travail lugubre », tel est le dicton populaire qui semble vouloir caractériser la profession de couvreur. Mais si la seconde proposition n'est que trop rigoureusement exacte, il n'en est plus de même de la salubrité de la profession. Suivant Pâtissier, les couvreurs sont sujets aux maladies inflammatoires, aux insolations, aux hémorrhagies, aux étourdissements, à l'ophthalmie et à l'apoplexie. L'exposition aux intempéries de l'atmosphère et des saisons serait, ici la principale cause de maladies.

Il résulterait toutefois des observations de Descamps que sans les terribles accidents auxquels ces artisans sont exposés, ils donneraient peu de prise aux maladies; ce qui paraît justifier l'adage précédent. Nos propres recherches nous ont permis de contrôler les opinions de ces auteurs. Nous avons reconnu chez les couvreurs la fréquence des congestions pulmonaires et des troubles nerveux. La première de ces affections peut être attribuée à la position que l'ouvrier est obligé de garder sur les plans inclinés qui forment la toiture, et aux courants d'air

vif auxquels ils sont particulièrement exposés. Le vertige nerveux, qui n'épargne pas même les anciens couvreurs, finirait par amener chez quelques-uns une véritable faiblesse paralytique qui se manifesterait surtout au moment de l'ascension des échelles. On m'en a cité plusieurs qui avaient été obligés de quitter la profession parce qu'arrivés à une certaine hauteur, ils étaient pris de tremblement et de faiblesse involontaires, surtout dans les membres inférieurs. Ces symptômes, qui ne doivent pas être rapportés à la crainte, se présentent ordinairement chez des ouvriers rompus au métier, et qui plus d'une fois s'étaient rendus maîtres de leurs étourdissements. — La position accroupie sur les toits me paraît avoir une sérieuse influence sur le développement de cette affection ; après un travail prolongé en effet dans cette attitude, les ouvriers éprouvent une certaine insensibilité des jambes qui se dissipe plus ou moins vite. Vernois parle d'un arrêt de développement avec flaccidité dans les muscles des mollets, chez les couvreurs, ce qui se rapprocherait assez de ce que nous avons nous-même observé.

L'habitude de se tenir sur les genoux pendant le travail provoque aussi la formation d'une bourse séreuse accidentelle au-devant de la rotule. Cette bourse séreuse est susceptible de s'enflammer par le frottement et de donner naissance à des hygromas et des abcès du genou.

Mais rien ne frappe plus l'esprit que la fréquence et la gravité des accidents qui surviennent chez les couvreurs. C'est le plus souvent des chutes d'une hauteur considérable, par suite d'éboulement, de rupture d'échafaudage et d'échelle. Lombard (de Genève) constate que c'est dans la profession de couvreur qu'il y a, toute proportion gardée, le plus de morts accidentelles : 27 pour 100. Descamps, qui a dépouillé les registres d'une

société de secours mutuels des couvreurs de Paris, mentionne, de 1822 à 1834, 5G accidents et 34 décès, parmi lesquels 16 ou près de la moitié sont le résultat de chutes. Dans ce dernier nombre, la-mort a eu lieu quelquefois immédiatement. Ambroise Tardieu, dans un récent travail, a tracé le tableau des lésions que l'on rencontre le plus souvent dans ces cas-là.

« Lorsque la mort est la suite immédiate, elle est presque toujours produite par la fracture du crâne ou par la commotion cérébrale que peut amener la chute d'un lieu élevé. Mais même sans avoir de résultats aussi funestes, c'est le plus ordinairement à la tête que-se montrent les blessures déterminées par. cette cause, plaies contuses à larges lambeaux, toujours accompagnées d'un certain degré de commotion. Il s'ensuit en général des accidents plus ou moins graves ou prolongés. Les blessés restent alors dans un état de faiblesse et de langueur qui peut durer plusieurs mois, et auquel se joint l'affaiblissement de la mémoire et des facultés. Il en est de même lorsque la moelle épinière a été intéressée soit directement dans une chute sur le dos, par la contusion du rachis, ou à plus forte raison par une fracture de la colonne vertébrale, soit indirectement et par contre-coup. La paraplégie est donc une suite habituelle et prévue de ces sortes d'accidents. D'autres blessures variées peuvent résulter de ces chutes ; les fractures peuvent porter isolément ou simultanément sur les côtes, sur la clavicule, sur les os des membres supérieurs et inférieurs; elles sont quelquefois simples, mais plus souvent compliquées de plaies contuses ; des contusions plus ou moins profondes peuvent atteindre en même temps plusieurs endroits du corps. Il faut signaler particulièrement les contusions des grandes articulations, des genoux, de l'épaule, qui sont suivies d'arthrites sou-

vent assez graves et toujours très-lentes à guérir, et enfin la rupture des ligaments soit du genou, soit de l'articulation tibio-tarsienne dans les chutes sur les pieds. » (Tardieu.)

Lombard (de Genève), De l'influence des professions sur la durée de la vie (Ann. d'hyg. publ., 1835, t. XIV, p. 88). — Descamps, Sur les couvreurs el sur une société de secours mutuels qu'ils forment dans la ville de Paris (Ann. d'hyg-. publ., 1834.). — Max Vernojs, De la main des ouvriers et des artisans (Ann. d'hygiène, 1862, t. XVII). — A. Tardieu, Accidents résultant d'une chute d'un lieu élevé; étude médico-légale (Ann. d'hyg. publ., t. XXXVI, 2e série, 1871).

cuisiniers, pâtissiers. — Les cuisiniers et les pâtissiers, Tjui passent leur vie autour des fourneaux, dans une chambre souvent petite et mal aérée, sont exposés à tous les inconvénients de la chaleur rayonnante.

Les transpirations abondantes, l'inspiration d'un air chaud et souvent vicié par les gaz qui se dégagent des charbons ardents, développent chez eux un état d'anémie des plus manifestes, et qui caractérise la pâleur ordinaire du teint, une grande mollesse et flaccidité des tissus, et parfois de la bouffissure du visage et de l'œdème périmalléolaire.

« Les cuisiniers, dit Chevallier, sont surtout exposés, pendant l'été, à des céphalalgies presque habituelles, à des vertiges, à des congestions dangereuses; plusieurs succombent à des attaques d'apoplexie, d'autres à de véritables asphyxies. »

Parmi les affections fréquentes, il faut noter les maladies de l'estomac et de l'intestin, ainsi que les éruptions cutanées. Les premières sont dues, le plus souvent, aux transpirations abondantes et à l'abus des boissons froides et acidulés; — les secondes reconnaissent pour cause

la surexcitabilité maladive des éléments sécréteurs de la peau, et l'action irritante du calorique rayonnant. Alibert, dans son traité, cite les cuisiniers comme sujets à la dartre crustacée flavescente et au prurit brûlant des membres. La main et l'avant-bras sont souvent atteints d'érythème et d'eczéma.

Le lichen et l'acné cébacée se rencontrent communément sur les membres et sur le tronc. Les abcès tubércux de l'aisselle et les oreillons ont été plusieurs fois observés par moi chez ces artisans.

Oudin, Pâtissier, Parent-Duchâtelet (ouvrages cités) les regardent comme particulièrement exposés aux ulcères atoniques des jambes. L'exposition continue à un foyer ardent fatigue leur vue et les prédispose aux altérations des milieux de l'œil, la cataracte et l'ambiyopie entre autres. (Voy. Pathologie générale, p. 30.)

On rencontre bien souvent, chez les cuisiniers comme chez les pâtissiers, des brûlures dues à l'action des liquides bouillants. La nature du liquide influe ici sur la profondeur de la lésion; les différents liquides arrivant k l'ébullition à des températures différentes. Indépendamment de cette quantité de chaleur ou capacité pour le calorique des différents liquides, il faut reconnaître qu'ils sont plus ou moins gluants, visqueux; qu'ils restent plus ou moins attachés, fixés aux parties sur lesquelles ils ont été répandus : ainsi l'eau bouillante tend à s'écouler; mais les graisses bouillantes, Yhuile, le sucre fondu produisent des blessures plus profondes, et parce que leur température est très-élevée et parce que leur action est prolongée par le fait de leur adhésion. C'est ce qu'on a l'occasion d'observer dans ces deux professions. Nous retrouvons ici, mais à un degré moindre que chez les boulangers, l'aptitude fâcheuse à contracter les épidémies. — Dans les

pays chauds, sur les navires, les cuisiniers sont toujours parmi les premières victimes des maladies endémiques. Chez eux, les moindres plaies prennent souvent un caractère fâcheux, surtout aux mains, où la turgescence passive des tissus prédispose à l'angioleucite. — Il est de plus une remarque intéressante à faire, c'est que les pâtissiers comme les cuisiniers sont très-fréquemment atteints de symptômes syphilitiques qui se présentent presque tous sous la forme humide : pustules ou plaques muqueuses.

Il faut noter enfin une plus ou moins grande tendance à l'alcoolisme chronique, les déperditions nombreuses de sueur auxquelles ces artisans sont en butte, les portant généralement à boire.

Hygiène. — Il est nécessaire qu'une cuisine soit largement aérée, ce qui malheureusement n'a pas lieu en raison de l'exiguïté des appartements actuels : « Nous, avons constaté dans un grand nombre de cas, dit Chevallier, que beaucoup de cuisines établies clans les nouveaux logements que l'on construit à Paris, sont trop exiguës, mal ventilées, et que certaines cuisinières sont forcées de quitter des maîtres chez lesquels elles se trouvaient bien, leur santé ayant été menacée par des asphyxies partielles qu'on a pu faire cesser, mais qui se renouvelaient. (Des professions dans lesquelles il y a danger d' asphyxie, in Ann. d'hyg.publ, 1864.) — Une excellente mesure d'hygiène en même temps que d'économie domestique consistera à ne tenir les fourneaux allumés que le temps nécessaire, et à aérer plusieurs fois dans l'intervalle des repas.

cotre (ouvriers qui travaillent le). — Nous examinerons ici l'action du cuivre et des sels de cuivre sur l'organisme, sans entrer dans les détails des diverses professions dans lesquelles on travaille ce métal.

CUIVRE (Ouvriers qui travaillent le), 235

C'est en général sons forme de poussière fine que le cuivre est absorbé par l'ouvrier. — « En effet, dit Bailly, que l'on se transporte dans un atelier de polisseurs et de limeurs de cuivre; pour peu qu'un rayon de soleil vienne filtrer à travers une ouverture et traverser l'atmosphère chargée de poussière, on voit dans cette traînée lumineuse les particules cuivreuses briller et reluire, et déceler ainsi par leur miroîtage leur présence dans l'air. Ces particules métalliques voltigent sans cesse et pénètrent dans la bouche des ouvriers; elles viennent se déposer à la base des dents, à la manière des résidus buccaux. »

Millon, chez les chaudronniers de Durfort, et Perron, chez les horlogers de Besançon, insistent sur ce dépôt de molécules cuivreuses sur les gencives et les dents. (( Presque tous, dit ce dernier, ont les dents maculées d'un vert plus ou moins foncé facile à constater. Si les plombiers ont les dents noires, les horlogers les ont bronzées; c'est là un caractère indélébile et bien accusé. Les mucosités gingivales laissent déposer cet enduit en se desséchant; on l'enlève difficilement par le raclage, et l'on aperçoit au-dessous l'émail de la dent, qui est d'un jaune sale terreux tirant sur le vert. » Palais, Chevallier, Boys de Loury, Bucquoy, ont observé les mêmes faits. Le premier effet de ces accumulations de poussières est d'irriter les gencives et d'occasionner une sécrétion abondante de salive qui devient bientôt acide. Cette irritation est surtout très-marquée à l'entour des dents, où elle forme comme un liséré rouge-pourpre caractéristique, signalé pour la première fois par Corrigan. Jusqu'ici il n'y a qu'une action locale et toute mécanique ; mais, sous l'influence de l'acidité des liquides salivaires, les particules métalliques sont transformées en sels de cuivre, et dès lors il va y avoir absorption et intoxication consécutive. — Cette ab-

236 CUIVRE (Ouvriers qui travaillent le).

sorption ne saurait être mise en doute. Pendant leur vie, dit Millon, les chaudronniers de Durfort ont les cheveux tout colorés en vert; l'urine qu'ils rendent donne une couleur verte à l'endroit du mur et à l'endroit du sol qui reçoivent plusieurs fois par jour cette urine. Cette absorption se fait quelquefois dans de telles proportions que les os en prennent une coloration verte (Audouard). — Stanislas Martin cite un ouvrier en métaux qui ne travaillait le cuivre que depuis cinq mois, et qui, dans ce court espace de temps, vit la nuance de ses cheveux changer de telle sorte que de blanche elle devint d'un vert si prononcé, que le pauvre homme ne pouvait sortir sans devenir un objet de curiosité. L'analyse chimique fit reconnaître que ce n'était pas seulement un dépôt de cuivre dans la chevelure, mais que les cheveux eux-mêmes contenaient de l'acétate de cuivre en assez grande quantité. (Bulletin de thérapeutique, t. XLIX, p. 549.)

Mais, s'il y a absorption, on voit qu'il y a aussi une élimination prompte et facile par les fonctions urinaires et cutanées. C'est pour cela que souvent les accidents qui déterminent cette introduction du cuivre dans l'organisme se réduisent à peu de chose, si ce n'est à quelques légères coliques. — La colique de cuivre est en effet la principale manifestation de l'empoisonnement professionnel auquel les ouvriers qui travaillent le cuivre sont toujours exposés. Cette affection, dit Blandet, est caractérisée par des accès de coliques auxquels se joint une prostration extrême. Le ventre n'est pas toujours indolent, et l'on .observe tantôt de la constipation, tantôt au contraire de la diarrhée. — Telle est la véritable colique professionnelle, comme je l'ai observée moi-même sur des ouvriers ajusteurs en cuivre.

Pour quelques auteurs, Chevallier et Boys de Loury entre autres, l'inspiration des particules cuivreuses est

CUIVRE (Ouvriers qui travaillent le). 237

parfaitement innocente; les accidents qui surviennent chez les ouvriers doivent être attribués aux sels de cuivre, particulièrement au carbonate, qui recouvrent les vieux objets. Sans aucun doute le nettoyage des objets de chaudronnerie, des tubes de cuivre ou de laiton, etc., recouverts d'une couche de selcuivrique, expose à l'absorption d'une poussière dangereuse, et provoque plus sûrement les symptômes d'un véritable empoisonnement que la poussière du métal lui-même; mais n'avons-nous pas vu que ce métal n'était absorbé qu'à l'état de sel de cuivre, transformation due à l'aclion acide de la salive sur le dépôt gingival professionnel? — Il faut toutefois reconnaître que dans certaines circonstances les particules métalliques peuvent agir mécaniquement sur les muqueuses des voies absorbantes et produire seulement des effets d'irritation locale, delà gastro- entérite catarrhale par exemple, au même litre que des conjonctivites, des angines et des bronchites calarrhales. Chevallier, et plus tard Pécholier et Saint-Pierre, observa nt les ouvriers employés à la fabrication du verdet ou acétate de cuivre, n'ont reconnu en effet chez eux que cette manière d'agir des poussières ahsorbées. Ce sont là des faits qu'il faut accepter sans doute, mais qui demandent de nouvelles recherches. — Que penser toutefois de la conclusion que ces deux auteurs ont cru devoir tirer de leur travail? « Non-seulement, disent-ils, la fabrication du verdet est réellement sans inconvénient, mais encore l'absence de chlorose chez toutes les ouvrières qui ont été examinées nous amène à conclure que la profession n'est pas étrangère à cette immunité, et que le cuivre possède des propriétés analogues à certains égards à celles du manganèse et surtout du fer. » (Pécholier et Saint- Pierre.)

Il est enfin un troisième mode d'absorption du cuivre

238 CUIVRE (Ouvriers qui travaillent le cuivre).

par les vapeurs qui se dégagent pendant sa fusion. Les chaudronniers qui soumettent au feu, pour les nettoyer, des objets revêtus d'une épaisse couche de sel de cuivre, ceux qui fondent à la chaleur rouge l'alliage de cuivre qui sert à souder, sont exposés à des accidents graves qui présentent alors au plus haut degré les caractères de l'intoxication professionnelle : « Saveur acre cuivreuse ; sécheresse delà langue, sentiment de constrictionàla gorge avec grande irritation ; rapports acides et crachotement, puis nausées et vomissements tantôt abondants, tantôt avec beaucoup d'efforts; tiraillements de l'estomac, douleurs fixes dans cet organe ; coliques violentes qui laissent après elles une impression douloureuse; déjections alvines souvent sanguinolentes, mêlées de mucosités blanchâtres, quelquefois ballonnement de l'abdomen qui est douloureux à la pression; la peau est sèche, le pouls quelquefois serré, fréquent, ordinairement dur; la chaleur tantôt naturelle, tantôt élevée; soif ardente, anxiété précordiale, urines rares, abattement général, douleurs dans les membres, crampes nerveuses. $

Quelques auteurs, Burq,Pécholier et Saint-Pierre, avaient avancé que les ouvriers qui travaillent le cuivre -étaient à l'abri du choléra. Malheureusement des faits ont été produits qui ont prouvé que des ouvriers en cuivre avaient été frappés de l'épidémie tout aussi souvent que les autres. Bien plus, en Angleterre, de récents travaux de statistique ont démontré que les ouvriers employés dans les manufactures de cuivre avaient été parmi les plus atteints; la moyenne générale des ouvriers atteints étant de 2,20 pour 100, les ouvriers en cuivre auraient fourni un chiffre de 0,50 !

Hygiène et thérapeutique. — On mettra surtout en pratique tous les moyens de préservation indiqués dans l'hygiène générale, au sujet de l'empoisonnement proies-

CUIVRE (Ouvriers qui travaillent le). 239

sionnel. (Voy. p. 60.) Mais on comprend qu'il faudra insister avant tout sur les soins de propreté de la bouche et des dents, et empêcher tout séjour des particules cuivreuses sur les gencives.

Quant au traitement, il consistera en émoliients, diaphoniques et diurétiques (bains généraux, petits lavements calmants). — Le lait doux est généralement regardé par les ouvriers comme une boisson préservatrice de toute irritation gastro-intestinale.

À. Chevallier, Note sur la santé des ouvriers qui travaillent le cuivré (Ami. d'hyg. publ., 1843). — Blandet, Mémoire sur la colique de cuivre (Bullet. de l'Acad. de méd., 1846). — Millon, Note sur les ouvriers qui travaillent le cuivre dans le département du Tarn ; rapport par Martin Solon, Bullet. de l'Acad. de médec, 1847, t. XII, p. 561. — A. Chevallier, Note sur les ouvriers qui travaillent le vert-de-gris (Ann. d'hyg. publ., 1847, t. XXXVII, p. 392). — A. Chevallier et Boys de Loury, Mémoire sur les ouvriers qui travaillent le cuivre et ses alliages {Ann. d'hyg. publ., Paris, 1850, t. XL1II, p. 337). — Pietra-Santa, Mémoire sur la colique de cuivre (Compt. rendus de l'Académ. des sciences, 1858). — Perron, Des maladies des horlogers produites par le cuivre et l'absorption des molécules cuivreuses (Bulletin de la Société de médecine de Besançon, 1860, no 10, et Annales d'hyg. publ., 1861, t. XVI, p. 70). — Pécholier et Saint-Pierre, Hygiène des ouvriers employés à la fabrication du verdet (Montpellier médical, 1864). — Maisonneuve, Hygiène et pathologie professionnelles des ouvriers employés dans les arsenaux maritimes (Arch. de méd. navale, 1865). — Bukq, Choléra; préservation et traitement par le cuivre (Gaz. des hôpitaux 1865). — Bailly , Du signe pathognomonique de l'intoxication cuivreuse ^Union niédic, nov. 1873). — Bi'CQLOY, Rapport lu à la Société médicale des hôpitaux, Paris, décembre 1873.

CLLTIYATELRS , MOISSONNFXRS , VIGNERONS. — S'il

est un fait généralement accepté, c'est l'influence favo rable de la profession agricole sur la santé et la mortalité moyenne générales. Comparée surtout à ce qui se passe

240 ULTIVATEURS, MOISSONNEURS, VIGNERONS.

dans les villes manufacturières, cette influence apparaît avec une telle évidence, que l'on ne peut s'empêcher de s'écrier avec le poëte latin :

0 fortunatos nimium sua si bona norint

Ayiiculas !

Mais la statistique a des formes de langage à nulle autre pareilles; elle dissimule sous la rigueur mathématique des chiffres qu'elle nous donne, une élasticité d'aperçus échappant pour ainsi dire ta l'interprétation délinilive, par la facilité avec laquelle on peut les pliera toute comparaison.

Si nous consultons Yillermé, en effet, nous voyons que la durée probable de la vie au moment de la naissance serait de 39 et même de 43 ans dans les contrées essentiellement agricoles, et seulement de 19 et 22,5dans les centres manufacturiers. De tels chiffres parlent haut; mais ils ne sont vraiment complétés que par le tableau suivant :

Pour 1000 décès, on aurait en Angleterre :

Avant Avant Reste à iO ans

10 ans

40 ans

sur 10 000.

Dans les districts agricoles

Dans les districts agricoles

et manufacturiers

Dans les districts essentiel-

lement manufacturiers. . .

Par ce tableau, il est facile de voir que la mortalité a lieu surtout avant l'âge de dix ans, époque de la vie où l'influence professionnelle ne saurait intervenir; et si nous acquérons ainsi la conviction que la vie des champs est plus favorable à l'enfance que le séjour des villes, nous sommes loin d'être renseigné sur le bénéfice assuré par

leur profession à tous ceux qui travaillent à la campagne.

Les statistiques françaises nous donnent la même différence en faveur de la population rurale. Tandis que Deville trouve pour toute la France, dans une moyenne de dix années (de 1 851 à 1 8G1), une proportion de décès égale à 2,28 pour 100, la mortalité pour la population rurale est représentée par un chiffre égal à 2 pour 100 seulement. D'après Bertillon, tandis que la France enregistre de 20 à 50 ans, année moyenne, une mortalité de 12 décès sur 1000, la population rurale n'offre que 10,8 décès sur 1000. Ces derniers chiffres doivent attirer plus spécialement notre attention. De 15 à 60 ans, en effet, l'influence professionnelle entre en ligne de compte et doit être soupçonnée à bon droit. — Nous trouvons enfin dans Bertillon des données positives sur le sujet qui nous occupe. C'est ainsi que lorsque la mortalité générale moyenne et annuelle sur 1000 vivants est, pour les périodes de 25 à 35 ans, de 35 à 45 ans, de 45 à 55 ans, de 8,65, 11,47 et 16,52 pour toute la population ; pour les fermiers et les valets de ferme elle n'est plus que de 6,6, 7,7, 11,6 dans les mêmes périodes de vie.

Mais ce fait une fois établi, il reste h distinguer quelle est la part exacte qui revient ici aux influences du milieu rural, et quelle est celle qui doit être rapportée spécialement au genre de travail professionnel. Nul doute, en effet, que les industries des villes, transportées en pleine campagne, dans une contrée salubre, ne vissent leur état hygiénique s'améliorer au point de présenter, avec les mêmes conditions de travail, un état sanitaire et une durée de la vie fort différents de ce qui existe en réalité. — Or Chadwick, cité par Beaugrand, nous donne comme durée moyenne de la vie, dans un district essentiellement agricole, le Rutlandshire, 52 ans pour les professions libé-

LAYET. 14

im CULTIVATEURS, MOISSONNEURS, VIGNERONS.

raies, 44 ans pour les fermiers et métayers, 38 ans seulement pour les journaliers cultivateurs.

Cette différence de 14 ans aux dépens delà vie moyenne des simples cultivateurs peut sans doute être le résultat d'un labeur professionnel qui les soumet à une grande fatigue du corps; mais elle est surtout amenée par la détestable hygiène privée des travailleurs des champs, hygiène qui vient neutraliser les heureux avantages que leur assure une vie active au grand air. A cet. égard, tous les auteurs sont unanimes. « Rien n'est insalubre comme la demeure du paysan, dit Druhen; balayures, débris de légumes destinés à la nourriture des animaux, graines sèches, chanvre à filer, chaussures, eaux grasses, etc., sont mêlés dans une ridicule et dégoûtante confusion. Une chambre principale est le point de réunion de la famille entière pour les repas, pour les veillées ; pendant l'hiver, chacun prend sa place autour du feu ardent où cuisent les aliments de la famille et des animaux; et pour que l'air ne puisse renouveler cette atmosphère épaisse de miasmes et de vapeurs, on ouvre rarement les portes et on condamne les fenêtres. L'habitude et l'indifférence pour tout ce qui concerne les soins de la maison laissent les fenêtres ainsi condamnées pendant l'été; et le cultivateur, obligé de dormir au milieu de vapeurs méphitiques et malsaines, a bientôt perdu les salutaires effets d'une journée passée à l'air pur et vivifiant de la campagne. » — Mais c'est surtout en Bretagne que l'ignorance des paysans et l'insouciance des fermiers vient peser lourdement sur la santé de tous. a Les habitations sont basses et mal aérées, le plus souvent en contre-bas du sol, percées d'ouvertures insuffisantes pour la lumière et le renouvellement de l'air; le sol, dépourvu de carrelage ou de plancher, finit par se creuser et former des cloaques où séjournent les eaux*.. Le voisi-

nage dos étables, et au dehors les immondices, les eaux croupissantes provenant des fumiers souvent adossés aux maisons et qui peuvent filtrer à travers les murs, exposent à l'influence funeste de miasmes organiques et d'émanations malsaines (Caradec).

On comprendra maintenant pourquoi les paysans cultivateurs sont, dans la plupart des contrées, et malgré l'opinion généralement professée, plus enclins que d'autres à contracter certaines maladies graves, et pourquoi ils payent souvent un large tribut aux épidémies. Shann, en effet, a signalé la fréquence des affections digestives chez les laboureurs anglais, et le nombre considérable de décès qu'ils fournissent aux épidémies de variole, de typhus fever et de dysenterie.

C'est là, il faut le dire bien haut, un point essentiel d'économie sociale autant que professionnelle, sur lequel philosophes, hygiénistes et administrateurs devront insister avant tout; et, sans nous étendre davantage sur ce sujet, disons ici que l'instruction et l'éducation morale du paysan lui assureront d'autant plus les bé'néfices de l'application et du maintien d'une hygiène privée convenable. « Parmi les modifications les plus importantes qu'il serait désirable de voir introduire dans le régime intérieur des campagnes, nous nous bornerons avec Brochin à indiquer en particulier les suivantes : éloignement des fumiers des pièces d'habitation ; suppression des toitures en chaumes, qui entretiennent l'humidité et sont le siège et le réceptacle de décompositions organiques; agrandissement et multiplication des croisées et autres voies d'aération ; dallage, carrelage ou mieux planchéiage des rez-de-chaussée, et leur surélévation au-dessus du sol; suppression des alcôves, des baldaquins, épais rideaux, qui sont tout, autant d'obstacles à la libre circulation de l'air autour du lieu de couchage,

m CULTIVATEURS, MOISSONNEURS, VIGNERONS.

ainsi que de ces sortes de cabines obscures confinées dans la partie la plus reculée de l'habitation et les plus inacessibles à l'air, où couchent un grand nombre d'habitants des contrées froides et des montagnes. »

Nous allons maintenant pénétrer dans l'étude des causes particulières des maladies qui atteignent ceux qui travaillent aux champs ; les décrire sera le plus souvent indiquer le moyen de les prévenir.

S'il est une profession qui expose plus particulièrement aux intempéries des saisons, c'est celle de cultivateur.

Soit qu'il laboure et qu'il ensemence, soit qu'il fauche et qu'il moissonne, c'est tantôt par un froid vif ou humide, tantôt par un soleil ardent que le paysan travaille. Aussi les affections rhumatismales, les maladies inflammatoires des poumons et les insolations sont-elles fréquentes chez lui.

L'habitude de dormir en plein champ pendant la moisson, et l'action sur la tête ou la face des rayons du soleil deviennent souvent la cause de méningites graves et d'érysipèles. Pâtissier dit "que les moissonneurs présentent souvent des ophthalmiesà cause de la lumière très-vive qui frappe leurs yeux. La cataracte a été regardée comme fréquente chez eux.

C'est surtout dans le sud de la France et les pays méridionaux que l'influence solaire se fait sentir ainsi. — Martin Duclaux a décrit en 1859 une maladie des moissonneurs qui aurait sévi épidémiquement sur les populalations rurales et qui trouverait sa cause dans les chaleurs excessives de l'été. Suivant cet observateur, l'invasion, à peu près instantanée, s'est annoncée assez souvent par de la céphalalgie, par des éblouissements, par l'injection ou plutôt la cyanose du visage et de tout le corps, et par des dérangements digestifs. Insensiblement, et en peu de

temps, il survient de la défaillance des forces dans les membres; les mains laissent échapper les instruments, la marche devient titubante, et le malade, pris de vertiges, tombe le plus souvent. Il est rare qu'il n'accuse point de douleurs dans divers points de la colonne vertébrale. — La cause de la maladie serait une hypérémie des centres nerveux, du cervelet et de la moelle épinière principalement. Le traitement employé a consisté en émissions sanguines et frictions mercurielles.

L'attitude et certains mouvements professionnels peuvent devenir la cause d'affections diverses. C'est ainsi que l'on a remarqué l'inflammation des gaines tendineuses des muscles de l'avant-bras chez les moissonneurs qui saisissent et serrent avec vigueur les gerbes de blé. — Suivant Vernois, après la saison des foins, des blés, seigles ou avoines, et à la suite d'un travail sur des milliers de bottes, les botteleurs présentent au niveau du genou droit des callosités, des rugosités très-vives avec rougeur, qui sont parfois suivies d'inflammation plus ou moins profonde. La cause est la pression constante du genou sur les liens qui assujettissent la botte. — J'ai dans mes recherches constaté que cette attitude occasionnait, le plus souvent, des crampes dans le mollet, et que l'extension forcée et continue du gros orteil provoquait parfois des douleurs trèsvives dans l'articulation métatarso-phalangienne correspondante, et de la crépitation douloureuse dans l'extenseur propre du gros orteil. — Dans l'action de bêcher et de piocher, l'influence de l'attitude est incontestable. Chez les travailleurs de la terre qui se tiennent constamment le corps penché en avant, les muscles spinaux finissent par ne plus réagir; les vertèbres pressant les unes sur les autres par leur face antérieure, se déforment, et il se produit une déviation à convexité postérieure de la colonne vertébrale

m CULTIVATEURS, MOISSONNEURS, VIGNERONS,

ou cyphose, Presque tous les vieux paysans sont ainsi penchés vers ce sol qu'ils ont tant arrosé de leurs sueurs. Chez les vignerons de profession, cette courbure est surtout très-prononcée à la région cervico-dorsale. — D'après Yernois, le maniement et la préhension habituelle du manche de la bêche amènerait, à la longue, une déviation des quatre doigts de la main vers le bord cubital, avec impossibilité de redressement normal.

Basedow a signalé, sous le nom de melker-krampf, un spasme fonctionnel des doigts, analogue à la crampe des écrivains, chez les trayeuses de vaches. — Suivant Shann, les laboureurs viendraient immédiatement après les forgerons pour la ' fréquence des maladies organiques du cœur. Cet auteur aurait de la tendance à les attribuer à l'influence des efforts violents qu'ils font avec leurs bras.

Cette exagération du mouvement professionnel se rencontre surtout chez ceux qui battent le blé avec des fléaux sur l'aire ou dans les granges. — Il n'est pas rare d'observer chez les batteurs en grange des irritations des yeux, de la gorge et des bronches. Le battage h la mécanique emploie moins de monde, mais ceux qui dirigent la machine sont plus exposés : de la paille saisie par elle et secouée avec violence s'élève une poussière épaisse formée de détritus de toutes sortes qui pénètre dans le nez, les yeux, la bouche et les voies aériennes, De là des inconvénients inhérents à toutes les poussières, mais acquérant une certaine gravité chez ceux qui sont prédisposés à h phthisie (Beaugrand).

Il en est de même du nettoyage du grain ou vannage. Ce nettoyage s'opère le plus souvent à bras, au moyen d'un van, espèce de grand panier plat à l'aide duquel on agite le grain en le projetant à une certaine hauteur. Les en-

veloppes des grains et les matières légères sont entraînées par les courants d'air, et le grain, plus pesant, retombe dans le panier. — Les ventilateurs mécaniques, dont l'usage tend à se répandre à cause de l'économie qu'ils entraînent, occasionnent plus encore, si c'est possible, de la poussière. De plus, il résulte de la fatigue et des douleurs, ce qui oblige les hommes à se relayer de demi-heure en demi-heure ; la mise en mouvement nécessitant un assez grand effort musculaire.

Les travaux de défrichement par suite duquel les couches profondes de terre humides et chargées de débris organiques sont exposées à l'action de l'air, sont une source fréquente de fièvres intermittentes, même dans une localité qui en est d'ordinaire exempte.

Dans les contrées marécageuses (Bresse, Sologne), les rizières (Lombardie, Parme), l'influence de l'humidité et des miasmes telluriques entraîne, à la longue, un état prononcé d'anémie, Tandis qu'en France, comme dans presque toute l'Europe, la mortalité moyenne annuelle est de 1 sur 40, dans les pays marécageux on voit cette proportion tomber jusqu'à 1 sur 20, et même plus bas encore dans les contrées les moins favorisées.

Ughi, parlant des cultivateurs de riz des rizières de Parme, dit que sur 100 cas de mort parmi les habitants du pays, 56 portent sur les enfants au-dessous de cinq ans ; de ceux qui survivent, les deux tiers succombent avant leur vingtième année; et le reste végète dans un état d'affaiblissement physique et moral vraiment digne de pitié (Ughi).

Les hommes qui rentrent les foins, les botteleurs surtout, sont exposés cà contracter une affection particulière connue sous le nom d'asthme des foins. — Décrite pour la première fois par Bostock, cette affection est caractéiï-

sée par une dyspnée spasmodique avec coryza et larmoiement. H y a des quintes de toux bientôt suivies d'une expectoration assez abondante, et quelquefois de la fièvre. On a attribué la cause de ces accès d'asthme aux poussières végétales et aux émanations du foin.

L'analogie de ces symptômes avec ceux que détermine chez les ouvriers employés à la sublimation de l'acide benzoïque l'aspiration des vapeurs qui s'échappent accidentellement (irritation très-violente de la poitrine, quintes de toux très-pénibles) semblerait venir à l'appui de l'opinion de Vogel et Smith, qui considèrent l'asthme des foins comme occasionné par l'acide benzoïque dégagé des plantes fourragères sous l'action du soleil (Smith).

Si nous faisons remarquer que cette affection se manifeste surtout quand le foin est sec, après avoir été exposé plus ou moins longtemps à l'humidité des nuits, on pensera avec nous que l'absorption des poussières en est la principale cause. Peut-être faut-il faire intervenir ici une influence nouvelle, celle de la présence dans ces poussières d'infusoires ou de moisissures. — « Le professeur Helmholtz, dit Tyndall, est atteint chaque année de la -fièvre des foins ; il a constaté qu'à ce moment son mucus nasal est peuplé de vibrions qui ne s'y présentent jamais k tout autre moment de l'année, vibrions qui paraissent se loger de préférence dans les anfractuosités profondes des fosses nasales, puisqu'il faut un éternument énergique pour les déloger. »

D'autres affections de même nature ont été décrites par les auteurs. Salisbury parle d'un exanthème fébrile qu'il aurait observé chez un fermier ayant travaillé à rentrer des pailles gâtées, et qui s'était ainsi exposé à l'absorption de poussières moisies résultant du triage de celles qui étaient intactes. Il constata de la fièvre, de l'oppression,

de la rougeur et du gonflement de la gorge et des amygdales; puis il survint, en même temps que du coryza et du larmoiement, une éruption rubéolique généralisée. Les symptômes eurent une durée de quatre à cinq jours.

Salisbury s'inocula des spores et des cellules du champignon de la moisissure, et obtint comme résultat l'apparition de symptômes identiques k ceux de la rougeole ordinaire, sauf une incubation plus rapide. (Effet de l'inoculation et de la paille de blé, par Salisbury.)

Rouyer a signalé, en 1866, chez les paysans occupés à rentrer le blé altéré par l'humidité, comme chez ceux qui couchaient dans les greniers où il était déposé, une affection parasitaire assez analogue à celle que nous aurons l'occasion de rencontrer chez les meuniers.

« La maladie débutait par un prurit très-pénible qui durait seulement quelques heures ; la peau rougissait et se couvrait d'une éruption miliaire, et de petits points noirs se mouvant en différents sens; puis tout disparaissait spontanément ou avec des lotions vinaigrées après trois ou six jours. — Ch. Robin a reconnu dans ces petits points noirs des nymphes d'un acarien dont il n'a pu constater un seul échantillon d'animal parfait. »

A l'époque des vendanges, les vignerons qui pénètrent dans les cuves vinaires sont quelquefois victimes d'accidents d'asphyxie provoqués par l'acide carbonique développé par la fermentation.

Ce gaz peut se répandre et s'accumuler aussi dans un cellier mal aéré et devenir ainsi une cause très- fréquente d'asphyxie pour les ouvriers insouciants. Mais en dehors de la production de ce gaz délétère, les observations de Saint- Pierre ont démontré qu'il pouvait exister dans les cuves vinaires des atmosphères asphyxiantes par suite de la

diminution de l'oxygène et de la présence, en quantité excessive, de l'azote.

On devra donc prendre les plus grandes précautions avant de pénétrer dans un cellier et surtout dans une cuve. Non-seulement il faudra faire absorber l'acide carbonique par de la chaux vive et de l'ammoniaque, mais encore on devra toujours se faire précéder d'une bougie allumée, car dans le cas où le gaz irrespirable serait de l'azote, c'est à la ventilation seule qu'il faut avoir recours.

Suivant quelques auteurs, Bouché de Yilray et Desmartis entre autres (Comptes rendus de VAcad. des sciences, mai 1864), Y oïdium Tuckeri de la vigne aurait été pourdesvignerons, durant l'époque de la taille, la source d'accidents graves. Ces ouvriers auraient présenté diverses affections de nature diphthéritique, entre autres des coryzas et des angines couenneuses.

Letellier et Spéneux ont démontré, par des expériences nombreuses, que ce fait avancé est complètement erroné. Bouisson (de Montpellier) a décrit une ophthalmie produite par le soufrage de la vigne. — La plupart des travailleurs chargés de cette opération qui se renouvelle depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'août, à chaque invasion de l'oïdium, sont atteints d'une irritation oculaire plus ou moins forte. Quelques-uns sont obligés de renoncer à ce genre de travail. C'est une conjonctivite généralement peu grave; les yeux sont rouges, larmoyants, tuméfiés, il y a de la douleur pongitive, pénible surtout au milieu de la journée, où elle est exaspérée par la radiation solaire et la réverbération. Il y a, le plus souvent, inflammation de la caroncule lacrymale, et. des ecchymoses sous-conjonctivales. Le soufre sublimé (fleur de soufre) en serait plutôt la cause que le soufre trituré, et c'est à son action chimique plus qu'à son action mécanique qu'il faut attribuer les acci-

dents. Le mélange du soufre avec de la chaux rendrait les ophthalmies plus fréquentes et plus intenses. — Le choix du soufre, l'adoption de bons instruments, l'emploi de voiles, de lunettes, tels seront les moyens préservatifs mis en usage.

Les éruptions cutanées sont très-fréquentes chez les garçons de ferme. La malpropreté et le contact habituel avec des matières plus ou moins fermentescibles sont la cause ordinaire de ces affections. L'habitude de coucher dans les étables ne saurait être blâmée d'une manière générale; mais il est bien certain que les odeurs ammoniacales et les produits de h décomposition des urines et des fumiers peuvent porter atteinte cà la santé. L'irritation chronique des yeux, et, dans quelques cas, des embarras gastriques bilieux sont le résultat de semblables émanations.

Liguson a trouvé dans l'atmosphère des étables une grande quantité de poils d'animaux, des pellicules, des fragments d'épithélium, quelques cellules de la teigne, des ovules, des champignons de différentes espèces et une grande quantité de matières organiques. On comprend d'après cela que l'herpès circulé, tonsurant, les éruptions pustuleuses du cuir chevelu que l'on rencontre assez souvent chez les garçons de ferme, peuvent avoir une origine contagieuse. Piaynal, en effet, a fait ^connaître à l'Académie de médecine des cas de communication a l'homme de la dartre tonsurante du bœuf et du cheval (1858). — - Il est une autre maladie parasitaire des oiseaux de basse- cour, maladie analogue à la gale et causée par le sarcopte mutans de Charles Pvobin, et qui, d'après Raynal, serait aussi transmissible aux garçons de ferme, aux tilles de basse-cour.

Ce que nous venons de dire doit faire reconnaître la nécessité de l'assainissement des étables. Celui-ci, en dehors

des moyens ordinaires d'aération, qui, le plus souvent, sont assez difficiles à établir, s'obtiendra autant par l'emploi de substances antiseptiques et désinfectantes dont on saupoudrera le sol et les fumiers, et par une distribution abondante d'eau, avec laquelle on évacuera promptement les résidus de tous genres. — En Allemagne, on s'est bien trouvé, pour enlever les odeurs aux écuries et aux étables, d'arroser le fumier avec une solution de percblorure de fer. Ce sel al'éminente propriété de désinfecter en même temps qu'il accroît la valeur agricole de l'engrais (Ch. de Freycinet).

En Angleterre, on fait un grand usage d'un mélange de carbonate de chaux et de sulfite de magnésie (poudre de Mac-Dougall).

En France, on a souvent préconisé, dans ces derniers temps, les composés phéniquésetle phosphate ammoniacomagnésien. Le docteur Lemaire a proposé de saupoudrer le sol des écuries et des étables avec de la terre et du sable contenant deux millièmes d'acide phénique.

Dans certaines circonstances, quand la quantité de gaz répandus dans les étables est considérable, on emploiera le procédé suivant, recommandé par Yernois. Dans une terrine à moitié pleine de cendres on mélange 4- onces de sel commun et 3 onces d'huile de vitriol. Il va se dégager des vapeurs abondantes neutralisantes des odeurs ammoniacales, et des produits de la décomposition des urines et des fumiers. — On ferme pendant le dégagement, puis on aère avant de pénétrer de nouveau.

Nous ne terminerons point cette étude des maladies plus ou moins accidentelles que l'on rencontre chez les gens de la campagne, sans citer une affection curieuse propre aux jardiniers. Elle consiste en une éruption trèsdouloureuse de clous siégeant principalement aux mains,

et qui a lieu très-fréquemment en Belgique, chez les personnes qui arrachent les panais. Cette éruption, bien connue des maraîchers belges sous le nom de mal du panais, se manifeste ordinairement lorsque l'arrachage se fait à la rosée. (Gaz.hebd.,nov. 1861.)

L. Druhen, Des causes de l'indigence et des moyens d'y remédier, Besançon, Turbergue, 1850, in-8°. — Martin Duclaux , Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1859. — Ughi, Gaz. med. italiana, provinz. sard., 1861. — Smith, Médical Times and Gazette, 1863. — Bouisson (de Montpellier), Comptes rendus de l'Académie des sciences, Paris, 1863. — Salisbury , Annales d'hygiène publique, 1863. — A. Chevallier, Des accidents déterminés par les gaz résultant de la combustion ^du bois et du charbon ; des professions dans lesquelles il y a danger d'asphyxie (Ann. d'hyg. publ. 1864-, t. XXII, p. 74). — Brochin, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, art. Logement. — Bertillon , Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, article Grande-Bretagne; mortalité à chaque âge selon les professions. — Saint-Pierre (de Montpellier), Les atmosphères irrespirables des cuves vinaires (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1867). — Ch. de Freycinet, Annales des mines, 1860, et Traité d'assainissement, 1870.

Sous le nom général de déchargeurs de bateaux, nous comprenons les hommes de peine employés au déchargement des bâtiments de commerce, au débardage des trains de bois, au déchirage des bateaux en rivière, etc. Ces ouvriers sont exposés à toutes les intempéries des saisons, à l'action continue de l'humidité, àla fatigue qui résulte du transport de fardeaux considérables, et souvent aussi à tous les inconvénients du halage le long des cours d'eau, etc. Parmi les affections communes à tous ces ouvriers, nous trouvons : les inflammations des poumons, le catarrhe des bronches, les douleurs rhumatismales et le lumbago. — Les hernies sont excessivement fréquentes chez eux par layet. 15

suite des efforts professionnels. — La plupart des auteurs, Ramazzini, Fourcroy, Pâtissier, etc., ont insisté sur la présence d'ulcères aux membres inférieurs. Les ouvriers, dit Pâtissier, sont exposés à se faire aux jambes des écorchures qui dégénèrent souvent en ulcères très-difficiles à guérir. Parent-Duchâtelet, tout en reconnaissant la fréquence des plaies et des contusions aux jambes, est loin de regarder le séjour dans l'eau comme défavorable à leur cicatrisation. — Cet auteur a décrit le premier une maladie particulière aux débardeurs et connue sous le nom de grenouilles.

Les grenouilles constituent une altération du derme caractérisée par un ramollissement, des gerçures et souvent une usure, une véritable destruction des parties qui sont en contact avec l'eau. On les remarque sur les extrémités supérieures comme sur les extrémités inférieures ; mais plus souvent sur ces dernières. Ainsi, elles siègent de préférence entre les orteils, où elles déterminent de vastes fentes ou crevasses dont la profondeur est quelquefois de plusieurs millimètres; il n'est pas rare de les observer sur les talons; et alors tantôt la peau est fendue, gercée, crevassée en différents sens, tantôt comme mâchée ; chez quelques-uns elle s'en va par lambeaux, laissant à vif un fond rouge pulpeux d'une sensibilité extrême. — Cette affection, qui paraît n'être que le résultat d'une macération du derme, détermine, dans son état d'acuité, une douleur et une cuisson des plus vives, mais seulement quand les parties, étant hors de l'eau, commencent à se sécher. Cette maladie n'a par elle-même aucune gravité; elle se guérit par le seul repos et la cessation de la cause qui l'a produite. Mais il est des ouvriers qui, dans le cours d'une campagne, sont obligés d'interrompre cinq ou six ois leur travail pour se reposer quelques jours;

Les panaris, les phlegmons de la main consécutifs à la pénétration d'éclats de bois dans les tissus se rencontrent fréquemment chez tous ces artisans.

Chez ceux qui halent les bateaux le long des rivières, on remarque parfois une certaine voussure de la colonne vertébrale due à l'attitude courbée qu'ils prennent dans leurs efforts de traction . Us présentent, en outre, une direction des pieds en dehors plus ou moins marquée (Valgus), due à leur manière de marcher sur le chemin dehalage et de presser sur le sol surtout avec le bord interne de la plante du pied. — L'action du baudrier ou de la corde sur les épaules détermine par le frottement une inflammation plus ou moins vive de la partie froissée, des furoncles, des anthrax, et la formation d'une bourse séreuse accidentelle sur le sommet de l'épaule.

Cette même cause, en agissant par compression sur la cage thoracique et la partie inférieure du cou, a donné lieu quelquefois à des hémoptysies et à des vertiges consécutifs au gonflement des veines cervicales. — Presque tous ces ouvriers sont atteints de hernie.

Les durillons forcés sont ici extrêmement fréquents ; ils se montrent sous les premières phalanges de chaque doigt, et s'accompagnent très-souvent de suppuration.

La nature des matériaux dont on opère le déchargement ou transbordement peut de son côté influer d'une manière fâcheuse sur la santé des ouvriers. C'est ainsi que le charbon, le guano, les céréales, exposent à l'absorption de poussières irritantes et nuisibles.

Coustan a signalé chez ceux qui chargent et déchargent le charbon de terre, et particulièrement les briquettes, des inflammations de l'oreille fréquemment suivies d'otorrhée, et déterminées par la présence et le séjour dans le conduit auditif de particules charbonneuses irritantes. On

comprend combien il est nécessaire d'exiger, dans ces caslà, les lavages fréquents de la face et des oreilles, mais le moyen préventif par excellence consistera à se bouclier les oreilles avec du coton introduit profondément.

J'ai remarqué que les hommes occupés à charger les navires de guano sont le plus souvent atteints de blépharites chroniques, et quelquefois de conjonctivites tenaces, dues sans doute aux émanations ammoniacales et à la nature de la poussière elle-même.

Il est des accidents singuliers que l'on a observés en pareilles circonstances : des ouvriers déchargeant un bateau de riz non décortiqué furent atteints d'une tuméfaction avec rougeur de la face, et d'une inflammation des yeux si intense que plusieurs furent obligés d'interrompre leur travail au bout de quatre heures ; deux d'entre eux furent tellement incommodés qu'ils ne purent regagner leur domicile et se trouvèrent dans l'impossibilité d'ouvrir les yeux pendant douze heures. En examinant une petite balle de riz, on reconnut qu'elle était recouverte de larves vivantes de la calandre du riz et de leurs dépouilles, et que le grain, en grande partie vermoulu, renfermait une quantité énorme de calendres mortes et se réduisant en poudre par un léger frottement. — D'après les analyses de de Brou, la calandre du riz contiendrait un principe susceptible de produire une assez vive rubéfaction. (De Brou, Accidents produits par la calandre du riz, in Ann. hyg. publ.)

Il est enfin des circonstances où les ouvriers courent les plus sérieux dangers; c'est lorsqu'il s'agit du déchargement sanitaire d'un navire infecté de miasmes épidémique ou contagieux, tels que fièvre jaune, choléra, etc.; témoins les cas de fièvre jaune survenus à Saint-Nazaire lors du déchargement de Y Anne-Marie, 1864.

L'emploi des désinfectants, des fumigations et des chlorures à larges doses ne saurait donner, dans ces cas-là, des garanties suffisantes contre les chances de contamination ou d'infection. Le Roy (de Méricourt) a proposé l'emploi d'appareils respiratoires spéciaux :

« La respiration étant la voie la plus largement ouverte à l'absorption des miasmes, dit cet auteur, les ouvriers qui opèrent le déchargement sanitaire devraient ne pénétrer dans les parties profondes des navires infectés que munis de l'appareil respiratoire de Rouquayrol.

» Cet appareil repose sur l'emploi de l'air comprimé ; il consiste essentiellement dans une boîte à parois métalliques qui se porte sur le dos; elle est munie à sa partie supérieure d'un régulateur spécial de la consommation de l'air. L'air comprimé est distribué aux poumons de l'ouvrier suivant ses besoins par le régulateur que mettent en mouvement les mouvements eux-mêmes d'inspiration. — Un simple pince-nez ferme hermétiquement les orifices des narines : l'homme est donc ainsi complètement isolé et entièrement soustrait aux influences nuisibles des atmosphères méphitiques dans lesquelles il peut séjourner. Il porte avec lui une atmosphère comprimée, il est vrai, mais salubre. Grâce à cet artifice, le déchargement sanitaire, le lavage à l'eau douce des navires dont la cale est aussi infectée que possible, peuvent se faire sans danger, minutieusement, sans dépenses extraordinaires et sans que le chargement ait le moindrement à souffrir. »

M. Perroud (de Lyon) a fait une communication à l'Association pour l'avancement des sciences à Lille, sur la phthisie des mariniers du Rhône. Cette phthisie traumatique est due à l'action du horpeau sur le creux sus-claviculaire. Elle apparaît le plus souvent vers quarante ans. (Ces mariniers ne sont employés qu'à partir de vingt-sept

à trente ans.) Les lésions se montrent assez rapidement au sommet, surtout du côté droit, mais peuvent s'améliorer et même guérir par des soins bien dirigés et surtout par le changement de profession. On a bien essayé de prévenir ce traumatisme à l'aide de plaques protectrices ; mais il est très- difficile de faire adopter celles-ci, contraires aux habitudes professionnelles.

Parent-Duchatelet, Mémoire sur les débardeurs de la ville de Paris , ou recherches sur l'influence que peut avoir sur la santé l'immersion longtemps prolongée des extrémités inférieures dans l'eau froide (Ann. d'hyg. publ., Paris, 1830,ft. III), reproduit in Hygiène publique, Paris, 1836. — Le Roy (de Méncourt), Arch. de méd. nav.( 1865.

dentellières, brodeuses. — Rien n'est plus triste que le tableau que les observateurs, de tout temps, nous ont tracé de la santé des dentellières. — Retz assure que la plus grande partie des ouvrières en dentelles d'Arras mourait de la poitrine. — Brieude, dans sa Topographie médicale de la haute Auvergne (Aurillac, 1821), dit avoir remarqué que toutes les jeunes personnes de Saint -Flour, d' Aurillac, de Murât et de Mauriac, qui travaillent à faire de la dentelle, contractaient une mauvaise santé et finissaient par avoir toutes les cachexies qu'une vie sédentaire, une attitude courbée et une mauvaise nourriture produisent.

L'attitude professionnelle, l'immobilité presque absolue des extrémités inférieures, l'application continuelle des yeux sur un travail fin et fatigant : telles sont en effet les causes constantes qui déterminent des accidents fâcheux chez ces ouvrières. — Mais lorsqu'à ces causes, qui agissent communément chez toutes les ouvrières en couture, viennent s'ajouter l'influence d'une habitation humide et rendue malsaine par l'encombrement, le défaut d'hygiène

physique, l'insuffisance de l'alimentation et surtout les déplorables effets d'un apprentissage commencé trop jeune, on ne sera plus étonné du sombre portrait que Thouvenin a fait des dentellières de Lille.

« C'est principalement à Lille, dit cet auteur, que la position de dentellière est malheureuse. On peut regarder comme un fait positif que sur 100 jeunes filles de cinq à six ans à qui l'on fait apprendre la fabrication delà dentelle dans un âge aussi tendre, et pendant quatre ans, comme l'usage le veut, la moitié au moins, à cinquante ans, serontbossues ou atteintes d'une des nombreuses affections des yeux, comme l'engorgement des paupières, l'amaurose, la myopie, la cécité, dus à l'extrême fatigue de ces organes, ou d'un des symptômes de la maladie scrofuleuse; et d'une taille beaucoup au-dessous de la moyenne, avec voussure du dos, pâleur et maigreur de la figure ; et cette proportion de femmes infirmes augmente encore avec l'âge. »

La scrofule et la phthisie tuberculeuse, tels sont en effet les deux grands vices organiques dont ces ouvrières sont menacées. — Pour prévenir de semblables résultats, cet auteur conseille avec juste raison de retarder les débuts de l'apprentissage; et au lieu de poser leur carreau sur les genoux, ce qui force les dentellières à se pencher fortement en avant, il voudrait les voir faire usage d'un pupitre.

« Combien de femmes âgées, dit-il, occupées depuis longues années à la fabrication de la dentelle, éprouvent une grande difficulté à mouvoir leurs jambes, quand, après un travail de quatre à cinq heures, elles sont obligées de se lever pour prendre leur repas et satisfaire à leurs besoins! Certainement, si dans leur bas âge, quand elles ont commencé à travailler, on leur avait fait contracter l'usage

d'un pupitre, le mouvement de leurs jambes sérail tout aussi facile chez elles que chez les autres ouvrières, et elles ne seraient pas exposées, comme on en voit beaucoup à Lille, à avoir leurs genoux ankylosés dans leur vieillesse; enfin le meilleur conseil qu'on puisse leur donner, c'est de quitter l'habitation des caves et des chambres noires humides. » (Thouvenin.)

Il est un travail qui expose les dentellières à des accidents d'intoxication saturnine; c'est la confection des volants à fleurs d'applications dites de Bruxelles. Les ouvrières qui fontce travail s'appellent striqueuses (strikessen). Blanchet, puis Thibault, ont attiré, les premiers, l'attention sur l'insalubrité de l'opération qui comprend le blanchiment des fleurs et leur mode d'application.

Pour bien comprendre comment l'absorption plombique peut avoir lieu, il est nécessaire d'entrer dans les détails de ce travail. Nous les empruntons à l'ouvrage de Turgan : « Sur un chevalet bombé on étend des couvertures plusieurs fois doublées, puis une toile cirée noire bien étendue; alors, au moyen d'un parchemin piqué qui reproduit le dessin, et du carbonate de plomb pulvérisé que l'on tamise au-dessus, on reporte en blanc, sur le fond noir de la toile, tous les contours de ce dessin. On prend ensuite les fleurs ou ornements divers qui doivent figurer dans le volant, et on les frappe entre deux papiers gris dans lesquels du blanc de plomb est pulvérisé : le blanc pénètre dans l'épaisseur des fils et donne aux fleurs une rigidité et un éclat extraordinaire. Une fois blanchies, les fleurs sont légèrement bâties sur la toile cirée à la place que le transport en blanc du dessin leur a assignée, puis on étend sur elles le réseau du volant auquel on les fixe très-solidement par les petits œillets qui leur servent de bordure. » Les striqueuses ont les mains couvertes de céruse;

elles en sont pour ainsi dire imprégnées; penchées sur leur travail, elles aspirent la poussière toxique et l'absorbent. De là, chez presque toutes, des symptômes plus ou moins prononcés d'intoxication saturnine. (Voy. Plomb.)

Blanchet attribuerait encore à cette cause des affections de la vue (amaurose saturnine) et de l'ouïe, qui surviennent chez quelques personnes employées au blanchiment des dentelles.

Ces divers accidents sont assez nombreux pour que, vers la fin de l'année 1861, le gouvernement, belge ait saisi le conseil supérieur d'hygiène publique de la question de savoir si l'usage de la céruse devait être absolument proscrit de cette branche d'industrie.

De nombreux procédés ont été essayés pour parer aux inconvénients observés. On a cherché à remplacer le carbonate de plomb par le sulfate, lequel, à cause de son insolubilité plus grande, expose moins au danger d'intoxication. Mais il a le défaut de jaunir et de ne pas adhérer, et, disons-le, il ne met pas à l'abri de l'empoisonnement professionnel. (Flandrin, Note à l'Académie des sciences, 1856.)

Un excellent moyen de préservation consiste à faire exécuter le battage mécanique dans un appareil hermétique qui reçoit les fleurs à blanchir. Ce n'est pas une solution complète de la difficulté, puisque l'ouvrière reste exposée au contact du plomb avant et après le battage. — Le travail des appliqueuses et attacheuses, par exemple, conserve tous ses dangers. Néanmoins, il y a là un progrès notable qui sans doute se généralisera (Ch. de Frey cinet). On conseillera en outre l'usage des moyens préservateurs individuels, tels que masques, gants, soins de propreté, etc. (Voy. Hygiène générale.)

Thouvenin, De l'influence que l'industrie exerce sur la santé des populations dans les centres manufacturiers (Journal de méd. de Bordeaux, avril et mai 1846). — Blanchet, Note sur des affections de la vue et de l'ouïe survenues chez des personnes employées au blanchiment des dentelles connues sous le nom d'applications de Bruxelles (Compt. rendus de l'Acad. des sciences, 1847). — A. Chevallier, Sur l'emploi du carbonate de plomb dans l'emploi des dentelles dites de Bruxelles, et sur les inconvénients de ce procédé (Ann. d'hyg. publ., 1847, t. XXXVII, p. 111).— Y. Thibault, Note sur le développement des affections saturnines chez les dessinateurs en broderie sur étoffes et les ouvrières en dentelles (Ann. d'hyg. publ., 1856, t. VI, p. 55).

doreurs. — Les divers procédés de dorure comprennent la dorure au mercure, la dorure au trempé, la dorure galvanique et la dorure à la feuille. On trouvera décrits aux articles bijoutiers et orfèvres les inconvénients inhérents à la dorure au trempé et à la dorure galvanique. C'est la profession de doreurs au mercure et celle de doreur sur bois que nous allons étudier ici.

On peut diviser en quatre parties les opérations de la dorure au mercure : 1° la préparation de l'amalgame d'or; 2° la préparation des pièces et bronzes; 3° l'application de la dorure; 4° la mise en couleur ou brunissage.

La première et la troisième de ces opérations sont des plus dangereuses pour la santé de l'ouvrier. L'absorption par les voies pulmonaires des vapeurs mercurielles qui s'élèvent des bains de dissolution, ou qui proviennent de la volatilisation du mercure au moment de l'application de la dorure, et l'absorption cutanée du métal toxique à la suite du contact prolongé des mains de l'ouvrier avec l'amalgame d'or, déterminent chez lui les accidents les plus graves, et exposent quelquefois sa vie.

Cette influence fâcheuse se manifeste soit par un tremblement nerveux qui va jusqu'à l'empêcher de porter les

aliments à sa bouche, soit par la perte de la mémoire, une difficulté extrême de s'exprimer, et la paralysie de la langue.

Les ouvriers doreurs sont hâves, chétifs, en proie à une anhélation marquée. Ils ont les gencives irritées, tuméfiées, et les dents souvent déchaussées.

Ils présentent sur les mains et les avant-bras des éruptions vésiculo-ulcéreuses, et souvent aussi des bulles de rupia. — On rencontre chez eux des ulcères atoniques que le contact des acides qu'ils emploient dans la préparation des bronzes vient irriter et rendre très-douloureux. Pour appliquer l'amalgame sur les pièces, on est obligé de les imprégner préalablement tl'une dissolution de nitrate acide de mercure. — On obtient ce dernier en faisant chauffer un mélange d'acide nitrique et de mercure. — Cette opération, ainsi que le dérochage et le décapage des bronzes par l'acide nitrique, donne lieu à un dégagement d'abondantes vapeurs • nitreuses qui exposent, à leur tour, les ouvriers à des accidents spéciaux d'irritation pulmonaire. (Voy. Bijoutiers.)

Suivant Benoiston de Chàteauneuf, les doreurs présenteraient une proportion de 8 phthisiques sur 100 malades, ce qui constitue un des rapports les plus élevés de sa statistique. Le mercure aurait donc une action funeste sur la poitrine. Lombard (de Genève) professe une opinion contraire. Ce qu'il faut reconnaître, c'est que la désorganisation pulmonaire ne peut qu'être éminemment favorisée par l'établissement de la cachexie mercurielle.

Les doreurs au mercure comme les doreurs sur bois sont de plus sujets à tous les inconvénients du brunissage (développement de durillons, callosités et bourse séreuse à la main et à l'avant-bras). (Voy. Brunisseurs.)

Les doreurs sur bois se servent de l'or en feuille; mais

les préparations préalables à l'application de ces feuilles, qui consistent à donner ce qu'on appelle des couches d'impression au vernis, amènent quelquefois des accidents d'intoxication saturnine. Ce vernis .est en effet composé de blanc de céreuse et de litharge détrempés dans l'essence de térébenthine.

Cet empoisonnement se manifeste en général par une diminution de l'appétit, des douleurs gastralgiques plus ou moins vives et de la tendance à la constipation. (Voy, Plomb.)

Hygiène préservatrice. — Pour prévenir l'absorption cutanée du poison, les ouvriers feront usage d'un vêtement de travail spécial, en toile cirée, qui sera passé à l'eau immédiatement après la préparation de l'amalgame ou du vernis au plomb ; ils se muniront de gants de peau, de vessie ou de taffetas. Ils se livreront à des ablutions fréquentes, et se plongeront aussi souvent que possible dans un grand bain. On ne devra prendre aucun repas dans les ateliers, et sans s'être préalablement lavé les mains et la bouche.

On condensera les vapeurs mercurielles en construisant avec le plus grand soin des fourneaux d'après le principe de celui de d'Arcet (lanterne de d'Arcet). Cette industrie ne s'exerce guère plus aujourd'hui que dans de très-petits ateliers ou chez des ouvriers en chambre. Le procédé d'hygiène industrielle mis en usage consiste à abriter les forges à vaporiser le mercure sous une hotte vitrée surmontée d'une bonne cheminée de dégagement. L'ouvrier travaille en passant les bras sous les bords de la vitrine qui descend jusque vers le milieu de sa poitrine. — Mais il est un procédé de dorure qui tend à supprimer tout danger inhérent au mercure ; c'est celui de Henri Dufresne, cité parCh. deFreycinet : «On plonge successivement les

pièces dans un bain de sel de mercure basique, on les revêt d'une première couche de mercure au moyen de la pile; on les porte ensuite dans un bain très-riche pour les dorer ou les argenter; après quoi elles sont plongées de nouveau dans le premier bain où elles se couvrent d'une nouvelle couche de mercure. — Il ne reste plus qu'à faire évaporer le mercure, ce qui a lieu à un feu de forge, sous un châssis complètement fermé, et l'on retire les pièces parfaitement dorées ou argentées, sans qu'il soit nécessaire de recourir à une seule friction ou à un seul brossage. Les ouvriers sont ainsi soustraits à tout contact dangereux, et peuvent même se tenir hors du local pendant que l'évaporation s'effectue.

On pratiquera en outre dans la chambre de travail une ventilation très-énergique. De cette manière, le résultat de l'opération sera obtenu sans courir risque de grands dangers.

Pour neutraliser les vapeurs acides répandues dans l'atelier de préparation des pièces, on pourra donner lieu, ainsi que nous l'avons vu à l'article bijoutiers, à un dégagement de vapeurs ammoniacales. — Chose remarquable, ces dernières vapeurs seraient aussi neutralisantes des émanations mercurielles. (Yoy. Mercure, Étameurs de glaces.) — Enfin les ouvriers feront bien d'employer une éponge imbibée d'une légère solution alcaline, avec laquelle ils se garantiront la bouche et les narines.

Lorsque les accidents mercuriels se seront manifestés, il faut commencer par soustraire l'ouvrier à tout travail nuisible. Le fond du traitement consistera d'abord en bains de vapeurs, bains tièdes, boissons diaphoniques, chlorate de potasse et opium à l'intérieur; puis en toniques et reconstituants. Sanderet(de Besançon) (Lettre à Chevallier, in. Ann. d'hyg. publ, 1847, t. XXXVIII, p. 457)

indique un singulier mode de guérison employé à Neufchâtel : on place les ouvriers dans une façon de four chauffé, et l'on obtient ainsi des sueurs tellement abondantes qu'au bout de quelque temps les malades n'ont plus qu'à rétablir, par un régime alimentaire substantiel, leurs forces épuisées.

égoutiers. — La viciation de l'atmosphère des égouts par les gaz délétères qui se dégagent de la masse des matières qui y séjournent, telle est la cause principale des accidents et des maladies qui surviennent chez les ouvriers appelés à pénétrer dans ces galeries souterraines.

Un travail des plus dangereux, c'est, le curage des vieux égouts. Parent-Duchâtelet nous a laisse, dans un rapport sur le curage de l'égout Amelot, rapport considéré à bon droit comme un modèle du genre, la description de toutes les maladies observées, et l'énumération minutieuse des précautions à prendre pour en préserver les ouvriers.

L'action des gaz délétères et irritants sur les voies respiratoires, la diminution notable de l'oxygène dans l'air respiré, donnent lieu à de véritables symptômes d'asphyxie; mais l'absorption de certains de ces gaz agit, à la fois, sur les globules sanguins et les centres nerveux, et provoque des accidents rapides d'intoxication mortelle (méphitisme des égouts).

Les émanations gazeuses des égouts ont été soumises aux analyses chimiques les plus variées; on y a trouvé le gaz hydrogène sulfuré, le sulfhydrate d'ammoniaque, l'acide carbonique, l'acide nitreux, parfois de l'hydrogène phosphore et divers produits organiques. — Herbert-Backer, par la comparaison des phénomènes morbides dus à l'exposition prolongée de l'air émanant des égouts et de ceux obtenus avec les différents gaz qui le composent

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chimiquement, est arrivé à cette conclusion, que ces symptômes sont dus principalement à l'hydrogène sulfuré contenu dans les eaux de l'égout. — En voici un exemple frappant que nous trouvons relaté dans le Journal des Débats du 15 juin 1865: « Quatre égoutiers, parmi lesquels se trouvaient un piqueur et un chef d'équipe, étaient descendus dans l'égout de la rue Marthe à Clichy, situé en face du couvent des sœurs de la Charité. Parvenus près de la grille par laquelle arrivent les eaux et les détritus des cuisines, de la buanderie, de la vacherie et de la porcherie du couvent, ils se mirent à tirer le rabot pour amener les matières sous la trappe afin de les extraire. En ce moment s'élevèrent des miasmes tellement infects que les deux égoutiers qui se trouvaient en avant tombèrent sans connaissance. Le piqueur et le chef d'équipe les amenèrent sous le regard voisin et jetèrent des cris de détresse; un instant après, ils étaient eux-mêmes suffoqués... L'intensité du gaz hydrosulfuré était si forte, que les pièces d'argent contenues dans leurs porte-monnaie étaient devenues complètement noires. »

L'observation a démontré que dans les vieux égouts, le dégagement de gaz délétères est surtout abondant aux endroits nouvellement déblayés. Cela provient de l'absorption des émanations gazeuses par lès pierres poreuses qui ont servi à la construction de l'égout.

Ces gaz, contenus par la pression de la vase et des matières, sortent des pores de la pierre, dès que ces matières sont enlevées, et se répandent dans l'égout, de sorte que jusqu'à épuisement de ces gaz, dix à douze jours environ, les parties curées sont les plus dangereuses à traverser.

Dans certains cas, les gaz développés dans les égouts présentent d'autant plus de danger pour les ouvriers, que les fabriques y déchargent habituellement leurs résidus,

ce qui fournit l'occasion de réactions violentes et instantanées. — « Le 4 février 1862, quatre ouvriers furent trouvés morts dans l'égout de Fleet-Lane à Londres où ils avaient travaillé... Les circonstances relatives à cette calamité sont remarquables par l'absence apparente de toutes les conditions qui entourent ordinairement de tels accidents. L'égout est neuf, avec une pente rapide , pourvu d'un flot abondant..., très-bien ventilé, et, sans aucun doute, un de ceux qui auraient été considérés par tous les hommes compétents comme entièrement exempts de danger... L'opinion du docteur Letheby a été que ces morts doivent être attribuées à l'action de Y hydrogène sulfuré; et il suppose qu'il a été soudainement engendré dans l'égout par des acides qui ij ont été déchargés et qui ont réagi sur les dépôts. » Rapport de M. Haywood, ingénieur de la cité, cité par Ch. de Freycinet.

Une autre cause de péril, d'une nature toute spéciale, qui peut se présenter dans les galeries dont la maçonnerie est mal entretenue, cas malheureusement trop fréquent, consiste dans la présence du gaz de l'éclairage provenant des conduites enterrées dans le sol. Ce gaz, trouvant une issue à travers les interstices des parois, se rassemble en quantité considérable dans les égouts peu ventilés, et forme des mélanges explosibles qui. occasionnent parfois de terribles accidents.

L'humidité qui règne dans ces voies souterraines est une cause importante de maladies. — C'est à elle qu'il faut rapporter les nombreuses affections rhumatismales que l'on rencontre chez les ouvriers égoutiers.

Mais il est un genre de maladies plus spéciales, véritables manifestations de. l'empoisonnement professionnel, qui peuvent se montrer à l'état aigu ou s'affirmer lentement sous forme dedyscrasie constitutionnelle; c'est tantôt

des embarras gastriques bilieux de l'ictère, des coliques extrêmement violentes avec vomissements et diarrhée, — ou bien un état anémique se prononçant chaque jour davantage, accompagné de symptômes dyspeptiques, de troubles nerveux et d'anhélation.

Les ophthalmies, surtout la conjonctivite catarrhale et la blépharite glandulo-ciliaire, sont communes chez ces ouvriers.

Les phénomènes d'asphyxie et de méphitisme sont loin de se présenter toujours sous l'aspect sidérant que nous leur connaissons ; la faiblesse, l'anéantissement, un malaise général, des vertiges et des menaces de syncope doivent engager l'ouvrier à retourner h l'air libre, ou à demander immédiatement du secours.

Hygièxe préservatrice. — Les premiers ouvriers venus, dit Parent, ne sont pas propres au curage des égouts; il faut les prendre parmi les vidangeurs ou les hommes habitués aux travaux pénibles. Ces ouvriers doivent être bien nourris, bien vêtus, munis de bottes imperméables, et surveillés avec la plus grande attention, sous le rapport de l'ivresse. Comme ils pourraient alors compromettre non-seulement leur existence, mais encore celle de leurs camarades, l'entrée doit être sévèrement interdite à ceux qui se trouvent en état d'ébriété.

D'une manière générale, les ouvriers ne descendront dans un égout qu'après s'être assuré que l'air en est convenablement renouvelé; ce que l'on fait communément en enlevant longtemps à l'avance les plaques de fonte qui recouvrent les puits de descente. — Lorsqu'une partie ancienne d'égout doit être curée, les précautions les plus minutieuses seront prises pour s'assurer si l'air est vicié; on verra si les lumières s'éteignent ou y brûlent mal, et même si les animaux ne peuvent y vivre.

La ventilation dans tous ces cas est le meilleur mode d'assainissement.

Les procédés chimiques sont au second plan, et l'on n'y recourt que dans des cas particuliers, pour combattre des causes toutes locales. Les réactifs usités sont la chaux ou les chlorures et divers composés où entre l'acide earbolique. Tantôt on introduit la substance d'une manière continue dans la région de l'égout où s'observent particulièrement les mauvaises odeurs, tantôt on en use au moment même où les ouvriers sont appelés à y pénétrer.

On se servira ici avec avantage des respirateurs anglais de Stenchouse (voy. Hygiène générale, p. 67); mais il est un appareil de préservation dont l'efficacité est incontestable toutes les fois qu'il s'agit de pénétrer au milieu d'une atmosphère irrespirable; c'est Y appareil de Galibert. — Cet appareil consiste en un masque respiratoire proprement dit, communiquant avec un réservoir d'air que l'ouvrier emporte avec lui partout où il a besoin de pénétrer.

Ce réservoir est composé de deux disques en bois de 40 centimètres de diamètre et de 2 centimètres d'épaisseur, à la circonférence desquels vient se fixer un cylindre de 80 centimètres de hauteur et de 40 centimètres de diamètre, pouvant être formé de toute substance souple et conservant de l'air, par exemple de la toile caoutchoutée. — Deux tuyaux de caoutchouc aboutissant, celui d'aspiration dans le bas du réservoir, et celui d'expiration dans le haut, viennent s'adapter à une embouchure qui a la forme et la dimension de la bouche humaine, et mettent ainsi en communication les lèvres de l'ouvrier avec le réservoir d'air respirable. Voici maintenant la manière de se servir de cet appareil.

Dans son état ordinaire, les deux disques sont rappro-

ÉGOUTIEUS. tl[

chés, et seraient même en contact s'ils n'étaient séparés par les plis formés par la substance du cylindre. Dans cette situation, on a donc un bloc très-léger et très-portatif, attendu qu'il n'a que 40 centimètres de diamètre et 10 centimètres d'épaisseur. Pour le ballonner, il suffit de séparer les deux disques, opération qui se fait, quand on est privé d'auxiliaires, en fixant au sol le disque inférieur au moyen des deux pieds, et en élevant au moyen des mains le disque supérieur. L'air entre ainsi par l'embouchure avec d'autant plus de rapidité que la traction est plus vive. Mais dans tous les cas le ballonnement est presque instantané.

L'opérateur comprime immédiatement avec deux doigts de la main gauche les deux petits tubes, jusqu'à ce qu'il ait rejeté sur son dos le cylindre, qui est retenu au moyen de bretelles et d'un ceinturon, à la façon du sac de soldat. Il introduit ensuite l'embouchure dans sa bouche, en la prenant légèrement avec ses dents. Abandonnant immédiatement la compression des tubes, il aspire l'air au réservoir, et il envoie les produits de la respiration dans ce même réservoir, ce qui fait que le ballon reste gonflé (Galibert).

Des expériences nombreuses parlent aujourd'hui en faveur de cet appareil, et son usage a été spécialement recommandé pour les ouvriers puisatiers et égoutiers, principalement quand il s'agit d'aller porter secours à des asphyxiés. Une fois ramenés au dehors, ceux-ci seront traités d'après les préceptes que nous avons établis dans la Pathologie générale. (Voy. Traitement de l'asphyxie.)

La question de l'assainissement des galeries d'égout a beaucoup fixé, dans ces derniers temps, l'attention des municipalités, aussi bien en France qu'à l'étranger. Elle est, on le comprend, d'une importance considérable au

double point de vue de la salubrité professionnelle et de l'hygiène publique. Mais ce serait sortir de notre cadre que de nous étendre trop longuement sur les essais et les résultats obtenus jusqu'à ce jour.

Qu'il nous suffise de dire que parmi les procédés employés, s'il en est qui réussissent à préserver complètement les habitants de la surface des émanations des égouts, comme par exemple l'emploi de filtres de charbon placés dans les puits de descente, ils augmentent par contre l'insalubrité intérieure, en diminuant la circulation de l'air et en l'emprisonnant dans les galeries.

D'une manière générale, les moyens employés pour assainir les égouts, sont : 1° les divers modes de ventilation naturelle ou artificielle, tels que mise en communication des galeries avec des cheminées d'appel ou avec des foyers, appareils mécaniques d'aspiration, etc. ; 2° la méthode des lavages périodiques ou des chasses d'eau; 3° et, par-dessus tout, l'ensemble des dispositions propres à assurer le prompt écoulement des matières. Ce dernier moyen dispense des lavages méthodiques et rend la ventilation aisée; car si les matières s'écoulent rapidement, elles dégagent peu d'odeurs putrides, et on peut dès lors maintenir une bonne atmosphère dans les galeries, en multipliant les ouvertures sans crainte d'empester les rues qui les recouvrent.

Parent-Duchàtelet, Essai sur les cloaques et les égouts de Paris, chapitre ix : Influence des égouts infectés sur ceux qui y pénètrent, 1824, reproduit in Hygiène publique ou Mémoires sur les questions les plus importantes de l'hygiène appliquée aux professions, Paris, 1836, t. 1er. d'Arcet et Parent-Duchatelet, Du curage et de l'assainissement des égouts de Paris (Ann. d'hyg. publ., 1829, t. II, p. 5). — Chevallier, Mémoire sur les égouts de Paris, de Londres et de Montpellier (Ann. d'hyg. publ., 1838, t. XIX, p. 366). — T. Herbert-Backer, De l'influence des émanations des égouts,

Sanitarj Review London, avril 1858. Extrait traduit par Pietra-Santa (Ann. d'hyg. publ., 1858, t. X, p. 107 —Gallon, Rapport sur un appareil respiratoire de Galibert (Ann. des mines, 6e série, 1864, t. V, p. 131). — Guérard, Note sur les appareils respiratoires de Galibert (Ann. d'hyg. 1865, t. XXIII, p. 309). — Ch. de Freycinet, Rapports sur l'assainissement industriel et municipal en France et à l'étranger (Ann. des mines, 1864, 66, 68), reproduit in Traité d'assainissement municipal, Paris, 1870.

ÉMAILLEURS.— L'émaillage consiste à recouvrir d'une couche d'émail, et cela dans un but de conservation ou d'élégance, des objets divers tels que feuilles de tôle, poteries, bijoux, crochets de fer destinés à supporter les fils télégraphiques, etc.

Toute fabrication d'objets émaillés comprend, outre la préparation de l'émail, diverses opérations dangereuses à plusieurs titres pour la santé des ouvriers. Ce sont 1° le broyage, la pulvérisation et le tamisage des émaux;- 2° l'application de la poussière d'émail sur l'objet trempé et enduit de colle ou de gomme, ainsi saupoudré par un premier saupoudrage; 3° le chauffage au rouge vif des objets, dans l'intérieur des fours; 4° une deuxième application de la poussière d'émail sur les objets portés au rouge.

La composition des émaux employés généralement est variable, mais le plomb en forme toujours la base. La poudre de cristal elle-même est un émail composé de 40 parties de plomb et 60 de silice. Voici, du reste, la proportion de plomb dans quelques-uns des émaux les plus usuels.

L'émail blanc, sur 100 parties, renferme 50 parties d'oxyde de plomb, pour 40 de silice; l'émail jaune, 59 parties de plomb pour 32 de silice; l'émail brun, 59 parties de plomb pour 26 de silice; l'émal bleu, 46

parties de plomb pour 32 de silice, etc. La coloration des émaux est due à des oxydes de cuivre ou de fer.

Les ouvriers émaiileurs travaillent tout le temps, surtout pendant le saupoudrage des objets au tamis, au milieu d'une atmosphère de poussière plombique qui, en raison de sa densité, retombe promptement, et forme un nuage qui les environne. Cette poussière pénètre dans les voies respiratoires et les voies digestives. Elle agit à la fois mécaniquement sur les poumons et sur l'estomac ; de là des irritations chroniques des bronches, de l'asthme, et la formation dans le parenchyme pulmonaire de foyers inflammatoires pouvant dégénérer en phthisie; de là des troubles dans les fonctions digestives : dyspepsies, diarrhée, etc. Mais il est des accidents graves qui sont de véritables symptômes d'une intoxication saturnine; ce sont des douleurs gastralgiques plus ou moins vives avec vomissements et constipation opiniâtre, des troubles nerveux et sensoriels ; une anémie profonde, avec teinte jaune de la peau et des conjonctives. Chez presque- tous les malades on rencontre le liséré bleuâtre des gencives. (Voy. Plomb.)

Suivant Ladreit de la Charrière, de toutes les causes qui produisent l'intoxication saturnine dans remaillage, aucune ne serait plus active que l'absorption de la poussière de cristal avec laquelle on émaille les supports de fils télégraphiques.

Un phénomène qui, dans ces circonstances, a quelque chose de spécial, c'est une augmentation notable de la sécrétion salivaire chez les ouvriers émaiileurs. Les gencives sont en même temps irritées, gonflées et quelquefois fongueuses. Suivant Archambault, cette salivation, qui se montre dès les premiers jours du travail, ne peut être attribuée à l'intoxication ou à l'altération des gencives, qui n'existent encore ni l'une ni l'autre; il paraît rationnel

ÉMA ILLEURS. 275

de l'attribuer alors à la présence dans la bouche d'une certaine quantité de poudre de cristal qui, excitant les papilles, provoquerait la sécrétion salivaire par action réflexe, à la manière des cailloux qu'on tient dans la bouche. — On a cherché à se rendre compte de la manière dont se fait l'empoisonnement professionnel. Selon Archambault et Chevallier, la poudre d'émail absorbée et transportée dans les voies gastriques serait décomposée par les sécrétions acides de l'estomac, et le sel de plomb insoluble qui entre dans la composition des émaux, transformé en sel soluble, et par suite absorbé. — Il est telle circonstance qui viendrait encore favoriser cette absorption. Tout individu, dit Archambault, exposé à respirer une atmosphère chargée de poussière de plomb insoluble, qui prend du vin ou toute autre boisson acide capable de\lonner naissance dans l'estomac à un sel soluble, s'empoisonne par le fait même de cette transformation. — Pour nous, c'est dans cette salivation dont nous avons parlé que nous trou vons la cause première et commune de l'intoxication plom bique professionnelle. En effet, cette salive sécrétée en plus grande abondance, et rendue acide par son altération même dans la bouche, est le meilleur dissolvant des particules toxiques; elle transforme les sels insolubles de plomb en sels solubles, les entraînant avec elle dans les voies d'absorption.

Le séjour des ouvriers émailleurs auprès de fourneaux chauffés au rouge les expose à toutes les maladies occasionnées par les transitions de température, et aux effets du rayonnement du calorique. C'est ainsi que l'on rencontre chez eux des blépharites, des érythèmes, des phlegmons de l'avant-bras et de l'aisselle, des éruptions cutanées favorisées par l'irritation produite sur la peau par le dépôt de matières pulvérulentes, et les transpirations auxquelles

ils sont en butte. — L'angine et le coryza sont fréquents chez eux. — Le saupoudrage à chaud des objets déjà revêtus d'une couche première d'émail est une opération des plus dangereuses. C'est elle qui exposait surtout les ouvriers par les anciens procédés de fabrication, en les mettant en contact avec les vapeurs produites par la fusion de l'émail plombeux.

Hygiène préservatrice. — La plupart des accidents que nous avons décrits ont été observés le plus souvent chez des ouvriers et ouvrières à constitution débile et se nourrissant en général fort mal. Il n'est pas en effet de moyen préventif qui soit plus efficace ici qu'une hygiène individuelle des mieux entendues. — Les soins de propreté, l'observance des règles morales et physiques de l'hygiène, la régularité dans les repas et la modération dans les boissons seront des principes de conduite dont on ne devra pas s'écarter. — Les ouvriers devront se laver fréquemment le visage et la bouche. — L'usage d'une eau légèrement alcalinisée sera d'un effet excellent. Les gargarismes au chlorate de potasse ou au borate de soude préviendront facilement l'irritation des gencives. — Dès que les symptômes d'intoxication seront reconnus, il faudra soustraire pendant quelque temps le malade à tout travail nuisible. — Le traitement curatif consistera en purgatifs et bains sulfureux. (Yoy. Plomb.)

Mais il est des précautions d'hygiène industrielle qui mettront les ouvriers à l'abri de toute absorption de poussière toxique. — C'est ainsi que les émaux seront broyés dans un moulin broyeur établi dans une pièce complètement séparée et fermée par des murs en plâtre, la porte calfeutrée de bourrelets élastiques. En même temps un ventilateur placé autant que possible à la partie supérieure de la chambre, contribuera à aérer et ventiler complètement la pièce.

EMAILLEUKS. 277

Le tamisage des émaux se fera avec des tamis en peau à doubles parois, semblables à ceux employés en pharmacie pour le tamisage des substances vénéneuses.

A l'effet d'éviter toute absorption de poussière dans le saupoudrage, les ouvriers feront cette opération dans des caisses spéciales dans lesquelles ils introduiront leurs bras par des trous circulaires ou vasistas convenablement situés. — ■ Des regards ou carreaux de verre soigneusement mastiqués et collés leur permettront de voir à l'intérieur.

Quant au saupoudrage à chaud, il devra se faire sur un four garni d'une hotte surmontée d'un tuyau très-éievé au-dessus du toit de l'atelier, afin d'obtenir une forte aspiration.— Chez Engler et Krauss, à Paris, où l'on émaille les supports de fils télégraphiques, la cheminée est vitrée, en avant et en arrière, à la hauteur de la table qui supporte les objets à émailler ; dans le châssis vitré d'avant est ménagée une ouverture suffisante pour que l'ouvrier puisse introduire le crochet rougi et le couvrir de poudre. La poussière qui tombe du tamis ainsi que les vapeurs produites par la fusion de l'émail sont emportées dans la cheminée. (Freycinet, Assainissement industriel, p. 87.) A défaut de ces installations, on fera usage d'un masque protecteur. — Nous allons donner la description de celui qu'un fabricant d'émaux, à Bercy-Paris, a inventé et mis en usage chez lui.

Le système consiste à faire passer à travers un tissu fin, plucheux et humide, l'air qui doit être respiré, et à arrêter les moindres parcelles de poussière. — La partie du masque qui s'applique sur le visage est construite en gutta-percha • elle se moule exactement sur la figure.

Le bord du masque, sur lequel est collée une très-épaisse flanelle, doit renfermer simplement le nez et la bouche en passant sous le menton ; il doit être appliqué snr la partie

LAYET. 16

charnue du visage, et tenu serré contre elle à l'aide d'une bretelle élastique passant derrière la tête. — En outre du masque, qui a la forme d'une calotte, on a pratiqué une tubulure de gutta-percha portant deux soupapes en argent ou en maillechort ; l'une est disposée de façon à laisser passer l'air inspiré, l'autre est destinée à laisser échapper l'air expiré ; il s'établit ainsi un courant d'air sans cesse renouvelé. — Pour tamiser l'air, on soude sur le bord extérieur de la calotte de gutta-percha une carcasse en fil de fer étamé, qui reçoit le tissu et doit présenter une surface telle que la réunion de tous les petits intervalles des mailles laisse passer un volume d'air suffisant à la respiration. Cette cage est divisée et formée de deux compartiments qui correspondent, l'un, le plus grand, à la soupape d'aspiration; l'autre à celle de l'expiration. — L'appareil ainsi préparé, il suffit d'envelopper exactement la toile métallique d'un tissu plucheux tel que la flanelle, pour qu'il soit prêt à fonctionner; on le trempe dans un seau d'eau et on le secoue avant de l'appliquer sur le visage.

Lorsque les ouvriers font un travail qui ne leur permet de se mouvoir que dans un petit espace, il est facile d'adapter à la tubulure d'aspiration un tube de caoutchouc qui communique à l'extérieur de l'atelier. — Sous le masque, la respiration est aussi facile qu'à l'air libre, et les ouvriers sont exactement comme s'ils étaient placés au dehors ; il leur permet de parler et de respirer librement (E. Duchesne).

Làdreit de la Chârrière, De l'intoxication saturnine par la poussière de verre (Arch. de méd. génér., t. XIV, décembre 1859). — A. Chevallier, Note sur les accidents saturnins observés cliez les ouvriers qui travaillent à remaillage des crochets de fer destinés à supporter les fils télégraphiques (Ann. d'hyg. publ., 1860, t. XV, p. 70). — Archambault, Intoxication saturnine par la poussière de

ÉTAMËURS, ZINGUEURS, FERBLANTIERS, 279

cristal chez les ouvriers qui travaillent à la controxydation du fer (Arch. de méd. génér., 1861). — E. Duchesne, De la colique de plomb chez les ouvriers émailleurs du fer, et des moyens proposés pour les préserver de cette maladie (Ann. d'hyg. publ., 1861, t. XVI, p. 298). — Ch. de Freycinet, Traité d'assainissement industriel. Paris, 1870.

étameurs, zingueurs, ferblantiers. — Considéré d'une manière générale, rétamage a pour but de recouvrir un métal facilement oxydable d'une couche d'un autre métal non oxydable. Ainsi l'on recouvre le fer d'une couche d'étain, de zinc, de plomb, pour le préserver de l'oxydation qu'il éprouve à Pair humide.

Dans cette industrie, deux opérations principales exposent les ouvriers à des accidents particuliers : le décapage ou nettoyage du fer, et rétamage proprement dit ou trempage du fer dans le bain du métal qui doit le recouvrir.

Dans les grands ateliers de ferblanterie (fer étamé) et de zingage (fer zingué) , le décapage se fait dans des bains d'acides chlorhydrique et sulfurique plus ou moins étendus d'eau. Les ouvriers décapeurs sont soumis à deux causes de maladies : 1° action des liquides sur les mains et les bras de ceux qui mesurent, donnent le degré d'acidité du bain, tâtent à chaque instant si les objets immergés sont arrivés à l'état convenable; 2° action des vapeurs acides sur les voies respiratoires et digestives.

Les mains de ces ouvriers présentent un épiderme blanchi et durci par le contact de l'acide; elles sont le siège de crevasses et d'excoriations nombreuses situées principalement le long des plis articulaires.

Quelquefois il y a une certaine insensibilité de la peau accompagnée d'engourdissements pénibles des extrémités.

Une irritation légère des muqueuses lacrymales, nasales,

bronchiques et bucco-pharyngiennes : tel est le premier effet des vapeurs acides, qui disparaît, jusqu'à un certain point, par l'assuétude.

On ne rencontre point ici la bronchite spasmodique, et les accès d'asthme que provoquent dans les dérochage les vapeurs nitreuses. (Voy. Bijoutiers.)

Toutefois l'influence du milieu entraîne à la longue une irritation chronique des gencives, et un état dyspeptique de l'estomac avec gastralgie. — La plupart des anciens ouvriers décapeurs ont perdu leurs dents; les gencives sont pâles, durcies, mais présentent, autour des dents et des chicots qui restent, une aréole de coloration plus vive en même temps qu'un léger degré de ramollissement. — Quelques-unes de ces dents, ainsi que les chicots, sont noires et rugueuses. L'altération de l'émail gagne peu à peu l'ivoire de la dent, et celle-ci, amincie au niveau du collet, finit bientôt par se casser. Les troubles dyspeptiques et les douleurs gastralgiques paraissent être le résultat de l'altération de la salive consécutive à ces lésions gingivales et dentaires.

La cuve dans laquelle réside le bain acide est revêtue d'une lame de plomb; à cet égard, Maisonneuve parle d'accidents saturnins occasionnés chez les décapeurs par le plomb maintenu en dissolution dans leur cuve. Nous ne les avons pas constatés dans nos recherches.

Nous arrivons maintenant à l'opération du trempage. Cette opération expose-t-elle à l'action des vapeurs de zinc, d'étain et de plomb sur l'organisme? telle est la question qui se présente. Si cela n'est point douteux pour le plomb, il n'en est plus de même dans rétamage et le zingage pour l'étain et le zinc.

Brousmiche le premier, à Brest, puis Maisonneuve, à Rochefort, ont constaté chez les zingueurs qui plongent les

plaques dans un bain de zinc fondu, des accidents particuliers que tous les deux attribuent au dégagement d'oxyde de zinc pendant l'opération. Les symptômes présentés par les ouvriers ne seraient autres que ceux décrits par Blanchet chez les fondeurs en cuivre, sous le nom d'ivresse zincique. ÇVoy. Fondeurs.)

Les ouvriers cependant sont loin d'attribuer a cette cause les accidents qu'ils éprouvent, et qu'ils désignent sous le nom de fièvre de sel; nous allons voir pourquoi.

La lame de fer préalablement décapée , c'est-à-dire privée de toute trace d'oxyde qui pourrait empêcher l'application uniforme d'une couche de zinc, est immergée avec lenteur dans le bain de zinc fondu, recouvert à sa surface d'une légère couche de sel ammoniac. Ce sel ammoniac est destiné à entretenir le décapage en changeant en chlorure tout l'oxyde qui se formerait pendant l'opération. Pendant toute la durée du travail on continue à projeter à la surface du bain, et sur la plaque de tôle, de petites quantités de sel ammoniac qui empêchent ainsi toute oxydation et assurent le succès de l'opération. Quatre ouvriers sont en général chargés de ce travail; deux d'entre eux maintiennent les plaques de tôle avec de longues pinces, et les descendent lentement dans le bain ; tandis que les deux autres y projettent des poignées de sel ammoniac.

D'épaisses vapeurs blanches s'élèvent au-dessus du bain, quelquefois si abondantes qu'elles remplissent tout l'atelier. Ces vapeurs sont composées d'acide chlorhydrique, de chlorhydrate d'ammoniaque, et doivent contenir une très-minime quantité de chlorure de zinc. Voyons maintenant l'action de ces vapeurs sur l'organisme.

« Les accidents débutent seulement le soir, après des

journées de travail accablant, et deux heures environ après la sortie de l'atelier; fatigue de tout le système musculaire, engourdissement général, sensation de resserrement à la base de la poitrine, dyspnée, oppression, enchifrènement, râles sibilants, chaleur fébrile, tremblement dans les membres, crampes dans les extrémités inférieures, douleurs articulaires, vomissements, pas de céphalalgie, pas de coliques ni constipation, terminaison vers le matin par une forte transpiration et par une expectoration abondante, épaisse, de crachats de couleur noirâtre et d'un goût douceâtre. » Tel est le ^tableau tracé par Maisonneuve (de Rochefort) des symptômes éprouvés par les ouvriers trempeurs, et que nous avons reconnus, à peu de chose près, dans nos propres recherches.

Mais nous sommes loin d'en attribuer la cause à l'absorption de l'oxyde de zinc, dont la présence a été admise comme probable, mais non comme certaine par Brousmiche et Maisonneuve.

En effet, ce qui se passe ici est bien différent de ce qui arrive lorsqu'on chauffe le zinc dans un creuset pour la préparation de l'oxyde de zinc.

Dans la préparation du bain de zinc pour rétamage, on se garde bien d'élever assez la température pour permettre au métal de se vaporiser ou de s'enflammer; et s'il se forme une petite quantité d'oxyde de zinc, il est immédiatement transformé en chlorure et entraîné par les buées. . Ainsi que les ouvriers eux-mêmes, nous considérons donc ces symptômes comme occasionnés par l'action sur les muqueuses extéro-internes des vapeurs d'acide chlorhydrique et de chlorhydrate d'ammoniaque, à laquelle action vient s'ajouter un autre ordre de causes tout aussi efficientes qui sont : la chaleur continuelle à laquelle sont exposés les ouvriers; les transpirations abondantes qui en

ËTAMEURS, ZINGUEURS, FERBLANTIERS. 283

résultent, la fatigue musculaire, conséquence d'un travail prolongé, et le passage du chaud au froid.

A l'appui de noire opinion, nous remarquerons que les ferblantiers sont aussi soumis aux mêmes accidents lors de l'immersion des feuilles de tôle dans les bains d'étain fondu. La nature du métal n'intervient point ici; mais une cause sérieuse d'incommodation , c'est le dégagement abondant d'épaisses vapeurs de suif qui s'élèvent au-dessus du bain d'étain.

Nous avons été le premier à signaler chez les zingueurs un état de sécheresse et d'irritation chronique de l'ouverture des narines, en même temps que l'existence de petites croûtes dans le cul-de-sac du lobe du nez, que nous avons regardées comme un effet des propriétés escharrotiques du chlorure de zinc entraînées par les buées. — Maisonneuve parle aussi de démangeaisons aux mains et au scrotum, et la difficulté avec laquelle guérissent les plaies et les brûlures, ce qu'il attribuerait volontiers à la même cause. Jusqu'à quel point cependant ne doit-on point accuser ici la présence possible de l'arsenic dans le métal impur?

Il est encore un accident contre lequel les ouvriers trempeurs doivent se tenir continuellement en garde; c'est la projection au dehors du bain de petites quantités de métal en fusion, au moment où l'on plonge les feuilles dans la cuve. Toutes les fois, en effet, qu'il reste sur les objets la moindre trace d'humidité, cette projection a lieu. De là des brûlures graves à la face, sur la poitrine et les bras, etc.

L'état général des étameurs et zingueurs participe de celui des. ouvriers exposés à l'action continue du feu, et soumis aux déperditions sudorales; cependant nous sommes loin de partager le pessimisme de Brousmiche quand il déclare avoir reconnu que tous ceux qu'il a passés en

284 ÉTAMEURS, Z1N.GUEURS, FERBLANTIERS.

revue « sont amaigris tout en présentant une bouffissure de la face ; qu'ils ont le teint plombé et qu'ils accusent tous une lassitude générale, des dérangements abdominaux, des douleurs lombaires, et surtout de l'inappétence et des insomnies fréquentes. »

Hygiène. — Les ateliers de décapage etd'étamage seront largement aérés et ventilés ; le plafond, très-élevé, sera pourvu de cheminées d'appel pour dégager les vapeurs qui pourraient s'y amasser; chaque bassin ou creuset d'étamage sera, s'il est possible, surmonté d'une hotte avec tuyau d'aspiration par où s'échapperont les buées et les vapeurs nuisibles. On conseillera aux ouvriers décapeurs l'usage de gants et de vêtements de travail exactement fermés, ainsi que l'emploi d'un masque préservateur imbibé dans une solution alcaline. Maisonneuve a proposé de se servir d'un panier ou corbeille en grillage, dans lesquels on immergeait les plaques et objets à décaper. Les ouvriers se servironl d'une brosse à dents et se nettoieront avec du carbonate de magnésie. Le passage préalable à l'étuve des objets à zinguer doit mettre à l'abri de la projection du métal fondu. Mais lorsqu'il y a sur la plaque une simple éraillure, la petite crevasse pouvant servir de refuge à l'humidité, lorsque par exemple on zingue le godet des chandeliers en bronze, cet accident arrive continuellement. Il importe donc que les ouvriers fassent la plus grande attention en plongeant les objets dans le bain ; ils seront munis de gants et de vêtements préservateurs tout prêts à détourner la face à la moindre éruption du métal. Ils dirigeront enfin le creux et le godet des objets à zinguer du côté opposé à eux-mêmes.

Brousmiche, Rapport au directeur du service de santé de la marine à Brest sur l'hygiène des ouvriers employés dans l'atelier de zin-

FILATURES (Ouvriers employés dans les). 285

gage, 1861. — Maisonneuve, Hygiène et Pathologie des ouvriers de l'arsenal maritime de Rochefort (Archiv. de méd., navale, t. II, 1861). — A. Layet, Hygiène et Pathologie des ouvriers de l'arsenal maritime de Toulon (Archiv. de méd. navale, t. XX, 1873, article Atelier de zingage).

FILATURES (OUVRIERS EMPLOYES DANS LES). — Nous

croyons devoir étudier dans un article commun les industries du chanvre, du lin, du coton et de la laine.. Le but qu'on se propose en effet est la transformation de la matière première en fil capable d'être tissé.

Le nom général de firateurs convient donc aux ouvriers employés aux travaux qui doivent amener un pareil résultat. Toutefois, s'il est des opérations communes à ces industries, telles que le filage et le dévidage, il en est, comme le peignage et le cardage, qui varient suivant la nature de la matière employée. Il en est d'autres aussi qui sont spéciales à chacune de ces industries. Ces dernières rentrent en général dans la préparation que la matière première doit subir avant d'être envoyée à la fabrique. Nous allons nous en occuper en premier lieu.

Les opérations préalables auxquelles le lin et le chanvre sont soumis, sont le rouissage et le teillage. La première de ces opérations, qui s'effectue encore exclusivement par les voies agricoles, est du ressort de l'hygiène publique. Rappelons ici qu'elle donne lieu à la corruption des cours d'eaux et à des émanations engendrant des fièvres paludéennes.

Le teillage a pour but de débarrasser la tige textile de ses parties ligneuses ; pour cela, elle est soumise à une succession de broyages et battages mécaniques; opérations qui deviennent la source de nombreux accidents de

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machines et qui donnent lieu à un dégagement considérable de poussières nuisibles.

La laine brute achetée en ferme ou au marché contient habituellement de 70 à 72 pour 100 de matières étrangères qui sont principalement le suint, c'est-à-dire ce corps gras dont chaque poil de laine est revêtu, puis la terre, lesable qui a adhéré à ce corps gras; en sorte qu'après avoir lavé complètement 100 kilog. de laine achetée en suint , il restera environ 28 à 30 kilog. de laine propre à être soumise au travail des machines.

Le désuintage de la laine est une opération sale et dégoûtante qui se fait à la main, et qui expose aux furoncles, aux affections cutanées prurigineuses et aux inflammations érysipélateuses. Quelques auteurs ont parlé de pustules malignes et de charbon. Le lavage et le dégraissage de la laine soumettent les ouvriers à tous les inconvénients de l'humidité, aux douleurs rhumatismales entre autres, et à l'action des liquides caustiques sur la peau des mains et des bras. (Voy. Dégraisseurs.) Si, pour le désuintage, on se sert d'arséniates de soude, potasse ou ammoniaque, que l'on mélange quelquefois aux carbonates alcalins, il en résulte souvent des lésions spéciales sur les diverses parties du corps des ouvriers. (Voy. Arsenic.) L'emploi du sulfate de carbone les expose aux accidents particuliers décrits à l'article Caoutchouc.

Le séchage des laines donne lieu aussi à quelques inconvénients à cause des vapeurs toujours un peu malsaines qui se dégagent du séchoir. Une excellente mesure préservatrice consistera à sécher les laines en dirigeant un courant d'air de dedans en dehors. Ainsi, par exemple, à Verviers, chez MM. Hauzem Girard et compagnie, les laines sont étendues sur une claire-voie formant la face supérieure d'une vaste caisse close de toutes parts ; un venti-

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lateur aspire énergiquement dans l'intérieur de la caisse, tandis qu'un courant d'air chaud est amené contre le plafond du local. (Ch. de Freycinet, Assainiss. industr., p. 59.)

Parmi les opérations qui se passent dans la fabrique même, le battage, le peignage et le cardage sont particulièrement dangereux.

Ces opérations se font soit mécaniquement, soit à la main. Nous citerons quelques mots plus loin des accidents variés auxquels l'emploi des machines donne spécialement lieu dans les filatures. Mais nous renvoyons dès à présent à l'article Machines de I'Hygiène générale.

Le travail à la main, bien que singulièrement restreint aujourd'hui, est encore préféré dans certaines circonstances, parce qu'il est plus sûr et plus soigné. C'est ainsi qu'il est généralement employé pour le filage du coton, enfin pour tulles et dentelles, et dans la fabrication de la ouate.

« Le battage du coton à la baguette est une opération des plus nuisibles pour la santé des ouvriers; le coton posé sur des claies maintenues sur des tréteaux est frappé continuellement, à tour de bras, avec des baguettes d'osier, et laisse échapper dans l'atelier des nuages de poussière irritante et de duvet cotonneux, qui pénètrent dans la bouche, les narines, la gorge, les voies profondes de la respiration, couvrent les vêtements, la figure et les cheveux des ouvriers ; l'on peut ajouter à ces désagréments la fatigue extrême qu'entraînent les mouvements désordonnés et violents des bras et de tout le corps, une attitude debout trop prolongée, une transpiration abondante ; fatigue qui se manifeste par la pâleur du visage et l'amaigrissement. Aussi la plupart des ouvriers quittent ce travail dès qu'ils trouvent de l'ouvrage ailleurs. s (Thouvehin.) On

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pratique aussi le battage à la main des déchets de lin ou de chanvre pour former des étoupes.

Chez les ouvriers qui cardent les matelas, le battage à la baguette est généralement employé. On se sert encore de petites planches en bois, garnies de pointes de fer coudées, et que l'on tient au moyen d'un manche.

(L'effilochage et le battage de la ouate dégagent, des poussières d'autant plus incommodes que l'on opère fréquemment sur des cotons teints. Il en est de même dans les fabriques de draps, où le triage et le tondage des laines teintes produisent des poussières plus ou moins nuisibles. Le peignage des couvertures avec des chardons est encore une opération des plus fatigantes.)

Le cardage de la laine proprement dit présente infiniment moins de dangers que toutes les opérations pé-rcé dentés, non pas , ainsi que l'a prétendu Thompson, par suite du contact habituel des ouvriers avec l'huile dont on graisse la laine avant de la carder, mais parce que, pour cette raison, cette opération ne donne lieu qu'à très-peu de poussières.

Il n'en est plus de même pour le peignage du chanvre et du lin. Le peignage du chanvre surtout est excessivement nuisible, parce qu'il s'en échappe, avec les filaments textiles, une quantité considérable de particules siliceuses.

Mais les opérations les plus dangereuses sous ce rapport, c'est l'aiguisage et le débourrage des cardes. (Voy. pour l'aiguisage l'article Aiguiseurs.)

Cette action nocive des poussières est donc une des premières causes des maladies professionnelles qui se présentent à nous, et nous devons en constater les funestes effets sur la santé des ouvriers employés dans les filatures.

On a décrit, en effet, une phthisie des fileurs (Key), une phthisie cotonneuse (Van Coetsem). Cette affection est pré-

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cédée et annoncée par des symptômes d'angine et de laryngite. Il y a de l'enchifrènement, de la sécheresse de la gorge, de l'altération de la voix; puis se présente une toux saccadée, accompagnée d'une expectoration blanche, visqueuse. L'état général languit ; il y a de la dyspepsie et des troubles intestinaux. Bientôt les désordres pulmonaires s'affirment, la marche est lente et la suppuration du poumon ne vient que progressivement.

Cette phthisie professionnelle existe-t-elle réellement ? ou du moins l'absorption de la poussière essentiellement végétale (coton, chanvre, lin) est-elle bien toujours la cause de la suppuration pulmonaire? Nous ne le pensons pas. Si cette action irritante des poussières sur les poumons est indubitable, c'est dans le teillage et le peignage du chanvre et du lin, parce qu'il y a dégagement et absorption de particules siliceuses; c'est surtout dans l'aiguisage des cardes. (Yoy. Phthisie professionnelle.)

Mais les causes les plus importantes du développement de la phthisie dans les filatures sont, suivant nous, le travail prématuré de l'enfant et sa trop grande durée, les attitudes vicieuses, la fatigue du mouvement professionnel, et, par-dessus tout, les mauvaises conditions hygiéniques de l'individu et du milieu.

L'angine chronique glanduleuse et la laryngo-bronchite, l'asthme et la bronchorréc : telles sont les affections qu'entraîne ordinairement l'action des poussières végétales sur les muqueuses. Leur innocuité relative avait déjà été reconnue par Benoiston de Chàteauneuf chez les cotonniers et les lileurs.

Un autre effet de ces poussières, c'est l'irritation des yeux et de la peau ; les ophthalmies giandulo-ciliaires sont excessivement fréquentes chez les batteurs, peigneurs et cardeurs. Les érythèmes et les éruptions furonculeuses

LAYET. 17

290 FILATURES (Ouvriers des).

sont communes à tous ces ouvriers. Leach, médecin inspecteur des manufactures anglaises, cité par Beaugrand, a remarqué que les mains et les bras des cardeurs de coton de l'Inde sont souvent affectés d'une éruption analogue à l'urticaire, éruption qu'il attribue en partie à la présence d'un sable très-fin et de particules cotonneuses qui, détruisant la couche épidermique, vont agir directement sur le derme.

Dans les ateliers de filage proprement dît, les ouvriers se trouvent en présence de deux grandes causes d'affaiblissement : l'extrême humidité, et la température élevée dans lesquelles ces ateliers sont maintenus, parce que ce sont là des conditions nécessaires à la dilatation des filaments textiles : — « La température élevée des ateliers de peignage de laine, de filage de coton et de filage humide de lin, dit Loiset, portée, suivant les exigences, de 20 à 25°, affaiblit, étiole et prédispose à une série d'affections diverses. Son action nuisible s'accroît encore, dans l'industrie du lainage, par un grand dégagement d'oxyde de carbone et d'acide carbonique provenant de foyers où l'on chauffe les peignes en acier dont on se sert ; et dans l'industrie linière, par une surabondance de vapeurs, une aspersion continuelle d'eau. L'influence des opérations qui consistent à blanchir les fils de laine par l'acide sulfureux, et du grillage des fils de coton par le gaz hydrogène, serait bien plus désastreuse encore si ces opérations, au lieu d'être périodiques, devenaient continuelles. » — Le filage au mouillé, pratiqué à l'exclusion de tout autre dans le Nord, est très-insalubreàcause de ces vapeurs chaudes et plus ou moins nauséabondes au milieu desquelles vivent les ouvrières. Celles-ci sont en outre exposées aux gouttelettes d'eau que leur envoient continuellement les bobines et qui finissent par pénétrer tous leurs vêtements. Ce se-

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rait là, d'après Ch, de Freycinet, la plaie de la classe ouvrière de Lille.

L'anémie, et avec elle le mauvais état des voies digestives, telles sont les affections que provoque, à la longue, une telle influence du milieu. Mais il est une cause pathogénique éminemment professionnelle dont l'action incessante vient peser d'un grand poids clans la balance étiologique. Nous voulons parler des attitudes vicieuses et de l'exagération de certains mouvements professionnels. . Chez les batteurs et batteuses à la main, on constate souvent des callosités épidermiques, des ampoules et de la rétraction de l'aponévrose^palmaire. Max. Vernois parle de crampes et de fatigue douloureuse dans les deux bras, dont le développement est proportionnellement plus considérable que celui des muscles inférieurs. Chez les peigneurs, il se forme par pression du pouce gauche sur la partie externe correspondante de l'index, un durillon épais, point de départ de panaris (Tardieu).

Chez les matelassiers qui travaillent à genoux, la pression et le frottement de ces parties sur le sol y provoquent le développement et l'inflammation de la bourse prérotulienne avec épanchement séreux (hygroma du genou). Max. Yernois dit encore que les rattacheuses, dans les ateliers de filage de coton et de laine, sont souvent prises de fatigue, de crampes des jambes avec engorgement des malléoles, par suite du trop grand exercice qui leur est imposé. Le mouvement et l'attitude professionnels auraient ici une action évidente sur le dérangement des fonctions utérines.

L'ouvrier qui tourne le rouet ou bobine est en général un enfant. On a remarqué que l'inclinaison continuelle du corps en avant, le mouvement exagéré des bras, les jambes demeurant immobiles, amenaient souvent des in-

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curvations de la colonne vertébrale et des membres ; les bras étaient excessivement développés, tandis que les jambes s'atrophiaient et devenaient cagneuses. (Voy. Pathologie GÉNÉRALE.)

Chez les fileurs proprement dits, la main présente, le plus souvent, des bourrelets calleux et des crevasses à la face palmaire. La continuation de la station debout, et l'habitude d'appuyer sur la plante des pieds, amènerait l'épaississement del'épiderme de ces parties, en même temps qu'une sensibilité extrême des tissus sous-jacents. D'après Picard, le phlegmon du talon n'est pas rare, et serait excessivement douloureux. « En raison des mouvements fréquents de la cuisse et de la jambe droite, dit cet observateur, les fileurs sont sujets à des douleurs musculaires et nerveuses, notamment des nerfs scialique et crural et des muscles gastro-cnémiens; ces dernières souvent très-tenaces. — Nous citerons encore des douleurs dans l'articulation du genou, et des arthrites commençantes chez les fileurs qui poussent l'appareil avec le genou... Un autre accident assez fréquent, c'est la pénétration d'échardes sous les ongles, dans l'épaisseur des orteils, de la plante du pied et notamment du talon. »

Beaucoup moins que les ouvriers peigneurs et cardeurs, les fileurs sont soumis à l'action des poussières ; mais c'est surtout clans le filage à sec des étoupes, dit Thouvenin, qu'il se dégage une quantité de poussière qui n'est comparable qu'à celle qui résulte du battage du coton à la baguette ; ce qui explique la fréquence des irritations broncho-pulmonaires chez les ouvriers chargés de ce travail. Une singulière affection que Toulmouche (de Rennes) a décrite le premier chez les fileurs de chanvre, c'est une inflammation spéciale des voies buccales et surtout de la langue, qui trouverait sa cause dans la mauvaise routine

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des fileuses qui se servent de leur salive pour mouiller et façonner leur fil, et, dans ce but, ne cessent de toucher du bout de la langue leurs doigts ou la filasse elle-même, chargés de matières acres et irritantes.

La plupart des inconvénients du mouvement professionnel que nous avons passés en revue peuvent être prévenus par l'usage des machines : c'est ainsi qu'on débarrasse la laine de ses impuretés au moyen de machines dites échardonneuses. L'emploi généralement répandu, en Angleterre, des machines à ouvrir les paquets et à carder le coton, dites ouvreurs, épurateurs Willow; celui d'appareils batteurs, éplucheurs et étaleurs, ont singulièrement amélioré le sort des -ouvriers batteurs et cardeurs.

Le débourrage, autrefois regardé à bon droit comme une opération des plus nuisibles, ne l'est presque plus aujourd'hui, grâce à l'emploi de la débourreuse Dennery, qui, soulevant les chapeaux à cardes, passe au-dessus, en arrache la bourre, la roule et l'emmène au dehors.

Mais une condition indispensable à remplir, sans laquelle il ne saurait en résulter des avantages bien marqués pour les ouvriers, consiste à envelopper les mécanismes dans des caisses où l'on exerce une ventilation énergique entraînant au dehors les poussières de toutes sortes qui se dégagent.

Et cependant, malgré cette précaution, l'atmosphère des ateliers reste chargée de matières pulvérulentes; c'est que le plus souvent on se borne à les rejeter à l'air libre, dans le voisinage des salles de travail ; de sorte qu'elles y rentrent inévitablement par les portes ou les fenêtres , et l'incommodité reparaît sous une autre forme. — Une excellente disposition consistera à conduire ces poussières dans des galeries ou caves appelées pour cette raison caves à poussières, et que l'on noiera toutes les fois qu'il s'agira

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de les vider, afin d'éviter toute dissémination de matières pulvérulentes pendant l'opération.

Avec l'emploi des machines marchant d'elles-mêmes (self-acling), les inconvénients de l'attitude et du mouvement professionnel disparaissent aussi, en grande partie, chez les fi leurs.

Un moyen de préservation des plus simples contre l'action nocive de l'humidité, et en même temps des plus efficaces, consiste a garnir chaque rangée de bobines d'un tablier en bois qui peut se relever ou s'abaisser à volonté en tournant autour d'une charnière horizontale. Une fois les bobines en train, l'ouvrière relève le tablier et se trouve ainsi préservée d'une grande partie des gouttelettes projetées pendant la rotation. On s'étonne qu'un moyen si simple ne se soit pas généralisé. (Ch. de Freycinet, Assainissement industriel.) Mais si, avec l'introduction des machines dans les filatures, le travail professionnel est devenu moins pénible pour les ouvriers, si les attitudes vicieuses ont disparu en partie, il n'en est pas moins vrai qu'avec elles une cause nouvelle d'accidents graves apparut dans les ateliers. Cette cause nous la trouvons dans le fonctionnement lui-même des machines. — Sur 142 accidents relevés par Loiset dans les diverses fabriques et usines du département du Nord, 120 sont arrivés dans les filatures de coton et de lin. Ce sont, en général, des contusions, des plaies contuses, par arrachement, des fractures, etc.

Sur 120 lésions traumatiques, 91 appartiennent aux membres supérieurs (doigts et mains, 78; bras, 13), — 17 aux muscles inférieurs (pieds, 10; jambes, 7), 7 à la tête, 5 au tronc. Ces chiffres peuvent donner une idée du siège relatif des blessures.

Dans les filatures, les mécanismes désignés sous le

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nom de préparations fournissent un contingent plus considérable de blessures que les machines opérant le filage proprement dit. Ces préparations sont, pour le coton, le battage, l'épluchage, le cardage, le tirage et le boudinage ; pour le lin, les cardes, les coupeuses, les peigneuses, les étirenses.

Certaines dispositions contribuent à multiplier les accidents; elles consistent principalement dans l'étroitesse des allées ou passages; clans les difficultés offertes à la circulation par leur encombrement ; dans la présence de trappes destinées à l'introduction des métiers aux lieux qu'ils doivent occuper; enfin l'usage de graisser les gros rouages alors que l'ensemble du mécanisme est en mouvement, occasionne aussi des blessures graves, trop souvent suivies de mort ou de la perte d'un membre. (Loiset, Rapport au comité de salubrité du Nord.)

C'est surtout aux ouvriers et aux ouvrières des filatures que se rapporte, en grande partie, ce que nous avons dit, dans la Pathologie générale, de la fâcheuse influence du milieu confiné de l'atelier sur la santé et le développement physique de l'ouvrier. — Les enfants y sont généralement pâles, chétifs, amaigris, moins peut-être à cause du travail que par suite de la privation du grand air et des ébats nécessaires à leur âge. Les femmes ont le teint pâle et plombé ; la chlorose et les dérangements menstruels sont très-fréquents chez elles ; les avortements ne sont pas rares. Ici joue un rôle important l'influence de la station assise habituelle, ou des altitudes vicieuses qui favorisent la stase sanguine dans les organes du petit bassin.

Suivant Toulmouche, qui a observé dans une manufacture de draps à Sedan, les ouvriers âgés de plus de vingt ans, et les femmes, ont présenté un chiffre de malades de beaucoup supérieur à la moyenne ordinaire. Les plus sou-

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vent malades ont été les fileurs, qui ont présenté des affections gastro-intestinales et des rhumatismes surtout ; et parmi les femmes, les pluseuses et les bobineuses.

Nous n'avons insisté clans cet article que sur ce qui regarde particulièrement le travail des filatures; afin d'éviter toute répétition, nous renvoyons, pour ce qui concerne les procédés généraux de préservation industrielle et individuelle, à tout ce que nous avons dit clans I'Hygiène générale sur les machines, sur le travail des enfants clans les fabriques, sur la ventilation générale et locale, sur les masques préservateurs, etc., considérations générales qui trouvent leur application la plus complète dans la profession que nous venons d'étudier.

ïoulmouche, Mémoire sur les maladies occasionnées par le chanvre, et sur une affection morbide nouvelle de la bouche cbez les fileurs de chanvre (Gaz. médic, 1832). — Lhoste, Gréau et Pigeotte, Rapport fait au conseil de salubrité de Troyes sur les accidenls auxquels sont exposés les ouvriers employés dans les filatures de laine et de coton (Ann. d'byg. publ., 1831, t. XII, p. 5). — Villermé, De la santé des ouvriers employés dans les fabriques de coton et de laine (Ann. d'hyg. publ., 1839, t. XXI). — Thouvenin (de Lille), De l'influence que l'industrie exerce sur la santé des populations dans les grands centres manufacturiers, mémoire couronné par la Soc. de méd. de Bordeaux (Journal de méd. de Bordeaux, 1846, et Ann. d'byg. publ., 1846, t. XXXYIj. — Toulmouche, Maladies observées dans les manufactures de draps à Sedan, de 1843 à 1849 (Union médicale, 1849). — Thomson, De l'influence exercée par les manufactures de laine sur la santé (Edinburgh médical Journal, juin 1858), traduit et analysé par Beaugrand (Ann. d'byg. publ., 1859, t. XII). — Picard, De l'hygiène des ouvriers employés dans les filatures, Amiens, 1863, reproduit in Ann. d'byg. publ,, 1863. — Gh. de Freycinet, Rapports au ministre de l'intérieur sur l'assainissement industriel en France et à l'étranger (Ann. des mines, 1864-68), et Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870.

fleuristes. — La fabrication des Heurs artificielles exige un travail continu des doigts, une application soutenue des yeux. Elle expose par excellence à tous les inconvénients des professions qui soumettent les muscles de la poitrine et des bras à un mouvement continuel et le corps aune attitude courbée. La vie en commun dans des ateliers peu spacieux, le travail à la lumière artificielle, les excès de veille, sont autant de causes favorables à la manifestation des troubles généraux qu'entraînent le plus souvent les habitudes d'une vie sédentaire.

L'anémie, la chlorose, et avec elles les troubles de la menstruation, la dyspepsie, le dérangement. des fonctions intestinales, les névralgies, sont des affections que Ton rencontre fréquemment chez les ouvrières fleuristes.

Le spasme fonctionnel des doigts, la fatigue et l'affaiblissement de la vue, les blépharites communes, les panaris, sont autant de maladies intrinsèques propres à la profession. D'après Yernois, les ouvrières monteuses de bouquets ontl'épiderme de la paume des mains aminci et usé, surtout à la face interne de la dernière phalange du pouce et de l'index. Elles sont sujettes a l'irritation chronique de la couche papillaire du derme palmaire, caractérisée par de la rougeur, de l'hyperesthésie, et une éruption psoriasiforme.

La phthisie pulmonaire est loin d'être rare chez les fleuristes. D'après Benoiston de Chàteauneuf, on la rencontrerait chez un neuvième des malades qu'elles fournissent, 11 sur 100... Dans les relevés de Trebuchet, nous trouvons un chiffre de 8 décès de phthisie par an sur 1000 ouvrières.

Nous verrons plus loin que la pénétration de poussières nocives dans les voies respiratoires est une cause efficiente de cette affection.

Mais, en dehors du genre de travail et du genre de vie, il est une cause spéciale de maladie qui prend sa source dans l'action des matières colorantes employées à la préparation des étoffes qui doivent servir à la fabrication des fleurs, et dans la teinture de tiges et fleurs desséchées qui entrent dans la composition artificielle des bouquets.

En effet, parmi les couleurs nuisibles et dangereuses employées se trouvent les blanc, jaune et rouge de plomb (carbonate, chromale et oxyde de plomb) ; les jaune, rouge et vert arsenicaux (sulfure d'arsenic, arsenicate, et acétate de cuivre). Les rouges de mercure (sulfure, chromate et biiodure) sont plus rarement mis en usage. Les intoxications saturnine, mercurielle et arsenicale peuvent donc se rencontrer chez les ouvrières fleuristes.

Mais c'est surtout les accidents produits par l'emploi des verts arsenicaux dans la coloration des feuillages artificiels que l'on observe le plus communément.

Les opérations qui mettent les ouvriers en contact avec l'arsenic sont : le trempage, le brossage et le séchage des étoffes, le trempage des herbes naturelles desséchées, le saupoudrage et l'assemblage ou montage de bouquets artificiels. — On trempe l'étoffe dans un mélange de vert et de bouillie d'amidon ; ce travail de la pâte constitue un véritable barbotage à la main; les doigts et les avant-bras des ouvriers sont littéralement inondés du mélange toxique. — Dans le brossage, qui consiste ta étendre uniformément avec une brosse la couleur sur l'étoffe, l'ouvrier est exposé à des éclaboussures nombreuses qui jaillissent jusque sur son visage. — Une fois l'étoffe bien imbibée de sa couleur, elle est tendue sur des cadres en bois, où elle est fixée par des pointes afin de la faire sécher. — Avec cette opération, une condition nouvelle et grave d'accidents apparaît; la multiplicité des pointes aiguës

fixées sur le bord des cadres de bois devient une cause presque inévitable de piqûres et de blessures multipliées sur la peau, par où s'inocule la solution liquide encore, ou la poudre desséchée du sel arsenical (Vernois). Une fois l'étoffe séchée, on la plie en plusieurs doubles; elle est découpée en feuilles à l'emporte-pièee, et chaque paquet est ensuite dédoublé pour isoler les feuilles. La couleur n'étant fixée par aucun mordant, se détache, pendant ces nouvelles manœuvres, sous forme de poussières fines qui remplissent l'atelier. Vient enfin le montage sur tiges de feuilles découpées, qui se fait par les ouvrières fleuristes, non sans un dégagement encore assez considérable de particules très-déliées.

Dans quelques ateliers on trempe des tiges de graminées sèches et munies de leurs graines dans un mélange de vert de Schweinfurt et de colle ou de gomme. Après dessiccation complète ou incomplète, les ouvrières les montent et les assemblent, à l'aide de fils de soie, sur des tiges flexibles en laiton, pour en former des espèces de grappes flottantes destinées h l'ornement des chapeaux ou des coiffures des dames.

Les graminées ainsi colorées sont mises en œuvre alors qu'elles sont encore humides ou saupoudrées au moyen d'un tamisage de ce même vert réduit en poudre très-fine, dans le but de leur donner une nuance spéciale. Ainsi, dans toute cette série de transformations, c'est même manipulation, même production de poussières, et même action de substance nocive sur la peau et sur les muqueuses des ouvrières, seulement dans une proportion décroissante à partir de l'apprêteur jusqu'à la fleuriste.

Les accidents peuvent se distinguer en externes et en internes. Les premiers, dus surtout au contact direct de la bouillie arsenicale sur la peau, se rencontrent plus parti-

culièrement chez les ouvriers apprèteurs. Ce sont des érythèmes diffus, des vésicules fines et rapprochées, des papules qui s'aplatissent et s'étendent quand elles sont placées entre deux surfaces plus ou moins adhérentes ; ce sont enfin quelquefois des pustules avec ulcération et gangrène. Le siège de ces altérations a lieu aux plis des doigts, du coude, sur les avant-bras, au pourtour des lèvres et des ailes du nez, au front, le long des bandeaux des cheveux chez les femmes, au scrotum et à la partie interne des cuisses chez les hommes.

Dans l'opération du tendage des pièces, les piqûres et les blessures que se font les ouvriers peuvent s'aggraver par l'action de l'acide picrique mêlé à la pâte. — Si les ulcérations sont nombreuses, l'ouvrier peut absorber de l'acide arsénieux et présenter des symptômes d'intoxication professionnelle.

Suivant Vèrnois, les accidents généraux se rencontrent plus spécialement chez les ouvrières fleuristes. Ils se présentent sous les formes suivantes : défaut d'appétit, nausées, coliques souvent fort vives avec diarrhée, céphal algie occupant surtout le front, et accompagnée de la sensation de serrement des tempes comme dans un étau. De tous les accidents externes, les éruptions papuleuses, le plus souvent prurigineuses, sontcelles que les fleuristes présentent communément. (Voy. Arsenic.)

Nul doute que la pénétration de ces poussières dans les voies respiratoires ne devienne aussi la cause d'irritation mécanique des bronches et des poumons.

11 est un genre de travail qui expose les fleuristes à des accidents semblables à ceux que l'on rencontre chez les émailleurs et les ouvriers qui préparent le papier de verre : nous voulons parler du diamantage des feuillages artificiels. On appelle feuilles et fleurs diamanlées celles qui

offrent à l'œil un aspect micacé, brillant, imitant la rosée du matin et l'éclat des rayons lumineux. Cet effet est obtenu en revêtant les feuilles d'un enduit mou, et en les soumettant à de la poussière de verre ou de cristal venue d'un tamis très-fin agité à leur surface. L'air ambiant reste chargé de cette poussière, elle pénètre avec lui dans les voies respiratoires et digestives, et recouvre F arrière-bouche et les voies pharyngiennes ; de Là des symptômes d'irritation mécanique des muqueuses, coryza, angine, etc., quand ce n'est que de la poussière de verre ordinaire, et des accidents d'intoxication saturnine chez les ouvriers qui se servent dt poussière de cristal. (Voy. Emailleurs.)

Chez les ouvriers, en effet, qui préparent le papier de verre, et dont le travail consiste aussi à tamiser du verre finement pulvérisé sur du papier recouvert d'un enduit agglutinatif, Eulenberg a observé une irritation de Parrièregorge, de la luette et des amygdales, d'où une angine permanente qui gêne la déglutition et persiste encore assez longtemps après que les ouvriers ont cessé d'être soumis à cette influence professionnelle. C'est cette angine que l'on retrouve chez les diamanteursde fleurs artificielles.

Hygiène préservatrice. — Nous ne saurions mieux faire que de rapporter ici les prescriptions hygiéniques proposées, en mai 1859, au conseil de salubrité de la Seine, par une commission composée de MM. Boussingault, Chevallier, Bouchardat et Yernois...

« 1° Ne jamais opérer le mélange du vert arsenical avec l'amidon ou d'autres substances, à l'aide de la main, mais y procéder dans un large vase, avec une spatule en bois ou en métal qui traversera le centre d'une plaque de peau ou de parchemin servant de couverture au récipient de la pâte ; 2° étendre la pâle arsenicale sur l'étoffe à l'aide d'une brosse à dos de bois, haut de 4 centimètres

au moins; l'usage d'un gant en cuir épais sera très-utile; 3° faire le battage de l'étoffe à la main, d'une manière indirecte, c'est-à-dire à travers un morceau de forte toile; 4° laisser un espace de 6 centimètres au moins entre chaque pointe des séchoirs ; 5° dès que le séchage est opéré, plier l'étoffe en large rouleau pour ne pas opérer de cassure, et la porter de suite au calandreur. Le calandrage, en effet, fait pénétrer l'enduit arsenical dans les interstices des fibres de l'étoffe, et lui donne un aspect lisse et comme vernis qui ne permet plus qu'imparfaitement la production de la poussière arsenicale ; 6° arroser les ateliers et conduire les résidus du nettoyage au dehors. » (Conseil de salubrité de la Seine, 1859.)

Les mesures générales d'hygiène individuelle préservatrice consisteront à faire disparaître, immédiatement après le travail, les traces et les incrustations du sel arsenical de la peau des mains et des avant-bras. Les ouvriers feront des lotions sur les mains, les bras, les narines et les lèvres, avec une eau acidulée d'acide chlorhydrique (10 pour 100), surtout au moment des repas. Ce liquide dissout complètement l'arsénite de cuivre, Aucun repas ne devra être pris dans l'atelier.

Un excellent préservatif consiste à s'enduire les mains de poudre de talc avant le travail. Ils feront usage de vêtement de travail exactement fermé au cou et aux poignets, et porteront des sabots de préférence aux souliers. La chambre de travail doit, être convenablement aérée sans courants d'air.

Dans le saupoudrage et le diamantage des fleurs, on conseillera l'emploi d'un masque ou respirateur, de tamis fermés, ou d'appareils clos et vitrés pareils à ceux dont se servent les émailleurs. (Voy. Émailleurs.)

Les soins de propreté, les lotions chlorurées, les topiques

adoucissants, une alimentation réparatrice : tels sont les principes curatifs des accidents que présentent les ouvriers fleuristes.

Une sage réglementation du travail, l'application de procédés industriels moins dangereux, constitueront les éléments d'hygiène industrielle.

Un procédé préférable à tout autre est celui de Bérard- Teuzelin, qui consiste à incorporer directement le vert arsenical à un collodion spécial. Cette opération, faite lentement, dans un atelier privé de courants d'air, donne à peine lieu à la production de quelque poussière; avec très-peu de soins, l'ouvrier peut n'avoir à ses doigts et à ses vêtements aucune trace de coloration verdâtre. Dans le cas contraire, on se débarrassera de toute souillure en se lavant avec un peu d'éther. Mais la meilleure prophylaxie consisterait à ne plus employer de couleurs dangereuses. C'est ainsi que par la combinaison du chrom.ate de zinc et du cyanure de fer, on obtient un beau vert qui pourrait remplacer le vert arsenical dans la fabrication des fleurs et des feuillages artificiels.

Follin, Sur l'éruption papulo-uleéreuse qu'on observe chez les ouvriers qui manient le vert de Schweinûirt (Arch. gêner, de met},, 1857). — Reaugrand, Des différentes sortes d'accidents causé? par les verts arsenicaux employés dans l'industrie (Gaz. des hôpitaux, 1859). — Verxois, Mémoire sur les accidents produits par l'emploi des verts arsenicaux chez les ouvriers fleuristes en général (Ann. d'hyg. publ., 1859, t. XII). — Vax den Rroeck, Des dangers que présentent la fabrication et l'usage des feuilles et des fleurs artificielles ainsi que les tissus colorés (Bull, de l'Àcad. de médec. de Belgique, t. IV, 2« série, 1861).

foxdecrs, mouleurs en cuivre. — L'art du fondeur consiste à reproduire, avec des matières plus ou moins

fusibles, les formes et les dimensions d'objets modelés ou sculptés. Il comprend deux opérations principales : la fonte des minerais, et le moulage.

A. — La première expose les ouvriers au rayonnement de la chaleur ardente des fours et à l'action des vapeurs qui s'élèvent du métal en fusion ; la seconde les soumet à l'absorption de poussières nuisibles. — Il est encore un certain nombre d'opérations préalables ou auxiliaires qui toutes plus ou moins donnent lieu aux mêmes inconvénients. C'est ainsi que dans les grandes usines métallurgiques la fabrication du coke destiné à la fonte est une opération qui n'est point sans danger. C'est dans la manœuvre du défournement que les ouvriers sont le plus exposés, à cause de l'incandescence du coke et des nuages de vapeur et de cendres qui s'élèvent au moment de son inondation. — Dans les usines du Creuzot, le défournement du coke se fait par la partie inférieure de fours Appolt.

Dès qu'il a eu lieu, un homme couvert d'un large chapeau de fer-blanc dans la visière duquel est ménagée une ouverture protégée par une toile métallique, s'avance sous le four, regarde s'il est en bon état et si rien n'est resté adhérent aux parois; alors, avec un long ringard, il peut faire tomber ce qui reste et refermer la porte inférieure.

Les brûlures et les ophthalmies, telles sont les deux affections auxquelles expose particulièrement ce travail.

Mais il est une opération pénible entre toutes ; c'est le puddlage. La fonte une fois fondue dans le four est énergiquement brassée parle puddleur au moyen d'un crochet en fer qu'il refroidit de temps en temps dans une bâche pleine d'eau, « C'est un rude métier que celui de puddleur, et qui ne peut être supporté que par les organisations les plus vigoureuses. Devant ce four ardent, à cette place où l'on aurait grand'peine ta rester en se cachant le

visage, il faut que le puddleur développe des efforts considérables, qu'il soulève avec un lourd crochet une masse métallique incandescente, qu'il la tourne et retourne au milieu de la flamme dans un bain de laitier, jusqu'à ce que les grumeaux de fer qui s'attachent les uns aux autres, comme les grumeaux d'une boule de neige, se transforment en énormes masses spongieuses. »

Chacune de ces masses est tirée hors du four, puis, blanche d'incandescence, conduite rapidement sous le marteau-pilon, qui l'écrase énergiquement de manière à en comprimer le laitier. A ce moment, une véritable pluie d'éclaboussures incandescentes vient, assaillir les ouvriers chargés de ce travail.

Le transport des creusets jusqu'au moule ou ta la cuvette s'opère soit au moyen de grues puissantes, soit ta bras avec des pinces qui s'échauffent rapidement et deviennent ainsi la cause nouvelle de brûlures aux mains et aux bras. — Pendant ces diverses opérations, quelle somme énorme de mouvement professionnel ne doivent point développer les ouvriers ! à quels efforts de respiration hâtive, à quelles transpirations abondantes ne sont-ils pas soumis! Essoufflés, pâles, extrêmement amaigris, c'est un véritable entraînement qu'ils subissent. « Que de qualités particulières d'adresse, de force physique et morale, les fondeurs ne doivent-ils point avoir! Etre rapide de la main, rester calme de la lèfe et des yeux, est une condition que peu d'hommes possèdent même dans la vie privée. Sur 100 apprentis, 40 au moins se reconnaissent incapables de ce travail » (Turgan).

Presque tous ces ouvriers subissent, les jours de fonte, une succession de symptômes qui ont été diversement interprétés par les auteurs. Ces symptômes consistent en un arrêt de la transpiration suivi bientôt d'un froid glacial,

d'un tremblement dans tous les membres, un fort étouffement la nuit; puis tout cela se passe avec une sueur abondante. (Communication de Thibault à Chevallier.) — Indépendamment des fatigues du mouvement professionnel, faut-il faire intervenir ici l'action des gaz contenus dans le métal en fusion; et les vapeurs de carbone dans la fonte du fer et de l'acier ont- elles une influence fàcheuse sur la santé des ouvriers? Cela n'a pas été démontré. — On comprend toutefois que suivant le métal ou l'alliage sur lequel on opère, cette cause de nocuité peut avoir lieu. C'est ainsi que Blandet et Reboulleau en France, plus tard Greenbow en Angleterre, ont décrit chez les fondeurs en cuivre des symptômes particuliers qu'ils ont appelés courbature ou fièvre des fondeurs, et qui présentent de l'analogie avec une fièvre intermittente irrégulière.

L'attaque commence par du malaise, un sentiment de constriction, de resserrement à la poitrine, quelquefois accompagné de nausées; les symptômes se montrent vers la fin d'une journée de fonte et sont accompagnés, le soir ou pendant la nuit, de frissons auxquels succèdent parfois un stade peu marqué de chaleur, mais toujours suivi de sueurs profuses.

De la céphalalgie, des vomissements se montrent quelquefois, mais non toujours; et l'ouvrier peut reprendre son travail le lendemain.

D'après Reboulleau, après un certain nombre d'accès la tolérance finit toujours par s'établir chez les ouvriers. Toutefois, il arrive que quelques-uns, découragés par l'apparition indéfinie de ces accès après chaque nouvelle journée de fonte, sont forcés de renoncer à ce genre d'occupation.

Suivant ces auteurs, la principale cause de ces acci-

dénis serait l'absorption des vapeurs du zinc, qui entre pour une forte proportion dans la composition du bronze et du laiton. — Ces vapeurs de zinc, selon Blandet, s'oxydent au contact de l'air, remplissent l'atelier et pénètrent dans les voies d'absorption sous forme d'oxyde de zinc.

Bouchut aurait observé les mêmes symptômes chez les ouvriers qui fondent le zinc, dans la fabrication de l'oxyde de zinc. (Voy. Blanc de zinc.)

Chez les ouvriers de plomb, l'absorption des vapeurs est des plus dangereuses. (Voy. Plomb.) — Blandet aurait aussi observé chez les fondeurs de laiton un délire particulier avec hallucination de l'ouïe, du toucher, et de la surexcitation des organes génitaux. Ce serait là une véritable ivresse zincique occasionnée par les vapeurs d'oxyde de zinc. Aucune observation n'est venue corroborer l'assertion de cet auteur. Quant à l'action spéciale du cuivre rouge, on peut dire que les fondeurs en cuivre ont rarement la colique de cuivre, car ce métal se volatilise peu. (Voy. Cuivre.)

Suivant Chevallier et Boys de Loury, si les ouvriers chargés des creusets et de la fonte des alliages de cuivre sont peu exposés, d'une part, à la colique métallique; de l'autre, ce ne serait point tant à la vaporisation du zinc qu'à celle de la minime* quantité d'arsenic que l'on rencontre dans ces métaux que seraient dus les accidents que l'on a signalés chez eux.

Quoi qu'il en soit, il est un accident plus sérieusement imputable aux émanations métalliques et résultant de leur action mécanique sur les voies respiratoires; c'est une dyspnée presque toujours passagère, pouvant aller quelquefois jusqu'à la suffocation, avec conslriction et angoisse thoracique, mais clans le cas seulement où l'on fait fondre

du vieux cuivre oxydé. C'est surtout au moment de l'extraction des scories enflammées que ces vapeurs nuisibles se dégagent en abondance.

Les brûlures, nous l'avons vu, sont excessivement fréquentes. Les effets de la chaleur rayonnante telle qu'elle s'exerce devant les hauts fourneaux sont un épaississement de l'épiderme, des marbrures de la peau, des gerçures, lésions généralement peu graves, mais dont la continuité amène des congestions locales et des inflammations. — Le martelage et le laminage exposent singulièrement aux éclats de particules incandescentes de métal ou de laitier, et aux brûlures de la cornée.

On a vu quelquefois une partie d'un membre, main ou pied, laissée imprudemment dans les rigoles destinées à la coulée de la fonte, emportée d'un coup par le métal en fusion. — Chez les ouvriers fondeurs employés aux fours de coupellation, la projection du métal au moment du refroidissement (rochage) occasionne des brûlures profondes sur les diverses parties du corps. — Une cause de brûlures intéressante à noter, c'est celle qui résulte de l'explosion des gaz contenus dans le carnau d'échappement des flammes. Une partie de celles-ci se trouvent alors repoussées et reviennent sortir par l'ouverture des fourneaux, et quelquefois par celles des tuyères par où se fait l'aspiration. Ces brûlures ont lieu, le plus souvent, au visage et aux yeux, l'ouvrier se trouvant en face du fourneau lorsqu'on l'ouvre, en regardant par le trou de latuyère le niveau du métal en fusion au moment du refoulement des flammes.

L'éclat du métal en fusion, l'éblouissement qui en résulte, amènent à la longue un affaiblissement marqué de la vue. La presbytie est commune chez les fondeurs. Cette presbytie, qui, d'après Desayvre, proviendrait sans

aucun doute d'une altération de la densité des humeurs de l'œil, serait-elle, comme le veut Maisonneuve, une conséquence locale d'un état général d'anémie provoquée par les transpirations incessantes auxquelles ces ouvriers sont soumis ? D'abord, cet état d'anémie est loin d'être constant, et, pour ma part, je suis plus porté ta attribuer cette presbytie à un état de relâchement du système musculaire accommodateurde l'œil par suite du trop grand excès d'innervation de la rétine. (Yoy. Path. gënéRx\le, Troubles professionnels de la vue.)

Les ophthalmies, conjonctivites et blépharites sont fréquentes chez les ouvriers employés dans les fonderies; mais ici intervient une cause nouvelle d'irritation; c'est l'action de la fumée et des poussières sur les yeux. Sigerson a constaté dans l'air des fonderies une poussière noire et friable qui s'est montrée au microscope composée de charbon, de 1er et de cendres. Le fer se présentait en petits fragments irréguliers et inégalement dentelés. (Etude de quelques atmosphères confinées, in New-York médical journal, 1871.)

Les brusques alternatives de température auxquelles ces ouvriers sont soumis sont la cause de la plupart des maladies internes que Ton observe chez eux : les catarrhes bronchiques, la pneumonie, les rhumatismes, et, comme conséquence de ces derniers, les affections organiques du cœur, ont été signalés par tous les auteurs. Quelques-uns ont plus particulièrement insisté sur les fièvres gastriques et typhoïdes (Marten); elles seraient le résultat du défaut de réaction d'un organisme fatigué par des déperditions excessives, et comme surmené. D'autres ont signalé les congestions et les phlegmasies encéphaliques (Trebuchet).

Les affections chirurgicales sont excessivement nombreuses. Que d'occasions, en effet, dans les diverses opé-

rations que nous avons décrites, de voir survenir des plaies et des contusions! Après les brûlures et les maladies des yeux, il faut citer les panaris et les phlegmons de la main, puis les plaies ulcéreuses de la jambe. Notons enfin les maladies cutanées, éruptions furonculeuses, lichénoïdes et eczémateuses dues à la malpropreté et à l'exagération morbide des sécrétions de la peau (Marten).

B. — Il nous faut parler maintenant de l'action fâcheuse des poussières sur les voies respiratoires d'une certaine catégorie d'ouvriers employés dans les fonderies.

Trois opérations exposent particulièrement à cette cause morbide :

1° La pulvérisation et le tamisage de la terre réfractaire, des sables et charbons de diverses sortes qui doivent servir k la préparation et à. la confection des moules ; 2° le moulage, par lequel on prend les formes ou empreintes des modèles en bois ou en métal; 3° et l'ébarbage des objets fondus.

Parmi les matériaux employés pour le moulage, le poussier de charbon, qui sert à saupoudrer les parties du moule qui doivent être en contact immédiat avec la fonte, afin de faciliter la séparation du métal refroidi; etleponsif, poussière de sable calciné, pulvérisé, très-fin, qui sert à régulariser les surfaces de l'objet moulé, sont, par leur mélange incessant avec l'air respirable, particulièrement nuisibles aux ouvriers, qui, continuellement penchés sur leur travail, tantôt secouant le sac ou tamis à poussier, tantôt se servant du soufflet ou de la brosse à -mouler, disparaissent pour ainsi dire sous un véritable nuage de poussière.

En 1853, les ouvriers fondeurs de Paris élevèrent les plus vives réclamations contre l'usage des poussiers de charbon. Cette réclamation, qui fut soumise au conseil su-

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périeur d'hygiène, fut le point de départ d'une élude hygiénique de Tardieu sur la profession de mouleur en cuivre, travail qui eut un certain retentissement et qui dernièrement encore a trouvé sa confirmation dans les récentes observations de Proust (1874). Nous allons reproduire la maladie des mouleurs, ta peu près telle que l'a tracée Tardieu dans son mémoire. « C'est d'abord une fatigue quotidienne, des étouffements passagers entraînant avec eux une gêne habituelle de la respiration, et des quintes fréquentes de toux. Le froid, l'humidité, une affection quelconque de la poitrine, peuvent en hâter le développement. Dès lors la maladie est confirmée, et ces légers symptômes peuvent être regardés comme caractéristiques d'un premier degré de la maladie. Dans le deuxième degré, les signes sont cà la fois plus tranchés et plus caractéristiques : les traits sont altérés, le teint est pâle et plombé, la démarche lente et pénible. Il y a de l'oppression et de l'anhélation presque continuelles. La respiration, courte et suspirieuse, entraine à la longue une voussure plus ou moins générale de la poitrine.

» Les malades se plaignent de constriction à la base du thorax; ils toussent parfois sans discontinuer, d'autres fois par quintes extrêmement pénibles, s'accompagnant fréquemment de crachements de sang, et dans tous les cas, de mucosités épaisses, visqueuses, au milieu desquelles sont expulsées des masses de matière noire pulvérulente plus ou moins agglomérée. A l'auscultation on reconnaît les signes d'emphysème, mais plus souvent d'indurations partielles des poumons.

» A une période plus avancée, les symptômes s'aggravent encore; l'amaigrissement est plus considérable ; il y a le plus souvent complication d'affections consécutives du cœur (palpitations, hypertrophie), avec troubles mécaniques dans

Ja circulation veineuse du foie et des organes digestifs, de la diarrhée et de l'œdème. Il est rare que l'auscultation révèle des signes de cavcrnulation pulmonaire, et l'examen cadavérique vient encore confirmer la différence entre cette affection et la phthisie tuberculeuse. »

Cette maladie, dont nous retrouverons les principaux traits dans la maladie des houilleurs, est, en effet, le plus souvent, un catarrhe chronique des bronches, avec asthme et emphysème. Suivant Tardieu, elle ne reconnaîtrait pas d'autre cause que l'absorption de la poussière de charbon. Mais la plupart des auteurs, Vernois entre autres, accusent, avec plus juste raison, la nature irritante des particules siliceuses du ponsif.

Pour quelques-uns, l'emphysème, loin d'être consécutif, serait lui-même la cause des dépôts charbonneux dans les bronches. Quoi qu'il en soit, la viciation de l'atmosphère confiné des ateliers par la fumée des fourneaux, par le flambage des moules avec des torches résineuses, le définit de ventilation suffisante, l'attitude penchée et l'état stationnaire professionnels sont tout autant de causes qui interviennent dans le développement de la maladie.

Ainsi que les troubles respiratoires, des troubles digestifs peuvent être provoqués par une altération spéciale de la muqueuse qui consiste en une coloration noire due à la pénétration de particules fines et irrégulières de charbon. Lancereaux a donné à cette altération le nom tfanthracose intestinale des fondeurs. -- Maisonneuve (de Rochefort) parleaussi de maux d'estomac et de coliques qu'il attribue à la pénétration dans les voies digestives de particules de cuivre retenues au milieu du sable employé à la confection des moules destinés au coulage du bronze et du laitons C'est surtout, dit-il, au moment où l'on brise les moules pour en retirer le métal refroidi, que l'on voit sortir et se

répandre au loin cette poussière de sable chaud métallifère, et cette fumée acre et infecte qui saisit la gorge et menace de suffocation.

C. — Les ouvriers ébarbeurs sont employés à polir, à frotter, à débarrasser des barbes ou aspérités qui les recouvrent, les objets fondus qui sortent des moules. Ce travail se fait à la main; l'ouvrier, penché sur son établi, est dans la position la plus favorable à l'absorption des poussières métalliques qui se dégagent sous l'action de la lime, du frottoir ou de la brosse. Cette opération est des plus dangereuses, non-seulement parce qu'il y a une action directe et mécanique des poussières absorbées sur les voies broncho-pulmonaires; mais, en outre, une influence spéciale tenant à la composition même de ces poussières, et qui, dans l'ébarbage des objets de bronze et de laiton, n'est autre que l'action toxique des sels de cuivre qui les recouvrent, d'où coliques spéciales et altération générale de l'organisme.

Le coulage de la fonte dans les moules expose à certains accidents. — Ainsi, les hommes d'équipe qui plongent des tringles dans le liquide afin de faciliter la sortie des gaz contenus dans le métal, peuvent en éprouver de graves inconvénients. Ces gaz, en effet, ne sont rien moins que de l'oxyde de carbone et autres composés délétères qu'il faut allumer immédiatement avec des copeaux.

Une nouvelle cause de brûlures qui se présente ici, c'est la projection de petites quantités de fonte à travers les joints des châssis des moules. — Cette projection, qui doit être attribuée, comme le pense Maisonneuve, à l'excès d'humidité durable, a lieu surtout au moment où le moule va être rempli. Il y a alors comme un soulèvement des diverses parties du châssis par l'expansion des gaz qui se dégagent. Ces brûlures se présentent le plus souvent aux

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jambes chez les ouvriers mouleurs, et deviennent le point de départ d'ulcères chroniques très-difficiles à guérir.

Hygiène préservatrice. — L'excellente disposition des ateliers; l'application des mesures générales de ventilation; l'existence d'une haute cheminée centrale douée d'un tirage suffisant; la condensation la plus complète des vapeurs et des gaz nuisibles; l'emploi d'aspirateurs spéciaux, et, pour la pulvérisation et le broyage des matériaux, l'installation d'appareils clos : tels sont les principes de préservation industrielle ; faire usage d'appareils respiratoires ou masques ; porter des vêtements de travail spéciaux ; observer rigoureusement l'ordre et la discipline au moment des manœuvres générales, se livrer aux soins les plus scrupuleux de propreté; éviter les transitions de température et les courants d'air; user d'une alimentation suffisamment réparatrice et se garder de tout excès : tels sont, à leur tour, les préceptes d'hygiène individuelle. L'installation de tuyaux d'échappement, débouchant obliquement dans le carnau général des flammes de l'usine, déterminera une aspiration énergique, en même temps que l'on évitera ainsi le rabattement des flammes, de la fumée et des vapeurs nuisibles dans les ateliers,

Les scories seront refroidies dans un étouffoir communiquant aussi avec la cheminée.

Dans certaines usines, l'ouvrier affineur porte encore dans le travail le costume primitif des temps passés : la chemise ou rochet, les guêtres ou galoches et les sabots; mais le grand chapeau à larges bords, qui servait de pare à feu, a disparu. — Nous ne saurions pourtant trop recommander l'usage d'un masque en toile métallique fine, comme celui dont se servent les maîtres d'armes, pendant les opérations du puddlage, du martelage ou cinglage et du laminage.

Pendant le transport des creusets chargés, les ouvriers se serviront de gants et de longues manches de toile épaisse pour se garantir de l'action du feu.

Une ventilation énergique, appliquée de haut en bas, fonctionnera sur l'établi des ébarbeurs, de manière aies soustraire à l'absorption des poussières nuisibles, et à entraîner ces poussières par une bouche d'aspiration ouverte sous les pieds mêmes des ouvriers. — Une semblable installation ne peut avoir lieu pour le moulage, à cause de la nature même de ce travail délicat. Les mouleurs feront usage d'un respirateur pendant le maniement du poussier de charbon et du ponsif. Le masque de Durwell, composé d'une paire de lunettes auxquelles est adapté un morceau de mousseline qu'on peut relever et nettoyer à volonté, est celui qui nous paraît préférable. (Voy. Tailleurs

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