BIJOUTIERS, ORFÈVRES, JOAILLIERS, SERTISSEURS DE
DIAMANTS. — Nous étudicrous dans un même article les professions de bijoutier, d'orfévrc et de lapidaire. La fabrication de bijoux (bagues, boucles d'oreilles, chaînes, etc.), constitue une occupation sédentaire par excellence, où l'attitude, les yeux et la main jouent le principal rôle dans le travail professionnel.
L'application continue des yeux à un travail minutieux sur des objets d'une extrême ténuité, l'usage de la loupe, amènent à la longue, chez le plus grand nombre, une fatigue et un affaiblissement de l'accommodation qui conduit fatalement à la presbytie. (Voy. Pathologie générale, Asthénopie professionnelle.)
Les ouvriers lapidaires qui fendent les pierres plates ou celles qui renferment dans leur intérieur un défaut, sont assis, la poitrine penchée en avant, les deux mains ap-
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puyées sur les rebords d'une boite qui doit receroir les moindres parcelles et éclats du diamant qu'ils divisent. Ce travail, qui demande une attention soutenue et beaucoup d*adresse, se fait à la plus grande clarté du jour, et, lorsque la nuit est venue, à la lumière de becs de gaz dont on concentre les rayons sur le diamant à travers de grosses boules d'eau. Cette action d'une lumière vive sur la rétine vient encore augmenter la fatigue des yeux. Quelle délicatesse de vue, quelle tension extrême de l'innervation oculaire ne faut-il pas au tailleur de diamants pour saisir les moindres indications, la forme, la couleur, le sens de chaque partie de la pierre qu'on lui a confié à tailler ! au polisseur, pour distinguer chacune des facettes parfois microscopique de la pierre précieuse, et les présenter successivement à la meule ! Aussi les maladies des yeux sontelles fréquentes chez tous ces ouvriers. On a observé le plus souvent la congestion choroldienne, l'asthénopie professionnelle, la cataracte et la blépharite ciliaire chronique.
L'exercice professionnel des doigts et des mains prédispose particulièrement au spasme des fléchisseurs des doigts et à la contracture.
Ce genre d'affection est peut-être plus fréquent ici que chez les écrivains. (Voy. Pathologie générale, Névrose coordinatrice des professions,) On la rencontre surtout chez les sertisseurs de diamants et de pierres précieuses.
L'attitude professionnelle, qui nécessite une position continuellement courbée sans que l'exercice général des muscles du Ironc vienne compenser sa funeste influence, prédispose au développement de laphthisie pulmonaire. Dans certaines opérations, l'absorption de poussières minérales vient encore favoriser celte tendance morbide et même y donner naissance. C'est ainsi que les polisseurs de bijoux
d'acier peuvent à bon droit prendre rang à côté des aiguiseurs, dans les statistiques pathologiques; c'est en général rémeri et le rouge d'Angleterre qu'ils emploient soit au moyen de meules semblables à celles du lapidaire, soit en frottant avec une brosse rude. Il n'est pas d'opération qui développe plus de poussières dangereuses. Dans la bijouterie en fonte de fer, on retrouve chez quelques-uns les symptômes de la maladie dite asthme des mouleurs.
Benoiston de Chàteauneuf nous donne en effet pour les bijoutiers le chiffre le plus élevé de sa statistique : 13 phthisiquos sur 100 ouvriers malades. D'après Hirl (de Brcslau), ce chiffre serait de 1 8 pour 100 chez les joailliers. Hannover a relevé chez les orfèvres de Copenhague 36 décès de phthisie sur 100 décès, et Trebuchet, à Paris, 1 décès de phthisie sur 5 décès.
Il est une série d'opérations d'orfèvrerie et de bijouterie particulièrement nuisibles aux ouvriers; entre autres le dérochage, décapage ou ranvage, qui a pour but de donner aux bijoux de cuivre que l'on prépare pour la dorure un poli et une couleur plus claire qui se rapproche de celle de l'or. Cette opération consiste à passer le cuivre à l'acide nitrique, ce qui amène un dégagement considérable de vapeurs nitreuses qui pénètrent dans les voies respiratoires et digestives; dans le procédé dit par immersion ou au trempé, qui consiste à plonger les objets à dorer dans une dissolution bouillante de chlorure d'or ; dans un bain alcalin, la préparation du bain de dissolution donne lieu aussi à d'abondantes vapeurs nitreuses. Quand l'action de ces vapeurs n'a été que passagère, il y a surtout une sensation de constriction à la gorge avec toux, dyspnée, douleurs très-vives à la poitrine, quelquefois un sentiment d'ardeur à l'estomac avec coliques. A la suite d'une action prolongée, il y a de l'irritation très-forte des bronches avec ex-
pectoratioQ jaunâtre abondante, ràlcs muqucux, sonores et étendus ; puis l'oppression augmente, Tanxiété est extn^mo, il se manifeste de Tortliopnée, de la cyanose, du délire, des mouvements convulsifs, des accès de suffocation de plus en plus répétés ; il y a en même temps des accidents gastriques plus prononcés, des vomissements, une constriction très-douloureuse de Tépigastre, (^t la mort enfin peut survenir. Les premiers symptômes sont h) résultat de la simple irritation locale produite par le gaz liypoazolique; les derniers et les plus graves sont le résultat de raljsorj)tion : le gaz agit en asphyxiant les globules par la soustraction de leur oxygène et de celui du sang.
Le contact habituel des liquides acides provoque la desquamation et l'usure de l'épiderme des mains, en même temps qu'une irritation chronique des couches superficielles du derme se manifestant surtout à la paume des mains par une éruption psoriasilbrme, et à la partie dorsale par des crevasses, des gerçures et des perversions de nutrition des ongles. .
La dorure et l'argenture galvaniques emploient des quantités énormes de cyanure de potassium pour la formation de bains alcalins où les sels d'or et d'argent doivent préalablement se dissoudre pour devenir aptes à se déposer en couches denses et continues.
L'action du cyanure sur le derme irrité et mis à nu peut occasionner des accidents assez semblables à ceux qui l'ont observé chez les photographes. (Voyez ce mot.) Enfin la décomposition des bains par la pile donne lieu à un dégagement très-abondant parfois d'hydrogène, qui vient altérer l'atmosphère de l'atelier.
Certains symptômes d'empoisonnement peuvent se montrer chez les ouvriers bijoutiers. Pour ne perdre aucune des parcelles des métaux précieux, les balayures
dos ateliers d'orfèvrerie cl de bijouterie sont ramassées, p^rillées, lavées, puis on amalgame les cendres ainsi obtenues. On distille ensuite le mercure, et après distillalion on trouve le métal fm dans l'appareil. Pour obtenir la quantité d'or et d'argent qui reste encore, on traite par le plomb, de manière à former un alliage de plomb et d'argent, et on coupelle le culot de plomb enrichi. — Ces diverses opérations donnent lieu à des causes d'insalubrité, telles que vapeurs mercurielles, vapeurs et émanations de plomb pouvant occasionner des accidents mcrcuriels et saturnins chez les ouvriers.
La fabrication des pierres fausses (strass) et des émaux de joaillerie peut aussi provoquer des symptômes d'empoisonnementparle plomb. (Voy. Verwers et Émailleurs.) — On trouve décrite dans Requin une singulière cause d'intoxication saturnine : « Comment pourrions-nous nous rendre compte des accidents saturnins assez fréquents chez les lapidaires, dit cet auteur, si nous ne savions pas que pour tailler certaines pierres précieuses on se sert d'une roue en plomb sur laquelle on met de l'émeri; que ladite roue s'use fort vite et a besoin d'être remplacée à peu près tous les mois ; et que par conséquent il se fait là sans cesse une imperceptible mais réelle dissémination de plomb, en une infinité de subtiles particules qui s'attachent aux mains, et s'introduisent avec l'eau dans les poumons et les voies digeslives. > (Requin, Pathologie interne,)
Les bijoutiers en faux imitent le vert de montagne ou malachite avec une pâle renfermant du vert arsenical de Schweinfurt. De là des éruptions diverses et assez graves aux doigts et à la main, et parfois de véritables symptômes d'empoisonnement par l'absorption de l'arsenic. (Voy. Arsenic, Ouvriers en papiers peints, etc.)
Les maladies que Ton rencontre le plus communément chez ces diverses catégories d'ouvriers sont, d'après nos propres recherches, les dyspepsies, l'anémie, les affections broncho-pulmonaires (asthme et phthisie) et des coliques, très-souvent d'origine métallique (cuivre, plomb). — Suivant Beaugrand, toutefois, médecin de \^ société des ouvriers de Torfévrerie ChristoOe, la colique de cuivre, si tant est qu'elle existe, est très-légère et n'affecte guère que les novices. (Voy. Cuivre.)
II nous parait intéressant de placer en regard les chiffres de vie moyenne que Lombard (de Genève) a relevés chez les professions que nous venons d'étudier. En prévenant qu'il faut se tenir en garde contre VopHmisme des eUffres donnés, la comparaison n'en reste pas moins significative. Ainsi, la moyenne étant de 55 ans, elle est poiu' les orfèvres de 61, les lapidaires 57, les bijoutiers doreurs 51, les joailliers 49, les émailleurs de bijoux 48. Ce qui fait une moyenne professionnelle de 53, inférieure à la moyenne générale.
Hygiène et thérapeuthique. — On préviendra la fatigue et les troubles de la vue en colorant l'eau des globes destinés à concentrer sur les objets les rayons de lumière. Si l'on se sert de lunettes, le verre IJeu-noir de teinte légère, pour le travail du jour ou du soir, sur les objets rapprochés, sera employé de préférence. Pour contrebalancer autant que possible la fâcheuse iiinuence de l'attitude, les ouvriers bijoutiers feront usage d'établis élevés qui empêcheront toute inclinaison trop marquée du tronc. Les polisseurs de bijoux en acier feront usage de ventilateurs spéciaux déjà décrits à l'article Aiguiseurs. La ventilation générale des divers ateliers sera pratiquée de la façon la plus complète.
c Des moyens variés ont été mis en œuvre par MM. El-
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kington de Birmingham dans leur atelier d'orfèvrerie. Dans la salle de rarg.enlure, on se débarrasse de Thydrogène parfois très-abondant qui provient de la décomposition de Feau par les piles, au moyen d'un ventilateur à colonnes qui débouche au-dessus. du toit de la maison. La différence de hauteur des deux colonnes, à peine de i mètre, produit un courant d'air suffisant; — dans les. salles de préparation des bijoux et objets (dérochage, décapage),les dégagements acides s'effectuent sous des hottes ou des cages mises en relation avec une des grandes cheminées, ou avec un tuyau dans lequel brûle un fort bec de gaz. > (Ch. de Freycinet.)
Pendant le dérochage, Hillairet a proposé de combattre les vapeurs nitreuses par celles de l'ammoniaque, dont ré\aporation est constante et assez rapide à la température ordinaire. Il se forme des vapeurs blanches opaques, plus denses, complètement inodores el absolument inoffensives d'azotate et d'azolite d'ammoniaque. Les ouvriers feront usage d'une éponge ou mieux d'un masque en étamine imbibé d'une légère solution alcaline (carbonate de potasse). Ils se garantiront les mains et les avant-bras en se servant de gants de peau ou de taffetas ciré. Ils éviteront enfin les divers aQcidcnts d'empoisonnement auxquels ils sont exposés dans quelques opérations de la fabrication des bijoux en faux en prenant toutes les précautions indiquées aux articles spéciaux (Arsenic, Plomb, Mercure). — Si des accidents d'asphyxie arrivaient pendan'. lo dérochage, il faudrait immédiatement exposer l'ouvrie' à l'air, pratiquer sur le tronc des frictions stimulantes, établir des révulsifs sur tout le corps ; l'application d'un large cataplasme bien chaud sera un excellent moyen à employer. On prescrira enfin l'usage de boissons calman'es, et le régime du lait doux sera maintenu quelque tem is.
A. Chevalliee et Boys de Loury, Essai sur les accidents qui peuvent parvenir aux ouvriers qui passent le cuivre à l'acide nitrique ou dérochage (Ann. d'hyg. publ., 1847, t. XXXVIII, p. 323). — HANNOVERfDieKrankheiten der Handwerker, in Beilage zur Deutsche
r Klinik, 1861, n<^» 5, 6, 7, traduit sous le titre : Maladies dos artisans, d'après les relevés des hôpitaux civils de Copenlingue (Ann. d'hygiène, 1862, t. XVII). — Turgan, Grandes Usines. Article Taillerie des diamants à Amsterdam. — Ch. de Freycinet, Rapports sur l'assainissement industriel en Angleterre (Ann. des mines, 18(4), et Traité d'assainissement, Paris, 1870. — Beait.rand, article Bijoutiers (Nouv. Dicl. encycl. des sciences médicales). — Lunw. Hirt, Die Krankheiten der Arbeiter, Breslau und Leipzig, 1873, analysé par ScbMrartz, in Ann. d'hygiène, 187-i.
BiiAiiicmssEiiSES. — Le blanchissage du linge expose par excellence à tous les dangers de l'action continue de l'humidité sur l'organisme : aussi rencontre-t-on chez les blanchisseuses un chiffre considérable de bronchites, d'angines, de laryngites et d'affections inflammatoires des organes thoraciques et abdominaux. — La pneumonie catarrhale est souvent ici le point de départ de la phthisie pulmonaire. — Nous trouvons, en effet, dans le mémoire de Benoiston de Châteauneuf un relevé de 45 phthisies sur 1000 malades. — Trebuchet indique un chiffre annuel de 7 décès de phthisie par 1000 blanchisseuses. Les relevés de Lombard (de Genève) ne donnent, au contraire, qu'une très-faible proportion de phthisiques, et classent la profession de blanchisseuse parmi celles ([ui offrent une durée d'existence au-dessus de la moyenne. n faut tenir compte ici du milieu dans lequel ce médecin a observé, et reconnaître, avec Beaugrand, que cela tient à ce qu'il n'y a souvent parmi elles que des femmes vigoureuses et bien constituées; les chétives et les délicates étant loin d'embrasser une telle profession.
Les affections gastro-intestinales se rencontrent assez
souvent, la diarrhée catarrhale surtout. — La néphrite alhumineusc a été considérée par quelques-uns comme une maladie propre à la profession de blanchisseuse; mais les auteurs s'accordent généralement à regarder comme excessivement fréquents Taménorrhée et les troubles de la menstruation. Malgré Tassertion contraire d'Espagne (de Montpellier), qui a observé dans un climat favorable, nous persistons à croire que Timmersion fréquente des pieds dans l'eau, pratiquée, sans aucune précaution, avant comme après les repas, pendant comme après les règles, est une action des plus imprudentes et la cause de maladies sérieuses de la matrice. — L'acné sébacée atrophique serait aussi, d'après Ghàusit, une affection commune chez les blanchisseuses.
L'attitude et le mouvement professionnels provoquent le développement d'ulcères aux membres inférieurs et de callosités aux mains. Oudin, Parent-Duchàlelet classent cette profession parmi celles qui exposent le plus aux ulcères atoniques et aux varices. Sur 760 femmes atteintes d'ulcères aux extrémités inférieures, dont la profession est indiquée, Parcnt-Duchâtelet a trouvé 2(U blanchisseuses, c'est-à-dire 26 pour iOO.
La station verticale, l'action continue de l'eau, le sexe féminin peuvent à bon droit être incriminés ici dans leur influence commune.
Pâtissier a vu des blanchisseuses dont les doigts demifléchis ne pouvaient s'étendre complètement. Cette rétraction se rencontre surtout à la main droite, et doit être attribuée à la préhension du battoir.
L'habitude de tenir de la main gauche la planche sur laquelle elles battent, détermine dans la paume de cette main un bourrelet transversal calleux marqué surtout à ta base du quatrième et du cinquième doigt (Vcrnois).
Espagne a constaté deux callosités à Tavant-bras droit chez les blanchisseuses au baquet. Suivant cet auïeur, ces callosités prennent parfois le volume d'dn demi-œuf do poule, et sous la peau qui leur correspond il se forme une bourse séreuse accidentelle volumineuse et fluctuante pouvant devenir le siège d'hygromaetd'inflammalion suppurative très-dangereuse. — L'action de tordre le linge avec force devient quelquefois la cause d'inflammation des gaines tendineuses des muscles de Tavant-bras (Follin). Halfort parle même de la subluxalion du poignet provoquée par les efforts répétés du tordage.
L'habitude de travailler à genoux qu'ont cerlaines blanchisseuses occasionne la formation d'une bourse séreuse prérolulienne et le développement d'hygromas du genou. EnOn, attitude et mouvements, efforts violents auxquels se livrent parfois ces ouvrières, deviendraiertt la cause, suivant Espagne, d'assez fréquents prolapsus de matrice.
La nature des eaux de lessive peut à son tour provoquer des inconvénients sérieux. L'action de la soude et de la potasse ramollit l'épidermc, favorise l'apparition de gerçures et de crevasses douloureuses au dos de la main et dans l'intervalle des doigts. Suivant Rombcrg {Die Nervenkrankheiten), celte action amènerait, à la longue, une certaine insensibilité des avant-bras, accompagnée d'engourdissement; Gamberini, cité par Beaugrand, parle aussi d'une névralgie rhumatismale des avant-bras, principalement chez les blanchisseuses qui sont livrées à ce travail depuis peu de temps, et que caractérisent des douleurs avec chaleur commençant par les doigts, et s'étendant aux avant-bras jusqu'à quelques pouces du pli du coude. Ces douleurs s'exaspèrent surtout pendant la nuit.
Les émanations du chlore de Teau de Javelle peuvent provoquer des irritations de la gorge et des yeux; mais elles sont en général trop faibles. Dans les lavoirs publics, la décomposition des eaux savonneuses stagnantes donne lieu à des odeurs nauséabondes et parfois très-insalubres.
La malpropreté du linge soumis au blanchissage devient quelquefois aussi la cause d'accidents fâcheux et de maladies infectieuses. Fourcroy parle d'épingles et de corps étrangers divers laissés dans les linges, qui, au moment du travail professionnel, peuvent pénétrer dans les tissus et causer des irritations assez vives et des panaris.
Les linges imprégnés de matières virulentes et contagieuses deviennent ainsi la source de communication de maladies graves. La fièvre typhoïde est extrêmement fréquente chez les blanchisseuses des hôpitaux (Griesinger). Dans les diverses épidémies de choléra, on a remarqué que la profession avait été cruellement frappée par la maladie; et ce n'est pas une des moindres raisons à invoquer en faveur de la transmission du choléra par les déjections alvines des malades, déjections dont étaient souillés les linges envoyés au blanchissage.
Le défaut d'hygiène morale vient encore peser dans la balance pathologique de la profession. Les habitudes d'ivrognerie et les troubles alcooliques sont fréquents chez les blanchisseuses de gros; chez les blanchisseuses de fin, les maladies vénériennes sont communes. •
Hygiène préservatrice. — On ne saurait trop éloigner de la profession de blanchisseuse les jeunes filles débiles et chlorotiques. Pour combattre l'action du froid et de l'humidité, il sera avantageux de faire usage d'un tablier en toile cirée. Les avant-bras seront garantis par des manchettes maintenues au-dessus des poignets par des cordons élastiques. Les pieds seront tenus chaudement
dans des sabots. Le travail de rivière sera évité pendant les époques de la raenstruation. Les lavoirs publics seront tenus avec la plus grande propreté, bien dallés, de façon à permettre le libre écoulement -de Teau. On ne conserver^ pas sur soi les vêtements mouillés.
Toute aflFection morbide des voies respiratoires ou digestives devra être soignée dès le principe. — Une ceinture de flanelle couvrant le bas-ventre sera une oxcellcnle précaution contre les accidents utérins. On évitera le développement de bourse séreuse au coude et au genou en faisant usage de coussinets ou de paillassons. •Le linge sale sera examiné avec soin et passé à la lessive s'il y a lieu. Celle-ci détruira en effet tout principe virulent et contagieux. On usera avec la plus grande réserve de solutions alcalines ou chlorurées, dans le double intérêt des mains des blanchisseuses et du linge. Pour obvier aux effets de la manœuvre de torsion du linge, on aura recours, s'il est possible, à Tessorage mécanique, qui fonctionne dans beaucoup d'ateliers de blanchisseuses. En présence enfin de toute menace de phthisie,on devra conseiller l'abandon de la profession.
OuDW, Thèse de Paris, 1811. — Adrien, Essai sur l'hygiène des professions qui exposent à l'influence de l'eau, thèse de Paris, 1818. — Parent -DucHATELET, Recherches sur la véritable cause des ulcères qui affectent fréquemment les extrémités inférieures d'un grand nombre d'artisans à Paris (Ann. d'hyg^. puhl., 1831). — Espagne, Observations sur quelques points d>^. l'industrie et de l'hygiène des blanchisseuses (Montpellier médical, 1804). — Heaugrand, article Blanchisseuses (Nouv. Dict. encycl. des scien. médicales, t. IX, 1868).
BLANCHISSEURS DE TISSUS. — Le blanchiment des tissus expose à tous les inconvénients du blaiichissage;mais,de plus que ce dernier, aux effets des émana-
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lions du chlore, de Tacidc sulfureux, et à leur action sur les voies respiratoires et la surface cutanée. Suivant Ludw. Ilirt (de Breslau), qui a fait des expériences sur les animaux, l'acide sulfureux absorbé exciterait, puis paralyserait les centr(is nerveux respiratoires. Il se produirait ainsi, suivant le degré de concentration des vapeurs sulfureuses dans le milieu professionnel, tantôt une toux spasmodique et douloureuse, tantôt comme un véritable arrêt de la respiration avec menace d'asphyxie. Hais son action la plus constante sur les ouvriers consiste en une irdtation lente et continue des muqueuses des voies absorbantes, entraînant à sa suite Finflammation chronique des organes. De là des conjonctivites, des angines, des laryngites, des bronchites et des broncho-pneumonies et des dyspepsies rebelles. Parmi les ouvriers les plus exposés à Tinhalation des vapeurs de soufre, il faut citer en premier lieu les blanchisseurs de chapeaux de paille. — La broncho-pneumonie chez eux est très-fréquente.
Les vapeurs de chlore ont une action plus marquée encore sur les ouvriers qui y sont exposés, principalement chez ceux qui blanchissent le coton et ceux qui blancliissontles chiffons. Elles provoquent de la toux, du coryza, souvent des hémoptysies et parfois un spasme de la glotte Irès-intense. (Voy. Papetiers et Produits chimiques.) Les alTcclions communes aux blanchisseurs de tissus sont l'eczéma chronique des avant-bras et les éruptions furonculenses. — En outre la peau des mains est ramollie par le contact des liquides acides; Tépiderme, complètement blanchi, est ridé, soulevé et détruit par places. Cette disposition s'ol)serve surtout chez les blanchisseurs d'étoffes. (Voy. Affréteurs d'étoffes.)
Ludw. ÎIirt, Die Krankhcitcn dcr Arbeitcr, Breslau und Leipzig, 1873, 'analysé in Annales d'hygiène publique 2« série, 1871.