II. — DES NERFS
Etirements ou pandiculations
Les faisceaux blancs de la moelle épinière et les nerfs (ne pas confondre avec les tendons des muscles, comme le font les gens du peuple) ont toujours été considérés comme de simples conducteurs, que le passage de l’influx nerveux suffisait seul à entretenir en parfait état. On savait pourtant qu’ils comprennent, outre la partie vraiment conductrice (cylindre-axe), une gangue conjonctive dont l’élasticité pouvait diminuer notablement avec le repos et avec l’âge. On savait aussi, que dans le but probable d’entretenir cette propriété physique, la nature avait créé des réflexes d' étirement, ou de pandiculation, c’est-à-dire qu’après avoir conservé un certain temps la même position, l’homme et les bêtes sont portés à prendre une position absolument opposée, à l’exagérer même autant que possible, de façon à contre-balancer en un instant, l’effet d’une patiente contention. On savait encore que les Hindous, dans leurs massages quotidiens
DE L’EXERCICE
pratiquent régulièrement l’étirement des membres dans l’axe. On savait, enfin, que dans une maladie nerveuse très rebelle, le plus souvent incurable, l’ataxie locomotrice, la pendaison pouvait, en étirant le bulbe, produire d’excellents résultats.
J’avais ajouté à ces observations banales quelques observations moins connues : les ouvriers boulangers, très fatigués par le travail de nuit, se délassent en se pendant par les mains à la planche à pain; après des journées fiévreuses passées dans Paris, un jeune homme de mes voisins retrouve toute sa vigueur, en se livrant à un mouvement de circumduction, pendu aux anneaux, les pieds à terre et le corps légèrement plié ; dans un accès de rhumatisme aigu que rien ne peut arrêter, un de mes collègues calme subitement et complètement ses douleurs, en se pendant au coin d’une porte ouverte, les deux mains accrochées. De là à faire de l’étirement ou pandiculation une méthode de gymnastique, il n’y avait qu’un pas. Naturellement, je n’ai pu voir sous toutes ses faces un sujet aussi nouveau ; et je dois me contenter d’indiquer ici les exercices les plus simples et les plus inoffensifs qu’il comporte .
Le matin, avant de se lever, on se place sur l’un des côtés du corps, les jambes fortement fléchies et la tête inclinée vers les genoux ; et l’on conserve quelques ins^ tants cette position en chien de fusil. Puis on se redresse, en se renversant légèrement en arrière.
Le même exercice est répété du côté opposé.
Un quart de tour vers le bas, et le corps est adenlê, la tête sur l’oreiller et les bras sur la poitrine. Par l’extension en sens inverse de la tête et du bassin, on étire
fortement la partie antérieure du corps ; par celle des jambes et des pieds, on cherche à acquérir la plus grande longueur possible : quelques extensions isolées de l’un et l’autre membre, accompagnées d’oscillations latérales du bassin, semblent accentuer la pandiculation.
Une demi-rotation ramène en décubitus dorsal : l’oreiller est éloigné et le corps placé dans une position rigoureusement horizontale. On s’efforce alors de réduire toutes les courbures vertébrales : celle du cou par l’extension forcée de la tête ; celle du dos, par le redressement des bras pliés, le coude en arrière, le poing à hauteur de la figure ; celle du rein, par une extension limitée et très en raideur du bassin, en même temps que par des oscillations latérales de cette région. Les jambes sont tantôt fléchies, le genou contre la poitrine, tantôt et le plus habituellement allongées. C’est le moment de procéder au massage de l’abdomen, dont j’ai parlé plus haut.
Parmi les personnes qui, sans être manifestement neurasthéniques, éprouvent le matin au réveil une sensation indéfinissable d’engourdissement et de côtissement , de la région dorsale, quelques-unes pratiquent spontanément Vextension sur le traversin, c’est-à-dire qu’elles ramènent ce dernier, plié en deux le plus souvent, entre les deux épaules, et qu’elles se laissent aller ainsi, la tête basse et les bras tombants. Dans cette position, l’extension de la colonne vertébrale en sa courbure dorsale, et l’ouverture de la poitrine, sont portées à leur maximum. 11 ne faut pas y rester longtemps ; il faut éviter surtout de s’y endormir, car la poitrine ne prête plus au cœur le secours de ses mouvements alternatifs, et le sang alllue vers les veines intra-thoraciques et le cœur droit.
DE L’EXERCICE
A côté des pandiculations matinales, qui constituent l’exercice principal d’étirement, on peut encore considérer comme ayant ce but, quelques mouvements à l’exerciseur que je décrirai dans la suite, et un intermède que j’appelle exercice de beauté, et qui consiste à se redresser contre un mur, la tête haute, le dos aplati et les bras étendus en croix. Peut-être y aurait-il avantage, dans certains cas, à accentuer l’étirement par l’emploi de moyens artificiels notamment la suspension par les mains avec des poids aux pieds, comme on le fait en Amérique pour accélérer la croissance ; mais je me garderai de recommander une méthode'aussi violente, avant qu’une expérience universelle ne se soit prononcée sur sa valeur.