DE LA PEAU
Un organe continuellement en contact avec le milieu naturel, agissant et réagissant sur lui, lui empruntant certains éléments et se défendant contre d’autres, ne
pouvait que souffrir beaucoup du perfectionnement du milieu artificiel : habitation et habillement. Un organe chargé, partiellement, d’éliminer l’excès d’eau, en même temps que les acides gras engendrés dans le gros intestin par les aliments cellulosiques et amylacés, ne pouvait que déchoir par les progrès de l’alimentation carnée, laquelle concentre les plasmas et fournit des résidus presque uniquement tributaires de l’émonction centrale. Un organe ayant pour fonction de nous défendre contre un échauffement excessif, que cet échauffement provienne du milieu ou des tissus (et la défense en ce dernier cas est autrement impérieuse) et aussi de rejeter certains déchets de l’activité musculaire, acides gras ou autres, ne pouvait que tomber en langueur par le développement de l’intelligence, lequel comporte inévitablement l’extension de la sédentarité. Si, par malheur, la nutrition se dévie et devient plus toxique, et si les poisons volatils en particulier augmentent ; si, d’autre part, l’intestin troublé n’envoie plus aux glandes cutanées le principal excitant do leur fonctionnement'; si, enfin et surtout, l’innervation périphérique chancelle, la peau fait plus que défaillir, elle se meurt. C’estce qui arrive, à un certain âge, chez la plupart des hommes de bureau, et c’est pourquoi j’accorderai à ce chapitre un soin tout particulier.
Prenons les fonctions de la peau une à une et par ordre de généralité décroissante.
1° Bains de lumière.
Le pigment accumulé dans les couches profondes de l’épiderme n’a pas uniquement pour but, comme on le
dit souvent, de nous défendre contre les radiations lumineuses, particulièrement contre l’action chimique de ces radiations ; il est aussi en rapport avec la formation du sang et l’activité des échanges respiratoires, et, si nous devons nous protéger contre un certain rayonnement, nous devons nous exposer à un autre. Nous nous protégerons contre un éclairage trop brillant et trop chaud, qui appauvrit le sang, ternit la peau en sa surface et la noircit en sa profondeur ; et nous nous exposerons à la lumière tendre du matin, qui donne un rouge modéré et un lustre très tendre. Malheureusement, tout le monde n’a pas la vigueur nerveuse et le courage de venir, comme les Hindous, jeter l’eau à la face du soleil levant, et nous devons employer certains artifices pour enlever à l’astre déjà haut sur l’horizon un excès d’activité. J’y arrive, pour ma part, de deux façons : le matin vers 7, 8 ou 9 heures, en me plaçant derrière un treillage en bois, qui donne une très douce chaleur et un reflet rouge intense ; l’aprèsmidi, vers 4, 5, 6 heures, en me claquant de temps à autre avec une eau d’une température agréable, à la façon des caïdjids de Constantinople. Sans en arriver au cuivré superbe de ces derniers, on obtient en peu de temps une couleur rouge et un certain duvet. Naturellement, ces bains de lumière ne peuvent être pris que pendant la belle saison : ceux du matin, aux grands jours, ceux du soir, pendant une période beaucoup plus longue. Au point de vue de l’action sanguificatrice, les premiers sont certainement supérieurs aux seconds, et ils doivent les dominer par le nombre et la durée. Sous notre climat, les beaux jours sont assez rares pour qu’il n’y ait pas excès à prendre un bain de soleil matinal toutes les fois que l’occasion
s’en présente; on aura recours seulement de temps à autre, une fois par semaine, par exemple, au bain cuivrant et pilifîant de l’après-midi.
2° Bains d’air.
La défense passive contre le froid suppose ou une toison serrée ou une peau épaisse. Ni l’une ni l’autre ne sont de mise chez l’homme civilisé : les poils mineurs ne sont plus que les canaux excréteurs des glandes sébacées, et les poils majeurs un caractère sexuel secondaire ; la peau s’assouplit et s’amincit, autant que le commandent la vitesse croissante des actes mécaniques et l’épanouissement toujours plus grand de la sensibilité. Cependant, il ne faudrait pas tomber dans un excès. Après avoir fait disparaître une grande partie de la trame conjonctive, on atteindrait sûrement les vaisseaux et les nerfs, les glandes et les réserves de graisse, finalement les poils indispensables à la statique de la peau et à son fonctionnement. Il faudrait se garder de considérer ces derniers seulement comme des rudiments « d’un vêtement ancestral inutile », ainsi que l’a fait si imprudemment Metchnikoff ; on ne doit même pas les juger uniquement d’après la triple fonction statique, sécrétoire et sexuelle que je viens de rappeler; il faut encore tenir compte de Içurs relations avec les autres organes et avec les autres fonctions : un organe peut devenir inutile dans sa jonction propre et conserver toute son importance dans sa jonction générale. C’est là un fait d’une haute importance que les transformistes ont tous méconnu.
D’ailleurs, l’affinement ne doit pas également porter
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sur toute la peau : si les régions protégées, comme la face interne des cuisses et le ventre, peuvent impunément se découvrir, les régions très exposées, comme la face postérieure du cou et du dos., demandent à rester couvertes. Les bains d'air s’imposent donc autant que les bains de lumière, si ce n’est plus.
Bien avant les travaux des médecins naturalistes allemands, Raspail en avait parlé : « le fait seul, disait-il, de rester quelques minutes le corps nu dans sa chambre, procure une certaine énergie ». Mais je ne crois pas qu’on doive, à son exemple, en prendre matin et soir : le matin suffit. Ainsi, l’ablution une fois finie, on mettra le buste à nu ; on se déshabillera même complètement si le temps est chaud, et l’on procédera à quelques exercices très simples pour ne pa§ se refroidir. Par les temps de soleil, le bain d’air se confondra naturellement avec le bain do lumière.
3° Exercices de sudation.
Je ne séparerai pas la sécrétion grasse dite sébacée, de la sécrétion sudorale : les causes d’affaiblissement ou de fortification agissent aussi bien sur l’une que sur l’autre.
Les glandes sudorales ont pour fonction principale d’éliminer les déchets gras, volatils ou fixes, venus de l’intestin ou des tissus, en même temps que des toxines de nature et d’origine inconnues ; et c’est ce qui explique qu’elles soient encore belles chez les animaux ne suant pas, apparemment, comme le chien et le porc (Laulanié).
En deuxième lieu, elles sont chargées d’expulser l’eau en excès, dans certaines conditions d’espèce, d’individu
et de milieu, nulummenl lorsque l’état hygrométrique et l’état électrique de l’air rendent l’éinonetiun urinaire dillieile ; et ainsi disparaît le paradoxe de l’abondance de la sueur dans un air saturé, c’est-à-dire dans le cas précisément où son évaporation est impossible, comme dans les régions humides de la zone tropicale.
En troisième lieu, les glandes sudorales défendent contre réchauffement l’organisme qui n’a pas de moyens de régulation plus efficaces ; et cette circonstance nous donne la raison de leur splendide développement chez le cheval, dépourvu de mufle comme de ventilation buccale. -
Enfin, la sueur intervient lors d’un travail énergique des muscles et des viscères, et pour enlever la chaleur en excès, et pour éliminer certains déchets, les acides gras en particulier. Elle devient en ce moment très odorante, très salée et très toxique ; celle qui suinte autour des oreilles du cheval de sang en mouvement est tellement piquante, que les palefreniers s’en servent pour l’antisepsie des plaies.
Si la sudation occasionnée par le travail se répète quotidiennement, fréquemment en tout cas, l’amaigrissement est inévitable. Il commence pgr la peau et les tissus sousjacents : en ces temps de bonne chère, on voit des ouvriers de grands travaux légèrement bedonnants, mais on ne leur trouve jamais la couverture moelleuse des bourgeois bien portants ; lorsque, malgré tous les artifices de l’entraînement, un cheval de sang reste gros de chairs et légèrement empâté, on le soumet à des courses de sudation, dont une vieille expérience a appris l’action fondante rapide et infaillible.
DE L’EXERCICE
Ainsi, en dehors de lu sudation banale de régulation thermique et de spoliation aqueuse que provoque spontanément la chaleur du milieu, l’homme de bureau devra avoir recours à une sudation artificielle, une sudation d'exercice peut-on dire, dans le but d’activer la destruction de certains principes et l’élimination de certains autres. Il évitera ainsi à la fois la mise en réserve excessive d’éléments normaux, l’accumulation des poisons résultant d’une activité saine, à plus forte raison la déviation de la nutrition intime et l’obésité, le rhumatisme, la goutte et la gravelle qui en sont la conséquence obligée.
Cette nécessité, pour l’homme des pays froids, d’activer les foyers et de se dépoisonner de temps à autre, a été toujours admise implicitement par les gens du peuple. Un vieil ouvrier champignonniste, à qui je demandais naguère comment il avait évité le rhumatisme pendant ses trente-cinq années de travail souterrain, me déclarait avoir obtenu ce résultat par des sudations régulières: « J’y arrivais d’abord, me dit-il, en poussant la brouette; plus tard, étant déjà vieux, par le vin chaud sucré et la couverture » à la façon des paysans, dont un régime pauvre à dominante végétarienne augmente considérablement la sueur, tandis que leur travail au milieu des intempéries est très capable de l’arrêter.
Plus saisissant encore est l’exemple de cet ouvrier de plaine du Nord, devenu cantonnier à partir de la quarantaine. Il travaille beaucoup moins et se porte moins bien. C’est que jadis il avait la sudation abondante et forte de la moisson. « Dès que je commençais à sappcr, me dit-il, je suais tellement que j’étais obligé de changer
de linge deux ou trois fois par jour, et ma sueur exhalait à ce moment une odeur très désagréable. Je suais de moins en moins à mesure du grand soleil, du grand air et du grand travail, et ma sueur prenait une odeur de musc que vous chercheriez vainement chez des hommes vivant dans d’autres conditions. »
Peu d’immanuels ont une vigueur, une volonté et une situation leur permettant d’imiter le moissonneur picard ; et le problème des exercices sudoraux se pose, plus impérieux que jamais.
Le commandant de Raoul pensait l’avoir résolu. Il faisait courir ses obèses et ses neurasthéniques le corps penché et les jambes traînantes, de façon à obtenir le maximum de sueur avec le minimum d'effort. Il est mort à la peine ; mais le Dr Régnault, son collaborateur de la première heure et son successeur, se félicite toujours des résultats obtenus.
Je reproche cependant à la course en flexion sa monotonie et sa longueur, sa calorification énorme et ses sueurs profuses, son action déformante des membres, que de Raoul avait déjà remarquée, et son action réductive de la poitrine et du cœur. Elle peut avoir de grands avantages pour les individus qui ne peuvent ou qui ne veulent faire d’autre exercice; mais, pour les autres, elle ne vaut certainement pas la combinaison de la course en extension et des exercices de demi-athlétisme que je décrirai dans la suite.
La course ordinaire, et à plus forte raison la coursé en extension, ont l’inconvénient, tout autant que la course en flexion, d’exalter surtout la sueur des jambes et des pieds; mais elles développent tellement la sangle abdomi-
DE L’EXERCICE
nale ; elles donnent une si grande ampleur à la respiration et à la circulation ; elles enrichissent si bien le sang, qu’elles doivent être considérées chez l’individu intoxiqué tout autant que chez l’individu sain, comme dos exercices hors comparaison. Pour en retirer de grands bénéfices et surtout pour n’en tirer que des bénéfices, on doit les pratiquer dans certaines conditions d’heure, de durée et de vitesse.
Les individus vigoureux seuls pourront courir le matin sans risque de s’épuiser ou de trop s’amaigrir, les plus forts de très bonne heure, les autres vers 9 ou 10 heures, c’est-à-dire à un moment où la digestion du déjeuner est à peu près terminée, et où la reprise de l’activité organique s’affirme. Les moyens et les faibles courront le soir, vers 4 ou 5 heures : c’est le moment de la plus grande indépendance digestive et de la plus grande activité vitale.
On ne courra pas comme des fous, qu’on me passe l’expression, à la façon de ceux qu’on voit tous les jours se réduire à l’état squelettique, bien au contraire : on se mettra progressivement en haleine, pour éviter l’essoufflement et même simplement le tumulte du cœur ; et l’on ne poussera jamais l’exercice jusqu’à la fatigue. Ainsi, un individu d’âge et de complexion moyenne fera successivement :
1° 400 à 500 mètres à petite vitesse ;
2° 100 ou 200 mètres au pas, pour bien se remettre du premier effort ;
3° 100 mètres en bonne vitesse et en extension complète ;
4° 200 mètres au pas ; puis il reprendra cette série en accélérant le mouvement : rarement il aura besoin d’une
deuxième reprise, pour en arrivera une sudation intense.
Rentré chez lui, l’individu procédera à un claquement froid, pour enlever la chaleur en excès, prévenir toute courbature et fortifier l’appareil sudoral. Deux courses par semaine seront nécessaires et suffisantes dans la plupart des cas ; je ne crois pas que l’homme de bureau puisse supporter longtemps de grandes suées quotidiennes, comme certaines méthodes hygiéniques le lui imposent. Le cheval lui-même n’y résisterait pas; et il est bien rare que les entraîneurs renouvellent plus de deux fois en quinze jours la course sous la couverture et le camail dont j’ai parlé plus haut.
Pratiquée longtemps et assidûment, la course canaliserait vers les membres inférieurs la plus grande partie de l’énergie nerveuse, et l’appareil sudoral ne prendrait une très grande force que de ce côté. C’est pourquoi il faut avoir recours, une semaine sur trois en moyenne, aux exercices sans haltères qui seront décrits à propos de l’appareil moteur ; ils sont capables de
provoquer rapidement la sueur du tronc, toutes les fois qu’on les exécute avec une grande énergie. ;Ils seront suivis d’un claquement froid local, des bras et du buste seulement. On insistera sur le cœur, toujours prêt à s’affoler, et sur la moelle épinière, toujours disposée à défaillir dans la région du dos. C’est d’ailleurs en ce point et le point correspondant du cou, ainsi que sur les côtés du corps, depuis les aisselles jusqu’aux hanches, que se sécrète la sueur la plus forte, par conséquent la plus dépoisonnante.
Lorsque des sacs variant de 50 à 100 kilos auront été déposés dans tous les gymnases, pour les exercices de
DE I 'EXERCICE
coltin que je conseillerai plus loin, il sera possible de faire des essais sur l’influence sudorale du port du sac ; je ne doute pas qu’elle ne soit très favorable.
Enfin, il est un moyen de provoquer la sueur que les ménagères accueilleront avec plus d’enthousiasme que les intéressés ; c’est le frottage des parquets cirés. Tantôt on tient la brosse sous le pied, et tantôt on la saisit à pleines mains, le corps accroupi. La sueur arrive vite chez les individus non habitués à ce genre de travail ; elle vient sûrement et abondamment chez les professionnels eux-mêmes. J’ajoute que son odeur est aussi franche que celle que donnerait un assaut d’escrime, ou un assaut inoffensif de boxe anglaise, lesquels conviennent peu ou pas à partir de la déclinance, c’est-à-dire au moment où le dépoisonnement sudoral devient le plus utile.
4° Des applications froides ( Ilydriation )
Il n’est pas de question plus difficile à placer dans un livre, que celle des applications froides : elle peut aller avec la peau, mais elle ne serait pas déplacée avec les nerfs, le sang ou la calorification, et elle ferait encore mieux le sujet principal d’un chapitre d’hygiène générale qu’on pourrait appeler Y endurcissement ; il n’en est pas de plus simple en apparence et de plus complexe au fond ; il n’en est pas, enfin, où un plus grand empirisme ait précédé une plus petite science : en ce dernier siècle, si fécond en découvertes, la question n’a pas fait un pas, et nous en sommes encore à nous demander, comme au temps de Priessnitz, la raison du « génie de l’eau froide ».
Nous savons bien que l’eau soustrait rapidement à notre
corps une grande quantité de chaleur et que ce coup • de froid détermine, par action réflexe, un resserrement des vaisseaux ; mais toutes les substances conductrices en font autant : un trousseau de clés, placé sur l’épine dorsale, ralentit beaucoup le saignement de nez (épistaxis).
Nous savons aussi que l’organisme suffisamment vigoureux riposte à l’impression froide par un afflux de chaleur et de sang ; mais le même phénomène s’observe dans beaucoup d’autres circonstances.
En réalité, il y a quelque chose de spécial dans l’action de l’eau : le refroidissement n’est pas comme les autres, ni la réaction non plus. Il s’agit très probablement de phénomènes électriques tout autant que de soustraction de calorique ou d’impression froide. Ainsi, après une application quelque peu prolongée, la peau donne au toucher une sensation de fraîcheur particulière, et l’on n’éprouve cependant qu’un certain bien-être de température neutre. Cela semble indiquer que la peau acquiert à ce moment une grande indépendance nerveuse ; et il n’est pas impossible que d’autres organes la suivent dans la voie de l’autonomie. En tout cas, le système sensitif cutané change : il se calme s’il était excité ; il s’exalte s’il était déprimé ; et les centres nerveux semblent profiter de cet état moyen, pour régulariser la vie intime
(le trophisme) de la peau et aussi, dans une certaine limite, %
de tous les autres organes : l’urine se colore et la sueursebum rend la peau aussi lisse qu’un marbre poli. A défaut d’une explication physiologique, nous sommes obligé de dire, avec Kneipp, que la sueur mûrit, et avec Priessnitz, que les tissus se débarrassent de leurs humeurs peccantes.
I)E L’EXERCICE
U hijdriation présente des différences profondes suivant qu’elle s’adresse à l’individu malade ou à l’individu sain, et dans le premier cas suivant qu’il s’agit d’un goutteux (arthritique), d’un nerveux ou d’un fébricitant. Ainsi Priessnitz, qui avait affaire au premier genre de malades, cherchait à obtenir avant tout des crises de sueur (Dr Bachelier), et pour les médecins naturalistes actuels, la sudation dans V enveloppement humide est encore le point culminant de l’hydropathic. Les médecins orthodoxes combattent aujourd’hui le§ troubles de la nutrition par des moyens plus commodes, je ne dis pas plus efficaces, et demandent seulement à l’eau froide une spoliation énorme de calorique, ou une secousse violente des centres nerveux.
L 'hydriation, telle que je la conçois, n’a pas à satisfaire aux mêmes exigences. Elle n’a pas besoin d’user prématurément les forces, de vieillir, disons le mot, ni pour guérir, suivant le reproche qui fut adressé non sans quelque raison à Priessnitz, ni pour acquérir une grande beauté et une grande force, suivant le reproche que j’adresse à l’hygiène athlétique moderne. Au contraire, elle doit préserver de la maladie et étendre la vie au delà des limites ordinaires. Pour cela, l’hydriation doit s’astreindre aux trois règles suivantes :
1° N’enlever aux tissus que le calorique en excès ou facilement renouvelable ;
2° Ne s’adresser qu’à des centres nerveux capables do réagir ;
3° Ne pas leur demander une réaction excessive.
Ainsi, toutes les fois que le corps est chaud, soif par rétention de la chaleur naturelle, soit par le travail mus-
culaire, et qu’il est capable de réagir, c’est-à-dire ni trop jeune, ni trop vieux, ni épuisé, ni fatigué, les applications froides sont indiquées. On les fera modérées et longues si l’on désire principalement enlever du calorique, vives et brèves si l’on se propose surtout d’élever le tonus général ; dans le cas particulier où l’on cherche des crises de sueur, l’eau est appliquée en compresses et jusqu’à échauiïement complet. Laissons de côté ce dernier cas, et occupons-nous seulement de l’homme sain. Nous n’aurons plus alors à examiner que trois applications principales : le claquement, le tub et la douche (j’appelle claquement ou plus exactement frottement-claquement, l’application d’eau froide par l’intermédiaire d’un linge de grosse toile).
1° Modeste en son allure, mais puissant en ses effets, le frottement- claquement humide est la véritable application froide : tous les hommes de bureau, sans distinction d’âge ni de tempérament, devraient s’y livrer. Il suppose un matériel des plus simples et des moins coûteux : une cuvette, quelques torchons de grosse toile déjà un peu usés et aussi épais que possible, et de l’eau douce (eau de pluie, à défaut eau de rivière). Par l’expression plus ou moins complète du linge, on peut graduer l’application froide au point de la rendre agréable, tout au moins peu désagréable, aux personnes les plus sensibles, et l’on n’est plus en droit de dire, comme ce pensionnaire de Priessnitz : Yhydropathie est bonne pour les Cosaques du Don. Par les frictions énergiques et les claquements, on résiste bien à l’impression du froid, et l’on favorise extraordinairement la réaction.
La saison et l’heure ne sont pas indifférentes.
DE I.’EXERCICE
Contrairement à ce qu’on croit on France, l’hiver n’est pas une contre-indication, bien au contraire : à moins d’un grand froid, l’effet réflexe est plus assuré et plus soutenu qu’à toute autre époque, si l’on a soin de se placer dans une enceinte chaude. C’est plutôt pendant les grandes chaleurs que l’hydriation perd de sa valeur : les tissus relâchés ne répondent pas aux excitations, et les défaillances de la peau sont à craindre. J’ai observé que l’on est très porté aux applications froides par les temps pluvieux et frais, comme si l’organisme trouvait, dans cette excitation, les éléments d’une grande résistance contre des conditions défavorables. A ce moment, aussi, la peau mouillée semble se mettre en parfaite communion avec le milieu ; les nerfs se détendent complètement et le sang afflue en marbrures magnifiques.
J’ai dit plus haut, que pour faire des applications froides, il faut de la chaleur à perdre. Cette condition fondamentale est réalisée habituellement, soit par un long séjour au lit, soit par l’exercice.
C’est le matin, vers 4 heures, que Priessnitz faisait ses enveloppements ; sans le savoir, il enlevait surtout à ce moment la chaleur de nutrition-, et il invitait indirectement les organes qui la produisent, l’intestin et ses glandes annexes principalement, à rentrer en activité.
Cette heure est néanmoins trop matinale pour la plupart des sédentaires ; il sera bien temps de faire le claquement au moment du lever, c’est-à-dire entre 5 et 6 heures en été, entre 6 et 7 heures en hiver.
Je ne suis pas partisan de mouiller le corps dans sa totalité, le matin ; réchauffement n’est pas assez grand, ni la réaction assez vive ; et je conseille seulement de
claquer : 1° les bras, retroussés aussi haut que possible ; 2° la face, le cou et la partie haute du dos, en appuyant fortement sur la colonne vertébrale ; 3° la poitrine, en insistant sur la région du cœur; 4° le ventre, particulièrement la région de l’estomac; 5° la partie basse du dos; G° de temps à autre les organes génitaux. Vers la fin, on reprend un peu d’eau très propre, et avec un doigt recouvert du linge on nettoie la bouche à fond. C’est le moment pour certains individus, d’ingérer une petite quantité d’eau froide : je me suis déjà expliqué sur ce point.
Peu de personnes disposent, au lever, d’une chambre suffisamment chaude pour pouvoir s’y tenir nues sans impression désagréable, tout au moins pour pouvoir y conserver la température cutanée qui assure les bons effets de l’application froide ; et le claquement devra être fait le plus souvent sous le linge de nuit. Pendant l’hiver, j’y ajoute même un tricot, de façon à éviter toute sensation pénible. Je sais bien que ce frottement-claquement ne se fait pas sans mouiller le gilet de flanelle et la chemisette, mais il me semble bien difficile de procéder plus commodément.
Après l’exercice, le soir, tout change : le corps est préparé à la trempe ; l’eau agit sur les tissus comme le marteau sur le fer chaud, suivant l’heureuse comparaison de Priessnitz. Alors, on peut faire un claquement total, le corps absolument nu, dans une chambre à température neutre. Mais cette application froide ne sera pas quotidienne : elle aura lieu une, deux ou trois fois au plus par semaine, comme l’exercice de sudation qui doit nécessairement la précéder.
Il est fort difficile à un individu de se frotter et, à plus
DE L’EXERCICE
forte raison, de se claquer lui-même dans la région du dos. C’est pourtant là que la chaleur afflue le plus facilement : j’ai remarqué qu’un linge mouillé s’y réchauffe beaucoup plus vite que dans la région antérieure du corps. C’est là aussi que l’on peut agir le plus efficacement sur un centre nerveux important : la moelle épinière. A
défaut d’un aide qui frotterait largement et claquerait un peu dur entre les épaules, on aura recours à divers artifices : tordre le linge et le tenir aux deux bouts ; en recouvrir une spatule à long manche qu’on prend ensuite à deux mains, et, préférablement, placer contre le dormant d’une porte un demi-cylindre recouvert de grosse toile que l’on mouille au moment voulu, et contre lequel on se frotte largement en pressant fortement, à la façon des animaux qui n’ont pas de mains.
On sait que le tub permet d’obtenir très simplement, par l’expression d’une éponge, une petite chute d’eau et un écoulement en nappe ; l’individu, placé dans un grand bassin de zinc, se baisse et se lève pour tremper l’éponge et l’exprimer, alternativement. C’est un moyen de suppléer, dans une certaine mesure, à l’arrosoir de Kneipp , et surtout de se passer de l’aide le manœuvrant.
Très répandu, dit-on, en Angleterre, d’où il nous est venu, le tub ne peut s’acclimater en France, malgré le prestige de son origine étrangère, et malgré l’autorité des hygiénistes qui le recommandent. C’est qu’il est trop violent comme moyen doux, et trop doux comme moyen violent ; c’est qu’il ne vaut pas, dans un sens le claquement, dans l’autre la douche. 11 n’a guère d’indication spéciale que pour les athlètes de casino qui ne peuvent
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ou no veulent se faire d’autre ablution après leurs exercices.
La douche en jet, avec une eau à forte pression, ou douche fulgurante, est une application froide tellement violente qu’elle peut, suivant les cas, faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal. Elle suppose, comme conditions préalables, un grand échauiïement du corps et une forte excitation nerveuse, obtenus l’un et l’autre par l’exercice ; et elle a moins pour but d’enlever du calorique que de tremper les tissus à la façon du marteau sur le fer rouge. Tout individu n’est pas apte à la recevoir ; Priessnitz y préparait par de longs enveloppements hivernaux ; nous devons nous y préparer par des exercices suivis de claquements froids : c’est la meilleure façon de donner à la peau et à l’innervation réflexe une grande vigueur.
On devine qu’un moyen aussi énergique n’est pas sans user prématurément les forces, quand on ne l’applique avec la plus grande modération; en fait, si j’en juge par les observations que j’ai pu faire, la douche vieillit ; et je crois avec Desbonnet, que les individus très vigoureux eux-mêmes ne doivent en prendre qu’une par semaine, et seulement le soir vers 4, 5 ou 6 heures, après un exercice plus excitant que fatigant.
Avec Priessnitz, avec Kneipp et avec Bilz, je considère qu’il ne faut pas sécher la peau immédiatement après l’application froide, particulièrement dans le cas du claquement ; ce serait diminuer la spoliation de chaleur, et supprimer le travail intime de nutrition qui semble se faire, à ce moment, dans les profondeurs de la peau. C’est, d’ailleurs, le moment de prendre un bain d’air,
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de lumière et autant que possible de scleil. On attendra que la peau soit presque sèche pour la frotter avec un linge sec, ou très légèrement avec le gant de crin; je dis très légèrement, car il vaudrait mieux ne pas frictionner du tout que de frictionner fortement.
Comme applications locales très spéciales, j’indiquerai seulement le frottement-claquement de l’avant-jambe et des pieds après la course, et l’ablution des organes génitaux à un moment aussi rapproché que possible de l’acte sexuel.
’ • Addition : Des applications chaudes. \ >
De tout temps on a considéré les applications d’eau chaude comme affaiblissantes, et si l’on en use quelquefois chez l’individu sain, c’est uniquement pour préparer les ablutions froides. « Si le calorique est immédiatement excitant, disent Trousseau et Picloux, c’est le plus sûr moyen d’arriver à une grande atonie. » Cette accusation est vraie d’une manière générale ; mais elle souffre d’importantes exceptions tenant aux conditions de milieu ou d’individu.
Ainsi, l’hiver, lorsqu’un froid intense et persistant a engourdi la peau des personnes fragiles, rien ne ramène l’influx nerveux et une pointe de couleur sanguine comme un claquement chaud. Appliqué localement, c’est encore un moyen de combattre le froid aux pieds dont se plaignent amèrement un grand nombre de personnes.
Pour tirer de cette friction humide chaude tout le bénéfice qu’elle peut donner, il faut la pratiquer près d’un foyer un peu ardent et avec une eau juste assez
chaude pour donner une impression agréable. A mesure qu’elle s’évapore, elle donne une impression légère de froid contre laquelle l’organisme réagit facilement. Une application ou deux par semaine suffisent.
Des Phanères
1° Des cheveux, je ne dirai que quelques mots.
Les coupes fréquentes et courtes peuvent être avantageuses pendant la jeunesse, mais elles nuisent à partir d’un certain âge. Je connais beaucoup d’individus qui ont arrêté la chute précoce de leurs cheveux en ne les faisant couper que rarement et demi longs, en avant surtout.
Il faut éviter de les mouiller : ce serait enlever le vernis qui les protège ; à plus forte raison de les graisser : ce serait diminuer la sécrétion grasse naturelle, et les isoler trop complètement de la peau et de l’air. Les soins qu’ils demandent sont beaucoup plus simples.
Le matin, après l’ablution froide, on frictionne fortement la tête en tous sens avec les mains nues ; puis on passe un peigne pas trop fin à rebrousse poil, comme on dit, de façon à écarter les cheveux les uns des autres, et à les faire tenir droits autant que possible. Un deuxième peignage n’est pas superflu, le soir, à la rentrée du travail.
2° Je parlerai encore plus brièvement des ongles.
Tout le monde sait qu’ils sont un lit de crasse et de microbes, et qu’il faut, ou les tenir courts, ou les curer plu- . sieurs fois par jour.
3° Des soins de propreté.
Ce qui précède m’amène, par une transition insensible, aux soins de propreté.
Comme on le pense, les claquements quotidiens ou même simplement bi-hebdomadaires suffisent pour l’entretien des régions banales; reste donc la bouche, les oreilles et les organes génitaux.
Il est bien peu de gens qui aient la langue absolument propre, le matin ; il n’en est pas dont la bouche ne présente, en ses parties difficilement balayées par la salive, des fermentations accessoires. Tous les matins, le claquement fini, on recouvre l’index d’un linge imbibé d’eau très propre, et l’on frictionne fortement les gencives et les dents. Avec le pouce, transformé également en poupée, on atteint mieux le palais et le côté interne des gencives supérieures ; avec l’index et le médius, la surface et les côtés de la langue, qu’on projette aussi fortement que possible au dehors pour en nettoyer la base : c’est là que se dépose la saburre, quand il y en a.
Se laver la bouche après le repas « est une affectation de propreté prétentieuse et inutile... toute ablution doit se cacher dans le secret de la toilette », dit justement Brillat-Savarin. C’est peut-être davantage : la suppression brusque de toute impression gustative doit tarir rapidement la sécrétion salivaire (Colin). Il suffit, ce me semble, d’enlever avec un stylet de bois bien fin et bien tendre, les grosses particules alimentaires retenues entre les dents.
Quand bien même on négligerait cette précaution, les fermentations buccales ne sauraient avoir, sur la carie dentaire, l’influence prédominante dont on parle ; les progrès menaçants de cette altération dépendent plutôt des rapprochements consanguins ou paganistes (entre individus du même pays, de pagus, village), de la surali-
mentation et du défaut d’exercice, de la mastication imparfaite et de l’abus des sucreries et douceurs.
Les oreilles doivent être lavées seulement dans la partie externe, et dans la portion du conduit que l’on peut atteindre en y enfonçant l’index recouvert d’un linge. Ce n’est que dans le cas où le cérumen forme bouchon, que l’on est autorisé à pénétrer, avec un instrument très doux, dans les régions plus profondes : une épingle à cheveux recouverte d’un linge fin en sa partie convexe, convient très bien pour cet usage.
Quant aux organes génitaux, outre les ablutions après l’acte dont il a été question, ils sont passibles de lavages matinaux, au moins bi-hebdômadaires.
Exercice de l’appareil moteur
Cet appareil comprend : le cerveau qui ordonne, les nerfs qui conduisent et les muscles qui exécutent.