‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 74 sur 98 · SAVONNIERS · texte numérisé non relu

SAVONNIERS

fourneau ûné ou mobile très*iinparfaity soit simplement dans un réchaud ouvert, alimenté par de la braise ou du charbon, et qui répand dans Fatelier des émanations insalubres et nuisibles. Si le local est peu spacieux, Pâtissier a conseillé de repasser pires d'une fenêtre ouverte; outre les inconvénients et souvent l'impossibilité d'une telle mesure, elle est loin d'offrir un bénéfice réel. «J'en ai vu, dit Guépin, qui se plaignaient, et qui cependant travaillaient dans un courant d'air. En prenant leur place, j'ai remarqué que le courant d'air était brisé par le corps de l'ouvrière, et que les produits de la combustion lui montaient à la figure. »

Chevallier a conseillé l'emploi des^appareils portatifs de Chambon-Lacroisade, alimentés par le coke, et dont la fumée est conduite au dehors de l'atelier par un tuyau spécial.

A. Chevallier, Des professions dans lesquelles il y a danger d'asphyxie (Ann. d'hyg. publ., 1864, p. 74, 2me série, t. XXII).

i»AVOivMiEBi». — On retrouve chez les savonniers cette apparence d'anémie et ces divers troubles des sens que nous avons déjà signalés dans les industries qui soumettent les ouvriers aux émanations organiques et aux buées provenant de la fonte de matières animales. L'extrême humidité du milieu professionnel, jointe à l'élévation de teippérature ; les exhalaisons fétides et malsaines provenant des résidus qui imprègnent constamment le sol des ateliers; le contact permanent avec des substances et vapeurs alcalines : telles sont les causes intrinsèques des maladies que présentent les ouvriers savonniers.

Déjà Fodéré avait remarqué « que ces ouvriers ont le teint bième et sont fort sujets aux engorgements des vis-

SA\ONÎ>iIERS. 487

cères du bas-venlre, aux infiltrations et à d'autres maladies de faiblesse... j>

Il est des opérations qui sont particulièrement incommodes, entre autres la fonte à nu de certaines graisses, comme celle des intestins, et la fabrication des savons destinés au foulage des draps (suif d'os, cretons de suif). Quelques-uns de ces ouvriers présentent un état prononcé d'anhélation souvent accompagné d'accès d'oppression, véritables symptômes de l'asthme essentiel. Le catarrhe bronchique et les phlegmasies pulmonaires. sont relativement rares chez eux ; les affections dominantes sont les troubles dyspeptiques de l'estomac et de l'intestin.

Il est une cause de maladie qu'il nous faut signaler à côté des prédispositions morbides que soulève l'action du milieu professionnel; c'est le travail excessif auquel les savonniers sont le plus souvent soumis.

Ramazzini en fait la cause principale de tmites les affections qui viennent les atteindre. Shann attribue aux mouvements continuels des bras, que nécessitent les diverses opérations professionnelles et surtout la liquidation ou madragey la fréquence des maladies de cœur qu'il a relevée chez les savonniers anglais. On ne saurait, en effet, accuser ici l'influence du rhumatisme articulaire aigu, affection très-rare chez tous ces ouvriers. La lixiviation de la soude, qui consiste en une série de lessives que l'on opère à main d'homme au moyen de seaux, provoque, à la longue, une altération marquée de la couche épidermique de la peau, et probablement aussi des couches superficielles du derme ; car on rencontre très-souvent de l'engourdissement des mains, de l'insensibilité au tact, et de la roideur des articulations des doigts, accompagnée, chez quelques-uns, de douleur et d'empâtement.

Il est une sorte d'accident auquel les ouvriers savon-

488 SOIE (Ouvriers qui travaillent la).

niers étaient autrefois très-exposés ; c'est la chute dans la cliaudière, au moment du madrage du savon, alors que Touvrier se tient sur les bords de la cuve, le redabk à la main, pour désagréger les masses savonneuses et favoriser la séparation de cette partie du savon appelée « gras ».

C'est pour empêcher les ouvriers de tomber dans la chaudière que d'Arcet a proposé et fait adopter un appareil de soutien, composé d'une sangle et d'une corde de suspension fixée à une barre de fer solide, appareil auquel s'attache et se retient l'ouvrier chargé de l'opération.

L'hygiène industrielle comprendra l'aération, le dallage des salles de travail, la condensation parfaite des vapeurs et des buées, etc. Les ouvriers feront usage de vêtements de travail et de sabots. Ils éviteront avec soin toute transition brusque du froid au chaud. Ils suivront un régime réparateur, ne se livreront à aucun excès de boissons, et feront, les jours de repos, un exercice salutaire au grand air. (Voy. Hygiène générale et Produits cbuci- QUES, etc.)

SOIE (ouvriers qui TRAVAILLENT la). — L'industrie de la soie comprend, d'un côté, le débourrage et le tirage des cocons; et de l'autre, le moulinage, auquel se rapportent les différentes opérations de dévidage, de doublage et de torsion qu'on fait subir à la soie grége pour la transformer en fils propres à être décreusés et employés au tissage.

Pour arriver à saisir le fil continu, que l'on nomme bout on fil grége, il faut enlever la bourre ou frison qui garnit la surface des cocons, et qui provient du canevas grossier que l'insecte commence a établir autour de lui

SOIE (Ouvriers qui travaillent la). 489

pour se procurer des points d'appui et des parois convenables. Cette bourre, mise de côté, est destinée à être battue et cardée pour en obtenir la filoselle.

Le cardage des frisons de la soie est, de Tavis de tous les» observateurs, une opération des pins nuisibles pour la . santé. « Cette opération, dit Thouvenin, pratiquée ordinairement dans des galeries souterraines, éclairées d'un seul côté par des fenêtres exactement fermées, et n'ayant d'autre ouverture que la porte, donne lieu à un dégagement de poussières malsaines et abondantes, et qui, disposent les ouvriers à des catarrhes, à des ophthalmies chroniques, à l'hémoptysie, à la phlhisie... Il est impossible de méconnaître, dans le développement de ces affections, le résultat d'un principe morbifique et délétère... » Suivant Boileau (de Castelnau), on reconnaît le cardeur de frisons à son teint pâle, étiolé, blafard, plutôt bouffi que gras, à ses yeux rouges et à une petite toux presque continuelle.

L'attitude constamment assise, l'exercice forcé et continuel des extrémités supérieures, l'influence d'une atmosphère humide et chaude, chargée de poussières et d'émanations animales : telles sont en effet les causes pathogéniques agissant à la fois, et d'une façon aussi funeste, sur la santé des cardeurs de frisons de soie.

C'est encore à de semblables causes qu'il faut attribuer le déplorable état de santé que présentent, en général, les dévideusefi de cocons et tous les ouvriers employés au moulinage de la soie.

Les diverses opérations que comprend le moulinage exigent plus ou moins, en effet, un degré prononcé d'humidité; elles se font, en général, dans des sous-sols, et l'on comprend combien une telle disposition doit être fâcheuse au développement physique des jeunes ouvrières que l'on emploie en grand nombre dans les fabriques de

490 SOIE (Ouvriers qui travaillent la). ^

soie. — L'influence de Tattitude et du mouvement professionnels est ici des plus prononcées.

L'attitude inclinée du côté droit (côté de la bassine) que prennent les dévideuses de cocons, pendant tout le tirage, a pour effet, surtout quand elles commencent jeunes, de donner lieu à des obliquités du bassin (Gubian) et à de3 difformités de, la taille (Melchiori). — Ce dernier auteur a fait remarquer, en outre, que cette attitude pouvait avoir de funestes conséquences chez les ouvrières enceintes. Il a observé chez elles des hypérémies passives de Tutérus, se traduisant par une menstruation trop abondante ou trop rapprochée (deux ou trois fois par mois), par des métrorrhagies, des avortements à tputes les époques de la grossesse ou des accouchements prématurés.

Chez les tourneuses qui font marcher à bras les dévidoirs, on a noté des incurvations plus ou moins prononcées de la colonne vertébrale ; les bras sont excessivement développés, tandis que les jambes sont atrophiées et comme cagneuses.

Nul doute que de semblables résultats pathologiques n'aient une bonne part d'influence dans le développement de la phthisie, affection si fréquente chez les ouvrières en soie (Chatin). — Chez les dévideuses, la plus forte proportion de décès par phthisie serait de 15 à 25 ans (Fonteret).

La chloro-anémie, les troubles dyspeptiques de l'estomac et de l'intestin, la diarrhée, les ophthalmies glandulociliaires, l'angine granuleuse et certaines éruptions cutanées lichénoïdesetfuronculeuses : telles sont les affections morbides que, par ordre de fréquence, on rencontre le plus souvent chez les ouvriers et ouvrières employés au déridage et au moulinage de la soie.

Mais il est une opération qui donne lieu à des accidents

SOIE (Ouvriers qui travaillent la). 491

d'un caractère particulièrement professionnel; c'est le travail dit des bassines. — Les cocons, une fois débarrassés de leur bourre, sont immergés dans des bassines remplies d'eau chauffée autant que possible soit à la vapeur, soit à feu nu. On les bat alors avec de petits balais doublés en racines de chiendent, de manière à accrocher le fil grége que l'on saisit ensuite, et le tirage du cocon commence. Assises devant la bassine, dans une attitude inclinée presque constante, dont nous avons déjà constaté les tristes effets sur l'organisme, les femmes employées au tirage des cocons ont exposées, en outre, à tous les inconvénients de la chaleur humide et à des émanations organiques plus ou moins putrides.

Nul doute que la misère et le genre de vie privée ne viennent favoriser ici le développement des maladies graves que Ton a l'occasion de constater chez elles, et qui revêtent presque toujours un caractère adynamique. Mais nous sommes bien loin du temps où Yincens et Baumes, dans leur topographie de Nîmes, nous les représentaient comme atteintes presque toutes de fièvres putrides, de bouffissure, de crachements de sang, etc.

On observe en général, chez ces ouvrières, surtout au début, que l'extrémité des doigts, plongée incessamment dans la bassine, blanchit, se gonfle, se ranK)llit sous l'influence de la chaleur humide; l'épiderme des dernières phalanges se soulève, des phlyctènes se manifestent, quelques fissures ou crevasses apparaissent. Le degré, le plus grave de cette lésion est marqué par la formation de petits abcès circonscrits sur les côtés des ongles ou au bout des doigts.

Mais il est une maladie spéciale, bien décrite pour la première fois par Potton, consistant en une éruption vésiculo-pustuleuse sur les doigts, le dos et la paume de la-

AH SOIE (OoTriers qin travaillent la).

main, et connue sous le nom de mal de vers on de baxsifÊe. Potion lui reconnaît trois périodes ou mieux trois degrés différents. Nous en empruntons la description à cet auteur. Premier degré : teinte érythémateuse plus marquée entre les doigts; tuméfaction, douleur cuisante, chaleur acre, exagérée; marbrures, plaques brunâtres à la peau, souléTement de Tépiderme; vésicules miliaires, quelquefois véritables bulles avec sérosité claire, s'épaississant, se troublant, puis devenant visqueuse; tous les mouvements sont devenus pénibles.

Les ouvriers continuant leur travail, les vésicules se crèvent, et un soulagement momentané, d'autres fois permanent, en résulte. Les symptômes s'amendent, Tinflammalion et la douleur disparaissent. Durée, sept à huit jours.

Deuxième degré : période pustuleuse. Les vésicules se changent en pustules, ou bien de véritables pustules se mon trent primitivement. Elles peuvent s'étendre sur tous les doigts; mais c*est surtout entre le médius, l'indicateur et le pouce de la main droite qu'elles sont disséminées. Elles se répandent aussi sur le dos et dans Tinlérieur de la main. Tout exercice de cet oi^ane occasionne des souffrances aiguës; il est impossible de plier complètement les doigts. Au bout de cinq à six jours, les pustules arrivent à terme. Dès ce moment, toutes les souffrances cessent? révacuation du pus et la dessiccation commencent. Mais, le plus souvent, par l'imprudence et l'insouciance des dévideuses, la maladie n'est point guérie ordinairement; il surgit d'autres boutons supplémentaires qui prolongent la durée de tous les accidents. Durée, quinze à dix-sept jours.

Mais, chez quelques-uns, le mal de vers prend un caractère Irès-fàcheux. L'apparition des pustules s'accom-

SOI£ (Ouvriers qui travaillent la). 193

pagne d'inflammations plus profondes ; le tissu sous-cutané est envahi; gonflement énorme et déformation des doigts, de la main; tuméfaction œdémateuse jusqu'au bras; engorgement et endolonssement des lymphatiques et des ganglions; apparition de petits phlegmons circonscrits situés ordinairement sous les pustules; symptômes généraux : frissons, céphalalgie, insomnie, dégoût, nausées, vomissements, etc.

Malgré un tel développement de symptômes, la maladie se termine heureusement. Dès que le pus est évacué, du huitième au dixième jour, un bien-être immédiat se produit; la phlogose se dissipe avec promptitude comme dans le deuxième degré, et après dix-huit ou vingt jours au maximum, la guérison est parfaite; il ne reste, pour toutes traces, qu'un peu de rougeur et quelques légères cicatrices.

Melchiori,de son côté, qui a observé en Italie, a trouvé ' les proportions suivantes dans la manifestation des symptômes : inflammation superficielle avec ou sans sécrétion séreuse, 80 fois sur 100; excoriations, même proportion; pustules et grosses bulles, 5 pour 100; abcès sous-cutanés, 8 pour 100 ; inflammation et àhcès profonds, 1 pour 100 et peut-être moins. 20 fois sur 100 on constate une congestion irritative et permanente du derme, un état subinflammatoire indolent, n'incommodant les femmes que par un certain degré de chaleur qui s'élève un peu pendant le travail.

Un fait digne de remarque, c'est que les ouvrières subissent pour ainsi dire une sorte de vaccination, et qu'après avoir une fois été atteintes d'accidents graves, elles ont chance de ne plus présenter que les formes légères du mal.

Selon Pôtton, c'est dans le contact avec le corps de l'animaf, dans les émanations qui s'en exhalent par suite

LAYET. 28

4M SOIE (Ouvriers qui travaillent la).

de la décomposition que le temps lui fait subir, qu'il faut placer la cause de la maladie. Mais Duffours et Melchiori ont reconnu que tous les cocons, bons ou mauvais, anciens ou récents, peuvent produire le mal de bassine. Ce n*est donc pas à une décomposition particulière, mais à une cause fixe et invariable, la même pour tous les cocons, qu'il faut attribuer les accidents professionnels. Cette cause, nous la trouvons dans Y enduit gommeux et acre qui. colle les fils élémentaires du cocon.

La chaleur de Teau, la congestion de la main seraient toutefois des causes éminemment prédisposantes. Les eaux grasses semblent préserver du mal de bassine ; Teau de savon, au contraire, paraît le favoriser.

Traitement. — Les prophylactiques qui semblent le mieux réussir sont les bains locaux, des lotions fréquemment répétées dans Feau saturée d'alun, ou mieux encore de sulfate de cuivre ammoniacal.

Quant aux premiers accidents, les oumères ne font rien, en général, pour les faire avorter, connaissant le bénéfice qui résultera pour elles de cette espèce d'inoculation. Dans la deuxième période, il importe de modérer les désordres locaux sans les supprimer trop brusquement, afin d'éviter leur retour. On fera donc usage de toniques légers, de manuluves faits avec des décoctions de plantes aromatiques, feuilles de noyer, ronces, écorcede chêne, etc. Les préparations sulfureuses et alcalines n'ont pas réussi. Dans la troisième période, des cataplasmes avec camomille, mauve, etc., seront appliqués. On pourra les arroser de teinture de quinquina et d'alcool camphré ; une fois les pustules ouvertes, on fera usage de pommades au tannin, alun, acétate de plomb, etc., de cautérisations légères avec sulfate de cuivre, nitrate d'argent. On combattra enfin les symptômes généraux par des boissons acidulés, de légers

SOIE (Oavriers qui travaillent la). 495

évacuants, puis par des toniques et préparations de quinquina, vin, bouillon, etc.

Les quelques préceptes d*hygiène industrielle consisteront en une ventilation bien entendue des salles de dévidage ; dans l'emploi de bassines à eau chaude dans lesquelles on trempe préalablement les cocons pour les dépouiller en partie de leur produit gommeux, et dans celui de bassines destinées au dévidage proprement dit, et chauffées à la vapeur. L'eau de ces bassines sera fréquemment renouvelée, afm qu'il n'y ait aucune fermentation du liquide ; les chrysalides épuisées seront jetées dans un bassin continuellement traversé par de l'eau froide que l'on videra de temps en temps, afin d'éviter l'accumulation, auprès de l'ouvrière, de matières putrescibles. La dévideuse trempera fréquemment ses doigts dans celte eau froide, ce qui préviendra le plus souvent, ou atténuera jusqu'à un certain point, l'éruption professionnelle, en empêchant ainsi la congestion continue de la peau des mains.

Quant à l'hygiène individuelle, elle comprendra, avant tout, les soins incessants de propreté ; l'usage de vêtements de travail, de sabots; l'emploi de sièges convenablement disposés, tie façon à éviter l'obliquité et l'abaissement du tronc. On insistera, enfin, sur la nécessité d'une alimentation réglée et suffisamment réparatrice, d'un exercice salutaire au dehors, et d'une hygiène domestique bien entendue. (Voy. Hygiène générale.)

ViNCENS et Baumes, Topographie de Nîmes, 1802. — Boileau (de Gastelnau), De Tinfluence du cardage des frisons de la soie sur la santé des détenus de la maison centrale de Nimes (Ann. d*hyg. publ., 18^, t. XXIII}. — Thouvenin, De l'influence que l'industrie exerce sur la santé des populations dans les grands centres- manufacturiers. De l'industrie de la soie (Journal de médecine de Bordeaux, 1S46;

496 TABAC (Ouvriers qui travaillent le).

Ann. d*hyg. publ., juillet, 1846). — Gubian, Sur Thygiène de Tobvrier en soie (Journ. de médecine de Lyon, t. X, 1846). — PoTTOS, Recherches et Observations sur le mal de vers ou de bassines chez les fileuses de cocons de vers à soie (Ann. d'hyg. publ., 1853, t. XLIX). — DuFFOURS, Recherches sur quelques maladies des fileuses de soie, Montpellier, 1853. — Melchiori, la Malattie délie mani délie tnUtore da seta, observala in Novi (Ann. univ. di medic. Milano, t. CLX, 1857). — Louis Reybaud, Rapport à TAcadémie des sciences morales et politiques sur la condition des ouvriers en soie (Ann. d'Iiyy. publ., 1858). — Ghâtin, De la phthisie des tisseurs et des dévideuses à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, in-8o, 1867. — Fonteict. De la phthisie des tisseuses et des dévideuses (Lyon médical, 1868;.

TABAC (ouvriers QUI TRAVAILLENT le). — La préparation des tabacs donne lieu à diverses opérations insalubres par le dégagement abondant de poussières nuisibles et de vapeurs ammoniacales et nicotineuses auxquelles les ouvriers se trouvent particulièrement exposés. Si quelques auteurs ont exagéré l'influence fâcheuse de la profession sur la santé des ouvriers, il en est d'autres, Parent-Duchàlelet, d'Arcet, et tout récemment Ygonin, qui se montrent singulièrement optimistes à cet égard. La vérité est que la manière dont les principales de ces opérations ont été assainies, dans ces dernières années, a permis d'obvier en grande partie aux inconvénients qui résultent de la viciation de l'atmosphère des ateliers. Mais l'on retrouve cependant encore, chez la plupart des ouvriers, un ensemble de symptômes pathologiques plus ou moins tranchés, qui est comme le cachet imprimé à l'organisme par la profession que nous allons étudier.

Les opérations communes à la fabrication des cigares, à la confection des tabacs à fumer et du tabac à priser, sont l'époulardage, le triage, l'écôlage et le mouillage. L'époulardage consiste, après l'ouverture des balles et des boucauts de tabac, à délier les manoques, à les secouer et à

TABAC (Ouvriers qui travaillent le). 497

les éparpiller dans tous les sens. Cette opération donne lieu à un dégagement considérable de poussière extrême* ment ténue et composée de terre et de débris de tabac.

Le triage et Técôtage, opérations peu fatigantes en ellesmêmes, sont faites, ordinairement, par des femmes. Ce travail expose aux mêmes inconvénients et place les ouvrières en contact permanent avec la plante.

Les ophthalmies, les irritations de la gorge et des bronches sont des conséquences communes de ces premières opérations. La phthisie professionnelle serait assez commune chez les époulardeurs.

Le mouillage, qui se fait avec de l'eau ordinaire ou: salée, a pour but de rendre les feuilles souples et de les empêcher de se moisir.

Ce travail expose à tous les inconvénients de Thumidité ; les ouvriers y sont, pour ainsi dire, les pieds dans l'eau.

Le tabac passe ensuite entre les mains des confectionneurs de cigares, ou, s'il est destiné à la fabrication du tabac à fumer, il est livré au hachage, travail autrefois des plus fatigants, mais qui est fait aujourd'hui mécaniquement; de là quelques accidents causés par le jeu des machines. — Vient ensuite la torréfaction.

La torréfaction du tabac haché ou tabac à fumer est accompagnée d*un dégagement abondant de vapeurs am- ' moniacales et chargées de nicotine. Ce travail s'accomplit exclusivement sur des plaques de tùle chauffées; les ouvriers, à moitié nus, debout au bord de ces plaques, agitent incessamment la matière et en aspirent toutes les émanations.

On a évité la fermentation pour le tabac à fumer ; mais elle est absolument nécessaire pour la confection du tabac à priser. Deux sortes de travaux doivent être signalés ici

498 TAIUC (Ouvriers qni travaiDent le;.

comme particulièrement insalubres; c'est la démolition il(58 masses ou tas de première fermentation, et la vidange des cases ou tas de deuxième Termentation. Cette dernière •pération est incontestablement la plus pénible. Au.milieu •des émanations que dégage le tabac qui fermente, soumis à une température quelquefois très-éleyée, les ouvriers, obligés de remuer cette poudre à la pelle et d*en remplir les sacs, se trouvent là dans une atmosphère acre et infecte qui pique les yeux, irrite la pituitaire, les prend à la gorgé et les suffoque.

Quant au ràpage, au tamisage du tabac à priser et aux -opérations qui s*y rattachent, elles ont lieu aujourd'hui dans des appareils parfaitement clos, qui préservent convenablement les ateliers.

Nous arrivons maintenant à la description des effets moii)ides qui se manifestent chez les ouvriers dans les fabriques de tabac.

La première impression a toujours quelque chose de plus ou moins pénible pour les débutants; ils ont tous, ou presque tous, une certaine difficulté à s'y habituer; beaucoup même ne peuvent s'y faire et sont obligés de quitter la manufacture. Ils éprouvent, en général, une céphalalgie plus ou moins intense, accompagnée de mal de cœur et de nausées; ils perdent Tappétit et le sommeil, et le plus souvent il s'y joint de l'embarras gastrique simple ou compliqué, et des désordres des voies digestives, surtout de la diarrhée (Mèlier, Ygonin). Ces symptômes seraient plus fréquents chez les femmes que chez les hommes.

D'après Kostial, sur 100 confectionneuses de cigares, de douze à seize ans, nouvellement entrées dans la fabrique, 1:2 tombent malades dans les premiers six mois. La maladie dure une ou plusieurs semaines, et consiste surtout en congestion cérébrale, névroses diverses, angoisse précpr-

TABAC (Ouvriers qui travaillent le). -499

diaie, palpitations, phénomènes anémiques; inflammation de Testomac, des intestins, de la conjonctive ; lassitude générale, fièvre, insomnie, sueurs froides, et perte à peu près complète de Tappétit. Ces désordres du début ont été décrits par tous les observateurs; toutefois, suivant Ygonin, ils ne se montreraient que dans la minorité des cas.

Il faudrait y voir le résultat d'un véritable empoisonnement par les principes du tabac, entraînant à sa suite un état anémique prononcé, mais que Mélier attribue, avant tout, à la prolongation de la diarrhée. Cette diarrhée; toutefois, trouve en partie sa cause dans la dépression nerveuse due à l'action de la nicotine absorbée sur les centres cérébro-spinaux.

Heurtaux, Boudet, Schneider ont, en effet, retrouvé la nicotine dans les urines. D'après Kostial, le lait, chez les ouvrières nourrices, a une odeur de tabac très-prononcée, quoique la présence de la nicotine n'y ait point été chimiquement démontrée.

Suivant cet auteur encore, les avortements par suite de la mort du fœtus ne seraient point rares chez les femmes employées aux fabriques de cigares; et les recherches antérieures de Ruçf, qui a constaté la présence de la nicotine dans les eaux de l'amnios, viennent à l'appui de cette opinion. Mais l'influence de l'alcaloïde serait poussée plus loin encore : Kostial a remarqué la mort fréquente des nourrissons par suite de maladie du cerveau, et l'autopsie aurait démontré de la congestion cérébro-spinale, de l'hypérémie des méninges et de l'œdème cérébral. Ces faits auraient besoin d'être contrôlés.

Il est plus que probable, selon nous, que la plupart de ces troubles observés chez les jeunes ouvrières des fabriques de tabac d.i ont se rattacher à la chloro-anémie,

500 TABAC (Ouvriers qui travaillent le).

conséquence inévitable d'un travail prématuré dans les ateliers et d'une mauvaise hygiène privée.

La nature même du travail professionnel exerce une influence nuisible sur la santé. L'attitude courbée qu elles sont obligées de prendre et de garder, empêche le développement du thorax et favorise les stases sanguines dans les organes pelviens.

Chez les rouleuses de cigares on observe souvent une affection de la main et de Tavant-bras droits, analogue à la crampe des écrivains, avec anesthésie des doigts, et se terminant, après des récidives multiples, par de la roideuret de la déformation de ces parties.

Quelques auteurs, Ruef entre autres, ont admis que l'influence du tabac peut être préservatrice de certaines affections; les névralgies et les rhumatismes principalement, la goutte et certaines manifestations herpétiques. 11 faut reconnaître, par contre, que l'asthme, la bronchite chronique et la phthisie elle-même sont des affections assez fréquentes chez les ouvriers qui travaillent le tabac; et, suivant Fontan, si c'est au dégagement de l'ammoniaque qu'il faut attribuer l'influence favorable du séjour dans les manufactures, sur les manifestations rhumatismales el herpétiques, c'est principalement à son action sur les muqueuses qu'il faut rapporter le larmoiement, l'exaspération des ophthalmies, l'angine glanduleuse et' les irritations laryngo-bronchiques que Ton rencontre souvent chez ces ouvriers.

Mélier avait émis l'opinion que cette profession mettait à l'abri de certaines épidémies ; mais, d'après Kostial, le choléra aurait fait de nombreuses victimes parmi les ouvrières dlglau. — Les affections gastro-intestinales, si fréquentes ici, doivent, en effet, être considérées comme prédisposant à la maladie.

TABAC (Ouvriers qui travaillent le). 501

Hygiène préservatrice. — La ventilation et la substitution du travail mécanique au travail manuel, telles sont les deuîc grandes sources de Tassainissement industriel dans les fabriques de tabac. La juste délimitation du travail, suivant Tâge et le sexe; des temps de repos régulièrement ménagés; une alimentation suffisamment réparatrice, etc., composeront Thygiène individuelle.

Le système de ventilation adopté dans la plupart des manufactures, en France, est mixte et basé à la fois sur le principe du chauffage et sur celui de la propulsion mécanique. L'air est aspiré du dehors par des ventilateurs; il circule entre les solives du plancher, et débouche dans les ateliers en traversant des enveloppes de poêle où il s'échauffe pendant l'hiver. Les orifices de sortie sont distribués sur le plancher ; les conduites de dégagement semblables à celles d'admission et ménagées, comme elles, entre les solives, se rendent à des cheminées d'appel audessus des toits. La distribution est calculée sur le pied de 8 mèlres cubes par personne et par heure. A ce chiffre on constate la disparition de toute odeur et de toute humidité (Ch. de Freycinet).

L'atelier dans lequel se fait la torréfaction du tabac à fumer a été complètement modifié dans les grandes manufactures (Paris, Lille, Strasbourg, Toulouse, etc.); l'administration ayant reconnu l'impossibilité, par les moyens ordinaires de ventilation» de soustraire les ouvriers à une atmosphère dangereuse pour leur santé. Cette amélioration a été obtenue par l'installation du torréfacteur mécanique, inventé et perfectionné par M. Rolland, directeur i^énéral des tabacs. Il serait trop long d'entrer dans les détails de la description de cet appareil ; qu'il nous suffise de dire que, grâce à d'ingénieuses dispositions, une trémie conduit dans les cylindres du torréfacteur le tabac

encore humide ; une autre trémie le reçoit à la sortie, presque en état d'être mis en vente. — Le séchage du tabac torréfié, qui engendrait des inconvénients analogues, quoique moins intenses, s'eiîectue aussi dans des cylindres rotatifs dus au même inventeur.

Pour ce qui concerjnie le travail des masses et des cases, une excellente mesure à prendre consistera à relever les ouvriers très-fréquemment, et à ne pas les laisser séjourner, surtout dans les cases, plus d'une demi-heure, à tour de rôle.

Mérat, article Tabac, in Dict. des sciences médicales en -60 vol., 1821, t. LIV. — PomTE, Observations sur les maladies des ouvriers employés dans la manufacture royale de tabac, Lyon, 1828. — Parcnt-Du- CHATELET et d'Arcet, Influence du tabac sur la santé des ouvriers (Ann. d*hyg. publ., t. !«% 1829). — SiMÉON, De la santé des ouvriers employés dans les manufactures de tabac, rapport à M. le ministre du commerce (Annales d*hygiène publique, 1843, t. XXX, p. 343). — Dieudonné, Note sur les ouvriers qui travaillent le tabac en Belgique; extrait d'un rapport fait par la commission de salubrité de Bruxelles au ministre, suivi d'un aperçu des recherches de la Société de médecine d'Anvers (Ann. d'hyg. publ., 1845, t. XXXIV, p. 300). — Ruef, De l'influence de la fabrication du Uibac sur la santé des ouvriers (Gaz. méd. de Strasbourg, 1845). — MÊLIER, De la santé des ouvriers employés dans les manufactures de tabac (BuUetin de l'Académie roy. de médec, t. X, 1845, et Ann. d'hyg. publique, t. XXXI V, p. 241). - Ygonin, Maladies des ouvTiers employés dans les manufact. de tabac, Lyon, 1866, in-S®. — KosTiAL, les Ouvrières de la fabrique de cigares d'Iglau, Wochenblatt der Gesellschaft der Aerzte in Wien, no» 34, 36, 37, 38, 39, 40, 41 ; Jahresbericht de Virchow et Hirsch, 1868, Band 1, p. 463; extrait in Ann. d'hyg. publ., 1871.

TAILLEURS D*HABITS, COUTURIÈRES. — NouS réuni-

rons dans un même article les tailleurs et les couturières. Les pcincipales causes de maladies qui atteignent les

tailleurs et les couturières sont : la vie sédentaire qu'ils mènent; les habitudes vicieuses de travail, telles que mauvaise attitude professionnelle, travail à la lumière arlificielle, excès de veilles, etc. ; une détestable hygiène physique et morale. — La plupart des observateurs s'accordent pour présenter sous les couleurs les plus sombres l'état de santé de ces artisans.

Comme le pessimiste Ramazzini, StoU nous a laissé, des tailleurs de son temps, le portrait le plus triste. Voués fatalement aux cachexies et aux diiîormilés, ils seraient plus aptes que les autres artisans à contracter les maladies régnantes. D'après Schann, qui a observé en Angleterre, les tailleurs présenteraient encore aujourd'hui, au plus haut degré, cette tendance à l'anémie et à la débilitation.

Près des deux tiers des maladies observées chez eux participeraient de cet état d'anémie puisant sa source même dans le genre de vie et le genre de travail propres à la profession. Chez les couturières, la chlorose, les troubles dyspeptiques et menstruels sont des affections communes.

S'il est une cause prédisposante par excellence, c'est l'attitude professionnelle à laquelle les ouvriers tailleurs sont condamnés.

Assis sur une table, les jambes croisées l'une sur l'autre, le corps grandement penché en avant, cette position les expose par-dessus tout aux douleurs épigastriques, aux congestions du foie et aux troubles des fonctions gastrointestinales. Suivant SloU, il en résulterait aussi une difficulté prolongée de l'hématose, qui devient la cause, à la longue, de congestions pulmonaires et de crachements de

sang.

Les maladies de poitrine 3ont fréquentes, en effet, chez les ouvriers et les ouvrières en coulure; mais elles seraient loin de présenter, eji général, un caractère prononcé

d'acuité ; elles prennent, le plus souvent, la forme latente et chronique. — Suivant Majer, on compte 17 décès de phthisie pour 100, de vingt à vingt-cinq ans ; et, au total, les maladies de poitrine enlèvent 52 pour 100 des personnes de celte profession. {Ann. d'hyg., t. XXIII, p. 229.)

Turner-Thackrah, Lombard (de Genève), mais surtout Hannover, s'accordent pour regarder la phthisie comme faisant de grands ravages parmi les tailleurs. Ce dernier donne un chiiîre de 48 décès par phthisie pulmonaire sur 100 décès. Dans aucune autre profession on ne rencontre une aussi forte proportion.

Chez les couturières, Fattitude professionnelle, pour è(re moins exagérée, n'en a pas moins de conséquences aussi fâcheuses sur la santé.

D'après Benoiston de Chàteauneuf, tandis que l'on rencontre 46 phthisiques sur 1000 ouvriers tailleurs malades de tout âge, ce chiffre s'élèverait à 55 chez les couturières, et à 86 chez les brodeuses. Suivant Trebuchet , à Paris et par an, sur 1000 personnes de la profession, il meurt de phthisie 7 tailleurs et 9 ouvrières en couture.

De même que chez les cordoftniers, Hannover a relevé chez les tailleurs de Copenhague une proportion considérable de maladies mentales. Il en rapporterait la cause aux rêveries, aux idées religieuses auxquelles ils s'abandonnent pendant leur attitude assise et leur travail.

L'exercice professionnel des doigts prédispose, singulièrement au spasme fonctionnel. Duchenne (de Boulogne), en effet, parle de phénomènes analogues à la crampe des écrivains.

Le maniement de l'aiguille donne lieu à des piqûres nombreuses plus ou moins profondes, fréquemment suivies de paRf7.ris.

Le travail à la lumière artificielle, l'application soutenue

des yeux, entraînent, à la longue, raffaiblissement de la vue et raltération dans les milieux de Tœil.

Sur un relevé de 952 cataractes, Desmarres a trouvé 103 ouvrières en couture; mais, malgré ce chiffre élevé, il le regarde comme proportionné au nombre d'individus exerçant la profession.

La voussure du dos et certaines difformités doivent être regardées comme des conséquences de l'attitude vicieuse professionnelle. La pression de tout le côté externe de la jambe et du pied contre la table de travail amène le développement de bourses séreuses aux malléoles externes, à la tête du péroné et à la tête saillante du cinquième métatarsien. Il y a souvent un état rugueux et parfois calleux de la peau de la région sacro-ischiatique. La gêne que cette position, jointe à l'habitude de croiser les jambes, entraîne dans la circulation des membres inférieurs, finit par occasionner l'atrophie et la flaccidité des muscles de ces parties. Il en résulte un affaiblissement remarquable de la sensibilité de la peau dans les cuisses et les jambes, et une certaine difficulté dans la marche. Ramazzini avait déjà observé cette tendance à la claudication chez les tailleurs de son temps. — Les névralgies sciatique et lombaire sont des affections très-communes chez eux.

On a aussi signalé comme maladie professionnelle les tumeurs blanches des articulations du bassin. Tous les cas de sacro-coxalgie cités par Hahn ont été observés sur

des tailleurs.

Chez les coupeurs, qui font usage de forts ciseaux pour tailler les habits, la pression des anneaux amène des callosités et des ampoules aux phalanges de l'index et du pouce, et souvent aussi une semi-luxation du pouce droit en arrière.

Chez les ouvrières au crochet, Max. Vernois indique,

LAYET» î^'J

506 TAILLEURS D*UâBITS, COUTURIÈRES.

comme signes professionnels : une usure de la peau à la palpe de la dernière phalange de l'indicateur gauche ; des duhllons au pouce et à l'indicateur droits; une sensation d'engourdissement dans tous les doigts, et à la longue une diminution très-marquée de la sensibilité tactile.

On a remarqué, en outre, que les tailleurs et les couturières avaient, en général, de mauvaises dents, et on a été porté à en attribuer la cause à l'ébranlement et à l'usure que déterminerait, à la longue, la mauvaise habitude de couper le fil avec elles.

Il est des accidents que l'on à signalés pendant la confection de certaines étoffes colorées. Bien qu'il ne faille point les considérer comme des affections absolument professionnelles, il n'en est pas moins intéressant de rapporter ici les observations qui ont été publiées à cet égard.

C'est ainsi que l'on a vu survenir des symptômes d'intoxication arsenicale (éruptions cutanées, gastralgie, toux spasmodique) chez des ouvrières occupées à confectionner des vêlements en tarlatane verte. Par le froissement répété, il se dégage, en effet, de ces gazes légères, préparées et teintes avec une solution gommeusQ d'arsénite de cuivre, une poussière métallique qui se répand dans l'air, pénètre dans les poilmons, s'attache aux doigts, à la membrane muqueuse du nez et de la bouche,- et peut déterminer, par absorption, des accidents graves.

Il existe aussi des étoffes colorées par le vert d'aniline picrique et arsenical. Les ouvrières qui travaillent ces tissus éprouvent des démangeaisons et un léger eczéma aux mains, surtout aux doigts, et quelquefois la face se gonfle. En quelques jours, tout se passe avec desquamation de l'épidenne, lorsqu'on cesse cette couture, sans que l'état général en ait été troublé. Nous citerons encore

certaines étoffes de laine et mélangées, colorées par un autre vert arsenical (arséniate de chrome), qui produisent les mêmes accidents.

L'emploi de la soie dite chargée ou enrobée avec de l'acétate de plomb, qui augmente ainsi son poids, peut donner lieu à des accidents saturnins : on sait, en effet, que les couturières ont l'habitude de passer continuellement dans la bouche le fil dont elles se servent, pour en amincir l'extrémité qui doit entrer dans l'œil de l'aiguille. Elles, cassent, la plupart du temps, le bout de ce fil avec leurs dents, et souvent en conservent machinalement les parties rompues dans la bouche. Or, quand c'est de la soie chargée qu'on fait usage, cette pratique peut occasionner des accidents saturnins tels que chaleur à la gorge, gingivite, affadissement, nausées, tiraillement d'estomac et coliques. C'est ce que Ton a observé dans quelques circonstances ; et Eulenberg, qui a fait l'analyse d'une soie noire ainsi chargée, a trouvé qu'il y avait 17»% 71 de plomb dans 100 grammes de soie.

0. Réveil cite un cas curieux d'intoxication saturnine chez un tailleur occupé, depuis plusieurs jours, à tailler des alpagas anglais. Ces étoffes, en effet, peuvent cDntenir an sulfure de plomb ou du sulfure de cuivre : trempées d'abord dans un bain renfermant un sel de plomb ou de cuivre, on les baigne ensuite dans une solution d'hydrogène sulfuré. Ainsi préparées , elles sont plus lourdes et présentent plus de corps et de brillant; mais elles laissent se détacher, par le froissement, une poussière nocive.

Nous arrivons maintenant à la question tant controversée de l'influence des machines à coudre sur la santé des ouvrières.

Gardner, le premier, nous trace le tableau le plus superbe

des résultats observés. Selon lui, la couture par les machines est bien moins fatigante pour les yeux que la coufure ordinaire à Taiguille; l'emploi de ces machines à coudre exige un certain exercice et des mouvements professionnels on ne peut plus favorables à la santé. Mais Guibout et Yernois en France, Down en Angleterre, expriment bientôt l'opinion contraire.

L'attitude professionnelle, les mouvements particuliers nécessités par la mise en œuvre de la machine, la trépidation musculaire, le frottement des membres inférieurs l'un contre l'autre, l'excitation et l'irritation consécutives qui en résultent pour les parties génitales, sont incriminés tour à tour et à la fois.

On rencontrerait chez les ouvrières des dyspepsies, des douleurs épigastralgiques, des pertes blanches continuelles, un malaise général, de la débilité et de l'épuisement. On constaterait de la fatigue dans les jambes, des soubresauts et de la contracture musculaires, quelquefois, de la paralysie précédée de crampes, de l'irritation des gaines et des tendons des muscles fléchisseurs et extenseurs (Vernois).

Decaisne et Espagne reconnaissent qu'employées dans des limites raisonnables, les machines à coudre n'ont pas plus d'inconvénients pour la santé que le travail à l'aiguille.

. Nous pensons nous-méme que leur emploi n'a véritablement une influence fâcheuse pour la santé que chez les ouvrières de profession, spécialement chargées de ce travail dans les ateliers de confection d'habits. Mais alors, après une première période de fatigue et d'excitation, à laquelle succède comme une apparence d'assuétude, nous avons toujours observé de l'anémie, des troubles dyspeptiques et nerveux, un aflaiblissement très-marqué de l'innervation

Page 1