‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 62 sur 98 · IMPRIMEURS, TYPOGRAPHES · texte numérisé non relu

IMPRIMEURS, TYPOGRAPHES

indéfiniment un manuscrit, s'appelle composer, et les ouvriers qui préparent cette mosaïque, compositeurs. Aucune profession ne demande plus d'instruction et d'intelligence; aucune ne demande plus d'adresse et d'habileté de main. Distinguer souvent, au milieu de ratures et de signes indéchiffrables, ce qu'a voulu dire l'auteur, exige des yeux exercés, une grande attention, une volonté constante de bien faire, et des études préalables, longues et difficiles, que ne réclament pas les autres professions.

> Aussi, les compositeurs sont-ils, pour la plupart, des gens fins et distingués, calmes, presque graves, souvent érudits. Ils ont pour unique défaut une certaine ironie philosophique bien naturelle à des hommes sous les yeux et par les mains desquels passent tant d'assertions opposées, signées souvent du même nom. > Telle est la façon dont Turgan {Grandes Usines) s'exprime sur les ouvriers compositeurs d'imprimerie , et dans cette description imagée nous trouvons résumées en quelques mots les principales causes de leurs maladies professionnelles : application soutenue des yeux, exercice professionnel des doigts, et tension parfois exagérée de l'esprit. . L'affaiblissement de la vue, et surtout les troubles de l'accommodation, sont des affections presque habituelles \hez les typographes.

Elles sont • amenées , à la longue, par la lecture des épreuves, par la correction sur la forme, par l'exiguïté de certains caractères, le brillant des caractères neufs, et avant tout par le travail de nuit à la lumière artificielle.

Les inflammations chroniques des yeux et la blépharite se rencontrent aussi chez ces ouvriers, et Demours a signalé confme très-pernicieuse la poussière des casses. L'examen a fait reconnaître que cette poussière est, en grande partie, composée de matières organiques contenant

lilllMIM TYWCRAPflES.

des traces de substances métalliques. — En outre, Tattitude inclinée que les outriers sont obligés de prendre pendant toute la durée de leur travail, mais surtout pendant la correction sur les formes, entraîne des congestions oculaires avec vertiges, scintillements et bluettes.

Yan Holsbeck (de Bruxdies) dit que les compositeurs chargés des corrections souffrent souvent de congestions cérébrales et d'hémorrhagies.

L'exercice professionnel des doigts peut devenir la cause de spasme fonctionnel des doigts (névrose coordinatrice) et de rétraction musculaire.

Yan Holsbeck a particulièrement insisté sur le tremblement paralytique des mains qui succède à ces troubles divers, et contre lequel il a employé avec avantage les courants électriques.

L'habitude contractée par les compositeurs de travailler debout détermine chez quelques-uns des tremblements, de la fatigue et de Tœdème des jambes, et provoque asser communément l'apparition de varices et d'ulcères variqueux, lorsque à cette fatigue professionnelle viennent s'ajouter l'âge ou les excès.

Mais il est certaines affections qui proviennent d'habitudes vicieuses inhérentes, pour ainsi dire, à la profession; ce sont les tics nerveux et diverses altérations des lèvres^ En effet, ces dernières présentent souvent des fissures plu§ ou moins profondes. D'un autre côté, on trouve des tumeurs développées à la surface interne de la même région, et qui ne sont autre chose que des follicules dont les conduits excréteurs ont été oblitérés. Quelquefois ces tumeurs s'enflamment; elles deviennent alors extrêmement douloureuses, s'ulcèrent rapidement et présentent l'aspect cancéreux. L'affection dont il s'agit serait due^ suivant Holsbeck, à l'habitude qu'ont certains compositeurs

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de placer dans leur bouche les caractères encore humides da liquide qui a servi à les laver. Disons, en passant, que la térébenthine etla litharge, dont quelques fabricants d'encre d'imprimerie usent mystérieusement et maladroitement, ont le défaut de s'attacher tellement aux caractères, qu'il est presque impossible de bien les laver.

Cette habitude de mettre ainsi dans sa bouche de pareUs caractères, dont la composition est la suivante : plomb 67 parties, antimoine 25, étain 5 et cuivre 3; ainsi que l'absorption de la poussière métallique qui se trouve dans les divisions des casses, et qui s'attache souvent aux lettres qui y ont séjourné, sont les causes auxquelles il faut attribuer les accidents saturnins que l'on rencontre quelquefois chez les ouvriers imprimeurs. (Voy. Plomb.)

Mais la colique et la paralysie saturnine sont plus rares aujourd'hui, grâce sans doute à la précaution que prennent les ouvriers d'essuyer soigneusement la poussière qui recouvre les caractères, de ne pas les tenir longtemps dans leur bouche, et de nettoyer fréquemment les casses.

Quant aux tics dont nous avons parié, c'est tantôt un . cli^ement d'yeux, une contraction des muscles de la fac^, un dandinement continuel devant la casse, le balancemeMt d'âne jambe, etc.; et, quoiqu'on ait prétendu que ces ■Mnies servaient à régulariser le travail, il laut reeomaaitre avec Chevallier que les bons ouvriers en sont ordiaadrement exempts, et que ce ne sont là que des habitudes qui peuvent être corrigées facilement. On doit cependant admettre, dans une mesure restreinte, l'influence de l'imitation.

Les auteurs parlent encore de hernies, de crépitadon douloureuse des tendons, d'arthrite du poignet, et de soblaxations des doigts. Tous ces accidents, qui se reiï-

'd68 imprimeurs; typographes.

contraient surtout chez les pressiers, se faisaient remarquer avec les anciennes presses à bras (presses à vis ou à levier). •

Aujourd'hui, c'est presque partout des presses automatiques, mues par des machines à vapeur, et souvent servies par des femmes.

• Comme séchoir, on a inventé des appareils dans lesquels

la feuille, prise entre de grandes toiles sans fin, vient se

sécher sur de gros tambours pleins de vapeur d'eau. Ces

appareils ont, en sautant quelquefois, causé des accidents

-graves et amené la mort des personnes avoisinantes.

Il est une affection que présentent assez souvent les apprentis chargés du nettoyage des caractères ; c'est une .inflammation soùs-épidermiqùe de la paume des mains ef, des doigts avec un certain degré d'insensibilité (anesthésie cutanée), due, sans doute, à l'action des eaux de lessive et des essences dont on se sert quelquefois.

Les ouvriers imprimeurs sont sujets aux affections gastro-intestinales : dyspepsie et diarrhée ; mais les maladies des voies respiratoires se rencontreraient plus communément chez les ouvriers fondeurs de caractères. . « Autour des creusets, les ouvriers fondeurs se tiennent debout, leur moule d'une main, une petite cuiller de fer de l'autre. Ils prennent le métal en fusion avec leur cuiller, le jettent dans le moule, donnent une petite secousse, jettent la lettre formée, referment le moule, le remplissent, le vident, et cela avec une rapidité telle qu'un bon ouvrier peut faire 18000 lettres dans une semaine: ce qui implique trois mille fois par jour les mouvements que nous venons de décrire. Des ouvriers habiles et trèslaborieux arrivent même à 5000 lettres par dix heures. Or les bons ouvriers fondeurs sont rares ; c'est un dur -métier qui a des chômages forcés par la fatigue même

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