IMPRIMEURS, TYPOGRAPHES
de ce travail à la chaleur d'un ardent foyer (Turgan). — Les maladies du cœur dominent ici, et trouvent leur cause dans cette exagération du mouvement professionnel des membres supérieurs, et la fréquence des rhumatismes aigus.
Nous sommes déjà loin du temps, où, -suivant en cela les errements de Ramazzini et de Fourcroy, des observateurs tels que Cadet de Gassicourt, Pâtissier, Turner-Thackrah, traçaient de la santé des ouvriers typographes le tableau le plus sombre, et les représentaient comme en proie à l'hydropisie, aux chairs molles, à la scrofule, à la syphilis ! et ne dépassant que très-rarement Tàge de quarante-cinq ou cinquante ans. Mais si, en commençant, nous avons cru devoir porter bien haut Tintelligence et les aptitudes de cette catégorie d'ouvriers, combien ne devonsnous pas regretter de constater, en dernier lieu, que les excès, l'intempérance et le défaut d'une bonne hygiène privée sont encore aujourd'hui une des causes principales des maladies qui les atteignent ! C'est sans doute ainsi qu'il faut comprendre comment Holsbeck a pu dire que près de 25 pour 100 des imprimeurs succombent à la tuberculose héréditaire ou acquise; tandis que Chevallier, qui a été porté par la nature même de ses recherches à observer des ouvriers rangés, sobres et presque tous âgés, en a conclu à la rareté excessive de la phthisie chez eux, et à la longévité chez tous les ouvriers typographes.
Hygiène. — Les préceptes d'hygiène professionnelle sont encore ceux que Chevallier nous a indiqués d'une manière si complète dans son mémoire, et que Van Holsbeck n'a fait que résumer dans son étude sur les maladies iles imprimeurs :
Les ateliers seront ventilés autant que possible, et surtout par le moyen 4e courants d'air chaud circulant à
970 MARIKS.
trayers des enveloppes de poêle. Les oufriers fieront prè- Tenus des inconvénients que peuvent entraîner les laiAtudes vicieuses de travail. On leur reconnnandera Tosa^ de conserves et de bas lacés. Jls devront prendre du repos aussitôt qu'il se manifestera de la fatigue ou des douleurs dansjes yeux. On fera contracter aux compositeurs Fusage de tabourets. On évitera, autant que possible, tout excès de travail, mais surtout le travail de nuit. On leur prescrira la sobriété et la tempérance, et, au besoin, on choisira de préférence ceux qui ont une bonne conduite. Une extr^e propreté est de rigueur. L'usage de vêtements et de chaussures convenables sera prescrit; et les ouvriers fondeurs surtout se mettront à l'abri de toute transition bmsque du chaud au froid. Enfin, les jours de repos, des promenades en plein air et un exercice salutaire seront ea général très-favorables à l'entretien de la santé.
A. Chevallier, De la nécessité de faire de nouvelles recherches sar les maladies qui affligent les ouvriers, et observations sur celle» qui se font remarquer chez les imprimeurs (Ann. d*hyg. publ., 1" série, t. XHI, 1835). — Van Holsbecil, Maladies des imprimenrs- ( Journal de médecine de Bruxelles, 1858). Extrait par Beaugrand. (Ann. d'hyg. publ., t. XV, 2» série, 1861).
MARIKS. — La profession de marin, dit Michel Lévy^ résume toutes les influences qui se rapportent à la rafer, à ratmosphcre maritime, aux climats maritimes et insulaires, à la navigation.
Faire ici Tétude générale de ces diverses influences serait entreprendre celle de la pathologie exotique tout entière. Le marin, en efl'et, transporté d'un point à aa autre du globe, destiné à séjourner plus ou moins longtemps dans les colonies, y subit Faction dès climats généraux ou partiels, et plus que tout autre paye un ku^e
aux maladies endémiques. La dyseuteriey les fièvres paludéennes et bilieuses, l'anémie intertropicale et ia dîarrkée chronique qui frappent les marins pendant leur séjour aux colonies, et leur campagne sur les cètas insalubres, ne spnt pas plus spéciales à la profession qae la fièvre jaune, le typhus, le choléra, la fièvre typhoïde et riasolaiiott. Le scorbut et la colique sèche ressortissent plus particulièrement à la pathologie nautique, parce que l'une et l'autre de ces affections sont engendrées à bord dans le milieu professionnel.
C'est pourquoi Tune et l'autre tendent à disparaâtie avec les progrès de l'hygiène navale proprement dite.
Le scorbuiy si fréquent autrefois pendant les longues navigations, si terrible parfois dans ses ravages (pendant le voyage autour du monde de l'amiral Auson, 1740-44, il frappa plus de 90 pour 100 des hommes des équipages), est presque inconnu aujourd'hui à bord de nos navires. Il est démontré, du reste, que ses causes ne sont point spéciales au milieu nautique. Les influences morales, les fatigues, le froid, l'humidité qui toi^r à tour ont été invoqués dans l'étiologie de la maladie, n'exercent qu'une action prédisposante, mais jamais déterminante, La condition vraiment nécessaire à son développement, c'est le manque ou l'insuffisance des végétaux frais dans Fal»menfation des matelots. C'est ainsi que Ton a vu le soef^ bot se déclarer à bord de navires éminemment bien disposés comme hygiène intérieure, pourvus abondammeiii de vivres de campagne, mais qui, forcés d'accomplir de longues traversées sans relâcher nulle part, se trouvent ainsi dans l'impossibilité de renouveler leurs vivres frais. C'est ce qui est arrivé à bord du CasligUone en 1867* (A. Léon (de Rochefort), Contribulion à l'étidùgie ém Mcorbuty iû AfxA.de méd, nar., 1868.) C'est ce qui arrive de
nos jours encore sur les transports qui font les longs Toyages de Nouvelle-Calédonie.
C'est pourquoi le meilleur traitement consistera à se procurer, dès que cela sera possible, des végétaux frais et des fruits acides. Cette influence curative des végétaux frais s'exercera d'autant mieux qu'ils auront été sousU^ts depuis le moins de temps possible à l'influence de la vie. € Les conserves de légumes frais et pressés, dit Le Roy de Méricourt (article Scorbutique in Dict. encydop. des sciences méd.), ne peuvent nullement être appelés à remplacer les légumes frais, puisque, pour arriver à les conserver, on les a privés de leur eau de végétation ; ces con- * serves n'ont d'autre avantage dans l'alimentation du marin que de rompre la monotonie de la ration. >
La colique sèche, qui, on l'admet généralement aujourd'hui, n'est pas autre chose qu'une colique d'origine saturnine, peut être considérée à bon droit comme nne maladie essentiellement professionnelle. Que sous le nom de colique nerveuse ou végétale on en veuille faire une maladie spéciale attribuée à l'action d'un miasme qui se formerait dans la cale du navire (Fonssagrives), ou qu'on la regarde comme une manifestation plus ou moins directe du miasme paludéen (Vidal, Mondot), il n'en est pas moins vrai que c'est là une affection qui sévit principalement sur les matelots embarqués, et qui^ il n'y a pas longtemps encore, se montrait souvent à l'état épidémique. Mais combien son caractère professionnel ne s'est-il pas affirmé depuis que de savantes et minutieuses recherches ont permis d'en saisir et d'en supprimer à la fois la cause efficiente à bord des navires! C'est en particulier aux travaux de Lefèvre (de Brest) que l'on doit ce résultat important.
Des observations exactes et nombreuses ont en effet
démontré que les [urincipales causes de cette colique sont l'emploi de la peinture et du mastic au minium, la présence du plomb dans les diverses pièces des machines distiUatoires, l'usage de siphons en fer étamé pour lés xbaniiers, la mauvaise habitude de se servir de boites de conserves pour faire cuire les aliments, etc. Dans toutes ces circonstances, le plomb trouve des dissolvants par excellence dans Teau distillée, les liquides acides et les matières organiques. Toutes ces causes d'intoxication |dombique, qui ont pu être regardées comme insignifiantes par quelques médecins de la marine, prennent dans les pays chauds, sous l'influence d'une débilitation générale de l'organisme, une importance considérable.
La colique sèche est plus fréquente sur les navires à vapeur que sur les navires à voiles, chez les mécaniciens et chauffeurs que chez les autres personnes de l'équipage, ce qui implique la pensée d'une cause inhérente à ces professions. C'est en effet dans la préparation du . mastic an minium et au blanc de céruse pour les joints des machines que nous trouvons cette cause; mais ici surtout,l'eiposition à de hautes températures, les déperditions sudmales qui en résultent, et l'affaiblissement consécutif de l'organisme, prédisposent singulièrement à l'absorption ioxique.
€ Si les hommes employés à la machine, dit DutroulaUy ne sont pas toujours les plus maltraités, il est beaucoup de bâtiments cependant où les chauffeurs et les mécaniciens ont tous été malades et quelquefois les uniques malades. >
Il est une autre affection qui atteint fréquemment les matelots dans les régions tropicales, et qui se manifeste souvent d'une façon épidémique; c'est Vhéméralopie. Elle est caractérisée par la dilatation et l'immobilité de la
pupille, avec abolition complète oa inoomplèle <te1a liiev pendant le temps où le sdeil est aa-Hlessoos de llioriiDn.
L'héméralopie débute par l'affaiblissement de la vision^ accompagné d'une légère pholophobie et de la dilafalioa pupillaire. Celle-ci s'agrandit bientôt et peut devenir persistante. Pendant le jour, on y voit très-distinctement; ee n'est que le soir, an moment du crépuscule, que la vision commence à se troubler; à mesure que le jour dimmue^ le malade éprouve la sensation d'un voile grisâtre ou d'm nuage qui viendrait peu à peu s'interposer entre ses yem et les objets extérieurs. Lorsque la pupille conserre sa mobilité pendant le jour, le malade voit encore la ndt à la clarté de la lampe; mais cette lumière et celle de la lune ne sont qu'obscurité pour l'héméralopie complète, dans laquelle la pupille est immobile et fortement diktée le jour comme la nuiL Suivant Piriou, la lumière di soleil, directe ou réfléchie, mais surtout la lumière diffuse, serait la principale cause de l'héméralopie. {Cmsidéralions sur Chéméralopie et le scorbut^ in Areh. de %méi. nav., 4865, t. IV.) Mais il est d'autres causes qui favorisent singulièrement son apparition; re sont en général toutes les influences débilitantes : humidité, mauvaise alimentation, nostalgie, etc. C'est ainsi qu'elle coïncide le plus souvent avec le scorbut à bord des navires, à ce point qu'on a voulu, mais à tort, en faire un symptôme de cette dernière affection.
Les statistiques prouvent que l'héméralopie, tontes choses égales d'ailleurs, est plus rare à bord des bâtiments à batterie couverte qu'à bord de ceux qui en sont privés; de plus, que le nombre des héméntlopes doit augmenter avec la durée du séjour dans les pays chauds, ou, en d'antres termes, que la proportion des hommes fréquemment atteints s'accroît avec la prolongation des campagnes.
D'une autre part, les marins sont d'autant plus exposés à contracter Théméralopie que leur spécialité les met plus souvent en présence d'une lumière solaire intense. Les hommes du pont, les gabiers, les matelols calfats qui tranillent en dehors des navires sur les rats, présentent une phis grande proportion d'héméralopes que les autres hommes du bord.
Le meilleur moyen de prémunir les équipages contre rhéméralopie, c'est de les préserver de l'intensité de la lumière solaire, en abritant les ponts dés bâtiments à l'aide d'une tente recouverte d'un taud et munie de ses rideaux. Quant au traitement, il consistera surtout à tenir les malades pendant quelques jours dans les parties obscures du navire. On y joindra l'action sur les yeux de vnpears légèrement irritantes (vapeurs d'essences aromatiques, d'huiles empyreumatiques, ammoniacales faibles, de foie de bœuf, etc.), et si l'organisme est débilité, Ml administrera des préparations de quinquina et «de fer, en même temps qu'on soumettra le malade à Thydro- Ibérapie.
Noos ne ferons que citer ici Y insolation, cet accident si fréqoentet si funeste dans les climats torrides. Elle atteint plus particulièrement les canotiers et les matelots fusiliers^. pendiant les exercices des embarcations et de la compagnie de débarquement.
Nous n'insisterons pas non plus sur une singulière affeelîon, la calenturûy que l'on a regardée comme un délire fébrile, subit, particulier à la navigation dans les dimats chauds, et dont le caractère spécifique est d'inspirer au malade le désir de se jeter à la mer. (Beisser, DissericUion sur la calenture, thèse de Montpellier, 1832.) Ce n'est là, pour nous, qu'un accès de fièvre pernicieuse à forme délirante.
Quant à la nostalgie y autrefois si commane dans la marine, elle a presque entièrement disparu avec les campagnes moins longues, les communications avec, la mère patrie plus faciles, la vie matérielle à bord bien meilleure; avec rinstruction plus vulgarisée, le temps mieux employé, la discipline mieux entendue. (Benoistde la Grandière, De la nostalgie ou mal du paySy Paris, 1873.)
Parmi les matelots, les Bretons sont encore aujourd'hui ceux qui fournissent le plus de nostalgiques. Cette affection essentiellement morale doit plutôt être regardée comme une cause prochaine de maladie que comme une maladie elle-même. Mais si, au début, elle se manifeste par de la tristesse, le penchant à 1^ solitude, la mélancolie, de la lassitude; on voit, à un degré plus avancé, survenir des troubles physiques prononcés, tels que céphalalgie, insomnie, de l'embarras gastrique et intestinal; les forces disparaissent, l'amaigrissement est très-rapide et les facultés intellectuelles s'affaissent. Dans cet état, le nostomane est éminemment susceptible de subir l'influence nosologique du milieu ou du climat. Mais, quelquefois, les symptômes propres du mal s'aggravent; il y a de la stupeur, du délire, de la prostration; une diarrhée colliqualive, une fièvre hectique continue se déclarent, et la mort, qui survient, est l'effet de l'affaiblissement général et de la diminution graduelle de la puissance innervatrice.
Le meilleur traitement consistera dans le rapatriement du malheureux nostalgique, rapatriement toujours facile aujourd'hui; mais on ne doit pas oublier que Téducalion morale, physique et intellectuelle est le principal agent de préservation de la nostalgie.
Parmi les causes générales de maladie qui agissent à bord sur l'ensemble d'un équipage, les auteurs sont una-
nimes pour placer en première ligne rhumidité intérieure du navire.
t De toutes les causes qui influent sur l'homme à la mer, dit Kéraudren, il n'en est pas de plus immédiate ni de plus active... L'humidité manifeste partout sa présence ; elle est portée dans toutes les parties du navire par les marins dont les vêtements ont été mouillés; elle est le produit des exhalaisons d'un très-grande nombre d'hommes réunis dans un petit espace; elle est encore augmentée par l'eau qui découle des futailles, et par toute celle qui se rassemble à fond de cale... j»
€ L'humidité, dit à son tour Fonssagrives, est la cause .destructive la plus puissante de la conservation matérielle .des navires; c'est elle aussi, qui détermine l'insalubrité .des matériaux avec lesquels cette habitation particulière est construite, et l'on pourrait dire, sans trop d'exagération, que la petite quantité d'eau que la mer laisse sourdre • chaque jour à travers les flancs d'un bâtiment n'expose pas la vie des marins à de moindres périls que les tempêtes contre lesquelles elle les force à lutter. »
Aussi voyons-nous l'humidité regardée par la plupart de ceux qui ont écrit sur les maladies des gens de mer, .comme la cause souveraine de toutes ces maladies. Rouppe, Lind, Poissonnier-Desperrières lui ont attribué tous les ravages du scorbut. Les maladies les plus graves à la mer commencent ordinairement par des affections catarrhales, dit Kéraudren ; et Fonssagrives lui-même en fait l'élément primordial de son marais nautique.
Il nous faut dire un mot de ce que cet auteur entend par marais nautique. Selon lui, la cale d'un navire est un véritable marais formé par un mélange d'eau douce et d'eau salée, et renfermant en lui une masse énorme de matières végétales dont la fermentation incessante produit ce qu'il
378 HAlUIfS.
appelle Vinfecii^HX Umn^n. A cet infeetieiix lîmnéen il attribue une flore pathologique toujours la môme à hwû des bâtiments; les fièvres intermittentes et rémittentes, les âèvres continues à quinquina, les fièvres lanrées, h fièfvre jaune, la colique sèche, naîtraient spontanément i bord des navires ! On comprend lout ce que cette opinion a d'absolu et, disons-le, d'hypothétiqne en même temps. Son admission a surtout eu pour objet d'expliquer les cas d'apparition de fièvre intermittente à la mer, alors que Ton a quitté depuis plus d'un mois un pays marécageux et fébrigène.
L'encombrement à bord des navires donne lieu à de graves inconvénients. C'est à l'encombrement par les passagers qu'il faut attribuer les épidémies de typhus observées pendant la guerre de Crimée sur les vaisseaux transports de l'État; celles de dysenterie el de fièvre typhoïde qui ont eu lieu pendant le transport en Chine des troupes françaises. « Si les individus sains, entassés les uns sur les autres, contaminent l'atmosphère au point d'y foire naître une infection spéciale, combien, à plus forte raison, les malades, par leurs déjections fétides, par des plaies qui versent dans Tair des principes septiques, par des perspirations pulmonaires et cutanées déviées de leur nature physiologique, ne doivent-ils pas créer autour d'enx un redoutable foyer d'infection » (Fonssagrives). Ces conditions d'encombrement de malades ne se sont que trop souvent réalisées à bord de nos transports de Cochinchine, et n'ont pu être évitées en partie que par la création de bâtiments hôpitaux. Mais combien encore n'est-il pas désirable de voir ces transports hospitaliers n'être affectés qu'à ce service spécial, en même temps qu'ils seront délivrés de tout encombrement de matériel et de personnel valide?
MARINS. :r79
L'asBaunissement du navire, telle est la question imporqui, dès à présent, se présente à nous. Les di?ers procédés d*aératîon, d'assèchement, de désinfection, de ■cttoyage et d'arrimage des parties du navire en consti- Iseiit les principaux éléments.
De toutes les parties du bâtiment, la cale est celle qai Béoessile les plus grands soins de propreté et d'aménagement. Elle sera arrimée d'après le système Lugeol, qui permet de ménager des couloirs dans tous les sens et sur les parties latérales, de telle sorte que l'air trouve un accès dans les moindres recoins.
ToQS les jours à la mer, les eaux de la cale seront ettniles et rejetées au dehors, et préalablement désinfectées s'il est nécessaire, au moyen de sulfate de fer. En rade^ la cale sera maintenue autant que possible dans le plus grand état d'assèchement, au moyen de pompes aspirantes et d'un courant d'air rapide projeté dans les parties humides. — ; Le lavage à grande eau ne sera pratiqué que sur le pont; les batteries et le faux pont devront être briqués et entièrement asséchés; la poulaine, les bouteilles, les bailles d^aisances seront constamment désinfectées. — Le blanchissage à la chaux de toutes les parois intérieures du navire est éminemment hygiénique ; cette couche de chaux neutralisera en partie les émanations sulfhydriques et l'acide carbonique exhalé. La peinture en blanc à Texterieiff, dans les pays chauds, aura l'avantage de s'opposer à une trop grande absorption de calorique. Mais le moyen par excellence de prévenir les dangers de l'humidité, de la haute température intérieure, comme de la viciation atmosphérique, c'est VaéraîUm artificielle.
' La ventilation naturelle par les sabords et les écoutilles peut être efficace dans une batterie non encombrée, à la mer, et par une direction convenable du navire. Mais sur
380 MARfNS.
les transports hôpitaux, où cette batterie est remplie de malades; mais la nait, où les .sabords sont maintenus fermés, Taération devient alors tout à fait insuffisante. Que sera-ce pour les parties basses du navire, à moitié encombrées de matériel et souvent de passagers? 11 faut donc avoir recours à l'aération artificielle.
Sans parler ici des manches à vent, ordinairement employées, et des divers appareils de ventilation, dont le plus grand nombre restent relégués dans nos arsenaux, disons tout de suite que, pour nous, le meilleur système de ventilation générale du navire, système qui a pour lui Texpérience, c'est celui du docteur Edmund, généralement appliqué à bord des paquebots et des bâtiments de guerre anglais. Voici en quoi il consiste : Les murailles du navire possèdent des espaces libres, comparables à des trachées, qu'on appelle mailles. Ce sont ces mailles qui sont utilisées pour l'aération artificielle ; un tuyau en tôle, horizontalement placé, fait le tour du navire en abord ; ce tuyau communique d'une part avec les mailles, d'autre part, soit avec la cheminée de la machine par deux tuyaux verticaux (bâtiments à vapeur), soit avec l'intérieur des mâts creux, ou avec des tubes de dégagement disposés sur le pont (bâtiments à voiles). (Arch. de méd. nav., t. VI, p. 211.)
Quand les mailles n'existent pas, comme à bord des bâtiments en fer, on les remplace par des tuyaux qui, tout en contribuant à la solidité du navire, vont puiser l'air dans la cale et les diverses parties du bâtiment.
Le Roy de Méricourt conseille aussi l'adoption de ce système ; mais il voudrait de plus qu'on ménageât à bord de tout bâtiment, au-dessous de son chargement, une chambre à air qui permette d'obtenir la siccité, la propreté, l'aération constante des fonds du navire.
Deschamps, dans un excellent travail sur la ventilation
forcée à bord des transports hôpitaux (thèse de Paris, 1872), ne se montre point zélé partisan du système Ëdmund, qu*il regarde comme exclusivement applicable à bord des navires ou paquebots voyageant à grande vitesse, parce qu'alors il y a un tirage suffisant dans la cheminée. Mais, dans tous les autres cas, il donne la préférence au système de ventilation par propulsion du docteur Yan Hecke, lequel fonctionne à l'hôpital Beaujon et à l'hôpital Necker à Paris, et qu'il a conseillé d'appliquer à bord des grands transports, moyennant quelques petites modifications.
Après nous être occupé du navire et du marin en général; après avoir traité du milieu nautique au point de vue collectif, nous devons maintenant pénétrer dans Tétude particulière de chacune des diverses catégories d*hommes qui forment l'ensemble d'un équipage.
i Toutefois, il nous faut ici dire un mot d'une affection très-commune chez les matelots, due le plus souvent au défaut de soins de la bouche et à l'habitude de chiquer, et que Martin Dupont a désignée sous le nom de gingivite ulcéreuse des matelots (thèse de Paris, 1872). Cette affection est caractérisée par l'ulcération du rebord gingival, ulcération qui s'étend sans interruption d'un côté à l'autre de la mâchoire sous la forme d'un long ruban ondulé, grisâtre, semé çà et là de petites fongosités rougeàtres. L'haleine est fétide, les incisives déchaussées sont devenues branlantes et menacent de tomber; la mastication est douloureuse et ne s'effectue désormais que trè,s-imparfaitement. Aussi cette affection en apparence bénigne devient trop souvent la source de maladies variées de l'appareil digestif. Elle ne doit pas être 'confondue avec la gingivite scorbutique. Débarrasser les dents de l'épaisse couche de tartre dentaire qui les recouvre, se servir de poudres dentifrices au quinquina et au charbon, faire usage d'une brosse
3aS MARIKS.
à dents, ea un mot mettre le maleloi k nème de se neltoyer la bouche en lui fournissanl i h mer une petite ration d'eau douce : tels sont ks |RÎiicipes du traitement à appliquer.
Au point de Tue de la profession exercée à bord des nawes, on peut divisor les hommes d'un équipage ea trois catégories :
Â. 1*" Professions qui s*exerceBt sur le pont où i Tair libre; comprenant les gabiers, les matelots du pont, les timoniers, etc.
~B. i? Professions qui s'exercent sous le pont ou i l'air confiné; ce sont les caliers, les soutiers, les cambuâeis, les magasiniers.
C. 3"* Professions qui s'exercent devant les feux, oomposées principalement des mécaniciens et des ouvriers chauffeurs.
Â. — Si, d'une manière générale, les hommes du pont bénéficient des avantages d'un air pur et vivifiant, qui entretient chez eux l'énergie et la santé, et leur assure une résistance plus grande aux causes de maladie, d'un autre côté, ils sont exposés à toutes les intempéries de l'atmosphère, qui provoquent chez eux des maladies aiguës, surtout dans les pays froids. Leur travail professionnel les soumet à des mouvements violents qui déterminent chex eux des affections fréquentes du ca»ir (palpitations, hypertrophie), des hernies (dans le rapport de 1 sur 10), et des lésions traumatiques excessivement nombreuses.
Les gabiers sont souvent atteints de laryngite granuleuse avec emphysème pulmonaire, par suite des cris violents qu'ils poussent pour se tran'smettre d'un bout à l'autre de la mâture les indications des diverses manœuvres. Les canotiers sont particulièrement exposés aux refroidissements brusques, à l'insolation, au lumbago, aux rhuffla-
tismes; la facilité C[u'ils ont de communiquer avec la terre est pour eux une source de dangers et d'excès. Dans toutes les campagnes ils payent un lai^ e tribut aux fièvres paludéennes et aux endémies locales. Les travaux dans la maturcy dans les cordages du gréement, les manœuvres pénibles des mâts et des voiles, le halement sur les cordes, les amarres, le fonctionnement des poulies : telles sont les causes générales des lésions traumatiques qui atteignent les gabiers et les bommes du pont. Ces lésions sont, dans, leur ordre de fréquence, i'' des lésûms du pied, telles que coupures, piqûres par des éclis&es de bois, des clous, corps tranchants égarés sur le pont; des excoriations, des gerçures, un Certain ramollissement de Tépiderme avec décol* lement provoqué par les lavages fréquents, et analogue à la grenouille des débardeurs; des durillons sous la tète du premier métatarsien et sous l'extrémité postérieure du cinquième. Parfois il se fait sous l'épiderme un épancliement de sang; le derme s'irrite, s'ulcère, et l'on a affaire à une certaine variété du mal perforant. Sous l'influence de ces lésions le plus souvent bénignes, il peut se déclarer des angioleucites, des adénites inguinales très-fréquentes, des phlegmons du pied plus ou moins profonds ; i"* des lé" iUms de la main ^si elles sont moins fréquentes, elles sont phs graves, dit Barthélémy.
Le couteau que chaque gabier porte avec lui, et dont il se sert à chaque instant, tantôt avec le tranchant, tantôt avec la pointe, l'expose à de nombreuses coupures qui, lor8q[u'el)es siègent à la région palmaire, peuvent donner lieu à une hémorrhagie grave. Sans compter les piqûres, les implantations d'échardes, soit dans les parties molles, 8(Ht sous l'ongle, il iaut constater ici la grande fréquence des écrasements des doigts et des panaris.
Partout où dans une poulie passe et se meut avec ra-
38i MARINS.
pidité une corde attachée à un poids très-lourd ou tirée avec force, ces accidents peuvent se produire; tantôt il y a choc et écrasement proprement dit, d'autres fois il y a lamination, section ou arrachement. A cet égard, la manœuvre qui consiste à descendre les embarcations à la mer est celle qui expose le plus à ces lésions.
Le panaris se présente sous toutes ses variétés ; il est le plus souvent la conséquence des plaies, du frottement continu des cordes sur les doigts. Les inflammations de la main, soit de cause directe, soit par extension d'un panaris, ne sont pas rares; ce sont les ampoules, les durillons forcés, des phlegmons sous-épidermiques, sous-cutanés et profonds.
3° Les autres lésions varient suivant là cause. Ce sont des fractures, des contusions, des plaies, des luxations diverses ; tantôt c'est une barre du cabestan qui, entraînée, jette les hommes à la renverse; ou bien la roue du gouvernail qui, dans un coup de tangage, soulève et repousse les timoniers; tantôt c'est une amarre ou grelin qui, trop tendue, se rompt, et vient fracturer d'un coup de fouet les jambes des matelots. D'autres fois ce sont des chutes sur le pont pendant la manœuvre des voiles, ou bien des chutes dans les parties inférieures du navire : aitx premières incombent plus particulièrement les fractures du crâne, aux secondes, les fractures de la colonne vertébrale.
Outre l'héméralopie dont nous avons parlé, on trouve signalés dans les auteurs divers troubles de la vision qui s'en rapprochent plus ou moins. Ainsi Taylor (de Hverpool) parle d'une affection oculaire assez fréquente chez les matelots, et qui consisterait dans les phénomènes suivants : fatigue des yeux et de la tête, impossibilité de distinguer du bord les feux de terre, photophobie, niouches volantes, affaiblissement de la vision pour les objets distants ou
rapprochés, souvent même douleur intfa et circumorbitaire. Cette affection se rencontre surtout en été, ou pendant la navigation dans les régions tropicales, chez les matelots qui ont passé de longues nuits à veiller au bossoir, où, sans cesser un seul instant, ils doivent éclairer la marche du navire. (Voy. Union -médicale du 20 avril 4859.)
Suivant l'amiral G. Elliot, le daltonisme, consistant dans l'impossibilité de distinguer le feu rouge du feu vert, serait fréquent chez les timoniers.
B. — Aux professions qui s'exercent sur le pont et à l'air libre il faut opposer, sous le rapport de l'hygiène, celles qui condamnent à la séquestration dans l'intérieur du navire. La privation d'air, l'humidité, la pénurie de lumière, la température élevée du milieu, impriment à tous les marins qui exercent ces professions une apparence d'étiolement et d'anémie qui les fait reconnaître entre tous.
Exposés à tous les effets de la viciation de l'air respirable, ils sont plus particulièrement frappés par les maladies. Maher a trouvé que les caliers de VHerminie avaient donné 54,59 pour 100 de malades, tandis que la moyenne générale avait été de 28 pour iOO seulement.
Les cambusiers, les boulangers présentent la même réceptivité morbide. Les cuisiniers sont encore plus maltraités. Presque toujours, pendant une campagne dans les pays chauds, les cuisiniers succombent ou doivent être renvoyés en France; la chaleur des fourneaux, Thabitude d'aller à terre faire les provisions, les excès de boissons auxquels ils se livrent, les soumettent plus que tout autre à l'influence funeste d'un climat insalubre.
On comprend combian l'assainissement du navire par la ventilation et un aménagement bien entendu seront favorables ici. Hais, de plus, il faudra exiger le séjour sur
LAYET. 22
386 MAMSS.
le pont pendant ufu temps fixé de la joamée, et des habi* tudes rigoureuses de propreté individuelle.
C. — Les chauffeurs, les mécaniciens, tons ks employés de la machine à bord des bâtiments i vapeur, dit Maisonneuve, sont des hommes ((ui s'usent raiûdement et qui fournissent généralement un grand nombre de malades, c L'homme qui se voue à ce rude métier ne tarde pas, comme le calier, à perdre ses couleurs, ia fermeté des chairs, la saillie accentuée des muscles ; sa figure pâlit, ses formes s'arrondissent comme par booffisure ; sous sa peau ne se dessine plus ce résea» vasculaire, indice de l'activité circulatoire, et bientôt il présente tous les attributs du tempérament lymphatique. > Tel est le portrait, un peu exagéré peut-être, que Barthélémy a tracé du matelot chauffeur. Ainsi prédisposé, il est fréquemment atteint de maladies des voies gastro-intestinales et bronchopulmonaires. La phthisie surtout &it de grands ravages parmi le personnel de la machine, et c'est chez lui, nous Favons dit plus haut, que l'on rencontre le plus conmiunément la colique sèche*. En temps d'épidémie, dit Rey, les chauffeurs sont en quelque sorte dévoués à la maladie régnante. La température moyenne assez élevée des soutes à charbon détermine le développement de gaz délétères qui se condensent par le confinement de l'atmosphère, et peuvent compromettre la santé des hommes qui y sont employés ; de là des malaises, des nausées, des coliques violentes, surtout quand les soutes sont remplies de briquettes ou agglomérés de houille.
Bourel-Roncière et H. Rey ont signalé la fréquence des furoncles; ils sont le plus souvent multiples, et se font remarquer de préférence sur les membres supérieurs. Barthélémy a noté les phlegmons de l'aisselle et celui de l'ombilic causés par l'accumulation et l'action irritante de
la poussière de charbon sous les bras et dans la cicatrice ombilicale. Les conjonctivites, les blépharites sont des affections très-fréquentes chez les chauffeurs et mécaniciens. Quant aux accidents de machines, ils seraient, sui* vaut Barthélémy, beaucoup moins variés à bord des bâtiments que dans l'industrie. Ce sont encore le plus souvent des lésions des doigts, de la main et de Tavant-bras.
n nous faut citer enfin les brûlures par la vapeur d*eau, à la suite d'explosion de chaudière. Quand un accident semblable arrive, on a toujours à déplorer un nombre considérable de morts. Les catastrophes du Comte ffEu €9t du Rolland en sont de terribles exemples. La vie des hommes est en effet compromise immédiatement par rétendue des brûlures, l'immensité de la douleur, et le délire ou la stupeur qui arrive bientôt; par la pénétration de la vapeur brûlante dans les voies aériennes, d'où leur encombrement par les lambeaux d'épithélium détachés ou les produits de l'exhalation plastique amenant l'asphyxie; l^s tard, par la suppuration, la profondeur des brûlures qui atteignent le quatrième degré, et les accidents de congestion, d'inflammation, tant des organes thoraciques qa'abdominaux, qui peuvent résulter, les premiers deTinspiration de la vapeur, les uns et les autres de l'action réfléchie de la brûlure cutanée (Barthélémy).
Pratiqueras soins de propreté individuels les plus complets : ablutions fréquentes, grands bains si c'est possible; fidre usage de vêtements de travail ; prendre l'habitude de se couvrir lorsqu'il sera nécessaire de monter sur le pont pour les besoins du service (â cet égard. Le Roy de Mériconrt a proposé l'emploi d'une capote de factionnaire, laissée à la disposition des ouvriers de la machine) ; ne pas s'exposer au courant d'air des claires-voies ou des manches à vent^ éviter les excès de boissons aqueuses ou acidulés, et, à ce
sujet, distribuer aux chaufleurs une ration de boisson tonique au café ou à l'eau-de-?ie ; leur ménager enfin des temps de repos nécessaires et proportionnés à la fatigue : tels sont les préceptes d'hygiène, particuliers à cette catégorie de marins.
Entre les tropiques, il sera très-avantageux de remplacer les chaufleurs européens par des indigènes. C'est ainsi que, dans l'océan Indien, dans les mers de Chine, au Sénégal, au Mozambique,. on prend comme ouvriers chauff'eurs des Indiens coolies, des Chinois et des noirs.
Si maintenant nous voulons connaître quelle peut être la mortalité moyenne de la profession, nous nous trouvons en présence de chiffres véritablement considérables. Les quelques recherches auxquelles nous nous sommes livré, en compulsant nous-même les registres des décès des hôpitaux de Toulon et de Saint-Mandrier, ainsi que les obituaires des bâtiments transports de l'État, nous ont amené à supposer que le chiffre de la mortalité moyenne annuelle, pendant le temps de service de l'Étal, est à peu près égal à 14 décès pour 100 matelots. Ces recherches, il est vrai, sont très-incomplètes, par cela même qu'elles ne portent point sur la généralité des faits, et que peutêtre elles ont été entreprises dans les conditions les plus défavorables à la question. Toutefois, il est hors de doute que la mortalité professionnelle est beaucoup plus élevée ici que partout ailleurs, et les seules données sérieuses que nous possédions à cet égard nous le démontrent surabondamment. En Angleterre, par exemple, le rapport général de statistique sur la santé de la flotte nous apprend que la mortalité résultant des maladies seulement est égale,^n 1870, à 6,7 pour cent, et en 1869, à 7,3 pour 100, ce qui fait une moyenne annuelle de mortalité égale à 7 pour 100, chiffre qui est trois fois plus grand que celui qui
MÉDECINS. 38ft
représente la mortalité moyenne annuelle à Londres, et qui est de 2,39 pour 100, d'après William Tite.
Poissonnier-Desperriéres, Traité des maladies des gens de mer, 1780, ^ édition, Paris. — De Kéraudren, Mémoire sur les causes des maladies des marins, et sur les soins à prendre pour conserver leur santé dans les ports et à la mer (Ânn. marit. et coloniales, L XXII, 1824). — Maisonneuve (de Rochefort), Essai sur les maladies qui atteignent le plus fréquemment l'homme de mer, Paris, 1855, thèse inaugurale. — Fonssagrives, Traité d'hygiène navale, Paris, 1856, in-8o. — Lefèvre (de Brest), Recherches sur les causes de la colique sèche observée sur les navires de guerre français, parliculièrement dans les régions équatorialcs, et sur les moyens d'en prévenir le développement, Paris, 1859, in-8o. — Quermeleuc, Considérations sur l'hygiène des diverses professions maritimes à bord des navires, Paris, 1860, thèse inaugurale. — Saurel, Traité de chirurgie navale, Paris, 1861. — Lauvergne (Ernest), le Matelot, esquisse d'hygiène nautique, Montpellier, 1862, thèse inaug. — R£Y (Henri), les Mécaniciens et les Chauffeurs à bord des navires de l'Ëtat, Montpellier, 1863, thèse inaugurale. — Barthélémy, Ëtudes sur la nature et les causes des lésions traumatiques à bord des bâtiments de guerre, suivant les professions (Arch. de méd. navale, 1. 111, 1865). — Habé, Manuel pratique d'hygiène navale ou des moyens de consener la santé des gens de mer, Paris, 1874. — Statistical Report on Uie Health of the Navy (1869-1870).
flrtDECiKs. — Il faut rapporter aux médecins une grande partie de ce que nous avons dit au sujet des hommes qui se livrent aux travaux de l'esprit. Mais si, plus heureiix que ces derniers, la pratique journalière de leur art les éloigne d'un genre dévie exclusivement sédentaire, d'an autre côté, le milieu dans lequel s'exerce leur profession devient une cause nouvelle d'accidents inévitables. — Dans les amphithéâtres ou dans les hôpitaux, au sein des épidémies comme au milieu des années en campagne, partout le médecin est exposé aux dangers de l'infection et de la contagion. Partagée entre la science et l'humanité, sa vie -tout entière est sacrifiée au devoir; et dans la préoc-
cupation de la santé des autres, il n'a pas le temps ou la volonté de songer à la sienne.
Le séjour auprès des malades et dans les salles de dissection, le genre même des études auxquelles ils se livrent, telles sont les causes des maladies qui atteignent les étudiants en médecine. Les fièvres typhoïdes sont excessivement fréquentes chez eux; l'excès du travail, Tinfluence des émanations et des contages ont une action d'autant plus rapide, que la réceptivité morbide est éminemment favorisée par l'âge auquef ils commencent leurs études. La dépression morale est funeste au sein des épidémies; parfois même et en temps ordinaires, l'imagination frappée est le point de départ de troubles fonctionnels divers. La crainte d'être atteint d'une lésion du cœur amène chez un grand nombre de ces jeunes gens qui pénètrent pour la première fois dans l'étude des maladies du cœur, des palpitations nerveuses. C'est ce que les médecins d'Edimbourg ont appelé affection du cœur des étudiants (Stokes). P. Frank nous apprend que lui aussi a payé son tribut à cette terreur de Tanévrysme, à la suite d'un cours consacré à ces mêmes maladies. Axenfeld ne reconnaît pas d'autres causes à ces palpitations que les fatigues de tout genre et un état chlorotique asse2 fréquent chez les étudiants.
L'influence de l'atmosphère des amphithéâtres peaC être pernicieuse à ceux qui les fréquentent assidûment. C'est au méphitisme anatomique que Bichat, et plus récem* ment Legros et Fernahd Papillon, ont dû leur trépas pré* mature. L'optimiste Parent-Duchâtelet, qui a essayé d'innocenter les salles de dissection, n'en confesse pas moins qu'une indisposition fréquente parmi ceux qui s'occupent aux dissections, est une diarrhée avec coliques, dyspepsie et malaise général; mais il accuse surtout il est vrai, le
MÊDECIIiS.
froid et l'hnmidité qui pénètrent le jeune anatomiste pen* dant les heures qu'il reste à rampliithéàtre, son immobilité, la station verticale et les positions gênantes qu'il est obligé de garder.
D'après lui, un étudiant sur douze en serait atteint. Cette diarrhée est généralement regardée comme une dette d'acclimatement à payer à l'atmosphère des amphithéâtres. Elle peut être considérée, dit Requin, comme une formé légère et bénigne d'un empoisonnement septiqu6 dont la fièvre typhoïde serait le dernier terme. D'autres bis pourtant elle prend un caractère plus pernicieux et se transforme en dysenterie. Percy, dans son travail, a surtout insisté sur cette manifestation du méphitisme aigu causé par les émanations putrides des cadavres.
L^emploi des subst^mces toxiques, comme moyen d'empécber la putréfaction des sujets destinés aux études anatomiques, a donné lieu quelquefois à des accidents sérieux. Le professeur Cloquel, après avoir manié à plusieurs reprises des pièces anatomiques immergées dans une dissolution concentrée de bichlorure de mercure, se livra à d'autres travaux sans prendre la précaution de se laver les mains; la nuit suivante il fui réveillé par de vives douleurs épigastriques accompagnées de constriction dans toute la poitrine ; sueurs froides, soif, nausées et bientôt vomisse* ments d'une matière glaireuse, acre, à saveur métallique. an bout de trois à quatre heures, il se déclara une diarrhée avec ténesme. Ces accidents dui^rent près de cinq heures et n'eurent d'autres suites que la persistance, pendant une huitaine de jours, d'un sentiment de géoe dans la région ^[ligastrique. (Orfila, Toxicologie.) ---Ciksco aurait éprouvé, dans les mêmes circonstances, une sensation très*pénible de contraction épigastriquCi avec douleurs aiguës ayant principalement leur siège dans la pulpe des doigts, et
impossibilité d'en tirer le moindre service pendant plus d'une semaine.
L'emploi de l'acide arsénîeux peut provoquer à son tour des symptômes spéciaux tels que éruptions cutanées et inflammation des doigts^ contraction et tremblement musculaires.
Mais l'accident le plus fréquent chez ceux qui s'occupent de dissections, c'est la piqûre anatomique. Cette affection guérit le plus souvent; mais elle peut aussi entraîner de graves conséquences, telles que lymphangite, phlegmon du bras, adénites, suppurations nombreuses et septicémie mortelle. Il faut tenir compte ici de la constitution de l'individu : état lymphatique, convalescence, etc., et du caractère du cadavre. Il faut se défier par-dessus tout de ceux qui sont morts d'une affection des membranes séreuses et principalement de péritonite puerpérale. « La sérosité épanchée dans le péritoine, dit Baudelocque, est si irritante, que presque toujours, quand on fait plusieurs ouvertures aux femmes ayant succombé à la péritonite puerpérale, on voit, malgré les plus grands soins de propreté, les mains se couvrir de gros boutons qui s'enflamment, suppurent, et dont on a beaucoup de peine à se débarrasser. »
La piqûre laisse souvent à sa suite le tubercule anatomique. C'est une petite tumeur du volume d'une lentille ou d'un pois, à base mal limitée, grisâtre, violacée, indolente, saignant avec facilité dans certains cas, quelquefois suppurante, rarement sensible. Elle se montre à l'extrémité des doigts, où Ton est le plus exposé à se piquer, ou bien autour des ongles, où existent souvent des excoriations. — Lorsqu'il y a des accidents graves, on admet généralement l'inoculation d'un principe putride comme cause.
Faire saigner la plaie et cautériser immédiatement, tel est le seul mode de traitement à suivre.
Parmi les épidémies, celles où les médecine ont sactombé en plus grand nombre sont les épidémies de typhus, et celles d'entre les maladies contagieuses qui leur sont le plus funestes sont l'angine couenneuse et la variole.
Selon Hajer, en dehors des affections typhoïdes qui frappent plus particulièrement les étudiants, les médecins, en temps ordinaire, succombent plus spécialement aux maladies du système circulatoire et de la vessie. — S'il est un fait avéré aujourd'hui, c'est leur extrême mortalité. Déjà Casper avait reconnu que de toutes les professions libérales, celle de médecin fournit le plus petit chiffre de vie probable. — En Angleterre, les derniers recensements donnent l'âge de quarante-cinq ans comme âge moyen des médecins.
D'après Escherich, les médecins n'ont pas l'espoir d'une longue carrière ; ils succombent à toutes les périodes d'âge en plus grande proportion que dans les autres professions. Mais la plus grande mortalité est pendant les première? périodes ; il en meurt les trois quarts avant cinquante ans, et les dix onzièmes avant soixante. Les vieillards sont rares parmi eux. N'est-ce pas le cas de rappeler ici celte observation de Voltaire, que le roi de France (Louis XV) enterra plus de quarante de ses médecins tant premiers qu'ordinaires, par quartier et consultants, etc. — Les résultats suivants sont plus expressifs encore. Pendant la guerre de Crimée, alors que la mortalité générale des officiers, de tous grades est dd 14 pour 100 de l'etfectif total, les médecins morts de maladies et d'accidents divers sont dans une proportion de 18,22 pour 100. — Dans la même guerre, le typhus enlevait 0,47 pour 100 d'officiers de tous grades, et il tuait les médecins dans la proportion de 12,88 pour 100. (Chenu, Rapport au conseil de santé ies armées.)
894 * JIÉDECtlffi.
Dans la campagne du Mexique, à la date du 12 janvier 1864, le corps expéditionnaire avait perdu 4 pour 100 d'et ficiers, et iO pour 100 des médecins. (ChaoïpoaiUoji, Gazette des hôpitaux y 18fô),
En temps ordinaire, la mortalité chez les médecins militaires est le double de celle de la population civile. Ibis^ il est une classe de médecins plus exposés encore que les médecins militaires ; ce sont les médecins de la marine. — Les fatigues de la navigation et les endémies des pajs chauds, telles sont chez eux les deux grandes causes de mortalité.
En Angleterre, Stratton a relevé pour les médecins delà marine une mortalité annuelle de 3,40 décès sur 100; tandis que la mortalité de la population civile de tout âge est seulement de 1 ,10 pour 100 d'après Parkes. — En France, on a compté que dans l'espace de 9 ans, 840 médecins de la marine de tout âge ont fourni 74 décès, c'est-à-dire 1 sur 12 ou près de 8 pour 100 par an. Ce chiffre, s'il est exact, serait de cinq fois supérieur à la mortalité moyenne générale.
Nous résumerons les principes d'hygiène professionn^e en quelques mots : Assainissement des salles de dissection; ventilation, chauffage; conservation des cadavres au moyen de substances anti putrescibles (sulfite de soude) mais non dangereuses ; lavages fréquents des tables et des parquets, emploi continuel des désinfectants, soins de propreté extrêmes. On se gardera de se livrer aux dissections si Ton a la moindre plaie aux doigts ; on n'ira point aux amphithéâtres ni dans les salles d'hôpital le matin à jeun. On pratiquera des ablutions fréquentes de la bouche, des narines et des mains après la visite de malades atteints d'affections infectieuses ou contagieuses. — Le médecin sera sobre ; il s'habituera de bonne heure à un repos d'es-
MtDEeins. m
pcit nécessaire à la dignité de son art. Son existence sera réglée autant que poss3>Ie. (Toy. Artistes ct genst de
LETTRES» p. 142.)
Hais combien de fois les exigences de sa pratique viendront-elles mettre obstsCcle aux conseils de rhygiënê! Nous ne pouvons «ons empêcher de citer ici ces quelques réflexions de Beaugraid :
c Pour les gens du m<Mide, le médecin est taillable et •corvéable à merci, loujourt à la disposition du public; peor lui point de repos, jamiis il ne doit è{re fatigué; rheure de ses repas est celle que Ton choisit pour le venir chercher ou pour lui parler! — • Et il ne faut pas que la mauvaise humeur de ces dérangements, souvent pour les motifs les plus frivoles, se trahisse le moins du monde. Son zélé, l'amour de ses malades doivent être sans bornes el de tous les instants, autrement on déclare qu'il n'est pas à la hauteur d'un sacerdoce dont on lui impose les devoirs les plus pénibles, sans se croire obligé à la reconnaissance.
» Que les médecins soient dévoués jusqu'au sacrifice de la vie, comme il arrive dans les épidémies, dans le trailenenl des maladies contagieuses, alors qu'ils justifient si bien cet adage : aliisinserviendo œnsummuntur, aliis me^ ém^moriwUurt... Quelle en sera la récompense? L'ingralilude et l'oubli du client, les éternelles plaisanteries àes romanciers et des vaudevillistes, et enfin la suprême ÎDJore, le coup de pied de la fable, un journaliste amuseur •ëa public à tant la ligne, philanthrope d'estaminet et de •cevlisses, qui viendra, du haut de son incompétence morde, leur donner des teçons de déontologie ! i
tacT, Dangers lloBiiaire des sciences
et accidents auxquels exposent les dissections (Dicsciences médicales., t. IX). — Puel'(A.), Mémoire sur
S96 MERCURE (Ouvriers qui travaillent le).
les accidents qui peuvent résulter de la firëquentation trop assidue des amphithéâtres et de la pratique des dissections (Mémoires de méd. et de chirurg. militaires, 1827). — Parent-Duchatelet, De rinfluence et de rassainissement des salles de dissection (Ann. d'hj^. publ., 1831, t. V, p. 243), reprod. in Hygiène publique ou Mémoires sur les questions les plus importantes deThygiène, Paris, 1836, t. II — Casper, De la durée vitale probable chez les médecins. WochenschrifL fur die gcsammtc Heilkunde, Berlin, janvier 1834, et thèse, (Ann. d'hyg. publ., 1834). — Requin, Hygiène de Tétudiant en médecine et du médecin, thèse de concours, 1838. — Alph. Guérard, Assainissement des amphithéâtres d'anatomie (Ann. d*hyg. publ., 1846, t. XXXV, p. 339). — Escherich, Hygienich statistische Studien ubcr die Lebensdauer in verschiedenen Stauden auf den Grund von 15730 nach den Gcburtsjahren registrirten, gleichzcitig lebenden offentl. Beamten d. Konigr. Bayern nach dem Status 1852. WQrzburg, 1854. — Mayer, Uber den Einfluss des Standes ùnd Berufes auf die Lebensdauer (Arztliches Intelligenz-Biatt, Miinchen, 3eptember 1863 et Canstatrs Jahresbericht iiber die Fortschritte ia der gesammten Medicin. Wurzburg, 1864, Band VIL Analysé par Beaugrantf (Annales d'hyg., Paris, 1865, t. XXIÎI, p. 229. — Chocvet. De la piqûre anatomique, thèse de Paris, 1865. — Parkes, Manual of practical Hygiène prepared especially for use in the médical service of the Arniy, 2e édit., London, 1866. — Beaugbakd, Médecins (Hygiène des) (Dict. encyclop. des sciences médicales, 1872j.
MERCL'RE (ouvriers QUI TRAVAILLENT LE). — Parmi
les ouvriers employés aux mines de mercure, ceux qui extraient le cinabre (sulfure de mercure) du sein de la mine ne présentent en général que des accidents d'une faible gravité. Ce sont des irritations de la peau et du cuir chevelu, des blépharites, une inflammation légère et toute locale des gencives et de la gorge, et rarement des symptômes prononcés d'intoxication hydrargyrique. Il n'en est plus de même pour les ouvriers qui procèdent à la distillation du mercure : ceux qui remplissent les fours de minerai, ceux qui nettoient et vident ies tubes, ceu.\ surtout qui recueillent le mercure déposé dans les chambres de
MERCURE (Ouvriers qui travaillent le). 397
condensation, présentent des affections plus ou moins graves de la bouche et du système nerveux, dues à l'action des vapeurs mercurielles sur l'organisme. Il en est de même pour les ouvriers employés à Textractibn de l'argent par le procédé d'amalgamation.
Tantôt les accidents se manifestent d'une manière aiguë et avec une violence extrême : la muqueuse de la bouche et du pharynx s'enflamme et s'ulcère dans toute son étendue, toutes les glandes salivaires s'engorgent, la langue ne peut pas être contenue dans les arcades dentaires, et les malheureux malades, ne pouvant plus ni avaler, ni dormir, ni parler, ni entendre, succombent quelquefois au milieu de tourments affreux.
Hais, le plus souvent, c'est la stomatite .chronique que l'on rencontre chez les ouvriers; celle-ci résulte primitivement de l'action lente, graduelle du mercure, ou succède à la stomatite aiguë : les gencives se tuméfient, deviennent fongueuses, se détachent du collet; lesjdents se déchaussent, s'ébranlent et s'altèrent, et les malades fmissent par les perdre l'une après l'autre. Aussi voit-on à Almaden (Espagne) et à Idra (Frioul) des jeunes gens de vingt à trente ans avec des figures vieillies, sans dents dans la bouche, et répandant une odeur insupportable. — Dès que les dents sont tombées, l'ouvrier cesse de souffrir.
Les troubles nerveux qui surviennent chez le plus grand nombre sont par ordre de fréquence : l'insomnie, le tremblement des mains et des jambes; des douleurs aiguës lancinantes, quelquefois d'une vivacité intolérable; des contractions musculaires convulsives; la paralysie des muscles extenseurs et l'affaissement des facultés intellectuelles. Lés malades deviennent impropres à toute espèce de travail; quelques-uns peuvent encore marcher en s'ai-
LAYHT. 23
398 MERCURE (OuTiien qui travaflteDt le).
dant d'un bâton ; mais il en est beaucoup chez qui la station devient de toute impossibilité.
L'intoxication professionnelle, sans même être portée à ce degré de gravité, peut avoir une influence des plus funestes sur le produit de la conception. Kussmanl, cité par Beaugrand, a fait voir que les femmes employées aux professions mercurielles mettent souvent au monde des enfants faibles, maladifs, fréquemment atteints de rachitisme, et qui succombent de bonne heure dans un état marqué de consomption.
La même observation a été faite par Keller, chez les ouvrières employées à la mise en tain des glaces. Cet auteur a de plus constaté chez elles la fréquence de l'avortement (Voy. Sécréteurs.)
Les étameurs de glaces, du moins ceux qui sont depuis quelque temps dans les fabriques, présentent presque tous les caractères de la cachexie hydrargyrique ; on observe fréquemment chez eux des ulcérations profondes des muqueuses nasale et buccale, avec gonflement des amygdales et des ganglions cervicaux, des périostoses qui affectent de préférence le tibia, plus rarement le fémur et les os de la tète, accompagnées de douleurs violentes qui s'exaspèrent pendant la nuit et par les varîations atmosphériques. Parfois le dos, la poitrine et le cuir chevelu sont le siège d'une éruption maculeuse, papuleuse ou squameuse; ces éruptions se montrent subitement, persistent pendant plusieurs semaines pour se reproduire plus lard (Keller).
Il est un fait digne de remarque, c'est que tous ces accidents se montrent quelquefois chez des ouvriers qui depuis longtemps, voire même depuis plusieurs années, ont cessé de manier le mercure.
Que penser de la rareté de la syphilis que l'on aurait constatée chez tous ces ouvriers; et jusqu'à quel point
MERGUftE (Ouvriers qui travaillent le). 399
raat-il admettre ici une influence favorable de la pro<^ fession ?
Hygiène. — Condenser le plus possible les vapeurs raercurielles; user des plus grandes précautions dans le nettoyage des tubes et des chambres de condensation; se servir de vêtements de travail exactement fermés au cou et aux poignets ; se livrer à des ablutions fréquentes de toutes les parties du corps et de la bouche ; ventiler de la façon la plus énergique les ateliers d'étamage des glaces : tels sont les éléments principaux de prophylaxie professionnelle. (Voy. Doreurs.)
L'emploi des masques préservateurs a été conseillé de tout temps aux ouvriers exposés aux vapeurs mercurielles ; les seuls vraiment efficaces sont ceux auxquels s'adaptent un tube aspirateur. (Voy. Hygiène générale, p. 4.) Mais, il faut l'avouer, c'est là un moyen d'une application difficile et peu goûté par les ouvriers.
Dans les ateliers d'étamage de Saint- Gobain, Cirey et Chauny, situés à Paris, on avait essayé, il y a quelques années, d'organiser une aspiration au-dessus des tables ; mais d'une part elle était inefficace, et d'autre part elle n'aurait pu parer à plusieurs causes de danger qui subsistent dans l'atelier, indépendamment du travail même dfes tables (Ch. de Freycinet). — On a adopté dans ces iteUers Tensemble des mesures suivantes : la première de toutes consiste à occuper les ouvriers à l'étamage une fjûble partie du temps. Ils n'étament que deux fois par semaine, trois au plus, de six heures du matin à midi.
Pendant la durée du travail, toutes les fenêtres de Tatelier sont maintenues ouvertes. Les tampons de flanelle arec lesquels on fait l'étendage du mercure sur les feuilles d'étarn sont armés d'un bâton de 1 mètre 20 de longueur, de façon que les émanations s'élèvent toujours loin de
400 MERCURE (Oumers qui travaiUent le).
Touvrier. On conserve le mercure dans des vases fermés; le couvercle ou entonnoir est percé seulement d'un petit orifice pour recevoir le mercure qui découle des tables. Les draps à travers lesquels il passe pour se purifier en tombant dans les vases ne sont pas secoués à Fair libre, comme il arrive trop souvent; mais ils sont battus par uq agitateur comlenu dans un moulin parfaitement clos.
Tout récemment, H. Meyer a lu à l'Académie des sciences une note des plus intéressantes sur Tinfluence salutaire de l'ammoniaque dans les ateliers où Ton emploie le mercure. Nous ne saurions mieux faire que de la reproduire ici :
« Dans les ateliers d'étamage de la glacerie de Chauny, appartenant à la compagnie de Saint-Gobain Je suis arrivé à éviter l'influence funeste du mercure sur la santé des ouvriers, par l'ammoniaque. Il suffit de répandre tous les soirs, après la fin du travail, un demi-litre d'ammoniaque liquide du commerce sur le sol de l'atelier... L'odeur pénétrante du gaz rend l'atmosphère de l'atelier d'étamage moins fade, moins suffocante et moins pénible pour les ouvriers. — Depuis 1868, je n'ai pas vu un seul ouvrier nouveau atteint d'accidents mercuriels ; tandis qu'avant cette époque, l'influence du poison se faisait sentir chez des ouvriers qui ne travaillaient à Tétamage.des glaces que depuis six mois. Quant aux ouvriers anciens, qui avaient été pris antérieurement de tremblement mercuriel, les accès, malgré la continuation du travail, sont devenus peu fréquents et sans gravité. — Il convient de répandre l'ammoniaque dansTatelier le soir plutôt que le matin; l'action préservatrice est alors plus efficace; le gaz ammoniac libre, se répand d'une manière uniforme dans toute l'étendue des ateliers, pendant l'interruption du travail) (Meyer.) — De tels faits, s'ils sont bien observés, n'ont pas besoin de commentaires.
Mais le ^and perfectionnement à apporter dans Tindustrie de Fétamage des glaces consisterait dans la suppression même du mercure. — Certaines substances organiques ont la propriété de réduire les solutions d'argent, entre autres l'aldéhyde et certaines essences : girofle, cassis, etc. (Drayton). — Aux essences on a substitué des solutions réductives dont l'élément principal est l'acide tartrique, et l'on a obtenu des résultats réellement avantageux.
L'industrie prépare aujourd'hui, et déjli sur une assez grande échelle, des glaces et des miroirs dont la surface réfléchissante est due à l'argent précipité.
Thérapeutique. — L'éloignement des ouvriers de toute opération nuisible, les grands bains tiédes, les boissons diaphorétîques, l'acétate ammonique, l'opium et le chlorate de potasse administrés à l'intérieur, la cautérisation des ulcères avec l'acide chlorhydrique; un régime tonique, une alimentation éminemment réparatrice, composeront le traitement des accidents mercuriels confirmés.
Keller, Maladies des ouvriers employés dans les fabriques de glaces de Friedrichal, Neuhurkental et Plisenthal. Wiener med. Wochenschrift, 1860, no 38, et Gazette hebdomadaire de méd., 28 décembre 1800. Extrait par Beaugrand (Ann. d'hyg. publ., 1861, t. XVI). — Ch. de Freycinet, Traité d'assainissement industriel, comprenant la description des principaux procédés employés dans les centres manufacturiers de l'Europe occidentale, Paris, 1870. — Riche, Coup d'œil sur quelques industries chimiques (Revue des cours scient., t. V, 2« série, p. 489, et Progrès moderne des industries chimiques, item, p. 227).
HEVTVIERS. — Le nettoyage des blés donne lieu à un dégagement considérable de poussières nuisible^, dont l'action sur les yeux et les voies respiratoires des ouvriers est encore la principale cause des maladies que
40n MEUNIERS.
Ton observe chez eux. Les brins de paille, les poilsclu blé, un grand nombre de particules terreuses, sont projetés avec force par les ventilateurs spéciaux en dehors des appareils nettoyeurs, et viennent se mêler à Tatmosphère ambiante. Aussi les conjonctivites, les blépharites, la bronchite, Tangine et l'emphysème pulmonaire sont des affectiim8i|iie roBveneoBtre coaHMMteoit dm les men-* niers. — Il est une opération particulièrement dangereuse; c'est lé rhabillage des meules. On rhabille les meules ea frappant des coups légers et dirigés parallèlement sur toute la surface, à Taide d*un marteau tranchant, en acier fondu bien trempé. Cette opération, très-déliçate, demande une attention soutenue de la part des ouvriers qui la pratiquent, le corps penché sur la meule et les yeux expos&i aux éclats de pierre qui sont projetés à chaque coup de marteau. De là des lésions traumatiques des yeux, des {daies de la cornée et des taches indélébiles consécutives. On retrouve ici l'influence fâcheuse de Tabsorptibn des particules siliceuses sur les voies respiratoires. (Voy. Tad.- LEURS DE PIERRE MEULIÈRE.) Nous empruntons à Hirt le tableau suivant, qui établit la fréquence des affections broncho-pulmonaires chez les meuniers :
* Sur 100 malades.
Phthisie 10,9
Emphysème 1,5
Bronchite 9,3
Pneumonie 20,3
Total... 42 sur 100.
Dans les moulins sur rivière, la grande humidité des étages inférieurs devient la cause d'affections rhumatismales et de troubles des fonctions digestives. Les &aar nations des bords de l'eau engendrent, dans bien des localités, des fièvres intermittentes.
MEUNtERS. 403
11 est un ^enre d'accident singulier qui a donné lieu à dés recherches expérimentales et à un remarquable rapport de A. Chevallier {Des accidents qui peuvent être observes dans les minoteries, in Ann. d'hyg. pubL, 1866).
Le blé écrasé sous la meule donne un mélange de son «t de farine; la mouture est ensuite conduite à la blulerie; la bluterie se compose de vastes cylindres enveloppés de toiles en soie qui retiennent le son et laissent passer la fleur de la farine. Cette dernière^ passant à travers un tamis, tombe en neige dans la chambre à farine. Mais, en passant de là bluterie dans cette chambre, une partie s*accuttiule sur les solives ou traverses du plancher de sépa^ ration, et sur les moindres saillies des cloisons, jusqu'à ce qu*à un moment donné ces petits amas de farine venant à tomber dans la chambre, il se forme un véritable ni^e en suspension dans Tair. Si, en ce moment, on pénètre dans la chambre avec une lampe allumée, la farine en suspension peut s'enflammer et faire explosion. De là des brûlures assez graves aux mains et au visage, et des dégâts considérables. Telles sont les circonstances dans lesquelles s'est produit l'accident qui a été le point de départ des recherches de Chevallier. Les faits suivants prouvent qu'il n'est pas le seul :
« En 1863, dans une boulangerie du faubourg Saint- Martin, à Paris, un garçon boulanger faisait descendre de la farine d'une chambre supérieure dans une chambre à l'étage inférieur. La farine, en tombant, par suite de la présence d'un bec de gaz, donna lieu à une explosion; il fut atteint de brûlures qui le forcèrent de suspendre son travail pendant quinze jours. — En 1866, dans une minoterie à Saint-Paul (Landes), un garçon était occupé à vider, pendant la nuit, un sac de farine, quand il se vit tout à coup environné de flammes. C'était un courant embrasé
semblable à une étincelle électrique d'une grande intensité, qui était parti du compartiment où tournaient les blutoirs. Cette flamme dévorait tout ce qu'elle touchait. Après avoir promené ses ravages dans une partie du moulin, elle échappa, avec une forte détonation, par la toiture, qui fut presque complètement enlevée. A ce moment, le moulin fut rempli d'une fumée très-épaisse. Quand elle fut dissipée, le meunier s'aperçut que les toiles des blutoirs et le matériel des moulins avaient été consumés. Les dommages furent évalués environ à 15000 francs.
La farme folle est de la farine d'une ténuité extrême, qui s'envole dans l'air et qui s'y tient en suspension. C'est cette farine qui s'attache aux parois du moulin et qui blanchit les meuniers. Cette poussière est désagréable et incommode, elle s'introduit dans les organes respiratoires, se colle sur toutes les parties du corps laissées à découvert, et forme, avec les produits de la transpiration, un mélange fermentescible qui irrite la peau et provoque des éruptions cutanées diverses. L'érythème, le prurigo, l'acné, l'eczéma et les furoncles sont excessivement fréquents chez les meuniers. Souvent on observe chez eux un exanthème psoriasiforme du pavillon de l'oreille et des lèvres. Quant à l'action de cette farine sur les voies broncho-pulmonaires, elle est pour ainsi dire nulle. (Voy. Ami-
DONNIERS.)
Parmi toutes les affections de la peau qui se présentent chez les meuniers, il en est une de nature parasitaire et particulière à la profession : c'est une éruption papuleuse, parfois surmontée de petites vésicules plus ou moins confluentes, mais généralement discrètes, accotnpagnée d'un prurit très-violent amenant la nuit de l'agitation et de l'insomnie ; mais, dès le lendemain, les symptômes sont en décroissance , et les démangeaisons dis-
paraissent sans aucun traitement. Cette affection, observée dans les environs de Toulouse en 1866, est connue depuis longtemps par les meuniers. Elle n'est nullement contagieuse. Elle apparaît, le plus souvent, sur un des côtés du cou, ce qui s'explique par l'habitude qu'ont les meuniers de porter le sac sur une épaule, et d'avoir, par suite, la peau du cou directement en contact avec le blé ou la farine. D'autres fois, elle débute par les mains et les bras. Examinée avec soin, jamais la papule n'a paru accompagnée d'aucun sillon; la cause unique essentielle réside dans la manipulation du blé ou de la farine. Elle serait due à la présence d'un acarien danâ la poussière résultant dn nettoyage et de l'épuration des blés. Déjà en 1829, dans un rapport sur les travaux du conseil de salubrité de Nantes^ il y est dit que les démangeaisons dont se plaignent souvent les mesureurs de grain de Bordeaux et de Nantes devaient être attribuées à la larve du charançon, et que l'on pourrait priver ce grain de ces propriétés nuisibles, en le soumettant au crible et à l'éventail.
Hygiène. — La plus grande propreté habituelle, l'usage d'un vêtement de travail en toile légère et exactement serré à la naissance du cou et de la main, des lotions fréquentes des yeux et du visage ; l'emploi d'une lampe de sûreté pour pénétrer dans les bluteries et les chambres à farine, et à son défaut la précaution de ne soulever aucun nuage de poussière; dans tous les cas, ne jamais tenir un corps enflammé dans le voisinage des blutoirs pendant leur fonctionnement; faire usage d'un couvre-nuque en toile cirée au moment du transport des sacs, etc. : tels sont les préceptes généraux d'hygiène professionnelle.
HniT, Krankheiten der Arbeiter (Hyg^iène des artisans), 2 fascicules. Analyse de Schwartz (Annales d'hygiène publique, 1874).
406 MILITAIRES (Cavaliers, Fantassins, Arlilleurs).
niLiTAiRES. — On peut diviser Tétade générale des maladies propres à la profession militaire en deux parties; dans la première, nous nous occuperons de toutes celles qui frappent les armées en temps de paix, et des quelques affections plus particulièrement spéciales à chaque caté^. gorie de soldats (fantassins, cavaliers, canonniers, etc.). — Dans la seconde^ nous résumerons toutes les causes- de maladies et de périls auxquelles sont inévitablement ex-^ posées les armées en campagne.
Le plus souvent nous ne descendrons point dans lesdètails de Thygiène préservatrice : indiquer la cause du ma) sera presque toujours indiquer aussi le moyeu de le pré^venir; mais ce serait sortir de notre cadre s'il fallait aous appesantir sur le côté purement administratif de la ques* tion hygiénique.
Â. V partie. — D'une manière générale, le soldat subit dans sa vie de garnison Tinfluence du milieu cliniatérique dans lequel il se trouve, influence qui se fait sentir également sur la population civile, mais à laquelle il faut ajouter, pour lui, les petites épidémies périodiques des affections contagieuses, telles que variole, rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde et oreillons, auxquelles les expose particulièrement la vie en commun, et celles qui semblent être plus particulièrement encore le résultat de l'encombrement et du méphitisme des casernes, telles que le typhus cérébro-spinal, Tophlbalmie épidémique, la stomatite ulcéro-membraneuse, Térysipèle, etc.
Sur cinquante-sept épidémies de méningite cérébrospinale relevées en France par Hirsch, trente-neuf ont régné exclusivement chez des militaires.
Parmi les causes qui favorisent le développement de Vophthalmie épidémique^ presque tous les médecins militaires signalent Tâge (ce sont, en effet, les recrues qui
MILITAIRES (GavaUers, Fantassins, Artilleiirs)^. 407
fournissent le plus grand nombre d'ophthalmiques), les ybnations atmosphériques, le temps orageux, les vents d'au« tomne froids et humides, la chaleur de l'été surtout, les Teilles, les fatigues, l'influence pernicieuse des gardes rapprochées. — La contagion s'opère rarement par contact^ elle s'effectue au contraire très-fréquemment par Tinter* médiaire de l'air (Laveran), c'est-à-dire par infection. Mais de toutes les causes qui favorisent la propagation de l'ophthalinie, il n'en est aucune que l'on puisse comparer, |H>ur sa fatale puissance, à la viciation de l'air par suite du défaut d'aération et de l'encombrement. (De Vophthalmie ^fidémique dans les armées européennes^ in Ann. d'hyg. pubL, 1858.)
La slomatUe ulcéret^sCy si fréquente aujourd'hui chez nos soldats, ne paraît pas remonter au delà des levées d'hommes de ta république et de l'empire ; et, chose remarquable, eUe est seulement connue dans les armées de France, de Belgique et du Portugal (fiergeron).
Les causes de développement sont les mêmes que celles que nous venons de citer, c'est-à-dire le méphitisme des casernes et des corps de garde.
Le mal se propage par contagion directe et indirecte. Mais il faut ajouter parmi les causes prédisposantes une mauvaise alimentation, l'excès de boissons alcooliques, l'abus du tabac, la durée du service, et avant tout le mauvais état des dents et des gencives.
Parmi les maladies qui sévissent à la fois sur un certain nombre de militaires, il faut signaler le goitre aigu épidémique.
Cette affection a surtout été observée dans les garnisons situées dans les lieux élevés et les pays de montagnes. — C'est ainsi qu'elle s'est montrée, à différentes reprises, à Clermont'Ferrànd, à Colmar, à Briançon et dans la Savoie.
409 MILITAIRES (Cavaliers, Fantassins, ArtiUeurs).
En dehors des causes générales, telles que les localités, les eaux, les climats, les saisons, il en est qui sont inhérentes à la profession militaire, et qui ont été invoquées par la plupart des observateurs; ce sont : la compression delà glande thyroïde et des veines jugulaires par le col de Tuniforme; Taction de l'air froid sur la peau du cou en moiteur; l'ingestion de Teau froide tandis que le corps est en transpiration; les corvées, les exercices, les manœuvres, les descentes et ascensions continuelles, les essoufflements répétés, le mode de casernement, la vie en commun et la nature du régime alimentaire des troupes. — La prophylaxie repose tout entière sur l'amélioration des conditions matérielles de la vie militaire, et principalement sur le changement de garnison. Le traitement curatif comprend les préparations iodées sous toutes les formes.
Cependant la mortalité chez les militaires, considérée d'une manière générale, paraît moins élevée, au premier abord, que la moyenne de mortalité prise dans toute la population civile. C'est ainsi que Ton trouve le chiffre de 10 à 41 décès par 1000 hommes d'effectif en France, tandis qu'elle est de 12,1 pour la population tot<ile. Mais si l'on songe que la révision ertlëve à la profession tous ceux dont les infirmités eussent compromis gravement les chances de vie, et que, d'un autre côté, beaucoup de soldats sont réformés dans le courant de leur carrière ; que d'autres, libérés à la fm de leur congé, sont dans le pins triste état de santé, et vont ainsi augmenter les chances de mortalité moyenne générale, en diminuant d'autant celle relevée dans la profession militaire, on comprendra combien le chiffre de 10,5 fourni par la statistique est loin d'exprimer la vérité sur l'influence morbide professionnelle.
Ainsi, tandis au'en Angleterre la morlalité dans l'armée
MILITAIRES (Cavaliers, Fantassios, ArUUeurs). i09
est de 8,44 pour causes de maladies, et 0,93 pour mort violente, c'est-à-dire 9,37 sur iOOO; si Ton ajoute le chiffre des réformés, qui s*élève à 37,22, on .a une perte totale de 46,59 pour 1000 hommes d'effectif dans le Royaume-Uni.
En France, le chiffre des pertes totales est beaucoup moins élevé, il peut s'évaluer à environ 20 pour 1000 (Vallin).
Le tableau suivant fera ressortir nettement la différence qui existe entre les conditions de mortalité par période de vie chez les militaires anglais, comparées à celles de la mortalité dans la population civile :
MortaliUS
de la Mortalité population militaire, civile.
Diflërence sur 1000 hommes.
De 17 à 19
ans 7,41 3,13
4,28 en
faveur de Tannée.
De 20 à 24
id.
De 25 à S9
id.
De 30 à 3i
2,03 en
faveur de la popul. civile.
De 35 à 39
id.
De 40 à 44
id.
Ainsi la mortalité militaire augmente besiucoup plus vite que la mortalité civile, et la conclusion de cette comparaison serait celle-ci : que la sélection opérée par la visite des recrues se traduit par une diminution de mortalité pendant les premières années du service militaire; mais qu'à la longue, c'est-à-dire à partir de Tàge de trente ans, les fruits de la sélection disparaissent, et les conditions deviennent de plus en plus défavorables... Mais tandis que dans l'armée anglaise la mortalité croît d'une manière aussi sensible avec l'ancienneté de service, il n'en est plus de même dans l'armée française, où elle décroît à partir de quarante ans. Ce qui peut s'expliquer par cette raison qq'en France le soldat ne reste qu'un
410 MILITAIRES (Cavaliers, Fantassins, ArtOleors).
certain temps sous les drapeaax, tandis qu'en Angleterre il poursuit sa carrière jusqu'au bout, et en fait ainsi une véritable, profession.
Parmi les maladies qui, en temps de paix, sont le pins souvent cause de décès cbez les soldats, il faut placer en première ligne la phthisie pulmonaire et la fièvre thyphoîde. La première donne une proportion de 21 pour 100 des décès, et la seconde de 17 pour 100. — La perte totale par phthisie est de 3,3 par 1000 soldats en France ; en Angleterre cette proportion est beaucoup plus considérable, ^le est de 7,82 pour 1000. — La fièvre typhoïde, fréquente dans les premières années de service, voit sa mortalité décroître avec l'âge ; c'est le contraire pour la phthisie pulmonaire.
Le chiffre des malades traités dans les hôpitaux miliïtaires en France s'élève annuellement à 33,3 pour 100 hommes ; mais si Ton y joint le chiffre de ceux qui restent ^ Finfirmerie, on obtient ainsi un nombre de 61,9 malades sur 100 hommes d'effectif. — En Angleterre le chifiire de la morbidité annuelle est de 986 sur 1000.
Celle de toutes les maladies qui fournit le contingent le plus considérable b.ux hôpitaux et infirmeries, c'est hi syphilis : l'armée anglaise en station dans le Royaume- Uni fournit un tiers de syphilitiques aux hôpitaux ; la proportion est de un sixième dans l'armée française (Boudin).
La profession militaire est peut-être celle de toutes les professions chez laquelle il soit possible de signaler une influence manifeste sur la prédisposition à la folie. Le chiffre des aliénés qui concerne celle profession est en effet assez élevé. Rien qu'à Charenton l'armée a fourni en cinq ans 225 cas d'aliénation mentale. En* temps de paix,' elle se manifeste plus particulièrement chez les vieux soldats adonnés à l'intempérance; en temps de guerre et
MILITAIRES (Cavaliers, Fantassins, ArtiUenrs): 411
dans les camps, elle frappe surtout les jeunes recrues éprouvées par les fatigues, les privations, les émotions et les périls des combats. La prédisposition est souvent héréditaire ; mais Tébranlement causé par une chute de cheval, par la violence d*un coup porté sur la tête, par l'action du soleil en expédition, deviennent des causes prédisposantes.
Les exercices du camp de Châlons, les campagnes exé* culées par nos soldats pendant Tété sous le soleil d'Afrique, offrent de fréquents exemples de folie occasionnée soit par des violences purement physiques, soit par l'action d'un soleil brûlant. (Calmeil,in Dict. enq/clopéd.des scienc. tnédicales.)
Cette action de la chaleur et de la lumière solaire est indiquée par tous les auteurs comme une cause fréquente d'accidents graves chez les troupes en marche pendant l'été, et surtout dans les contrées sans abri. A l'intensité de la lumière solaire il faut attribuer Théméralopie, que nous avons décrite à l'article Marins. Mais, selon quelques observateurs, les causes déterminantes seraient ici toutes les circonstances de service qui obligent les soldats à passer la nuit en plein air, les yeux ouverts, notamment les factions. Il est à remarquer que l'affection est extrêmement rare chez les officiers et les sous- officiers; elle est commune en Algérie, où la réverbération entretient et prolonge Théméralopie née de ces causes.
liais l'accident que l'on n'observe que trop souvent en pareilles circonstances, c'est le coup de soleil. Le coup de soleil ou de chaleur, qui frappe le soldat sur les routes pendant la marche, ou dans les camps pendant les exercices, est caractérisé par les symptômes suivants : faiblesse, vertiges, céphalalgie, troubles dans la vue, nausées, peau sèche; puis surtout des symptômes pectoraux : oppression,
412 MILITAIRES (Cavaliers, Fantassins, Artilleurs).
dyspnée, douleurs thoraciques ; survient ensuite une période de stupeur nerveuse suivie de coma profond. Ces symptômes prémonitoires peuvent manquer ou être très-modérés, ou même passer inaperçus. Alors le malade tombe subitement comme foudroyé. Il peut mourir instantanément; ou bien, après quelques minutes, ayant les yeux fermés, les pupilles dilatées et insensibles, il se manifeste des contractions cloniques de la face et des extrémités ; la face est bleuâtre, le pouls très-fréquent sans aucune résistance, la respiration est stertoreuse, superficielle, trèsfréquente. La mort peut survenir rapidement ou en quelques heures; mais la guérison aussi peut être rapide. A l'autopsie, on ne trouve ordinairement rien dans le cerveau et dans ses membranes. Les poumons, au contraire, sont toujours gorgés de sang, parfois à un point extrême. Le cœur droit et les grosses veines sont remplis d'un sang^ foncé, liquide, acide; le cœur gauche est presque vide.
Tel est le coup de chaleur, qu'il ne faut pas confondre avec rhypérémie et l'apoplexie cérébrales, états d'ailleurs très-rares chez le jeune soldat.
Du reste, la présence du soleil n'est pas nécessaire pour la production de cet accident. Plusieurs conditions, au contraire, ont été signalées comme se rencontrant presque dans tous les cas : ainsi des vents chauds, une certaine humidité, un état électrique prononcé de l'atmosphère, la présence d'un certain nombre d'individus dans un espace clos ou dans des conditions qui ne permettent pas le renouvellement facile de l'air, telles que la marche en colonnes serrées, le passage à travers des défilés, des forêts, des rues étroites, etc. Comme causes prédisposantes, il faut noter toutes les actions dépressives, épuisantes, de quelque nature qu'elles soient, ainsi que l'emprisonnement du corps dans des uniformes étroits et serrés, et l'usage d'une
MILITAIRES (Cavaliers, Fantassins, Artilleurs). 413
coiffure qui concentre la chaleur solaire au lieu d'en atténuer rintensité.
Guyon a insisté particulièrement sur l'aggravation de ces accidents pendant les haltes, et par la position couchée et horizontale, que le soldat fatigué est tenté de prendre dès qu'il arrive au repos.
La température du sol est, en effet, supérieure, dans les contrées sans abri, à celle de la couche atmosphérique qui Tavoisine ; le corps en reçoit une influence thermique des plus fâcheuses, et le coup de chaleur se manifeste souvent dans cette position.
Le traitement consistera en affusions froides sur la tête, le cou et la poitrine du sujet préalablement placé à l'ombre. L'impression de l'eau froide s'exerçant puissamment sur les rameaux nerveux de la peau, va ranimer la respiration et rétablir son cours quand il a été plus ou moins suspendu (Mac Lean).
Il est une affection qui survient chez les jeunes soldats à la suite de fatigues excessives et de marches forcées ; c'est l'affection connue sous le nom de pied plat douloureux (Guérin), tarsalgie (Gosselin), crampe des pieds (Nélaton), pied creux douloureux (Duchenne, de Boulogne). Elle est caractérisée par la déviation du pied en de&ors, accompagnée de douleur dans la région calcanéo-astragalienne, augmentant par la continuation de la marche, disparaissant par le repos de la nuit; puis d'une contraction spasmodique des muscles de la région antérieure et externe du pied. Les tendons font saillie sous la peau; avec la contracture coïncide la perte graduellement progressive des mouvements de latéralité du pied»
Cette affection a été considérée comme le résultat de l'inflammation des surfaces articulaires (Gosselin); du spasme ou contracture du long péronier latéral, ou de la