LXXXIV
• B. Hygiènephysique, — ^Parmi les causes qui prédisposent les ouvriers bouilleurs à subir les fâcheux effets d'une profession aussi pénible, il faut compter, avant tout, l'absence de toute hygiène physique, leur vie misérable dans des habitations basses et malsaines, la mauvaise alimentation et les vices que l'indifférence morale développe chez eux.
Le bouilleur contracte souvent des maladies quand, mouillé et transi, il sort du puits pour retourner à sa demeure parfois très-éloignée, et où son bain et ses vêtements ne sont pas toujours préparés. Il subit, pendant ce trajet, l'humiliation de se montrer la face noircie et les habits humides et dégoûtants; c'est dans cet état qu'il se sent attiré vers le cabaret pour s'y réchauffer ou pour y oublier sa misère sous le voile de l'ivresse (Julien Béer).
Ces considérations ont engagé quelques exploitants et directeurs de charbonnage à améliorer le sort des mineurs par l'installation de bains et lavoirs. C'est au charbonnage
aOS BOUILLEURS.
des Six-Bonniers, à Seraing (Belgiqiie)^ que I'od a disposé potir la première fois des lavoirs, de telle sorte qu'avant de retourner chez eux les ouvriers puissent se laver, se couvrir de vêtements propres et plus en harmonie avec les rigueurs de la saison. Avant de se rendre dans les travaux, le houilleur se débarrasse de ses vêtements ordinaireSyre* vêt un costume de travail en toile, composé d'un pantalon, d'une chemise et d'une veste, que lui fournit le charbonnage, et c'est ainsi qu'il descend dans le puits. A sa sortie, il se rend dans la salle de bains, où il prépare lui-même celui qu'il doit prendre. Il a à sa disposition de l'eau chaude et du savon, et, après s'être lavé, il se couvre du costume qui lui appartient et qu'il avait déposé dans une boîte ou panier particulier. Il sera bon d'ajouter au costume des chaussures de travail, qu'on enverra au séchoir à la sortie du puits.
On exclura des travaux des mines les apprentis qui sont d'une constitution chétive, et qui sont déjà atteints de lésions de l'appareil respiratoire et du cœur. Autant que possible, la journée ne dépassera pas huit heures de travail. Les femmes seront destinées aux travaux les moins pénibles et à ceux qui ne nécessitent aucune attitude vicieuse prolongée. Si Ton veut se rendre comité de la proportion de femmes employées dans les travaux des mines, nous citerons les chiffres suivants : En 1867, dans les houillères du Hainaut, on comptait, sur 68 967 ouvriers, 11 038 ouvrières, c'est-à-dire 19 femmes pour 100 ouvriers du sexe masculin. Comme on le voit, le nombre est assez considérable.
Il est évident que, pendan t les travaux dans l'intérieuap des galeries, l'usage d'un masque ou respirateur, sans être très-efficace, ne peut être que fort incommode. Les ovvriers ne s'y astreindraient guère d'ailleurs. Toutefois, il
esl indispensable d'avoir à sa disposition, et toujours sous la main, un appareil Gallibert ou Denayrouse (voy. égoutiers), de manière à pouvoir immédiatement, et sans compromettre les sauveteurs, porter secours aux hommes menacés d'asphyxie, dans les galeries où l'atmosphère est rendue subitement irrespirable.
Tout homme blessé ou ayant perdu connaissance doit être immédiatement transporté sous le regard d'un puits d^extraction, et de là ramené à la surface. Savoir relever, transporter un blessé, s'entremettre en un mot pour sau- Ter on homme, c'est là toute une éducation par laquelle un eanier bouilleur doit passer. Au besoin, on pourrait avoir une escouade d*hommes rompus aux manœuvres, sachant installer un malade sur un brancard ou dans un cufifat, dir^er l'ascension et la sortie du puits, etc. Nous rappellerons ici l'appareil de Yalat, que l'Académie des sciences a récompensé, et qui consiste en un système de sangles maintenant le malade, et en une caisse longue pouvant être retirée verticalement. L'inventeur s'est proposé de transporter ainsi le blessé au dehors et sur-le-champ, sans douleur ni autre inconvénient, du lieu souterrain de son accident, dès qu'il aura été pansé et placé dans la machine de transport.
Disons, pour terminer, qu'il sera surtout utile de porter à la connaissance des bouilleurs les moyens de traiter un homme asphyxié.
Ce sera le cas de mettre ici en usage la méthode Silvcstcr, adoptée en Angleterre et en France par diverses sociétés de sauvetage, et qui peut être pratiquée par les premiers ouvriers venus. (Voy. p. 37, Hygiène générale.)
On apportera enfin tous les soins possibles à l'améHoraiti^n des conditions hygiéniques de Touvrier et de sa £sunille, en dehors des travaux (logements, alimentation,
Sdi IMPRIMEURS, TYI>OGRAPHES.
hygiène morale, instruction, etc.) (Voy. Hygiène générale.)
Nicolas Skràgge, thèse, 1777, Upsal. — Vàlàt, Histoire médicale et statistique dçs ouvriers mineurs de la houillère de Decise (Nièvre), 1834. — ViscHER, De rétablissement des caisses de prévoyance en Belgique en faveur des ouvriers mineurs. — Ed. Ducpétiaux, Du travail des enfants dans les mines et houillères de la Grande-Bretagne et de la Belgique. De son influence sur leur santé et sur celle de cette classe d'ouvriers (Ann. d*hyg. publ., 1843, t. XXIX, S^ part.}.
— ViLLERMÈ, Quelques considérations sur la stature, la conformation et la santé des enfants et des adolescents employés dans les homllères de la Grande-Bretagne (Analyse du rapport d'enquête sur les mines et sur les houillères d'Angleterre, in Ann. d'hyg. publ., 1843, t. XXX).
— Van den. Broeck, Réflexions sur l'hygiène des mineurs et des ouvriers d'usines métallurgiques, le Mans, 1840 ; t« édit., 184-3. Aperça sur l'état physique et moral de certaines classes ouvrières, Bruxelles, 1843, in-8o. — Schirmer, Maladies des mineurs de Griinberg. Casper's Vierteijahrsschrift fur gerichtliche Medicin, t. X, 2» fascicule. Extrait donné par Beaugrand (Ann. d'hyg. publ., 1859, t. XI). — Demarquette, Essai sur les maladies des mines houillères de Gourrièrc-Billy et Hénin-Liétard,1860. — A. Riembaclt (de St-Etienne), Hygiène des ouvriers mineurs dans les exploitations houillères, Paris, in-8o, 1861. — Robert (C. L.), De la phthisie charbonneuse et de la pénétration des corps pulvérulents et l'absorption des corps solides, thèse de Paris, 1862. — Boens-Boisseau, Traité pratique des maladies, des accidents et des difformités des bouilleurs, Bruxelles, 1862, in-8o. — H. Kuborn, Étude sur les maladies particulières aux ouvriers mineurs employés aux houillères de Belgique, Paris, 1863. — Gallon, Notice relative aux accidents survenus dans les mines de houille et de fer de la Grande-Bretagne en 1861 et 1862 (Ann. des mines, 1864). — Le Roy de .Méricourt, Hygiène des bouilleurs. Analyse (Ann. du génie civil, 1865). — J. Beer, InsUillation de bains et lavoirs aux charbonnages (Ann. du génie civil, 1868j.
inPRiiiiEtjRS, TYPOGRAPHES. — C Rassembler les différentes parties mobiles constituant une planche dont Tinverse mosaïque en relief, une fois encrée, peut reproduire