‹ Hygiène des professions et des industriesChapitre 35 sur 49 · PEAUSSIERS (OUVRIERS), TANNEURS, CORROYEURS, MÉ · texte numérisé non relu

PEAUSSIERS (OUVRIERS), TANNEURS, CORROYEURS, MÉ

gissiers, etc. — La préparation des peaux tannées comprend le nettoyage ou craminage, le pelainage ou ébourrage, le travail des cuves, le travail du chevalet, le tannage proprement dit, et enfin le corroijage.

Les peaux sèches venues de l'étranger et les peaux fraîches (vertes) sont soumises à des lavages successifs,

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réitérés, et grattées, à différentes reprises, avec des couteaux ou tranchants à bords mousses, afin de les débarrasser de toute souillure et de leur donner un premier degré de souplesse. Le pelainage a pour but d'amener la chute des poils, ce qui se fait le plus communément en les trempant successivement et en les laissant séjourner quelque temps* dans des cuves remplies d'eau de chaux ou d'une solution de soude caustique. On emploie quelquefois le procédé de l'échauffé, ou celui qui consiste à faire subir aux peaux un commencement de fermentation putride, ou bien encore on se sert de sulfure d'arsenic ou orpiment. — Les peaux sont ensuite transportées sur le chevalet, sorte de billot en bois, où on leur fait subir une série de grattages ou âcharnage, opération qui les dépouille de tout lambeau de chair ou de tissu cellulaire qui pourrait y adhérer, les aplanit, les assouplit, les rend aptes, en un mot, à recevoir l'action du tan. Après le tannage, qui s'opère en laissant les peaux séjourner pendant des mois entiers dans des fosses remplies de poudre de tan que l'on arrose d'eau, le cuir ainsi préparé est livré aux corroyeurs pour être mis en façon.

Le travail des corroyeurs consiste à enlever les crasses du cuir, les écorchures faisant saillie à la surface, à le ramollir et à l'assouplir ; ce qui se fait sur un chevalet ou sur un banc avec des instruments particuliers tels que l'étiré, le valet, le couteau, la marguerite ou roulette ; on termine le plus souvent en faissant passer la peau au marteau pilon.

Nous trouvons dans ces diverses opérations deux causes principales de maladies : l'humidité continuelle au milieu de laquelle vivent les ouvriers, et l'extrême fatigue qui résulte de l'attitude et du mouvement professionnels; courbés sur le chevalet, les membres supérieurs toujours en

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mouvement, le tronc alternativement incliné et relevé, tandis que les membres inférieurs conservent la station debout et l'immobilité : telle est l'attitude que gardent, pendant de longues heures, les ouvriers employés à ce genre de travail.

Les efforts auxquels ils se livrent, et la pression de la tête du chevalet sur le bas-ventre, occasionnent de la fatigue respiratoire et des troubles gastro-intestinaux. Shann parle de gastralgies et de dyspepsies, conséquence de cette fâcheuse attitude. Pécholier et Saint-Pierre ont signalé chez les tanneurs des. coliques spéciales qui se faisaient sentir principalement chez les débutants, d'une durée de quelques heures et reparaissant à intervalles assez éloignés.

Il est un genre d'affections que l'on rencontre assez souvent, et qui, la plupart du temps, selon nous, trouveraient leur cause dans le frottement répété de l'hypogastre, de l'aine et des parties génitales contre la tête du chevalet : nous voulons parler de l'irritation des voies urinaires, de l'orchite et des adénites inguinales. Beaugrand, le premier, en a signalé la fréquence chez les tanneurs, et nous même avons eu l'occasion de les rencontrer un certain nombre de fois chez les corroyé urs. — Chez ces derniers, nous avons aussi constaté l'eczéma des bourses avec plissement et suintement de la surface cutanée; mais c'est à l'action irritante de la poussière des cuirs parés qu'il faut en attribuer la cause.

Les varices et les ulcères des jambes, signalés déjà par Parent-Duchâtelet, ont été aussi notés par Beaugrand'. Armieux; le premier, a décrit, chez les ouvriers occupés à l'ébourrage et au travail des cuves, une affection singulière à laquelle il a donné le nom plus singulier encore de rossignol; mais le plus grand nombre des ouvriers la connaissent sous le nom de pigeon ou pigeonneau.

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Le pigeon se montre sous la forme d'un petit pertuis que l'on croirait percé avec un poinçon ; les bords en sont blanchâtres, comme l'est l'épidémie macéré, et ce cercle blanc est lui-même entouré d'une aréole d'un rouge plus ou moins foncé, le tout n'excédant pas le diamètre d'une lentille. La petite ouverture est d'abord saignante, plus ou moins douloureuse suivant les individus; mais elle ne tarde pas à se remplir d'une matière plastique qui se coagule, ferme le trou et en favorise l'oblitération. Le plus souvent, cette affection n'entrave pas les occupations. Elle atteint plus spécialement encore les ouvriers dont l'épidémie, ramolli par le travail des rivières, est soumis à l'action de la chaux. Beaugrand signale encore, comme occasionnées par cette action caustique de la chaux, des ecchymoses situées sous l' épidémie très-mince qui recouvre les faces latérales des doigts, et qui, lorsqu'elles sont excoriées, deviennent extrêmement douloureuses.

Mais ces excoriations aux doigts prennent un tout autre caractère lorsqu'on se sert pour l'ébourrage des peaux d'une pâte composée de chaux et d'orpiment (sulfure d'arsenic). C'est ainsi que nous retrouvons chez les mégissiers surtout, qui en font souvent usage, les lésions caractéristiques signalées chez les ouvriers qui manient les préparations arsenicales (fleuristes, ouvriers en papiers peints). Ces accidents résultent ici de la transformation du sulfure d'arsenic par son contact avec la chaux, en sulfure de calcium et en acide arsénieux, et de la proportion considérable de cet acide toxique dont les peaux se trouvent couvertes après l'action de la pâte épiîatoire, et au moment où les ouvriers détachent les toisons et procèdent au lavage.

Il en est de même chez les corroyeurs, lorsque pour la teinture des cuirs en jaune ils se servent de l'orpiment;

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les cuirs ainsi colorés laissent facilement, quand ils sont secs, dégager la poussière arsenicale au moindre frottement. (Voy. Arsenic.)

Il est un accident des plus graves, très-rare heureusement chez les tanneurs, mais auquel sont plus particulièrement encore exposés les mégissiers qui préparent les peaux vertes de jeunes animaux tels que chevreaux,» agneaux, etc.; c'est la pustule maligne.

Cauvière, cité par J. Bourgeois (d'Étampes), prétend qu'il existe sur certains cuirs de petits kystes dont la rupture laisse sortir un liquide brunâtre susceptible de transmettre le bouton malin. D'après les renseignements qui m'ont été fournis, les peaux provenant de chèvres de Syrie doivent surtout être redoutées. C'est pendant le craminage que les ouvriers sont exposés à s'inoculer le virus. Ils crèvent le kyste en grattant sans faire attention, et le liquide virulent jaillit quelquefois jusque sur leur visage. Le mode d'inoculation peut s'expliquer par les excoriations dont nous avons parlé, ou par les blessures et piqûres que Ton est exposé à se faire avec les instruments chargés de principes charbonneux.

Les phlegmons, selon Beaugrand, et les abcès sont assez communs chez les tanneurs. Les éruptions cutanées se remarquent en plus grand nombre chez les corroyeurs ; on doit les attribuer à l'action de la poussière qui se dégage en abondance dans les ateliers, pendant le façonnage des cuirs. Les blépharites, dont ces mêmes ouvriers sont souvent atteints d'après Desmarres, sont dues à la même cause. Mais c'est principalement pendant le broyage du tan que les ouvriers se trouvent soumis à l'influence pathogénique d'une atmosphère remplie de poussières.

L'emploi des divers instruments propres tà la profession nécessite des efforts et des pressions qui donnent

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lieu au développement de durillons et de bourses séreuses accidentelles susceptibles de s'enflammer et de suppurer. Il en est une qui porte avec elle un cachet professionnel bien tranché, c'est celle qui est située au coude même, el qui est provoquée par la pression de cette partie du corps sur la marguerite dont les corroyeurs se servent pour adoucir les cuirs et leur imprimer le grain. Cette manœuvre est des plus fatigantes; et tous les efforts de l'ouvrier portant sur Favant-bras qui agit, il en résulte une hypertrophie marquée des muscles de cette région. Verrons parle même d'une déviation de la colonne vertébrale, qui amènerait la saillie des côtes du côté oppose et qui serait le résultat à la longue de l'altitude professionnelle du corroyeur. — La préhension de l'étiré donne naissance à un durillon transversal du centre des deux mains et à des callosités de toutes les parties saillantes des doigts. La contracture, la crépitation des tendons, l'arthrite du poignet, peuvent être la conséquence d'un mouvement professionnel exagéré. — Beaugrand a constaté chez tous ces ouvriers la fréquence des rhumatismes, des lumbagos et des névralgies sciatiques; et Shann attribue à l'influence fâcheuse des mouvements continus et répétés des bras, la prédisposition aux maladies du cœur qu'il a eu l'occasion d'observer assez souvent chez eux.

Rien n'est sombre comme -le tableau que Ramazzini nous a tracé de la santé des tanneurs au commencement du xviii0 siècle. Mais il s'en faut que cette manière de voir soit partagée par ses propres traducteurs : Pâtissier eu France, Turner-Thackrah en Angleterre, sont loin de regarder la profession comme dangereuse. Quelques-uns même, sous l'influence de cette opinion généralement répandue, que les atmosphères chargées de principes orga-

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niques sont favorables à la santé des ouvriers, reconnaissent aux tanneurs une certaine immunité contre les épidémies et les fièvres graves. Déjcà le Paulmier l'avait admise contre la peste, Lancisi contre les fièvres intermittentes ; et Pécholier et Saint-Pierre, de nos jours, disent l'avoir observée pendant la dernière épidémie de choléra (1865). Mais des observations rigoureuses viennent à l'encontre d'une semblable assertion : Hannover, à Copenhague, cite les tanneurs comme particulièrement exposés aux fièvres bilieuses et gastriques; Shann, en Angleterre, et Beaugrand, en France, font la même remarque; et ce dernier même, qui s'est livré à des recherches intéressantes sur la profession, a trouvé qu'en 1849 les tanneurs, loin d'être préservés du choléra, furent exceptionnellement décimés.

Suivant Weber (de Siegburg), on ne trouverait guère dans l'atmosphère des tanneries que de l'acide carbonique, de l'hydrogène sulfuré ou carboné, de l'ammoniaque, c'est-à-dire des substances plutôt nuisibles qu'avantageuses pour la santé. Cet auteur pense donc que les natures saines et vigoureuses peuvent seules se livrer d'une manière continue à ces travaux, sans en ressentir d'inconvénients.

Les affections des voies respiratoires, telles que bronchite, asthme, pleurésie, la pneumonie surtout, occupent le premier rang parmi les maladies, dans les statistiques dressées par Beaugrand. Le chiffre des décès fournis par elles forme la sixième partie de la mortalité totale; proportion élevée qui doit attirer l'attention. Mais, en dehors des causes extrinsèques à la profession, telles que genre de vie, excès, imprudences, auxquelles Beaugrand tend à reconnaître une influence primordiale, l'humidité des tanneries joue, selon nous, un rôle prépondérant dans l'é

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tiôlogie des catarrhes pulmonaires; et nous allons voir qu'il est une autre cause tout aussi importante, c'est la pénétration des poussières dans les bronches.

Pendant le broyage du tan et le corroyage, il se dégage, en effet, une infinité de particules végétales ou minérales qui saisissent les ouvriers à la gorge, les l'ont tousser et cracher, et provoquent des angines et des laryngo-bronchites spéciales.

Une autre branche de l'industrie peaussière, l'apprêt des peaux et le lustrage exposent davantage encore à celte action nocive.

L'apprêt des peaux comporte deux opérations principales : le dégraissage au moyen du plâtre et de la sciure de bois; et le battage, qui a pour objet d'extraire des peaux le plâtre dont elles ont été chargées pendant le dégraissage. Le lustrage consiste à enduire les peaux de lapin, de lièvre, de fouine, de martre, etc., d'un mordant d'alun et de chaux qu'on étend cà la brosse ; puis on applique la teinture et on sèche à l'étuve ; on soumet ensuite es peaux à un foulon, et on les met dans un tambour à grillage, où elles sont agitées avec de la sciure de bois. Blépharites chroniques, angine, bronchorrhée et éruptions cutanées, telles sont les affections que l'on rencontre le plus communément dans ces diverses professions. — La fréquence de la phthisie serait représentée ici, d'après Hirt, parle chiffre de 23 phthisiques sur 100 malades. Mais une fabrication dangereuse à plusieurs égards, c'est celle des cuirs vernis ; elle consiste à appliquer sur les peaux tannées une couche de colle de Gandavec la brosse (encollage) ; puis, au moyen de grès pilé et d'un ponçage pour adoucir la surface, on enlève une grande partie de cette colle desséchée; on passe ensuite les couches d'apprêts (apprêtage) et on ponce de nouveau. En dernier lieu on

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applique le vernis, dans lequel il entre de la litharge et de la céruse. L'absorption de poussières siliceuses et plomhiques, telle est la cause pathologique qui permet déranger les vernisseurs de cuir à côté des ouvriers émailleurs. (Voy. ce mot.)

Chez les empailleurs, l'emploi des préparations d'arsenic et des sels de mercure (savon arsenical de Bécceur, sublimé corrosif) pour préparer et conserver les peaux , expose à des accidents spéciaux tels que éruptions arsenicales et ulcérations mercurielles. (Yoy. Arsenic et Mercure.) — ■ Le séjour dans un atelier où des animaux empaillés se trouvent réunis en grand nombre peut être funeste pour la santé ; la matière préservatrice, devenue sèche et pulvérulente par l'action du temps, se détache et se répand à l'état de poussière qui, se mêlant à l'air respiré, provoque à la longue des symptômes d'intoxication arsenicale chronique. (Delpech, Note sur une cause encore non signalée de l'intoxication arsenicale chronique, 1870, in Ann. d'hyg. pub.)

Nous arrivons, maintenant, à un point très-controversé et très-intéressant de la pathologie professionnelle des tanneurs : nous voulons parler de la rareté ou de la fréquence de la phthisie chez cette catégorie d'ouvriers. Lombard (de Genève) et Beaugrand ont établi, d'après leurs recherches statistiques, que la phthisie pulmonaire se rencontre assez souvent chez les tanneurs; le dernier donne même une proportion de 1 décès par phthisie sur 3 décès; ce qui est une moyenne très-élevée. Mais la plupart des auteurs s'accordent pour reconnaître au tannage proprement dit une influence des plus favorables à ce sujet. Dans les relevés de Hannover, ce sont les ouvriers tanneurs qui présentent le moins de décès par phthisie. Dodd et Nasse reconnaîtraient même à l'inspiration des poussières de tan

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une action préservatrice du développement de la phthisie pulmonaire. Il en est de même de Pécholier et de Saint- Pierre, qui concluent à l'extrême rareté de la phthisie dans la profession. C'est là aussi ce que nos propres recherches nous ont permis de constater.

Quant à l'âge moyen des décès, Beaugrand a trouvé pour les tanneurs celui de quarante et un ans, pour les mégissiers quarante-trois et pour les côrroyeurs quarantesix; tous chiffres inférieurs à celui donné par Lombard, qui est de cinquante-cinq ans.

Hygiène et thérapeutique. — On combattra la grande humidité des tanneries par des mesures d'hygiène générale, qui consisteront à bitumer les ateliers, à favoriser l'écoulement des eaux vers la rivière ou les égouts ; on pavera à chaux et à ciment les lieux de dépôt des peaux fraîches, et l'on y entretiendra une ventilation constante.

Pour éviter les inconvénients de l'ébourrage ou épilage, on se servira du tonneau purgeur. Les peaux sont agitées et lavées dans cet appareil pendant une heure et demie, et abandonnent toute leur. Chaux ainsi qu'une partie des poils. — Les billots de bois ou chevalets sur lesquels on pratique l'écharnage retiennent les débris organiques et exhalent continuellement une odeur de fermentation ; une disposition simple consistera à les recouvrir d'une feuille de zinc.

Pour obvier aux inconvénients de la pression de la tête du chevalet surl'hypogastre et les parties du corps exposées à être froissées, les ouvriers feront usage d'un tablier en cuir épais, ou mieux d'une planchette à bords mousses et arrondis, et rembourrée autant que possible.. Ils seront, en outre, garantis de tout contact avec les débris humides de peau et éclaboussures, par l'emploi de vêtements de travail en toile cirée. Ils porteront des sabots. Les pins

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grandes précautions seront prises dans la manipulation des peaux charbonneuses. Les ateliers de corroyage seront ventilés de la façon la plus complète. Pour le broyage du tan, il sera pratiqué dans des moulins parfaitement' clos, munis d'un orifice d'aspiration par lequel un ventilateur lance les poussières fines dans une caisse de dépôt. Cet appareil permettra en même temps d'utiliser ces poussières, . que quelques fabricants reconnaissent, à poids égal, plus actives que le tan ordinaire.

Les opérations de dégraissage, battage et apprêtage des peaux devront se faire sur des établis où une ventilation spéciale agissant de haut en bas sera rigoureusement appliquée. L'usage de masques grillés préservateurs et d'appareils clos sera au besoin recommandé. L'emploi de l'orpiment pour le pelainage devra être rejeté. Dans le cas contraire, on fera porter des gants de taffetas aux ouvriers exposés au contact de l'arsenic. On ne s'en servira pas non plus pour la teinture des cuirs en jaune, et l'ocre sera employée de préférence.

Les ulcérations spéciales des doigts, pigeonneau, ecchymoses, macération et irritation sous-épidermique, seront traitées par des lotions astringentes et aromatiques. Quelques ouvriers ont recours à des lotions de jus de tan et à des applications de goudron. Les corroyeurs, broyeurs de tan, apprêteurs et lustreurs de peaux se livreront à des ablutions fréquentes de la face et du corps. — Quant au traitement de la pustule maligne, il consistera dans l'excision de la tumeur, et, après cessation de l'hémorrhagie, on cautérisera avec le sublimé corrosif, 1 à 2 deux gram., pur ou incorporé a l'axonge; le fer rouge sera appliqué à la périphérie, et l'on couvrira la plaie d'émollients (cataplasmes) pendant la réaction phlegmasique: puis de topiques excitants.

A l'intérieur on prescrira des excitants, des diaphorétiques et des toniques (acétate d'ammoniaque, rhum, quinquina).

Andrews Dodd, The Lancet, 1829. — TuRNER-THACKRAHyThe Effects of principal Arts, Trades and Professions on Health and Longevity, London, 1832, in-8°. — Lombard (de Genève), De l'influence des professions sur la phthisie pulmonaire (Ann. d'hyg. publ., 1834).

— F. L. Leuret, Note sur la fréquence des affections charbonneuses chez les tanneurs et mégissiers à Chartres (Ann. d'hyg. publ., 1837).

— Halfort, Entstehung, Verlauf und Behandlung der Krankheiten der Kunstler und Gewerbetreibenden, Berlin, 1845. — Nasse, Rheinische Monatschrift fûrprakt. Aerzte. Koln 1847, et Schmidt's Jahrbiicher, Band LXV1I. — Weber (de Siegburg), Rheinische Monatsschrift fiirprakt. Aerzte. Koln, et Schmidt's Jahrbiïcher,BandLXXVI, 1852. — Armieux, Compte rendu de la Société de médecine de Toulouse, et Gazette des hôpitaux, 1853, p. 420. — Richter, Casper's Vierteljahrschrift fur gerichtliche Medicin, Band IX. — Hannover, Die Krankheiten der Handwerker, einBeitrag zurKenntniss zunachst der Verhâltnisse in Copenhagen in Beilage zur deutsche Klinik, 1861, nos 5, 6, 7 (Maladies des artisans), traduit par Beaugrand (Ann. d'hyg. publ., 1862, t. XVII, p. 294). — Trebuchet, Du travail des peaux et autres- débris d'animaux (Rapport général sur les travaux du conseil d'hygiène publique et de salubrité de la Seine, 1860, et Ann. d'hyg., 1861, t. XVI). — Beaugrand, Recherches historiques et statistiques sur les maladies des ouvriers qui préparent les peaux en général et sur celles des tanneurs en particulier (Ann. d'hyg. publ., t. XVIII, 2e série, 1862. — Pécholier et Saint-Pierre, Hygiène des ouvriers peaussiers (Montpellier médical, 1864).

PÊCHEURS, PLONGEURS, POISSONNIERS. — Eli dehors

des sinistres auxquels les expose incessamment le mau-vais temps, les pêcheurs de profession sont, plus encore que les navigateurs au long cours, soumis à tous les inconvénients d'une vie passée au milieu d'une continuelle humidité. Les phlegmasies de la poitrine et les rhumatismes sont des maladies extrêmement communes chez eux. Le

catarrhe chronique des bronches surtout paraît être le triste apanage de leur profession. — Quelques auteurs ont signalé la fréquence des ulcères aux membres inférieurs, etRamazzini a avancé que les pêcheurs sont presque toujours atteints de constipation opiniâtre (?)

Parmi les affections externes, nous devons citer le panaris, que l'on rencontre inévitablement chez les pêcheurs à la ligne de fond.

Le mal siège presque toujours à l'index et doit être attribué à l'action du frottement de la corde sur le doigt. « En effet, dit Barthélémy, sa fréquence k Terre-Neuve, à bord des bâtiments pêcheurs, est connue de tous : les piqûres par les hameçons, les arêtes, les nageoires des poissons, dans un climat froid et humide, doivent bien y contribuer; mais on sait aussi quelle longueur de corde doit passer entre leurs doigts, quand du matin au soir ils sont employés à pêcher par des fonds de plusieurs brasses.

« Ceux qui se livrent à la pêche des perles, des éponges, du corail, en plongeant à des profondeurs souvent considérables, sont exposés à des accidents d'une haute gravité. »

« Certains plongeurs, dit Ponty en parlant des pêcheurs de perles du golfe Persique, peuvent tenir quatre et même cinq minutes sous l'eau; et il est habituel de voir une immersion aussi prolongée déterminer des flux hémorrhagiques par la bouche, par le nez et les oreilles. Un danger permanent menace au reste la vie des plongeurs; et si l'intrépide chercheur de perles échappe à l'asphyxie, à la dent des squales, aux accidents de toutes sortes qu'il affronte, la surdité, la cécité et divers troubles des organes des sens ne manquent pas de l'accompagner dans sa retraite prématurée. »

Avec l'application des appareils sous-marins à ce genre de pêche, la plupart des accidents seront évités. Toutefois,

il peut survenir deux causes de périls pour les plongeurs; ce sont : la mauvaise confection des scaphandres, et une trop grande précipitation dans la compression et la décompression de l'air contenu dans leur intérieur.

Les appareils sous-marins sont au nombre de trois : la cloche à plongeur, le scaphandre Cabirol, et l'appareil régulateur Rouquayrol-Denayrouse .

La cloche à plongeur consiste en un vase ouvert par le bas et fermé par toutes les autres parts, clans lequel on peut descendre, sans danger, des hommes au fond de l'eau, en envoyant continuellement de l'air à une pression d'autant plus grande que la cloche s'enfonce davantage.

Il serait trop long d'entrer dans les détails de la description du scaphandre Cabirol. C'est celui employé dans la marine pour les recherches et les travaux sous-marins. Nous dirons seulement que les objets destinés à isoler le plongeur sont au nombre de trois : un casque muni de glaces protégées par un grillage en fd de fer, une pèlerine métallique, et un vêtement imperméable.

Nous avons déjà décrit l'appareil Rouquayrol en parlant du déchargement des bateaux infectés de miasmes. Lorsqu'on veut s'en servir pour la pêche, le plongeur est maintenu an fond de l'eau par des souliers auxquels sont vissées des plaques de plomb du poids de 8 kilogrammes ; et lorsqu'on doit rester longtemps sous l'eau, afin d'éviter l'action du froid et celle de l'eau de mer sur les yeux, il faut joindre à l'appareil un vêtement de caoutchouc et un masque préservateur (Denayrouse).

Les accidents que l'on a eu l'occasion d'observer en pareils cas sont en tous points semblables à ceux que nous avons décrits au sujet du travail dans l'air comprimé. C'est avec le scaphandre Cabirol qu'ils se sont présentés le plus souvent. En effet, il résulte des observations qui

ont été faites, que rien ne réglant l'arrivée de l'air dans le scaphandre, l'ouvrier en reçoit tantôt une trop grande, tantôt une trop faible quantité. En 1867, sur 24 hommes qui péchaient avec 12 scaphandres de fabrication anglaise, par des fonds de 45 à 54 mètres, 10 sont morts, 3 presque subitement en revenant à l'air libre, les 7 autres après plusieurs mois de souffrances, et ayant tous offert la paralysie des membres inférieurs et de la vessie.

Suivant Le Roy de Méricourt, les pêcheurs qui ont ainsi succombé ont dû être atteints d'hémorrhagies de la moelle produites par la tension des gaz libres en solution qui saturaient le sang.

Les récentes expériences de Paul Bert sont venues confirmer cette opinion. (Voy. Travail a l'air comprdié.)

Avec l'emploi de l'appareil régulateur, il est rare d'observer des accidents. Il est, toutefois, certaines profondeurs qu'il est toujours dangereux de dépasser : 35 mètres par exemple.

On prendra, dans tous les cas, les plus grandes précautions en descendant le plongeur, mais surtout au moment de la décompression de l'air.

Celle-ci devra être d'autant plus prudente que la profondeur atteinte aura été plus grande. La durée d'une minute par mètre d'ascension de retour serait suTfisante, d'après de Méricourt. Thibaut et Le Roy de Méricourt ont eu l'occasion d'observer aussi chez les plongeurs au scaphandre des accidents d'intoxication dus au sulfure de carbone provenant d'une mauvaise vulcanisation des tubes en caoutchouc (Arch. de méd. nav., 1864); c'est là un fait extrêmement rare.

On a signalé chez les vendeuses de poissons des symptômes d'empoisonnement par les émanations putrides s'exhalant des paniers à poissons. Deville {Gaz» hôpit.,

4 octobre 1860) a constaté, surtout chez les jeunes enfants soumis à ces émanations, dans les chambres où ces paniers se trouvaient déposés, des entérites chroniques quelquefois mortelles.

Chevallier cite des faits semblables provoqués par l'odeur fétide des paniers à poissons. (Journal de chimie médicale.)

Déjà Pâtissier avait dit : « Les poissons.qui commencent à se putréfier exhalent une odeur très-puante, formée par le gaz hydrogène phosphore (?) — Cette odeur peut occasionner des maladies graves. Les poissonniers sont exposés au scorbut, ta l'érysipèle, aux dartres et aux inflammations de l'estomac et des intestins. » J'ai été à même d'observer la fréquence de la dysenterie cbez les vendeuses de poissons. Une remarque que j'ai faite aussi, c'est que la plupart d'entre elles ont une très-mauvaise haleine.

D'après les recherches de Henry et Labarraque, c'est à la couche de matière gélatineuse qui adhère très-fortement aux mailles des paniers, et à sa décomposition, qu'il faut attribuer la plupart des accidents.

Il est donc nécessaire de conseiller avant tout la désinfection des paniers à poissons, au moyen du chlorure de chaux ou de l'hypochlorite de soude.

A. Ponty, Relation médicale de la campagne de l'aviso à vapeur le Surcouf dans le golfe Persique, th. de Montpellier, 1867. — Le Roy de Méricourt, Considérations sur l'hygiène des pêcheurs d'épongés, résumé in Rullet. de l'Acad. de méd., 1868, t. XXXIII, p. 786 (Arch. de méd. navale, 1868; reprod. in extenso dans Ann. d'hyg., 1869, t. XXXI, p. 274).

peintres. — La plupart des accidents déjà signalés chez les apprêteurs d'étoffes colorées et les ouvriers en papiers peints se rencontrent chez les peintres. — Le vert de Scheele (arsénite de cuivre), substance d'un emploi si

banal dans la peinture en bâtiments et en décors, et le blanc de plomb (céruse), sont en effet les deux principales causes de l'empoisonnement professionnel chez les peintres.

Le broyage, le tamisage, pour les ouvriers qui préparent les couleurs fines ; le délayage de la couleur, le grattage surtout des vieilles couches de peinture, pour les peintres en bâtiments, sont des opérations dangereuses par suite du dégagement de poussières sèches ou humides auxquelles elles donnent lieu.

A. Chevallier a signalé chez les premiers des diarrhées, des coliques, des vomissements et des douleurs dans les bras et dans les jambes, tous symptômes plus ou moins prononcés de l'intoxication professionnelle. (Voy%. Plomb.) Mais outre cette action toxique générale, conséquence de l'absorption des poussières, on peut encore observer chez quelques-uns de ces ouvriers les symptômes d'une irritation spéciale des poumons. Sous le nom de sidérose pulmonaire, Zenker a décrit une infiltration des poumons par les particules pulvérulentes du rouge d'Angleterre, chez les ouvriers qui le travaillent. Cette affection, qui n'est autre qu'une pneumonie parenchymateuse chronique, présente tous les symptômes de la phthisie moins ceux de l'auscultation et de la percussion. Chez une ouvrière, Zenker a pu extraire jusqu'à 22 grammes de poudre de rouge d'Angleterre des poumons infiltrés! D'après Shann, les ouvriers peintres seraient très-sujets à la phthisie; leur âge moyen ne dépasserait pas trente-cinq ans.

• Il est une substance à l'action de laquelle sont soumis les peintres, et qui donne naissance à des accidents particuliers tels que céphalalgie, troubles]divers des sens, dyspepsie et faiblesse des membres, etc/; c'est l'essence de térébenthine que l'on emploie si fréquemment pour les

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m PHOTOGRAPHES.

mélanges colorants. Boutigny (d'Evreux) a particulièrement observé les effets de celte influence sur les peintres en porcelaine. Quelques-uns même auraient été obligés de quitter leur état à cause des vertiges et des violentes céphalalgies que leur faisaient éprouver les vapeurs d'essence de térébenthine. Les recherches de A. Chevallier sont venues confirmer ces premières observations. Nous renvoyons, pour tout ce qui concerne l'hygiène préservatrice (aération des ateliers, emploi des tamis fermés, broyage dans des appareils clos, lavages fréquents, surtout avant le repas, etc.), à I'Hygiène générale et aux articles : Ouvriers EN PAPIERS PEINTS et PLOMR.

A. Chevallier, Note sur' la santé des ouvriers qui préparent les couleurs fines (Ann. d'hyg. publ., 1858).

photographes. — Les photographes manient habituellement deux poisons très-énergiques, le cyanure de potassium et le bichlorure de mercure. « Les seuls accidents qui se sont produits dans ces circonstances ont toujours eu pour cause soit l'existence de crevasses ou de coupures existant aux doigts, soit la persistance à frotter avec un fragment de cyanure de potassium solide les taches de nitrate d'argent existant sur la peau, et que le cyanure de potassium fait souvent disparaître.

» Dans ce dernier cas, l'épidei me, ramolli d'abord par Faction énergiquement alcaline du cyanure de potassium, est bientôt enlevé par les frottements réitérés, et n'oppose plus aucune résistance à la mortelle absorption de ce produit. » (Tardieu.)

Le fait suivant est des plus intéressants à connaître : « Un photographe voulant faire disparaître les taches noires laissées à l'une de ses mains par le nitrate d'argent,

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