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CHAPITRE II

DE TOUT TEMPS, POUR LES SOINS DE LA BARBE ET DE LA CHEVELURE LES INDIVIDUS ONT FAIT APPEL A UNE MAIN ÉTRANGÈRE PLUS OÙ MOINS QUALIFIÉE

(Historique du Coiffeur).

Pour suivre la mode dans toutes ses vicissitudes, satisfaire à ses exigences en même temps qu'à celles de la vanité et parfois aussi pour observer une loi religieuse ou suivre des conseils d'hygiène, les hommes ne sont trouvés de tout temps souvent obligés de faire appel à l’aide de leurs semblables, que ceux-ci soient de simples servantes ou des valets, ou mieux des artistes en l’art de raser, épiler, tondre, friser, composer des perruques, teindre, maquiller et parfumer. Les Egyptiens pour lesquels l’usage des perruques constituait une préservation contre les ardeurs du soleil, qui étaient tous rasés comme l’affirment la Bible, Hérodote et Diodore de Sicile et qui imposaient cette coutume à leurs serviteurs venus de l'étranger, eurent de bonne heure leur barbier, c'était le haku. La r'eproduction d’une peinture du tombeau de Beni-Hassan dans le livre de CHAmPOLLION, sur les monuments de

l'Egypte, nous fait connaître la façon dont opérait le barbier sur son sujet non assis, mais placé à genou devant lui.

Très nombreux en Egypte, les barbiers y formaient une corporation puissante et un papyrus traduit par Maspero nous montre l’activité du barbier : « Il rase jusqu’à la nuit ; lorsqu'il se met à manger, alors seulement, il se met sur le coude ; il va de pâté de maisons en pâté de maisons pour chercher les pratiques, il se rompt les bras pour emplir son ventre, comme les abeilles vivent de leurs travaux ». Le livre de la Genèse XEX 14) rapporte que des barbiers égyptiens rasèrent Joseph avant qu’il fut présenté au Pharaon. Des femmes ont d’ailleurs pu se charger de donner leurs soins à la coiffure : c'est ainsi qu’une Euterpe est mentionnée parmi les coiffeuses d’Arsinoe.

Chez les Hébreux, Gallab. 2551 désigne le barbier. Ezéchiel (V, 11) parle du rasoir des barbiers. Le livre des Juges (XVI, 19) raconte comment Dalila fit raser la tête de Samson par un Philistin ; et la Bible (VITE, 7) nous apprend que Moïse avait prescrit le rasage total pour la consécration des lévites ; il est probable qu'un barbier sacré devait être chargé de ce rasage. |

Dans le corpus inscriplionnum semiticarum (par. 1, L.. [,/fasc. 1, 66 À, ligne 12, p. 93), on trouve une inscription datant de 450 à 350 avant J.-C. qui parle des barbiers, galläbini, attachés au temple d’Astarté à Larnaca (Chypre) et dans laquelle il est dit que « ces barbiers travaillent pour leur ministère ».

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La Grèce ancienne avait le Kovesos dont la tâche était de raser (Evseuw) et de tondre (xsper). Avant le v° siècle, presque tous les Grecs portaient la barbe, de sorte que le Ksvssvc n'avait pas souvent à raser. HOMÈRE men-. tionne néanmoins le rasoir, (er: Evpou œxuñc), pour s’en servir le barbier le tirait de sa gaine ue Il était également manucure et se servait d’un couteau à on- gles (svvyucecuev). Une terre cuite de Tanagra au Musée de Berlin représente le Koussos pratiquant une coupe de cheveux sur un patient assis devant lui et recouvert d’une sorte de peignoir (swèwv). Son local professionnel était le xovorev.

Des femmes s’adonnaient Ébaemen aux soins de la chevelure à en juger par un vase grec du Musée de Pétrograd, qui nous fait voir une femme vidant un, æœnoche sur la chevelure d’une de ses semblables, nue et accroupie.

A Rome, le tonsor était chargé de. radere et de tondere. Inconnu des Romains primitifs qui gardaient barbe et chevelure incultes, il aurait été amené de Sicile à Rome par Ticinus Manas en l’an 454 (300 ans avant Jésus-Christ). Ce n’est d’ailleurs qu'après le v* siècle que les Romains prirent l'habitude de se ra- . ser et de se faire couper les cheveux. D'après CABANÈS, Scipion Emilien aurait été le premier romain à se raser tous les jours.

La tâche du tonsor était complexe ; il coupait les cheveux, rasait, peignait, frisait, épilait, teignait les cheveux, savait fabriquer une perruque ou compléter une chevelure par des faux cheveux je était manu-

cure, se chargeait d’enlever, cors, durillons et ver-

rues et épongeait les baigneurs et les lutteurs. Aussi," disposait-il d’un important attirail. Ses instruments étaient le peigne (pecten), le miroir (speculum), les ciseaux (forfex), le rasoir (novocula), la pince à épiler (volsella), le fer à friser (calamister), le couteau à ongles, etc. Il se servait parfois d’un bonnet (scopax) enduit de poix pour faire tomber les cheveux et faisait grand usage de pommades, d'huile, d'essence parfumées. :

Son client s’asseyait sur un escabeau (sella tonsoria) ; il l’enveloppait dans une sorte de grand peignoir (linteun) et lui coupait les cheveux avec un seul couteau ou avec deux réunis formant les ciseaux, soit en tenant les cheveux entre les doigts ou en les faisant passer au travers d’un peigne (per pectinem) pour couper les pointes dépassant le peigne.

Pour le raser, il retirait le rasoir de sa théca, l’aiguisait sur une pierre sur laquelle il avait craché au préalable (PLINE). Il n’était pas toujours très habile et son rasoir faisait souvent des plaies, il arrêtait le sang avec des toiles d’araignée. Redoutant qu'il lui en fit de volontaires, Denys, tyran de Syracuse qui craignait pour sa tête, préférait se faire brûler la barbe par ses filles à l’aide de coquilles de noix rougies au feu.

Les femmes avaient aussi parfois recours aux offices du tonsor, mais seulement pour les coiffures compliquées. C'est ainsi qu’une affranchie de Claude, dont Néron était épris, la Grecque Acté, se faisait coiffer par un tonsor ; l’esclave de sa chambre raconte SÉNÈQUE dans le « de Constantia sap. XIV » refusait d’intro-

duire Serennus dans l’appartement où le coiffeur occupé à friser Acté bousculait l’intrus qui le génait dans son travail. D’une manière générale, elles avaient recours à leurs esclaves. D'après TiBurze, il fallait trois esclaves, sans compter celles qui n’avaient qu’à donner des conseils, pour coiffer une grande dame romaine l’une étageait les boucles, l’autre plaçait les nœuds dans les cheveux, la troisième répandait des parfums. Nos élégantes modernes n’ont rien innové en adoptant la mode des cheveux coupés. Comme le fait remarquer le Docteur P. Noury (Chronique Médicale, 17 juillet 1926, page 214), Néron qui, ainsi que le rapporte SUÉTONE, avait eu la fantaisie de faire couper les

cheveux à toutes ses concubines « concubinosque, quas

secum educeret tondendi ad virilem modum » doit être considéré comme le père de cette mode.

Il est vraisemblable de penser qu’au début, le tonsor ait été comme le barbier égyptien, un barbier ambulant opérant en plein air, mais devenu rapidement un prsonnage important, c’est dans sa boutique (tonstrina) qu'il donnait les soins à la barbe (barbatoria) et exerçait sa profession, boutique aussi élégante que nos modernes salons de coiffure, avec de vastes miroirs et profusion d'instruments de toute sorte, d’onguents et de parfums, très fréquentés par les clients, mais aussi par les gens simplement avides de nouvelles. Comme le disent Darensere et SAGLio « quelques hommes riches ont pu tenir à se faire accommoder chez eux par leurs esclaves. Mais la plupart des gens, et les Romaines les imitèrent, fréquentaient les salons de coif-

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fure qui rendaient les mêmes services que les cafés d'aujourd'hui. Ils partageaient, avec les officines des” âpothicaires, l'honneur de tenir lieu de salons de conversation où on allait recueillir les derniers potins ».

D’après Horace (Sat. 1, 7, 8) une res nola lippis et tonsoribus est ce que tout le monde sait, qui court les rues, entendant par lippis les chassieux, c’est-à-dire ceux qui vivent dans les drogues. C’est dire que les coiffeurs bavards ne sont pas nés d'hier et encore moins d’aujourd’hui. |

Chez les Francs, le barbier faisait office de coiffeur puisqu'il accommodait et taillait les cheveux, mais le coiffeur ne parut réellement chez nous que dans ‘les premières années du xvrr° siècle.

Une pièce de 1302 fait mention de la communauté des chirurgiens barbiers, organisée, toutefois, qu’en 1371, date à la quelle Charles V approuva ses statuts. Au commencement du xvi° siècle, alors que l'usage des perruques s'était très répandu, une foule de gens qui n'étaient pas chirurgiens s'étaient mis à confectionner des perruques, même à couper les cheveux, pour leur permettre de bien placer les perruques sur les têtes, et aussi à raser. Grand émoi alors dans la communauté des barbiers chirurgiens qui se plaignit au Parlement de l’usurpation de ses privilèges par ces nouveaux artisans, Ceux-ci eurent gain de cause devant le Parlement et en 1643 formaient à côté de la communauté des barbiers chirurgiens, la corporation des barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvistes dont l’édit de 1649 reconnut l'établissement. Mais déjà depuis

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