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les frotta avec un assez gros morceau de cyanure de potassium, et il s'en glissa un petit fragment sous l'ongle d'un des doigts. N y ayant point d'abord fait attention, il ne 'tarda pas y éprouver une vive douleur, et en quelques instants il fut pris de vertiges, de telle sorte que tout semblait tourner autour de lui. Pour se débarrasser promptement, il eut la malheureuse idée d'employer du vinaigre ; le cyanure fut aussitôt décomposé et de l'acide cyanhydrique se trouva mis en liberté.
» Les vertiges arrivèrent au plus haut point, accompagnés de frissonnements, pâleur de la face, œil éteint, dépression profonde des forces, impossibilité de parler, mais conservation de l'intelligence; puis refroidissement des extrémités, diplopie... Cet état dura près de dix heures. Des frictions froides sur la colonne vertébrale, des inspirations d'ammoniaque, une forte infusion de café noir, mirent un terme à ces graves accidents. » (Davanne.)
En dehors de ces causes fortuites d'intoxication rapide, il est une espèce d'empoisonnement chronique dont les symptômes peuvent se révéler chez la plupart d'entre eux. L'habitude de passer de longues heures dans un cabinet étroit, dont l'air rarement renouvelé est vicié par les émanations des substances employées, finit en effet par porter atteinte à la santé. Mais il en est une, parmi cellesci, dont l'emploi continuel donne lieu à des accidents particuliers; c'est le collodion. Les vapeurs d'éther qui s'en exhalent, provoquant par leur absorption une excitation faible, il est vrai, mais souvent répétée, des centres nerveux, amènent, à la longue, l'apparition de troubles cérébraux tels que vertiges, anhélation, faiblesse et même tremblement des membres. — Chez presque tous, l'habitude de tenir entre le pouce et l'index les plaques de préparation, occasionne une altération profonde de 1'épiderme qui re-
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couvre les dernières phalanges de ces doigts; et l'on constate souvent, surtout à gauche, un certain degré d'insensibilité cutanée accompagnée d'engourdissement mus- ^ culaire. En même temps que les taches causées par le nitrate d'argent, c'est là un signe caractéristique de la main professionnelle des photographes.
Davanne, Dangers que présente le cyanure de potassium rhez les photographes. Extrait in Ann. d'hyg. publ., 1863. — Tardieu et Roussin," Étude médico-légale et clinique sur l'empoisonnement, Paris, in-8°, 2° édit., 1873, p. 1200.
plâtriers. — Les ouvriers qui travaillent le plâtre sont particulièrement exposés aux affections qui résultent de l'action des poussières irritantes sur les yeux et les voies respiratoires. Les ophthalmies, les taches de la cornée principalement, la blépharite ciliaire, l'irritation chronique des muqueuses nasale, pharyngienne et bronchique, se remarquent fréquemment chez les plâtriers; c'est surtout pendant le broyage par la voie sèche de la pierre calcaire, et le tamisage du plâtre, que les poussières se dégagent en grande quantité. La bronchorrhée, l'emphysème et lacirrhose pulmonaire, telles sont les maladies de l'appareil respiratoire qui revêtent chez ces ouvriers un cachet véritablement professionnel.
Petit raconte, dans ses leçons cliniques, l'histoire d'un marchand de plâtre mort de catarrhe bronchique : les deux poumons furent trouvés farcis de petites concrétions calcaires; le tissu pulmonaire, resserré et-plus dense, n'était nullement altéré. (Voy. Phthisie professionnelle.)
Les ouvriers qui font cuire la pierre calcaire (chaufourniers) sont exposés à tous les inconvénients d'une chaleur intense, à des refroidissements, à des rhumatismes; de là aussi des brûlures assez fréquentes, principalement aux
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mains et aux bras. La fumée et le gaz sulfureux qui se dégagent pendant l'opération provoquent encore des irritations fort vives des yeux et des voies bronchiques. L'angine est assez commune chez tous ces ouvriers.
Les maçons présentent les mêmes affections que les plâtriers. Un effet du plâtre et de la chaux sur les mains est de les rendre dures, ridées, et quelquefois même de produire des ulcères. Leur introduction dans les yeux amène rapidement une opacification plus ou moins étendue de la cornée. Cette lésion a été étudiée chez les maçons surtout par Gosselin (Arch. méd., novembre 1855) et par Heckel chez les plâtriers (Joum. de thér. app., nos 8 et 9, 1874). On rencontre chez tous ces ouvriers diverses éruptions cutanées, principalement l'érythème et l'eczéma des bourses. Ainsi que les couvreurs, les maçons sont exposés à des accidents terribles causés par des écoulements de murs, la chute d'un échafaudage, du haut d'une échelle, etc. Les accidents qui consistent dans le choc d'un corps pesant (pierre, brique, partie d'échafaudage, etc.) sont fréquents dans celte profession. Le blessé peut être tué sous le coup; la fracture simple ou compliquée d'un membre, la fracture comminutive, les contusions des reins et des articulations avec leurs conséquences connues et souvent redoutables ; les paralysies locales qui suivent certaines contusions profondes : tels sont les effets les plus ordinaires produits par ces chocs violents (Tardieu). (Yoy. Couvreurs.)
plomb. — : L'emploi des préparations de plomb dans les arts et dans l'industrie fournit des occasions nombreuses et diverses d'empoisonnement professionnel. Les uns manient directement le plomb ou ses composés :
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plombiers, cérusiers, fabricants do minium, doreurs sur bois, fabricants de vernis à la litharge, dentellières, peintres, broyeurs de couleurs, etc. ; les autres sont exposés à l'absorption de poussières plombiques : émailleurs, potiers, porcelainiers, verriers, tailleurs de cristal, fleuristes, cartiers ; d'autres subissent les vapeurs des alliages en fusion : fondeurs, étameurs, affineurs de métaux par le procédé de la coupellation ; d'autres enfin^, comme les imprimeurs, les lapidaires et les tisserands, se servent continuellement d'objets en plomb dont l'usure et le contact sont pour eux une source d'accidents fréquents.
L'empoisonnement par le plomb, lorsqu'il est d'origine professionnelle, s'affirme en général d'une manière lente et périodique, par des symptômes caractéristiques et pour ainsi dire uniformes, chez tous les ouvriers placés par leur travail dans les conditions où l'absorption des émanations ou des poussières saturnines est inévitable. C'est d'abord une décoloration et un amaigrissement des tissus; les forces diminuent, la peau, surtout celle de la face, prend une teinte d'un jaune pâle, subictérique ; il y a dans la bouche comme une saveur sucrée et styptique; l'haleine devient fétide ; les bords des gencives se recouvrent d'un liséré gris bleuâtre caractéristique (liséré de Burton).
Ces phénomènes persistent plus ou moins longtemps sans trouble notable pour la santé, jusqu'à ce que vienne à éclater une des affections symptomatiques de l'empoisonnement saturnin.
Le plus souvent, c'est la colique de plomb par laquelle débutent les accidents : après quelques jours de malaise, d'inappétence, de resserrement du ventre, les malades sont pris d'une douleur plus ou moins vive siégeant à l'ombilic et s'irradiant vers les lombes et les parties génitales, tantôt obtuse et contusive, tantôt aiguë et déchirante. Le
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visage est grippé, les yeux caves, le ventre souvent rétracté. La constipation est opiniâtre; il y a des nausées, des éructations presque toujours suivies de vomissements bilieux ou porracés ; quelquefois un véritable ictère ; les urines sont rares. En même temps il existe des douleurs dans les muscles et les articulations, parfois accompagnées de crampes, et coïncidant, d'autres fois, avec de l'anesthésie et de la paralysie.
Ordinairement, ces accidents cèdent après un temps assez court; mais ils ne tardent pas à reparaître chez les ouvriers qui, ne changeant pas de profession, continuent à rester exposés aux mêmes influences morbides.
C'est afers que l'on voit débuter plus ou moins brusquement des accidents plus graves : ces accidents consistent le plus souvent en convulsions épileptiformes, irrégulières et intermittentes, alternant avec des périodes de délire ou de stupeur (encéphalopathie saturnine). Très-fréquemment, à la suite de ces attaques, survient une paralysie souvent circonscrite et qui affecte plus particulièrement les muscles extenseurs, surtout ceux du poignet et des doigts.
D'autre fois, il se manifeste une cécité qui, ordinairement passagère, peut cependant persister indéfiniment : c'est ainsi qu'à la longue, au milieu d'alternatives d'améliorations et. de récidives, se développe la cachexie saturnine ; et les malades, épuisés, plongés dans un état anémique profond, atteints de paralysie, parfois d'hydropisie et d'albuminurie (Ollivier), finissent par succomber dans le marasme et l'abêtissement, lorsque la mort n'arrive pas d'une manière plus rapide comme conséquence directe des accidents cérébraux.
Constantin Paul a reconnu que l'intoxication saturnine se manifestait en outre chez les ouvrières par une funeste influence sur le produit de la conception. Ce fait s'est ré-
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vélé, en effet, par des avortements de trois à six mois; par des accouchements prématurés dans 'lesquels les enfants vinrent morts ou mourants ; par une mortalité au-dessus de la moyenne pendant. les trois premières années de la vie de l'enfant.
Les médecins anglais avaient constaté depuis longtemps la fréquence de la goutte chez les ouvriers qui travaillent le plomb et ses composés (peintres en bâtiments, plombiers, polisseurs de glace, etc.). Déjà Nicolas Skragge avait dit en 1764 : « Les ouvriers qui font la céruse sont sujets à la rigidité des membres et à la goutte fixe. »
. Mais c'est à Garrod que l'on doit d'avoir surtout attiré l'attention sur ce point de pathologie professionnelle : d'après cet auteur, l'intoxication salurnine favorise le développement de la maladie, parce que l'imprégnation de l'organisme par le plomb restreint l'élimination de l'acide urique par les reins. (Garrod, la Goutte, 1867.)
De toutes les professions qui mettent les ouvriers en contact avec le plomb, aucune n'est plus dangereuse que la fabrication de la céruse. Grâce à l'application de moyens d'assainissement, cette industrie a pu échapper aux menaces d'interdiction qui, à un moment donné, ont pesé sur elle.
Presque toutes les opérations de cette industrie, qiii autrefois se faisaient exclusivement à la main, placent les ouvriers dans une atmosphère chargée de poussières plombiques. Parmi elles, l'épluchage et le battage des lames de plomb chargées de carbonate ; le broyage, la pulvérisation et le tamisage des écailles plombiques une fois détachées; l'introduction et le tassement de la céruse ainsi obtenue, dans des pots oii des barils; la confection des pains de céruse et leur séchage; sont celles qui ont été, à bon droit, regardées par tous les auteurs comme éminemment dan-
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gereuses. L'absorption incessante du sel de plomb par les voies digestives et respiratoires, telle est la cause des accidents qui se présentent chez les ouvriers cérusiers. Suivant Flandin (Rapport général des travaux du conseil de salubrité, 4847), l'intoxication serait produite plus encore par les voies de l'absorption cutanée simple. Mais il est des circonstances où ce n'est plus sous forme de poussières, mais de vapeurs, que le plomb est introduit dans l'organisme : c'est ce qui arrive dans la calcination du métal et sa transformation en protoxyde ou massicot. Il en est de même pour la transformation du massicot en sesquioxyde ou minium. Ces vapeurs qui s'échappent, en plus ou moins grande quantité, des fours d'oxydation sont trèsredoutées des ouvriers.
Dans la fabrication de l'oxychlorure de plomb, le danger de la substance est à peu près le même. Suivant Renauldin, la température serait dans tous ces cas une cause prédisposante de l'intoxication.
Quant à la fabrication de l'acétate de plomb, si quelques-uns la considèrent comme moins nuisible pour les ouvriers que celle du carbonate, d'autres industriels ont été portés à attribuer surtout à la présence de ce sel les fâcheux effets qu'on rapporte habituellement à la céruse ; effets qui s'expliqueraient mal avec un corps aussi insoluble que le carbonate, tandis qu'ils s'expliquentbeaucoup mieux par la grande solubilité de l'acétate. Ce point aurait besoin d'être élucidé.
On s'accorde généralement pour reconnaître à la fabrication du minium une nocuité moins grande qu'à celle de la céruse. Suivant Bréchot, en effet, les ouvriers en minium résistent plus longtemps que les cérusiers. Tanquerel-Desplanches dit aussi que les cérusiers sont les plus aptes à contracter les accidents saturnins, et c'est
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chez eux que l'on rencontrerait le plus souvent la forme cérébrale (encéphalopathie saturnine). La manipulation du minium ne semble donner lieu qu'à la colique et à la paralysie, et même produit encore difficilement ces deux affections. D'après Renauldin, il faudrait y ajouter les douleurs dans les membres (arthropatbie saturnine).
Notre avis est que cette différence dans la manifestation des symptômes est en rapport avec le plus ou moins de temps de séjour des ouvriers au milieu des produits ou émanations de la substance plombique.
Le relevé suivant des malades atteints d'accidents saturnins professionnels, traités dans les hôpitaux de Paris pendant les années 1844-45 et 46, peut nous donner une idée de ce qu'était la fréquence de cette affection clans les professions les plus exposées : sur un chiffre total de 1450 coliques de plomb, les ouvriers cérusiers et au minium fournissent à eux seuls une somme partielle de 796 cas; puis viennent les peintres en bâtiments et voitures, 290 cas; les imprimeurs, fondeurs en caractères, femmes travaillant au polissage des caractères d'imprimerie, 120; les fabricants de cartes lissées au blanc de plomb, 35; les potiers de terre, émailleurs, 33; les fondeurs en plomb, les bijoutiers et lapidaires, les ouvriers en papiers peints, les verriers et polisseurs de cristal, etc.
Hygiène préservatrice. — « 11 n'y a pas lieu d'interdire la fabrication de la céruse, disait Tardieu en 1853, les perfectionnements introduits dans cette fabrication lui ayant enlevé d'une manière à peu près complète son insalubrité et ses dangers;- mais il importe que l'administration prenne des mesures efficaces pour que ces perfectionnements soient adoptés dans toutes les usines, et que celles-ci soient l'objet d'une surveillance spéciale. » — En effet, les maladies des ouvriers cérusiers peuvent être
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généralement prévenues par la substitution des procédés mécaniques au travail manuel, dans les opérations qui exposent au contact et au maniement direct de la céruse ; par l'intervention de l'eau dans la séparation des écailles et le criblage qui la suit; par le broyage à l'huile, dans la fabrique même, à l'aide d'appareils convenables, de toute la céruse qui subit cette manipulation avant d'être mise en œuvre; par la clôture dans des chambres ou dans des enveloppes, de tous les mécanismes servant à la pulvérisation, au tamisage et au blutage à sec, lorsque ces opérations sont indispensables.
Les fours de fusion seront situés dans des locaux trèsaérés, et le plomb fondu dans des chaudières surmontées de hottes à peu près hermétiques, dont l'aspiration énergique conduira les vapeurs dans la cheminée de dégagement; une disposition excellente consiste à faire communiquer les hottes avec un canal commun de ventilation venant lui-même déboucher obliquement dans le carnau des flammes du foyer; on évite ainsi que les vapeurs plombeuses ne soient rabattues vers l'intérieur, ce qui arrive quelquefois. Le blanc de plomb sera séparé des lames métalliques par un système de cylindres cannelés, comme celui qui est employé dans la fabrique de MM. Th. Lefebvre et Cie à Moulin-lez-Lille. Le blutage sera pratiqué cà l'aide d'une ventilation puissante exercée dans l'enveloppe du broyeur. — Pour le broyage à l'huile, la céruse demi-humide est introduite dans un pétrin mécanique avec une quantité convenable d'huile ; la pâte ainsi obtenue est passée entre des cylindres broyeurs qui lui donnent la ténuité voulue. (Freycinet, Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870, p. 7-i.) — Deux principes d'hygiène générale et industrielle ne doivent pas être perdus de vue dans la manipulation directe de tout composé plombiqu :
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1° la précaution d'humecter la poudre toxique, et 2° celle de faire régulièrement alterner les ouvriers dans les diverses branches de la fabrication, de telle sorte que le travail insalubre, réparti entre plusieurs, perd, par le fait même de sa discontinuité, tout caractère vraiment dangereux.
Mais il est tout un côté de l'hygiène préservatrice dont l'importance est sans égale ; c'est celui qui a trait aux mesures d'hygiène individuelle. Les ouvriers feront usage de vêtements de travail; ces vêtements seront laissés à l'atelier et confectionnés avec des étoffes pouvant permettre des lavages fréquents. Ils mettront des gants toutes les fois que cela leur sera possible ; après le travail, ils se laveront les mains avec du savon noir, ou bien dans une solution hydrosulfurée, ou simplement dans une solution étendue d'acide sulfurique. On se lavera fréquemment aussi la bouche et les gencives, et l'usage d'une brosse à dents ne saurait être trop conseillé.
Sous aucun prétexte les ouvriers ne doivent manger ni laisser séjourner les paniers à aliments dans les ateliers. Dans quelques fabriques, on se sert de masque préservateur; mais c'est surtout pendant l'embarillage du sel plombique qu'il faudra en exiger l'emploi. Celui que M. Camus, fabricant d'acétate de plomb à Ivry, fait porter à ses ouvriers, est un masque qui couvre la moitié inférieure du visage et qui est formé d'une éponge serrée entre deux toiles métalliques ; il est nécessaire de le savonner tous les jours. Suivant Ch. de Freycinet, ce masque aurait l'inconvénient d'être trop échauffant et de fournir aux ouvriers l'occasion de toucher leur visage avec les doigts chargés de selplombique. Il serait préférable de remplacer l'éponge par un tissu de gaze léger, comme dans le masque de Durwell. (Voy. Tailleurs de pierres.)
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On ne doit pas oublier que les excès en tout genre, une alimentation insuffisante, le manque d'exercice, favorisent singulièrement la réceptivité morbide professionnelle; les ouvriers devront donc s'abstenir de tout excès et de tout abus de boissons. Ils devront, tous les jours de chômage, se livrer à un exercice salutaire. Autant que possible, dit Chevallier, ils devront demeurer dans un lieu éloigné de la fabrique, le trajet du matin et du soir ayant paru favorable à la santé. Aux cristalleries de Saint-Louis et de Baccarat, on affecte à la préparation du minium des hommes de la campagne demeurant à quelques kilomètres de la fabrique, qui ont ainsi un grand exercice à faire à la sortie de leur travail. On les fait alterner au bout d'une semaine, pour les occuper alors en plein air. Ces sages mesures ont prévenu les coliques saturnines dans ce vaste établissement. Mais, une fois les premiers accidents confirmés, on fera cesser immédiatement tout travail nuisible. Dans le traitement, on emploiera concurremment les purgatifs, les narcotiques et les sédatifs pour combattre la constipation et l'entéralgie ; les bains de vapeur, les bains sulfurés auront une action efficace contre la myodynie et Farthropathie saturnines; les préparations de quinquina, les eaux sulfureuses, alcalines, l'hydrothérapie, seront tour à tour employées avec succès dans la cachexie. La limonade sulfurique sera conseillée, en outre, aux ouvriers, comme boisson ordinaire et préservatrice de l'intoxication professionnelle.
VIérat, Traité de la colique métallique, Paris, 1812. — Palais, Traité pratique delà colique métallique, Paris, 1825. — Bréchot, Mémoire sur les accidents résultant de la fabrication de la céruse (Ann. d'hyg'. publ., 1834, t. XII). — Tanquerel-Desplanches, Traité des maladies saturnines, 1839. — A. Chevallier, Becherches sur les causes de la maladie dite colique de plomb chez les ouvriers qui préparent la céruse (Ann. d'hyg. publ., 1836, t. XV). — Notes statistiques sur les
LAYET. 27
170 POTIERS, FAÏENCIERS, PORCELAINIERS.
ouvriers atteints de la colique de plomb, traités dans les hôpitaux de Paris, 1840. — Observations sur les ouvriers employés dans la fabrique de cérusè de Moulin-lez-Lille (Annales d'hygiène publique,. 1817, t. XXXVIII, p. 4-53). — Sur l'hygiène des ouvriers en général et sur celle des cérusiers en particulier (Ann. d^hyg. publ., 1852, t. XLVI1I). — Adelon et Chevallier, Rapport sur les maladies que contractent les ouvriers qui travaillent dans les fabriques de céruse (Ann. d'hyg. publ., 1838, t. XIX, p. 5). —Combes, Rapport sur la fabrication de la céruse en France au point de vue de la santé des ouvriers (Compt. rend, de l'Acad. des sciences, 1849), analysé in Ann. d'hygiène publ., 1850, t. XLIII, p, 199. — Rrachet, Traité pratique de la colique de plomb, Lyon, 1850, in-8°. — Coulier, Question de la céruse et du blanc de zinc, Paris, 1852. — Richelot, De la substitution du blanc de zinc au blanc de plomb dans l'industrie et dans les arts, Paris, 1852, in-8°, aux bureaux de l'Union médicale. — Soudée, Question de la céruse et du blanc de zinc, Paris, 1852. — A. Tardieu, Rapport aux comités des arts et manufactures et d'hygiène publique, réunis en commission sous la présidence du ministre de l'intérieur, sur la question de la suppression de la fabrication et de l'emploi du blanc de plomb, 1853, analysé in Annales d'hygiène publique, 1853, t. XLIX, p. 455, et reproduit in Recueil des travaux du comité consultatif d'hygiène publique de France, Paris, 1872, t. I. — Constantin Paul, De l'intoxication saturnine, Paris, 1860. — Ch. de Freycinet, Rapports sur l'assainissement industriel et municipal (Ann. des mines, 1864-66-68). Le conseil central de salubrité du Nord a publié plusieurs rapports utiles à consulter.
potiers, faïenciers, porcelainiers. — La fabrication des poteries et céramiques comprend la préparation de la pâte et le façonnage. Dans la première de ces opérations nous trouvons comme circonstances écologiques spéciales : le broyage des matières premières, qui expose les ouvriers à l'action et à l'absorption des poussières minérales; les lavages consécutifs des argiles et kaolins, qui les soumettent à tous les inconvénients de l'humidité, et le mélange des matières par marchage ou malaxage. (Voy. Briquetiers.) Le façonnage se fait soit par mou-
POTIERS, FAÏENCIERS, PORCELA1MERS. 47!
lage, soit sur le tour, et alors il comprend ordinairement un ébauchage et un tournassage. Ces diverses opérations nous offrent avant tout, comme causes pathologiques, les effets fâcheux de l'attitude et du mouvement professionnels. C'est ainsi que chez les pressiers ou mouleurs, dont le travail consiste à comprimer avec effort l'argile dans les moules, et implique une forte pression sur la poitrine et l'épigastre, avec interruption fréquente de la respiration, on rencontre une certaine déformation de la poitrine caractérisée par la dépression de l'appendice xyphoïde et des cartilages costaux voisins (Ardlige), avec prédisposition, en outre, aux congestions pulmonaires et aux affections organiques du cœur.
Nous signalerons chez les marcheurs et les malaxeurs de pâte, des douleurs musculaires et articulaires dans les membres auxquels incombe principalement le mouvement professionnel, la synovite tendineuse des extenseurs des doigts chez les uns, des fléchisseurs propres et communs des orteils chez les autres; chez les tourneurs, des névralgies bracchio-thoraciques, de l'anhélation et des palpitations.
Deux opérations, le battage à la main, dans lequel on enlève au-dessus de la tète la pelote d'argile pour la lancer ensuite violemment contre le sol, en vue d'en expulser l'air, et le frappa ge au marteau, par lequel on prépare la pièce d'argile et on en forme un disque de l'épaisseur voulue, sont d'autant plus pénibles pour ceux qui les pratiquent, qu'on y emploie ordinairement des femmes et des enfants.
Les maladies pulmonaires et bronchiques sont trèslréquentes chez tous ces ouvriers ; la débilité qu'entraîne un pareil travail, commencé en général dès l'âge où le développement du corps n'est point assuré; les effets d'une
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attitude professionnelle fâcheuse, tels que la dépression et la déformation de la poitrine; le défaut d'exercice, la mauvaise hygiène privée : telles seraient, d'après Ardlige, les causes prédisposantes de ce qu'on a appelé la consomption ou l'asthme des potiers. Mais la cause déterminante est dans l'influence désastreuse des poussières qui pénètrent dans les voies respiratoires avec l'air atmosphérique. Les retoucheurs, lesuseurs de grain, dont le travail consiste à gratter les particules siliceuses qui hérissent la surface des pièces après leur sortie du four, y sont plus que tout autre exposés. (Voy. Plilhisie professionnelle.)
Après le grattage des pièces, le service des étuves est l'opération la plus insalubre pour les ouvriers potiers, à cause de la haute température à laquelle ils sont exposés. Pâtissier avait déjà remarqué que les ouvriers qui chauffent les fours pour y faire cuire les vases d'argile, éprouvent les inconvénients d'une chaleur trop vive, d'autant plus funeste qu'ils passent sans précaution de la chaleur du four au local destiné au pétrissage. Dans la plupart des grandes fabriques, les salles de.travail s'étendent, en général, autour des étuves, et souffrent nécessairement de leur voisinage, soit par suite du rayonnement des parois et encore plus du foyer, soit par l'ouverture plus ou moins fréquente des orifices de communication qui existent entre l'étuve et la salle. De là des déperditions sudorales continues et extrêmement affaiblissantes, des maladies aiguës des poumons et du tube gastro-intestinal; de là des rhumatismes, cause nouvelle d'affections organiques du cœur.
« Les ouvriers potiers, dit Déperet-Muret, sont sujets à la toux, à la dyspnée, à la fréquente récidive des bronchites, des laryngites, des pneumonies, qui aboutissent, par une pente plus ou moins rapide, mais presque fatale, à la phthisie catarrhale ou tuberculeuse. » D'après Ardiige,
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sur 100 potiers malades on trouve 40 affections des poumons et 21 phthisies confirmées. Cette proportion serait moins grande chez les femmes.
Par le manque de précaution, les poussières, en pénétrant dans le tube digestif avec les aliments, provoquent des coliques, des dyspepsies, de la diarrhée, nouvelle cause d'imperfection de la nutrition et d'appauvrissement du sang. Ardlige, qui a observé en Angleterre, nous dit que les ouvrières en céramique sont sujettes à la pâleur, à la chlorose avec toutes ses conséquences. Dans les localités à poteries, la mortalité des enfants est énorme ; presque tous sont scrofuleux. Il n'y a pas de doute qu'il faut faire ici la part du climat et du milieu industriel, mais surtout du genre de vie et de la misère. Peut-être devons-nous faire intervenir l'influence funeste d'une atmosphère environnante, viciée par les vapeurs insalubres qui se dégagent des fours à briques et à poteries?
Mais il est toute une série d'opérations qui atteint plus particulièrement la santé des ouvriers potiers, faïenciers, porcelainiers, etc. : nous voulons parler du vernissage et de remaillage des poteries.
Pour bien comprendre l'influence nocive de ce travail, nous entrerons dans quelques détails. On fait, en général, deux émaux : l'un pour la partie brune des vases, que l'on place à l'extérieur; l'autre pour la partie blauche, qui est à l'intérieur. Yoici quelle est la composition de ces émaux : 100 parties d'émail brun comprennent : minium 52, manganèse 7, poudre de brique fusible 41 ; l'émail blanc contient pour 100 parties : calcine 44 (la calcine est elle-même composée de 23 parties d'oxyde d'étain et 77 d'oxyde de plomb), minium 2, sable 44, sel marin 8, et soude d'Alicante 2. La masse fondue est broyée, réduite en poudre très-fine, et la poudre est ensuite mise
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en suspension dans l'eau, où elle doit faire une bouillie fine; c'est dans cette bouillie que l'on trempe les pièces à émailler. Pour le dessin des faïences, un des moyens qui réussit bien consiste à saupoudrer l'émail coloré sur la faïence fraîchement émaillée, mais non cuite, et recouverte d'une feuille de carton ou de clinquant percée de petits trous qui dessinent les ornements qu'on veut obtenir. Les ouvriers imprimeurs de dessins travaillent au-dessus de fourneaux voisins de la chaleur rouge, dans des ateliers exactement clos, dont l'air est confiné et altéré par les poussières qui voltigent et les vapeurs nuisibles qui s'élèvent des objets chauffés.
Pour augmenter l'épaisseur de la couche d'émail, certains fabricants saupoudrent aussi, à l'aide d'un tamis, les pièces trempées, avec de l'émail en poudre fine. Quelques-uns les saupoudrent avec du minium. Enfin, avec une brosse, on enlève l'émail qui est sous le pied des pièces, pour les empêcher d'adhérer sur les supports pendant la cuisson, et pour économiser l'émail mis en excès dans des endroits inutiles.
On comprend combien de telles opérations sont dangereuses pour la santé des ouvriers. La nature même des poussières respirées les rend plus nuisibles encore : aussi les symptômes d'intoxication saturnine se rencontrent-ils communément chez les potiers, les faïenciers et les poêliers, comme chez tous les ouvriers émailleurs.
Les affections du système nerveux, les coliques, les gastralgies et l'anémie consécutive, telles sont les affections qui, chez eux, reconnaissent pour cause l'absorption continue de particules de plomb. (Voy. Plomb.)
D'après Ardlige, l'àgemoyen des décès, chez les potiers, à partir de vingt ans, serait de 46 ans; il peut être estimé à 54 pour l'ensemble des autres professions.
PRODUITS CHIMIQUES (Ouvriers fabriquant les). 475
Hygiène préservatrice. — Voici, en substance, quelles doivent être les principales mesures d'hygiène préservatrice à appliquer : substitution du pétrissage mécanique au battage à la main; emploi d'appareils spéciaux, pour supprimer le frappage au marteau; assainissement de l'étuvage; ventilation adaptée aux anciennes étuves; en opérer le chauffage au moyen d'un courant fourni par une chambre à air chaud; attendre, pour y faire entreries ouvriers, que la température soit suffisamment abaissée.
Pour obvier aux inconvénients du grattage ou écurage, on percera l'établi sur lequel l'ouvrier gratte les pièces, d'un grand nombre de petits trous débouchant dans une caisse d'aspiration située au-dessous de la table. Les poussières soulevées par le grattage sont ainsi entraînées à travers les orifices et se rainassent à la partie inférieure de la caisse, d'où on les retire de temps en temps pour les utiliser à des opérations ultérieures.
Nous renvoyons, pour ce qui concerne remaillage des poteries, à tout ce qui a été dit à l'article Emailleurs. Consulter aussi les articles Briquetiers et Plomb, ainsi que les préceptes d'hygiène générale contre les poussières et l'empoisonnement professionnel.
Déperet-Muret, Maladies des ouvriers porcelainiers de Limoges (extrait in Bulletin de la Société de médecine de la Haute-Vienne, 1855). — Ch.deFreycinet, Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870, p. 140. — Ardlige, De l'état sanitaire des ouvriers employés dans les fabriques de poteries du Staffordshire (extrait traduit par Beaugrand, in Ann. d'hygiène, 1865, t. XXIV).