‹ Hygiène des sédentairesChapitre 22 sur 56 · V. — De l’Exercice · texte numérisé non relu

V. — De l’Exercice

J’accorde ici au mol exercice son sens le plus général : c’est la mise en action cle divers organes dans le but seul de les fortifier. Il ne s’agit donc pas uniquement des muscles, mais de toùs les organes sur lesquels la volonté peut agir, directement ou indirectement. Ainsi j’examinerai successivement :

1° l’exercice de l’appareil digestif ;

respiratoire ;

circulaire ;

de la nutrition ;

de protection ;

moteur ;

reproducteur.

Exercice de Vappareil digestif

1° De la faim.

Il ne faut pas entendre sous ce nom, la sensation de vague défaillance qu’éprouvent un grand nombre de personnes lorsqu’elles n’ont pas mangé depuis un certain temps, mais seulement la sensation franche que donne l’estomac

à peu près vide et fortement amorcé pour une digestion future. Nous pouvons Ja conserver, la fortifier même, par l’exercice modéré et très soutenu et les applications froides; par l’alternance d’une alimentation légèrement excitante et d’une alimentation douce (avec prédominance de celle-ci sur celle-là), d’une alimentation pauvre et d’une alimentation riche, et par la régularité des repas . Comme toutes les autres sensations, la faim sera d’autant plus vive et d’autant plus durable qu’elle sera soumise à un rythme plus régulier ; et l’une des réformes les plus urgentes que doivent solliciter les employés, les hommes d’administration et de police, c’est la possibilité de manger aux mêmes heures.

Il est loisible même de modifier la qualité de cette sensation. Ainsi, par l’exercice matinal en lieu frais, les boissons légères, qui creusent un peu, et les applications froides, on arrive à nalurer cette faim de graisse qui nous abandonne en France, et dont j’ai fait, ailleurs, un des facteurs les plus importants de notre réviscération.

2° De la soif.

La soif est beaucoup plus difficile à éduquer que la faim ; il est bon néanmoins de s’habituer à ne pas trop la satisfaire, et c’est la seule règle générale qu’on puisse poser en face des différences individuelles.

Comme la faim, elle est modifiable qualitativement. Ainsi, l’individu qui trouve l’eau fade par suite de l’usage régulier de boissons alcooliques peut saisir à la longue le bon goût de notre boisson naturelle, le rechercher même, et c’est là un des plus grands biens qui puissent lui arriver.

DE I.’eXERCÏCE

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3° Mastication et déglutition.

Ces deux actes étant sous la dépendance de la volonté, on ne voit pas pourquoi ils ne seraient pas astreints à certaines règles, comme les plus vulgaires des actes mécaniques.

On fera une distinction entre mâcher et pulper. On mâche seulement les aliments durs ; les incisives ne sauraient remplacer les molaires ; elles s’usent très vite, du reste, à cette besogne. On pulpe le résultat de cette première trituration ou ce qui est naturellement tendre, par la pression de la langue sur le palais et les dents.

Peu de gens accordent à la mastication le temps nécessaire : on dit pourtant justement que les morceaux bien mâchés sont à moitié digérés. Moins encore mâchent à fond, c’est-à-dire rapprochent complètement et fortement les dents : c’est cependant la seule façon de bien mâcher en même temps que de fortifier les dents. Personne, parmi les gens distingués, n’ose plus user des fortes bouchées que les natures grossières recherchent : il n’est pourtant pas d’autre moyen d’exercer les muscles qui commandent le mouvement de fermeture de la mâchoire, c’est-à-dire le crotaphyte et quelques fibres du masséter; c’est aussi un artifice excellent pour accroître la circulation du sang et la sécrétion salivaire. Le pulpage est à peu près inconnu de tous ceux qui ont de bonnes dents : à priori , cependant, il doit suivre aussi naturellement la mastication, qu’une trituration fine suit une trituration grossière dans une foule d’opérations individuelles. D’ailleurs, il retient dans la bouche et insalive très complètement des aliments qu’une déglutition hâtive por-

lerait aussitôt dans l'estomac. Quand il se combine à des mouvements de succion, il devient très favorable à la digestion des liquides eux-mêmes. Ainsi s’expliquent les succès d’un empirique, le capitaine Maury, quand il dit : « Mâchez tout : mâchez le lait, mâchez l’eau, et mâchez longtemps. »

J’avoue cependant que chez l’homme sain, une manducation trop lente est plus nuisible qu’utile à la digestion : l’estomac s’apparesse insensiblement au point de ne plus avoir aucune activité. A tout prendre, une manducation rapide est préférable : l’estomac s’habitue à agir vite et énergiquement. Mais ni l’une ni l’autre ne sont exclusivement recommandables, et la vérité se trouve entre les deux : trente à trente-cinq minutes de mastication suffisent pour un repas ordinaire.

La déglutition n’est qu’en partie volontaire ; dès que le bol alimentaire a pénétré assez profondément dans l’arrière-bouche, rien ne peut arrêter sa progression. 11 ne faut donc pas laisser aller jusque-là les aliments incomplètement mâchés. On les retient sous le palais et surtout dans les joues, aussi peu esthétique que cela paraisse ; et si, malgré nos efforts, une partie gagne l’arrière-gorge, on la ramène en avant par un jeu de piston de la base de la langue.

4° Digestion gastro-intestinale. — Défécation.

Quand le corps tout entier est malade, on n’écoute trop souvent que l’organe qui se plaint le plus. C’est le cas, en ce moment, de l’estomac : il est à la limite de l’innervation volontaire ; il reçoit le premier choc de nos

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intempérances cl le second de nos émotions. Pour le soulager, il est trois moyens infaillibles :

1° Ne pas le condamner toujours au même effort par des repas presque égaux : pour ce motif j’ai indiqué dans les régimes, des grands et des petits repas, des repas de réduction et des repas de réplétion ;

2° Lui accorder tout le repos nécessaire par l’espacement des repas : manger peu et souvent peut être utile à quelques malades, mais c’est le moyen le plus sûr d’épuiser les gens Jjien portants;

3° Dévier de son côté toute l’énergie possible, au moment de son fonctionnement : la digestion est un travail comme un autre ; pour qu’elle s’exécute bien il ne faut ni dormir, ni trop s’exercer. Ce n’est qu’au moment où elle commence à décliner, que l’on doit activer la circulation et la rénovation intime : le repos (sans sommeil) commence la digestion, et V exercice la finit (Dr Lagrange).

U intestin continue l’estomac et bénéficie de tout ce qui lui a été favorable ; à son extrémité il retombe sous l’empire de la volonté et redevient, par conséquent, accessible à l’éducation. Il faut à l’homme de bureau une selle par jour, le matin au lever de préférence; dans le cas où le besoin ne s’en ferait pas sentir, il lui sera facile de le provoquer par quelques instants d’attention et d’effort. La position accroupie est préférable à la position assise pour tous ceux qui ont de bonnes artères, le siège bas au siège haut pour tous les autres. Néanmoins, il ne faut pas exagérer les efforts : rien ne me semble plus favorable au déplacement des viscères digestifs, ou à leur distension locale ; les ptoses et ectasies partielles de

l’cstomac pourraient bien avoir cette origine, dans bien des cas.

On sait que la constipation est la règle chez les sédentaires et d’une manière plus générale chez les immanuels, mais ce n’est pas précisément par l’ingestion d’aliments volumineux, laissant un résidu abondant, qu’on doit la combattre : on ne réussit ainsi le plus souvent qu’à rompre l’élasticité des viscères. Chez l’homme, les aliments ne sont que pour 1/8 ou 1/10 dans la constitution des excréments; tout le reste est fourni par l’excrétion gastro-intestinale. C’est donc celle-ci qu’il faut exalter, par les aliments gras, les légumes verts et les fruits, les premiers agissant sur le foie, et les autres sur toutes les glandes indifféremment. On doit aussi activer la progression du bol intestinal par le massage, les compresses froides et surtout par Y exercice. Si jamais l’aphorisme des,hydriâtres « l’eau froide au dehors et l’eau froide au dedans » a été applicable, c’est bien ici : à l’extérieur elle contribue au calibrage réflexe des viscères; à l’intérieur elle chemine vite, dilue le bol alimentaire et exalte les sécrétions.

Très chaude elle aurait un effet inverse, par une absorption rapide et une exagération de la sueur ; je ne connais pas de cause plus efficiente de constipation que la tasse d’infusion sucrée et bouillante, que certaines personnes prennent après le souper pu avant de se coucher.

Le moment de l’eau fraîche variera suivant les individus. Les faibles en prendront seulement au repas; les autres, en plus le matin après la toilette : une petite quantité seulement, par gorgées bien insalivées.

'* Je n’ai jamais obtenu, du massage du ventre, les résultats brillants dont on parle ; et je le crois plutôt capable

ne i.’exekcice

d’une réduction de volume et d’une modification avantageuse de forme. Je le pratique couché et debout, plutôt couché que debout.

Le matin au dernier réveil, et lorsque l’on a exécuté les mouvements de pandiculation dont je parlerai plus loin, on s’étend de tout son long et l’on fait : 1° des pressions circonférencielles, de droite à gauche, avec les mains à plat, en insistant dans la région des flancs ; 2° des pressions longitudinales, de haut en bas, d’abord sur la ligne médiane, puis sur les côtés. On redresse ensuite les jambes, genoux pliés, on détend la paroi du ventre, et l’on recommence des pressions plus douces mais plus profondes : on peut y ajouter un léger pétrissage, pouce dégagé ou poing fermé. En dernier lieu, on frictionne vigoureusement la région des côtes mobiles et les muscles du sein contractés à fond, en insistant sur le côté gauche, pour réduire le volume du cœur et en stimuler les contractions.

Ainsi que l’a remarqué Bilz, la région des hypocondres et côtes mobiles bordant le creux de l’estomac, est le plus souvent bombées, et ce bombement paraît tenir à une position trop antérieure de l’estomac et du foie. Pour l’aplatir, il faut exercer des pressions fortes de dedans en dehors et d’avant en arrière, comme si l’on voulait refouler vers la partie basse des côtes mobiles, les organes placés au centre.

Debout, après la toilette et lorsque l’eau de l’ablution matinale finit de s’évaporer, on contracte à fond le basventre, et l’on procède à des frictions circonférencielles allant jusqu’au haut des cuisses. Ce massage a moins pour but de supprimer un instant la chute de l’intestin, que de fortilier la musculature, toujours trop faible, du bas-abdomen.

Exercice de l’appareil respiratoire

Tout le monde sait que le nez est fait pour le passage exclusif de l’air, et néanmoins beaucoup de personnes respirent par la bouche, sans y être absolument obligées. Ce mode respiratoire atrophie les os de la face chez l’individu jeune, et expose l’adulte aux affections pulmonaires, tout en supprimant, dans les deux cas, l’un des principaux réflexes respiratoires. C’est plus qu’il n’en faut pour s’efforcer de respirer par le nez, même dans les moments d’essoufflement.

Suivant Tissié, Demeny et bien d’autres, nous sommes libres de modifier rapidement et avantageusement notre type respiratoire; il suffit de pratiquer tous les jours, pendant quelques instants, des inspirations profondes et rares. J’ai essayé maintes fois cette méthode et ne m’en suis pas bien trouvé ; à force de grandes inspirations, j’ai même senti venir la défaillance cérébrale que l’athlète Mac Faden et le Dr F. Régnault avaient déjà signalée.

En tout cas, on ne saurait subordonner la respiration intime, celle des tissus, à la respiration extérieure : celle-ci est l’instrument de celle-là; et c’est seulement lorsque le poumon est lésé ou le cœur gêné, qu’on gagne à exalter avec une certaine méthode et dans un certain sens, les mouvements du thorax (L)r Rosenthal).

Chez l’individu sain, l’exercice est le moyen le plus naturel et le plus sûr d’activer la respiration, la course principalement. Néanmoins, je ne vois pas d’inconvénient à ce que, de temps à autre, on vide le poumon de l’air résidual qu’il contient en permanence, et j’indique, à

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propos des exercices de demi-athlétisme, les mouvements qui permettent d’y arriver. Ces mouvements agissent surtout sur les sommets du poumon, que Peters appelait des lobes de renfort, et que l’on pourrait appeler, tout aussi bien, des lieux de moindre résistance, tellement ils sont accessibles aux germes de pneumonie et de tuberculose.

Jusqu’ici, les essais de gymnastique respiratoire ont eu uniquement pour but d’activer l’oxygénation du sang (hématose) ; les Hindous seuls ont songé à l’amoindrir passagèrement : ils bouchent d’abord une narine, puis les deux et aussi longtemps que possible (Chevillon). C’est une façon de résister au manque d’air et peut-être aussi d’augmenter la quantité de sang veineux ; mais ce n’est pas là le principal avantage de ces exercices asphyxiques : expirez longuement, en comptant de préférence, ou retenez simplement la respiration aussi longtemps que vous le pourrez, et vous serez porté, immédiatement après, à faire une inspiration très profonde.

La parole est une arme à deux tranchants : modérément, elle fortifie les organes respiratoires, ainsi qu’on l’observe chez des sourds-muets auxquels on apprend à articuler quelques mots; immodérément, elle est une cause d’épuisement dont les Français, hormis les habitants d’extrême-Nord, ne se rendent aucun compte. J’ai connu beaucoup de personnes qui devaient à leurs bavardages incessants, particulièrement au bavardage à table, l’état précaire de leur santé ; mais je n’ai jamais pu persuader à aucune d’elles que cinq années de silence, à la façon des disciples de Platon, feraient plus pour leur rétablissement que toutes les drogues pharmaceutiques.

D’ailleurs, au point de vue intellectuel, la prédominance de l’expression sur la réflexion est une cause de savoir superficiel et de tromperie dont notre race aurait grand avantage à se débarrasser.

Je ne crois pas que l’exercice de la voix ait sur les organes pulmonaires l’influence protectrice dont on parle, à moins que le peu d’emphysème qu’elle entraîne forcément ne soit défavorable à l’évolution de la tuberculose. Ce n’est pas tout au moins un moyen de développement à la portée de tous ou recherché de tous, et je lui préfère les lectures à haute voix ou les commandements à grande distance, à la façon des militaires.

Exercice de l’appareil circulatoire

Le cœur n’a pas, dans la poitrine, la fixité qu’on lui avait supposée : il se meut en tous sens, suivant le degré d’élasticité des ligaments qui le suspendent et de la poche qui le contient. 11 faut se garder de rompre cette élasticité en se maintenant trop longtemps dans la même attitude, ou en se livrant à des sports violents, en position défectueuse. Ainsi, pendant le repos prolongé de la nuit, le décubitus complémentaire est indispensable pour corriger la déviation intense du cœur causée par le décubitus principal. Dans l’exercitation quotidienne, on évitera les flexions et renversements excessifs du corps, comme on 6n voit par exemple dans la gymnastique suédoise; l’élévation trop brusque ou trop longtemps soutenue des bras, comme on le pratique dans toutes les méthodes d’éducation physique; à plus forte raison les mouvements

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critiques de la lutte, contint; les ponteinents prolongés ; et l’on fera suivre autant que possible deux exercices ayant sur le muscle creux (Bichat), comme sur les muscles pleins, des effets absolument opposés.

Je décrirai dans un autre livre, à propos de 1’ « Idéal \ physique », la meilleure forme du cœur : elle est plutôt longue que courte et plutôt cylindrique que conique ; les cavités doivent être petites et les parois épaisses, sans excès néanmoins, avec une consistance rappelant celle du caoutchouc.

Tous les exercices qui s’accompagnent d’effort violent ou d’expansion exagérée de la poitrine, tels que la levée d’haltères lourds, les exercices aux agrès et la course d’extrême vitesse (de 100 à 400 mètres), tendent à grossir le cœur et à le rendre plus conique, par dilatation des cavités, particulièrement des oreillettes et du ventricule droit ; les exercices modérés et prolongés, comme la marche et la course soutenue, produisent des effets opposés. Une modification de rythme accompagne généralement le changement de forme : les battements deviennent d’autant plus prolongés, d’autant moins bondissants, si l’on veut, que le cœur s’allonge et se cylindrise davantage.

Quant au système artériel, veineux et capillaire périphérique, il suffit d’avoir vu la peau d’un cheval de sang pour comprendre ce que peuvent sur lui l’alimentation et l’exercice. Certes, nous ne pourrions obtenir un résultat aussi éclatant dans notre espèce ; le pourrions-nous qu’il ne le faudrait pas : il créerait un type trop différencié ; et nous devons nous contenter d’enrichir dans une certaine mesure ce cœur périphérique, par le concours

d’une alimentation riche, de la viande surtout (c’est notre avoine), et des exercices de vitesse, de la course principalement.

Exercice de la nutrition

Je vois d’ici la surprise, à l’annonce de ce paragraphe : « toucher à la nutrition, mais c’est aussi impossible que de changer les lois de l’attraction universelle ! » Directement oui, indirectement non.

1° J1 est possible, d’abord, de favoriser l’entrée et la sortie des liquides, par suite, d’activer le courant d'eau dans lequel nous vivons. Que d’individus, petits buveurs, s’efforcent spontanément, sous notre climat, d’augmenter la quantité de boisson ; ils sentent que le lavage est insuffisant : leurs urines sont rares et colorées, le teint mat, la sueur presque nulle. Malheureusement ces asthéniques ne peuvent guère boire qu’au moment du repas, et le liquide introduit en excès apporte une gêne inévitable aux fonctions de l’estomac. D’ailleurs, l’absorption ne saurait livrer que ce que les tissus demandent ; et cette méthode, malgré les résultats qu’elle donne, ne vaut pas les exercices qui augmentent le débit aqueux de l’organisme, c’est-à-dire l’urination et la sudation.

Le rein sécrète d’autant plus d’urine qu’il est traversé par une plus grande quantité de sang, et que la pression dans les vaisseaux afférents domine davantage la pression dans les vaisseaux efférents. De toutes les façons d’accélérer le cours du sang, la marche est la plus simple et la plus naturelle ; do tous les moyens d’augmenter la près-

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sion do ce liquide, les applications froides sont les plus efficaces. Ainsi, par une heureuse coïncidence, deux pratiques hygiéniques habituelles deviennent des causes très actives de spoliation aqueuse.

Mais nous devons surtout intervenir du côté de la peau : le rein ne fonctionne que sous pression et ne soustrait au sang qu’une certaine quantité d’eau ; les glandes sudorales, au contraire, sont favorisées par la détente des vaisseaux, et elles sont capables d’enlever aux tissus jusqu’à leur eau de constitution. Et, de fait, une sudation même légère augmente la soif et exalte étonnamment l’absorption dans l’estomac; et son action dépoisoniîante, dont je parlerai bientôt, tient autant à cette condition qu’à l’élimination directe des poisons. Ce qui m’étonne, par contre, c’est que la capacité digestive augmente dans les mêmes proportions. On peut croire que, parmi les toxines éliminées, quelques-unes étaient modératrices des échanges nutritifs; et c’est probablement pour cette raison que presque tous les grands sueurs sont de gros mangeurs.

De tous les exercices de sudation, le plus important est la course, soit en flexion, soit ordinaire, soit en extension ; puis la leçon de boxe anglaise : la contraction des muscles des bras, des épaules et du tronc active surtout la sueur des aisselles et du dos, la plus riche de toutes; l’intervention très vive de la volonté et les mouvements en vitesse, semblent exalter les oxydations dans tout l’appareil neuro-musculaire. Les individus à la fois vigoureux et jeunes peuvent intercaler aux leçons de boxe, des assauts démonstratifs de lutte, en s’en tenant aux prises qui n’apportent aucune gêne aux principales fonction0

En deuxième lieu, nous pouvons modifier lu formation et la mise en réserve de graisse (adipogénèse) ou de chair (myogénèse).

2° On sait que la formation et la mise en réserve de graisse ont pour condition première le repos au sein de V abondance, suivant la belle formule de Baudement. On sait aussi que, chez l’homme comme chez les bêtes, la ration la plus engraissante est composée de farineux, de sucre et d'eau, comme l’avait deviné, il y a déjà longtemps, Brillat-Savarin. Cette ration agit de trois façons : en diminuant la résistance des tissus, en économisant les réserves déjà existantes et en fournissant les éléments de nouvelles réserves.

La viande donnant surtout du sang et de la chair, il parait singulier de voir les obèses les plus monstrueux chez les peuples les plus carnivores. C’est que si cet aliment n’engendre, directement, qu’une petite quantité de graisse, il permet d’en supporter de grandes quantités : la vigueur est grande et les tissus, particulièrement le cœur, résistent longtemps à l’infiltration. Du reste, il suffit de comparer l’homme gras carnivore à l’homme gras végétarien, pour s’assurer que chez le premier la graisse est très abondante sous la peau et entœ les muscles, tandis que chez le second la panne et le suif dominent : l’un conserve jusqu’à un âge avancé l’apparence athlétique, tandis que l’autre présente des signes d’avalement (joues et ventre tombants, cou et reins creux, etc.) dès la fin de la maturité.

Toutes choses égales d’ailleurs, l’exercice modifie la nature et la situation des réserves de graisse. Ainsi les mouvements rapides allègent seulement l’extrémité des

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membres, tandis que de longs elîorls statiques les amaigrissent dans toute leur étendue : les bras des terrassiers ne sont déjà pas gros à côté de ceux des garçons bouchers, mais ceux des tourneurs de treuil (champignonnistes, carriers, etc.) paraissent absolument squelettiques.

En dehors de ces cas très particuliers, les gens bien nourris portent trop de graisse dans leurs bras et dans leurs jambes, et pas assez dans leurs dos et dans leurs reins : or, c’est ici qu’elle coû te le moins à déplacer et qu’elle gêne le moins le mouvement ; c’est ici qu’elle protège le plus contre le refroidissement et qu’elle acquiert sa plus grande valeur nutritive.

3° La mise en réserve de chair est souvent difficile à séparer de celle de la graisse. A côté des muscles purement moteurs, formés surtout de fibres et d’aponévroses, il est, en effet, des muscles-réserve contenant beaucoup de plasma (fessiers), beaucoup de granulations fibrillaires (abducteurs de la cuisse) et beaucoup de graisse intercalaire (spinaux) ; les aliments végétaux qui donnent surtout la réserve grasse musculaire, comme les légumineuses (lentilles, haricots et fèves), semblent confondre leur action avec celle de la viande qui, elle, augmente surtout la fibre. Néanmoins le muscle est plus noir et plus sec, et la graisse fibrillaire moindre, avec celle-ci qu’avec celles-là.

Et de même pour les influences extérieures. 11 est certain qu’à exercice égal un bras exposé à l’air devient plus gros qu’un bras couvert : j’ai entendu parler d’un athlète qui avait fait à ce sujet une expérience décisive. Mais il est impossible de préciser la part relative do la graisse et de la chair dans cette hypertrophie.

L’influence de l’exercice est plus nette. Toute contraction statique prolongée durcit la fibre et développe étonnamment le système connectif ; toute contraction intermittente et à fond produit des effets absolument contraires. Le système Sandow, dont je parlerai longuement dans la suite, a permis d’obtenir un volume musculaire inconnu jusqu’à ce jour :

1° En rendant volontaires les muscles sub-volontaires ;

2° En augmentant la dépendance et par conséquent la nourriture artificielle ( trophisme de contraction) de tous les autres muscles ;

3° En développant, dans la plupart des muscles, les fibres les plus longues et les plus courtes, c’est-à-dire celles qui n’agissent qu’aux moments critiques de la flexion et de l’extension ; et cela, par des oppositions et des battements dont je dévoilerai plus tard tout le secret.

Il est cependant une catégorie de muscles tout à fait rebelles à cette méthode d’engraissement : ce sont les peauciers ou les muscles en mode de peaucier du cou et de la face. Ils reflètent les joies ou les tristesses de l’estomac, aussi bien que les joies ou les tristesses du cœur ;

et les hommes nerveux ou méditatifs, faibles dans leur

vie végétative ou névrosés, ont beau développer leurs muscles, ils conservent quand même une figure qui ne leur fait pas honneur, suivant l’expression populaire. Il semble même que l’intervention trop fréquente et trop intense de la, volonté épuise l’innervation purement réflexe, et que la figure perde plus qu’elle ne gagne aux méthodes habituelles d’entraînement.

4° On devine que, de tous les actes nutritifs, la production de chaleur ( thermogénèse ) est la plus accessible à

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notre intervention : elle est grandement influencée par le milieu, l’alimentation et l’exercice.

L’air agit par sa pureté et par sa température : j’ai observé depuis longtemps que le fait seul de coucher les croisées ouvertes augmente notablement la calorification de nuit. L’eau a un pouvoir conducteur très supérieur à l’air, même saturé, et l’ablution, sous toutes ses formes, constitue le moyen le plus efficace d’activer la thermogénèse : je m’en expliquerai à propos du claquement

froid.

Les aliments n’interviennent pas seulement directement, en apportant du combustible, mais indirectement par le travail de digestion, d’assimilation et d’incorporation qu’ils exigent. On ne se figure généralement pas l’importance de cette source de chaleur ; les graisses, par exemple, peuvent fournir ainsi le tiers au moins de la chaleur nécessaire à l’équilibre physiologique de température ; et cette condition, tout autant que leur puissance calorifique directe, en fait l’alimentation par excellence des pays d’Extrême-Nord, où l’homme doit se défendre contre lejroid, plutôt par sa chaleur de nutrition, que par sa chaleur d 'activité.

Quant à Y exercice, son influence est connue de tous. Je rappellerai seulement ici que son action directe est très éphémère, et qu’il agit surtout en augmentant la vigueur générale. 11 ne saurait donc nous dispenser, en aucune manière, ou d’une certaine rusticité, ou d’une grande défense artificielle : celui qui ne supporte bien le froid que par V exercice, est un frileux.

5° Enfin l’homme peut assurer artificiellement la fonction anti toxique, que j’appellerai plus simplement le

dépoisonnemenl ; c’est là un des côtés les plus intéressants et les plus nouveaux de l’hygiène.

A l’état normal, l’organisme est constamment menacé par deux sources de poisons : le tube digestif et la nutrition (Bouchard). On admet assez généralement que la première source est plus dangereuse que la seconde ; mais l’opinion contraire me semble plus soutenable : Laulanié lui-même reconnaît que la moindre déchéance confère aux matières albuminoïdes du corps une grande toxicité. Peu importe, du reste la défense doit viser indifféremment l’une et l’autre source.

1° Du côté de l’intestin on peut agir de deux façons : en limitant la formation de toxines et en favorisant l’élimination de celles qui prennent naissance inévitablement.

On limite la formation de toxines par l’alternance, à quelques jours d’intervalle, de repas blancs, composés surtout de lait, de riz, de poisson, d’œufs mollets, à la rigueur de viandes blanches et de fruits, et de repas rouges, comprenant principalement de la viande de mouton ou de bœuf. De temps à autre, on peut avoir recours à des aliments suffisamment acides pour tuer une grande partie des germes de l’intestin, tels que les salades ou vinaigrettes, à la rigueur le petit lait (Metchnikofî).

L’élimination des poisons est favorisée par tout ce qui hâte la marche des fèces : exercice, applications froides, régularité des évacuations. Quand ces derniers moyens ne réussissent pas, on est obligé d’avoir recours aux purgatifs. Deux cl trois fois l’année et même plus, par les temps humides el frais de préférence, l’on prend de 30 à f.O grammes de sulfate de soude ou de sulfate de ma-

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gnésie. Le sel est mis la veille dans une eau un peu tiède, jusqu’à dissolution complète, et absorbé le matin de bonne heure. Une soupe aux herbes ou un thé léger permet de réparer les pertes aqueuses occasionnées par la purgation : il est agréable et avantageux de sucer quelques oranges dès le début. En général, la première débâcle ne suffit pas ; il n’est pas rare même qu’elle accentue les signes d’intoxication, et par la marche lente, d’un augel du gros intestin à l’autre, d’excréments en pleine décomposition, et par l’appel de ce côté des matières toxiques contenues dans les tissus. Une deuxième purgation s’impose donc, deux ou trois jours après. Elle pourra être plus légère : 20 à 30 grammes de sel de soude ou de magnésie, et même quelques verres d’eau de Pullna suffiront chez les personnes fragiles.

2° Du côté des tissus le dépoisonnement suppose l’exaltation des oxydations et celle du lavage : les unes dépendent de la richesse spontanée du sang et de l’exercice ; l’autre, de la quantité de liquide ingéré.

C’est ici que la course domine le plus les autres exercices : au moment même où elle a lieu, elle active extraordinairement l’émonction cutanée et pulmonaire ; plus tard, et par l’effet même de sa répétition, elle augmente le nombre et la qualité des globules rouges du sang.

Le lavage dépend avant tout de la quantité de liquide ingéré ; il est d’autant plus efficace qu’il est plus massif, c’est-à-dire que l’eau arrive plus brusquement et plus abondamment aux tissus. Parmi les ouvriers manuels qui font de grandes pertes aqueuses, j’en connais qui digèrent et absorbent assez facilement les liquides pour pratiquer sans danger ce genre de lavage : ils boivent

abondamment et d’un seul trait, la tête baissée sur la nappe liquide, comme les bêtes.

On s’est demandé souvent pourquoi les herbivores résistaient si facilement à l’intoxication, malgré la petitesse relative du foie, du rein et autres organes d’émonction. La raison en est dans le lavage massif dont je viens de parler : un cheval ou un bœuf qui, d’emblée, ingère 20 à 30 litres d’eau et plus, et qui expulse, peu de temps après, la plus grande partie de ce liquide, active singulièrement le courant d’eau qui baigne ses tissus. Les carnassiers, au contraire, ont un lessivage concentré que nous imitons un peu, toutes les fois que nous réduisons outre mesure les boissons, ou que nous buvons par gorgées à d’assez grands intervalles.

Nous avons vu que par une adaptation naturelle très heureuse, les pays où la nutrition fournit les déchets les plus toxiques, et où l’émonction cutanée sommeille les trois quarts de l’année, sont aussi ceux où l’on fabrique les boissons les plus sapides et les plus légères : le cidre et la bière. Ces deux boissons n’ont pas tout à fait la même signification : l’une est presque exclusivement diurétique et l’autre aussi bien sudorifique que diurétique. C’est la boisson du plus grand lavage, quand elle est agréable et digestive, à la façon des bières du Nord, et il est bien regrettable, je l’ai déjà dit, qu’on ne puisse en avoir de semblable dans toute la zone tempérée froide.

Nous avons vu aussi qu’en supprimant complètement leur abreuvement primitif les hommes du Nord et de l’Ouest venus à Paris s’exposaient grandement aux maladies dites « de la nutrition », et qu’il était nécessaire pour eux, ou de reprendre de temps à autre les

de l’exercice 107

boissons fermentées « de lavage », ou d’augmenter la quantité d’eau ingérée, à la façon de beaucoup d’abstèmes.

3° Que les poisons viennent de l’intestin ou qu’ils viennent des tissus, la peau joue un grand rôle dans leur élimination. Dans certaines conditions de climat, de race et d’alimentation, cette émonction domine tellement la scène du dépoisonnement que l’expression « Comment vous portez-vous ? » par laquelle on s’aborde d’ordinaire, est remplacée par cette autre « Comment suez-vous? » Chez les individus ayant ce fond malsain qu’on appelle une diathèse, c’est bien autre chose : parmi les toxines engendrées en si grand nombre, les plus dangereuses se présentent à la peau, et c’est en ouvrant empiriquement cette voie de dépoisonnement, que Priessnitz et Kneipp obtinrent de si retentissants succès. Ils y arrivaient surtout par l’enveloppement humide; la médecine actuelle, en dehors de la médecine naturaliste, a peut-être tort de rejeter ce moyen héroïque de dépoisonnement. Nous, qui nous occupons surtout du dépoisonnement de l’homme sain, nous sommes en droit d’employer d’autres moyens de sudation : il en sera question dans le paragraphe suivant.

Exercice de l’appareil de protection

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