‹ Hygiène des sédentairesChapitre 27 sur 56 · I. — EXERCICES DE SANTÉ · texte numérisé non relu

I. — EXERCICES DE SANTÉ

Je considérerai seulement comme tels : la marche, la course e^t la gymnastique de chambre avec élastiques.

Ils agissent tous mécaniquement et chimiquement : mécaniquement, en favorisant le cours.de la lymphe et du sang, quelquefois du bol alimentaire; chimiquement en activant les principaux foyers de combustion.

L’action mécanique a plus d’importance qu’on ne le croit. Elle préside presque seule au mouvement des ^liquides extravasés ; et elle est un facteur important de la circulation lymphatique et veineuse. (On sait que les vaisseaux blancs et les vaisseaux noirs sont pourvus de valvules ën nid d’hirondelle empêchant le reflux du contenu; si bien qu’un déplacement de ce dernier, soit par une contraction musculaire, soit par la pesanteur seule, est définitivement acquis). A la faveur de ce renfort, le cœur reprend une ardeur nouvelle, et modifie la jorme de son travail dans le sens de l’accélération du mouvement.

Les tissus, généreusement irrigués, se débarrassent plus facilement de leurs déchets et se procurent plus aisément les éléments de leur activité. Le dépoisonnement se traduit au loin par l’augmentation de la décharge : il suffit de marcher, au lieu de rester assis, pour voir ses urines passer du simple au double. L’activité des tissus se manifeste par un certain bien-être, une calorification plus intense et l’augmentation de l’appétit.

Quant à l’exaltation des phénomènes chimiques, elle s’adresse aussi bien à l’usure de la fibre musculaire qu’à la destruction du sucre, que ce sucre provienne de l’ami-

don, qu’il provienne de la graisse ou qu’il provienne de P albuminé.

On a toujours dit, et j’ai cru moi-même à un moment donné, que la légèreté et la durée de l’exercice étaient les conditions nécessaires et suffisantes pour produire de pareils résultats. Nécessaires, oui ! suffisantes, non !

Avec un exercice léger, aussi soutenu qu’il puisse être, le mouvement du sang reste lent et les oxydations intimes faibles. Cet état n’a rien d’alarmant pour l’individu rustique, qui trouve dans sa vitalité même un complément suffisant de défense ; mais il peut devenir dangereux chez l’individu affiné, et plus encore chez celui qui est exposé, de par son origine ou de par son évolution spontanée, aux troubles de la nutrition. Ainsi, ni la marche, à moins qu’elle ne soit excessive et alors elle use plus qu’elle ne fortifie, ni les exercices de chambre n’empêcheront un individu de devenir obèse, s’il a une grande tendance à l’obésité, et ne lui conserveront un sang pur, s’il est très exposé à l’intoxication. 11 faut plus que cela.

De temps à autre un exercice un peu vif est nécessaire pour enrichir le sang et fortifier les nerfs. Pour cette rai- . son, j’ai rangé la course au nombre des exercices de santé. J’y ajouterais même volontiers, de temps à autre, une leçon ou un assaut démonstratif de boxe anglaise, si j’étais certain qu’on y emploie plus d’animation que de brutalité et plus d’adresse ou de précision que de force. Ainsi compris, cet exercice serait à l’innervation ce que la course est à la sanguification, et à la transpiration des parties hautes du corps, ce que la course est à la sudation des parties basses.

DE L’EXERCICE

1° De la marche.

La marche est le mode de locomotion le plus naturel de l’homme et son exercice fondamental.

Elle a l’avantage d’être presque instinctive ; de provoquer une chasse circulatoire modérée, soutenue et loin du cœur , et d’activer modérément les échanges chimiques dans les plus gros muscles de l’économie.

Elle a l’inconvénient d’être très monotone : il faut avoir un but, sous peine de s’ennuyer ; de n’exercer que les muscles des jambes, à la rigueur du bas-abdomen : l’activité déviée de ce côté manque ailleurs; et l’on comprend que les hercules leveurs de poids, les lutteurs en renom et même toute une catégorie d’ouvriers mulassiers, soient de mauvais marcheurs ; d’être trop modérée pour renforcer notablement l’appareil circulatoire, et pour augmenter la capacité respiratoire du sang; et l’on s’explique qu’elle ne soit pas toujours suffisante, pour empêcher l’accumulation outrée des réserves et combattre l’intoxication ; d’user prématurément quand elle est excessive, comme on le constatait jadis chez presque tous les facteurs ruraux, et comme on le voit encore dans les villes, chez beaucoup de livreurs.

La plupart des hommes de bureau ne marchent pas assez; mais il en est qui marchent trop : ils s’imposent, les jours de repos, des déplacements considérables qui ne peuvent que les fatiguer. Le fait se constate principalement sur des individus d’un certain âge, et les inconvénients de la marche excessive ne sont alors que plus accentués et plus évidents.

A mon avis, une marche quotidienne d’une heure et demie suffit à l’immanuel : trois quarts d’heure le matin vers 7, Set 9 heures; un quart d’heure vers 1 \ h. 1/2, et une demi-heure l’après-midi, sur le tard.

La vitesse en sera modérée : il vaut mieux courir que de marcher trop vite. Elle variera, du reste, avec les moments du jour : le matin on marchera à bonne allure, avant midi on se promènera seulement, et le soir on adoptera une vitesse intermédiaire. II faudra aussi tenir compte des conditions de l’individu et du milieu : par les temps chauds on ralentira l’allure, car l’organisme se débarrasserait difficilement du calorique en excès : c’est l’été ([lie les anciens facteurs ruraux devenaient noirs, secs et maigres, se brûlaient en quelque sorte, comme on dit dans le peuple.

L’attitude que doit avoir le corps pendant la marche a prêté à de nombreuses discussions. Les physiologistes ont prétendu que la marche des citadins était faite de pose, et non d’économie : nous nous tenons trop droits, nos jambes sont trop raides ! Mais c’est là un signe de bonne organisation et de force qu’il faut conserver le plus longtemps possible : il sera toujours temps de fléchir.

Addition : de la chasse.

Pour rompre la monotonie de la marche, rien ne vaut la chasse ; les Grecs considéraient en outre qu’elle donne l’habitude du péril et les joies de la victoire. Malheureusement, elle n’est pas à la portée de toutes les situations : c’est une distraction bourgeoise ; ni de toutes les constitutions : ce n’est pas seulement un exercice, c’est un travail.

UE l’exercice

D’ailleurs, la chasse n’est plus en rapport avec notre compassion croissante à l’égard des bêtes. On a vu, dans de grandes battues, les chasseurs eux-mêmes effacer la trace de chevrettes cruellement poursuivies ; beaucoup se disent, en voyant la biche aux abois :

Sa bruyère l'attend, ses faons sont nouveau-nés.

Et en dehors des littérateurs et des poètes, que d’hommes à l’éducation très positive, soutiennent que nous n’avons pas le droit d’imposer des souffrances, surtout Y angoisse de la mort, la plus terrible de toutes, aux animaux dont nous faisons notre nourriture. Le Dr de Rouhet est de ceux-là ; dans son livre si personnel, Y Entraînement de V homme et du cheval, il s’élève vigoureusement contre la chasse et la vivisection. Sans établir aucune comparaison entre les fatigues ou les angoisses de l’une et les cruautés de l’autre, je préfère égayer mes promenades par les ébats de labris follement joyeux que par les aboiements d’une meute féroce.

Je rappelle que la fatigue détruit dans les tissus les réserves les plus précieuses et y accumule les déchets toxiques ; en sorte que le gibier pris au piège ou tué sans poursuite, est très supérieur à l’autre. La chasse, telle qu’on l’a comprise jusqu’ici, a donc encore contre elle une raison hygiénique.

2° De la course.

Plus je vieillis sur les questions d’hygiène et de sports, et plus je m’aperçois que V alimentation par la viande rouge grillée et l'exercice de la course sont les deux principaux fadeurs de notre perfectionnement physique. Tous |rs

deux concourent à nous donner la richesse globulaire du sang, que l’on a toujours considérée, dit justement Michel-Lévy, comme la mesure de l'énergie vitale ; toutes les deux consentent à ces formes fines et longues et à cette peau mince admirablement irriguée et innervée, que j’ai appelées, par analogie à ce qui est chez les bêtes, les beautés du sang : la viande apporte la meilleure des substances, et la course la meilleure des gymnastiques.

11 n’est pas très facile de s’expliquer comment cet exercice a une influence si particulière. On peut admettre cependant qu’elle agit par deux sortes de moyens : les uns mécaniques et les autres chimiques.

Mécaniquement, la course détermine une chasse sécrétoire intense qui, néanmoins, ne surprend pas trop le cœur, parce qu’elle a lieu au loin et qu’elle est compatible avec une grande liberté du thorax. Un mouvement de bras qui enverrait vers les centres une pareille quantité de sang déterminerait sûrement de l’angine de poitrine : j’ai observé fréquemment le fait chez des ouvriers travaillant à la cisaille. La deuxième condition est plus importante que la première. Immobilisez la poitrine, comme dans l’exercice de la bicyclette, et le cœur droit ne pourra plus se débarrasser de tout le sang chassé par les jambes. La course réalise donc une circulation d’une exceptionnelle puissance.

i Chimiquement, elle agit en activant les oxydations dans les muscles des jambes et de la moitié inférieure du tronc, c’est-à-dire dans les plus gros amas de chair de l’économie. Cependant, il ne faudrait pas croire que l’essoufflement tient toujours à l’accumulation de gaz carbonique ou de toxines dans le sang; dans la course de vitesse il est dû

plutôt à une gêne circulatoire. Pour cette raison, sans doute, les coureurs de 100 à 400 mètres ont une grosse poitrine et des muscles respiratoires accessoires très vigoureux ; on y trouve même des types athlétiques à peu près inconnus chez les coureurs de fond.

Quoi qu’il en soit de son action intime, la course produit, par sa répétition méthodique, des modifications très évidentes de forme et de fonction. Le bassin et les jambes se développent au point de paraître disgracieux, si la partie supérieure du corps n’est pas cultivée simultanément. Même à un certain âge, les genoux semblent s’élargir, beaucoup moins sans doute par l’accroissement des os, que par l’allongement de la portion charnue des muscles qui s’y implantent ; la partie basse cle la sangle , abdominale se développe d’une façon véritablement surprenante. La peau devient plus colorée, plus vivante , comme disent les pensionnaires du D1' Régnault ; la sueur augmente si elle était faible, et diminue si elle était profuse, tout en prenant une odeur très franche et une saveur piquante. L’haleine aussi s’améliore, mais beaucoup plus lentement cependant ; les mucosités dites graillons, si fréquentes chez les déclinants, se resserrent s’arrondissent, montent et finalement sont expulsées aussi facilement qu’une goutte d’eau roulant sur un corps gras. Naturellement, ces modifications sont d’autant plus prononcées et d’autant plus visibles, que l’individu lui-même est moins sain ou plus exposé, en tout cas, aux troubles de la nutrition : ce sont les peaux ternes qui paraissent devenir les plus vivantes (Dr Régnault) ; ce sont les aisselles fades qui semblent acquérir la meilleure odeur de musc (Desbonnet) ; ce sont les poitrines grail*

lonnantes des nerveux dyspeptiques qui semblent se dégager le plus aisément.

Les effets de la course varient notablement avec l’attitude du corps, la forme de la course pourrait-on dire, la vitesse, la durée et autres conditions.

De toutes les laçons de courir, je n’en retiendrai que 1 r ois : la course ordinaire, la course en extension et la course en flexion. La course ordinaire n’a pas besoin d’être définie ; les deux autres se caractérisent, l’une par l’extension relative de la jambe, et l’autre par sa flexion; l’attitude du corps n’est pas absolument significative. Elle est habituellement droite et même légèrement renversée dans la course en extension, et penchée dans la course en flexion ; mais la lenteur peut, incliner je corps dans le premier cas, et la vitesse le relever dans le deuxième. Ainsi, la dénomination de course penchée, qu’on a voulu d’abord appliquer à la course en flexion, n’a pas le degré de généralité de cette deuxième appellation.

On devine que la course en extension est celle du plus grand effort musculaire et circulatoire, et qu’elle développe par suite, plus que les autres, le bassin et les membres inférieurs, le poumon, le cœur et les* vaisseaux. C’est même la seule qui fasse intervenir avec quelque énergie les muscles supérieurs du tronc, soit pour raidir tout le buste, soif pour amplifier les mouvements de la poitrine. Si le corps est bien droit et l’allure haute, la sangle abdominale se rétracte avec une énergie et une continuité qu’on rechercherait en vain dans un autre exercice; il suffit, pour s’en convaincre, de mettre la main à plat sur le bas-abdomen, un peu au-dessus des organes génitaux. Si le corps -est un peu req-

DE L’EXERCICE

versé, si les enjambées sont longues et hautes, si l'impulsion et l’amortissement se font sur la pointe du pied, la course fait intervenir avec une grande énergie tous les muscles du corps, et devient l’un des plus beaux exercices athlétiques.

Dans le mode en flexion, tout concourt à l’économie du travail : les jambes, légèrement fléchies, rasent le sol, et le corps, penché en avant dans l’allure ordinaire, crée une force de chute limitant d’autant- la force d’impulsion. Dès lors, les muscles se développent peu; le genou reste pointu ou s’amincit même, suivant la juste observation de de Raoul, et le système circulatoire n’acquiert pas une grande force. Et c’est justement pour cette raison que les individus suffisamment vigoureux doivent se l’interdire, ou tout au moins ne la pratiquer que passagèrement, comme variation. Par contre, en raison de la durée qu’on peut lui donner et aussi, très probablement, de la quantité de force détruite dans la chute, le corps s’échauffe beaucoup et la sueur abonde. Et c’est, justement parce qu’elle permet d’obtenir le maximum de sueur avec le minimum d'effort, que la course en flexion est devenue, entre les mains du commandant de Raoul et du Dr Régnault, un moyen thérapeutique d’une grande puissance. Elle s’adresse spécialement aux. goutteux (arthritiques) et aux neurasthéniques qui, sans être capables d’un grand effort musculaire, ont néanmoins assez de vitalité pour supporter un effort aussi prolongé et aussi monotone, et assez de courage pour s’y livrer, et qui ont aussi, en même temps, des sécrétions digestives assez abondantes et une capacité d’absorption des liquides suffisante pour en supporter les grandes pertes aqueuses,

A côté de ces trois formes principales de la course, on peut en citer d’autres :

1° La course en arrière, qui fait intervenir les mêmes muscles, mais d’une autre façon ;

2° La course en travers, qui fortifie les adducteurs et les abducteurs, c’est-à-dire justement les muscles auxquels la course directe, avant ou arrière, ne demande qu’une direction de mouvement ;

3° La course sautée, qui développe beaucoup l’appareil circulatoire, à condition que celui-ci soit primitivement assez solide ;

4° La course monocolique ou à clocbe-pied, qui exige un plus grand effort musculaire et permet d’égaliser la croissance des jambes, si elle ne l’est déjà.

Je conseille à l’adulte et même au déclinant vigoureux de les pratiquer de temps à autre, comme complément de la course ordinaire et comme variation. -Ce ne sera, du reste, que pendant quelques instants, et seulement les jours où ils seront portés aux voluptés du mouvement . Tel l’enfant, insouciant de l’avenir, s’abandonne à son imagination folle ; telle, surtout, notre plus noble conquête (il serait plus vrai de dire notre plus grand martyr), se soûle de mouvements désordonnés, quand un moment de liberté lui donne l’illusion d’un affranchissement définitif*

L’influence du vêtement est plus évidente ici que dans tout autre exercice, à cause de l’augmentation du travail correspondante à celle du poids, et de la rétention énorme de calorique. Tout le monde sait que la course, le corps couvert, provoque des suées très abondantes ; mais de là à faire de cet exercice une méthode d’entraînement, il y avait loin,

DE L’EXERCICE

Les hommes qui exploitent les bêtes ont précédé dans cette voie, comme dans bien d’autres du reste, ceux qui s’occupent de l’homme. Quand un cheval à l’entraînement reste gros, malgré tout, on l’exerce à petite allure, par les temps chauds de préférence, sous la couverture et le camail, de façon à le faire transpirer abondamment. Comme cette course de suée est très épuisante, on ne la renouvelle que tous les huit jours, tous les quinze jours même, suivant la vigueur de l’animal.

Les entraîneurs du cheval sont allés plus loin. Remarquant que la sudation sous couverture faisait disparaître d’abord la graisse cutanée, sous-cutanée et musculaire superficielle, en même temps que la lymphe de ces régions, ils ont pu faire maigrir à volonté telle ou telle partie du corps, en ne couvrant que celle-là. Cet amaigrissement régional n’a jamais été pratiqué chez l’homme, que je sache ; on s’est contenté de la course cV amaigrissement général, et encore dans quelques cas seulement.

Les boxeurs anglais de complexion trop riche, réduisent leurs formes par des courses sous la flanelle ou sous des habits de laine. Contrairement aux médecins naturalistes, qui font prendre un peu d’eau avant la marche, et au Dr Régnault, qui fait boire avant la course dans le but d’activer la sudation, ces hommes de sport limitent autant que possible la quantité de liquide ingéré. Ils calment même la soif par deux moyens qu’on ne saurait trop recommander, dans des circonstances semblables : les gargarismes avec déglutition, chaque fois, d’une très petite quantité de liquide, et V application de linges mouillés sur la peau. C’est que ce ne sont pas des empoisonnés, et l’intensité du lavage les intéresse peu ; ce qu’ils veulent

avant tout, c’est un allègement de quelques kilogrammes.

Les athlètes qui s’exercent aux poids légers ont soin de rester couverts, quand ils veulent obtenir une sudation rapide, c’est-à-dire quand la constitution médicale est mauvaise ou qu’ils ne se sentent pas absolument bien ; et dans le cas où la transpiration tarde à s’établir, ils exagèrent l’intensité et la vitesse, ou sautent à la corde monocoliquement et en cadence.

La vitesse et la durée sont les deux facteurs les pl us importants des effets physiologiques de la course.: la vitesse, c’est l’effort circulatoire porté à sa plus grande, puissance ; la durée, c’est plutôt la résistance nerveuse.

Nous avons déjà vu qu’un individu pesant ne peut supporter une très longue course : le travail effectué par le soulèvement périodique du corps est trop considérable. Aussi, les jeunes gens qui recherchent cette variété de sport sont-ils petits ou minces et maigres, et s’efforcent-ils de réduire encore leur poids par l’entraînement, : il en est bien peu qui dépassent 120 livres; il en est beaucoup au-dessous de 100. Parmi les professionnels la réduction, relativement à la taille et à la constitution première, est non moins manifeste : le coureur anglais qui gagna la course de 5 kilomètres à l’Exposition de 1900 était un véritable squelette; il suflit d’avoir vu le départ de Marathon, pour se rendre compte du faible poids qu’il faut avoir pour affronter avec succès une pareille épreuve.

La santé, la force et même la beauté exigeant une certaine niasse, je condamne de la façon la plus absolue, ce que l’on est convenu d’appeler aujourd’hui les courses de fond, c’est-à-dire celles qui dépassent 1.500 à 2.000 mètres. Dans les régimes d’exercices que j’indi-

DE I. 'EXERCICE

([lierai plus tard, il y aura des courses de grande vitesse (100 mètres), des courses de vitesse moyenne (400 mètres) et des courses de petite vitesse (500 ou 600 mètres) que les plus jeunes pourront- doubler; et c’est- par l’alternance de ces trois variétés d’allure que j’obtiendrai le maximum d’effets physiologiques.

Si l’on s’en tient à ces conditions normales de- vitesse et de durée, en effet, il semble que la vitesse doive donner le fond, et le fond la vitesse : l’une fortifie le système circulatoire tout autant que l’autre le système nerveux. C’est par des alternances de pas, de trot et de galop qu’on arrive à triompher dans les raids hippiques ; c’est aussi très probablement par des alternances de marche et de course que l’homme arriverait à sa plus grande puissance locomotrice. Ce qui a fait croire le contraire, jusqu’ici, ce sont les différences de poids qui séparent les coureurs de fond des coureurs de vitesse ; le jour où la course de fond, ramenée à une durée normale, n’exigera pas un trop grand allègement, on trouvera vrai l’aphorisme tant critiqué de l’entraîneur Choppy : « Le plus vite est aussi le plus long ».

D’ailleurs, la vitesse ne saurait être uniforme dans un même temps de course : elle doit croître du commencement aux 3/4 ou aux 4/5 et décroître jusqu’à la fin. Ainsi, dans les premiers 500 mètres, on part à très petite allure, et l’on accélère peu à peu le mouvement, de façon à se mettre progressivement en haleine : c’est le principe fondamental de cet exercice. Vers la fin on ralentit de nouveau, pour ne pas passer brusquement de la course au pas.

Pour une même vitesse, l’essoufflement arrivera d’autan t plus tard que l’on courra plus loin du repas, sur un sol

plus dur, et qu’on portera des chaussures plus légères. A ces deux derniers avantages s’attache forcément un inconvénient : Y ébranlement produit par la réaction du sol. Certaines personnes y sont très sensibles ; l’emploi de semelles élastiques plus ou moins épaisses, leur permettra de l’atténuer beaucoup.

Addition : des jeux de balle à main.

Pourquoi ne pas ranger, dans les exercices de santé, les jeux de balle à main ? Ce sont des occasions de marcher et de courir ; et ils ont, sur la marche et la course, l’avantage d’être récréatifs. D’ailleurs, parmi les grands types intellectuels, habituellement si rebelles à l’exercice, il en est qui s’y sont livrés assidûment : le jeu de paume était l’amusement préféré de César ? Oui, mais ces exercices ont aussi le grave inconvénient d’être brusques et brefs, d’exiger des départs en vitesse et des arrêts secs. En aucun cas ils ne sauraient donner l 'haleine d’une course sagement progressive, et à plus forte raison cet éréthisme nerveux et circulatoire qui aboutit parfois, chez les individus jeunes, comme chez les chevaux de sang, à une véritable griserie de vitesse : toujours plus vite, toujours plus loin ! Et c’est bien à ce moment que la course devient Y exercice suprême du sang. Voyez les joueurs de balle à pied (football) ; comme ils deviennent en peu de temps mauvais marcheurs et mauvais coureurs. Certaines sociétés sportives en sont tellement persuadées, qu’elles interdisent ce jeu à tous ceux de leurs membres qui ont quelque disposition pour la course.

Je ne proscris pas rigoureusement, pour cela, les jeux

DE L’EXERCICE

de balle à main, notamment la courte paume ou le tennis ; je fais seulement remarquer qu’ils sont inférieurs, de beaucoup, aux exercices habituels de locomotion.

3° De la natation.

La natation est trop utile pour qu’on puisse la considérer comme un simple exercice ; c’est une partie intégrante de Y éducation physique obligatoire. Cependant, il ne faut pas être trop sévère à l’égard de ceux qui ne savent pas nager : on peut être spontanément très sensible à l’action de l’eau froide et s’y mouvoir difficilement. Peut-être même que la civilisation, en augmentant le poids du cerveau et en allongeant les jambes, fait remonter le centre de gravité, et rend ainsi la flottaison de plus en plus difficile. On ne saurait néanmoins attribuer à ces conditions d’organisation naturelle ou acquise, la diminution du nombre de bons nageurs ; il y a aussi une question d’éducation.

Jadis les enfants, élevés un peu à l’abandon, hormis dans les classes riches, passaient leur vie auprès des rivières : la pêche leur tenait lieu de braconnage, et les jeux dans l’eau leur procuraient le plaisir d’instinct d’habitudes ancestrales. Hufeland considère même cette vie aquatique comme une des causes de la force corporelle de nos ancêtres. Il est certain que l’enfant qui se jetait à J’eau fréquemment, y trouvait la maladie, s’il était naturellement faible, et la grande santé, s’il était naturellement fort. Ce dernier résultat était dû : lu à l’abaissement progressif du point critique de refroidissement, du point de frilement, pourrait-on dire, c’est-à-dire du degré de

lempérature où la défense contre le froid devient pénible, douloureuse même ; 2° à l’exaltation de la nutrition, et par 1’effot de cette perte de calorique, et par l’effet de l’exercice ; 3° à la fortification des réflexes cutanés et des actes qui en dépendent, notamment de la sudation. Parmi les hommes exceptionnellement vigoureux que j’ai connus à la campagne, beaucoup avaient été de grands nageurs pendant leur jeunesse, et l’on sait que les Romains attribuaient en partie à cet exercice l’endurance de leurs soldats.

4° De la bicyclette.

L’utilité de la bicyclette est incontestable : quand on a pas à sa disposition des moyens de transport rapides, on trouve là un instrument de vitesse incomparable. Si je la condamne ici, c’est donc uniquement comme moyen de développement physique.

Je lui reproche de forcer immédiatement le cœur par un afflux considérable de sang, poitrine immobilisée ; de déformer à la longue, et par la position vicieuse du corps au moment du coup de pédale, et par le développement énorme des jambes ; de rendre la marche de moins en moins agréable et de plus en plus pénible, par l’amour immodéré des grandes vitesses, et par un volume et une forme de muscles peu en rapport avec la locomotion normale. Et je ne vois guère qu’une catégorie d’individus pouvant retirer un grand bénéfice de cet exercice : les petits rhumatisants ou goutteux qui ont besoin de se dénourrir, s’ils tendent à l’obésité, ou d’activer la sudation, s’ils sont exposés à une certaine forme de l’auto-

DE T 'EXERCICE

intoxication, et qui n’acceptent d’autre exercice curatif que celui-là.

Page 1