SANDOW AYANT RÉALISÉ SON RÊVE DE JEUNESSE
« Pourquoi no serais-je pas beau comme cetle statue ? »
( Voyage en Italie. )
3 ou 4 centimètres de diamètre et d’une longueur telle qu’ils débordent un peu la main, de chaque côté. Dès que ces rouleaux, devenus durs, n’invitent plus là main à serrer, et rendent même toute astriction pénible, je les remplace par des rouleaux neufs. Quelques athlètes américains prennent des bouclions de liège, tellement ils sont persuadés que V objet de serrement doit être léger; mais cette substance a pour moi l’inconvénient de ne pas être assez dépressible.
Dès les débuts et même plus lard, on dirige l'influx volontaire vers une région, vers un seul muscle, et on l’y concentre, soit en touchant d’une baguette la peau qui Ips recouvre, soit et mieux, en les regardant dans une glace (A. Surier).
Le premier histologiste qui voudra bien étudier, comparativement, le muscle ainsi développé et le muscle ordinaire, nous dira quelle est l’action intime de la volonté : si les fibres se multiplient ou si elles s’élargissent, et dans ce dernier cas, si l’élargissement provient de la portion obscure ou de la portion claire des fibrilles. .Jusqu’alors, nous nous bornerons à supposer que l’hypertrophie énorme provoquée par l’exercitation volontaire, la congestion comme disent les athlètes, provient : d’abord-, de ce que les muscles, se faisant constamment équilibre, travaillent également dans toutes les phases du mouvement ; ensuite, de ce que l’attention soutenue et puissante portée sur le muscle y détermine des effets vaso-dilatateurs et peut-être un trophisme tout particulier*
De ce que Sandow, Hackenschmidt et la plupart des athlètes en renom, se livrent assidûment à la pratique des poids légers, on en a conclu tpie ce genre d’exercice donne
DE L’EXERCICE
une grande force. D’ailleurs, l’hypertrophie musculaire et le relief exceptionnel qu’il permet d’acquérir en peu de temps conduisent tout naturellement à la même supposition.
Cependant si Y exer citation volontaire, en assurant et en fortifiant l’innervation, en augmentant les réserves de chair et leur densité, élève inévitablement la vigueur générale, ce n’est jamais que dans une faible mesure; et ceux-là seuls qui ne possèdent qu’une petite force naturelle peuvent en tirer, sous ce rapport, de grands bénéfices. En aucun cas elle ne saurait engendrer des hercules : « pour lever des poids lourds, il faut s’entraîner aux poids lourds «(Bonnes), et suivant les règles que j’éxposerai dans la suite. Les athlètes de casino ne l’ignorent pas ; mais ils savent aussi que le public juge ici, plus encore qu’ailleurs, par l’apparence : « si leur extérieur n’annonçait pas une grande force, personne ne croirait à leurs exploits ». •
Quant au retentissement de ce genre d’exercice sur la santé, il dépend beaucoup de l’énergie qu’on y apporte. Je ne le crois absolument favorable, pour ma part, que quand il est fait doucement, sans trop grande raideur, de façon qu’il agisse plus sur le cours du sang que sur la force des muscles. J’étais donc autorisé à le considérer comme étant, avant tout, un exercice de beauté.
Même alors il ne s’adresse qu’au relief musculaire ; et l’intermède de beauté signalé ci-dessus, et les pendiculations matinales, et tous les exercices d’étirement qu’on peut pratiquer dans la journée, et plus encore l’habitude des attitudes correctes, restent les grands éducateurs de la forme.
Même en lui accordant une influence très grande sur le volume et le relief, on est obligé de reconnaître que Fexercitation volontaire modifie très inégalement les individus, et qu’elle est beaucoup moins favorable aux personnes nerveuses et sèches qu’aux personnes molles et empâtées.
Ce sont celles-ci, du reste, qui en ressentent le moins les inconvénients ; car il faut bien reconnaître que cet exercice, malgré sa vogue croissante, n’a pas que des avantages :
1° L’ordre énergique envoyé aux muscles par le cerveau s’irradie inévitablement sur les viscères : telles les décharges secondaires d’un paratonnerre, quand le coup de foudre est trop violent ; et le cœur, le plus émotif de tous, accentue et précipite son rythme. C’est un défaut sérieux chez les petites natures ; et l’éducation, en créant de nouvelles correspondances, en établissant si l’on veut de nouvelles lignes télégraphiques, ne saurait le faire disparaître complètement ;
2° L’hypertrophie des muscles ne s’obtient guère que par la disparition des réserves les environnant ; si l’on n’y prend garde, le corps s’émacie partout ailleurs que dans sa sphère d’innervation volontaire. A la longue tout plasma généreux, toute sève peut-on dire, disparaît. Sandow a évité un peu ce travers ; mais beaucoup d’autres y sont tombés ; et il se trouve, dans les casinos et dans les cirques, un public toujours plus nombreux, pour admirer leur corps pâle, raide et amaigri : c’est. une conception nouvelle de la beauté (fig. 37);
Fig. 37. — V. Pendour. Hypertrophié dans sa sphère volontaire; un minimum de sève partout ailleurs.
3° L’exercice trop exclusif de l’appareil neuro-moteur ne peut qu’appauvrir le sang, que cet exercice ait lieu avec des poids lourds ou avec des poids légers, ou sans haltères. Peut-être même est-il plus anémiant dans ce dernier cas que dans tout autre, en raison de la concentration énorme de l’attention. Le professeur Desbonnet, qui importa et vulgarisa en France la nouvelle méthode, ne tarda pas à s’en apercevoir; je lui indiquai la course comme principal remède. Dès ce moment le Sandow français imposa à ses élèves et s’imposa à lui-même deux ou trois courses par semaine sur le terrain du Kacing-Club de France, admirablement disposé à cet effet. Les résultats ne se firent pas attendre. Après quelques jours (l’amaigrissement le corps reprit un poids et une force inaccoutumés; et celte peau vivante et rosée que l’on désirait tant apparut : 1 hercule blanc avait acquis A/ pointe de couleur sanguine (\ni lui manquait >
\ Enfin, l’inLervention continue et énergique de la volonté ne pouvait qu’épuiser rapidement des réserves ordinaires d’énergie nerveuse. Cet épuisement se traduisit, d’abord, par une diminution de la capacité digestive, et plus fard, par des signes non équivoques de vieillesse précoce. Desbonnet était trop observateur pour s’y méprendre : il éloigna de son école les neurasthéniques, n’accepta que sous condition les sanguins-nerveux, et porta toutes ses préférences sur les individus à prédominance viscérale (pie les pays du Nord fournissaient pour ainsi dire à discrétion. Chez ceux-là les résultats furent magnifiques : la vie an i male s'épanouit (Vantant plus que la vie végétative en assurait davantage le nourri ssenienl.
Fig. 38. — L’instructeur Rodolphe, de l’Ecole Desbonnet, contractant isolément trois faisceaux du grand pectoral.
D’ailleurs, Sandow n’appartenait-il pas à cette race ? Et n’a-t-il pas dû à une confection originelle ample et superbe du bassin et des jambes la faveur de pouvoir développer, d’une façon un peu exagérée selon moi, les muscles de la région supérieure du corps ?
Attila n’imagina qu’un petit nombre de mouvements ; il faut croire qu’il en fut satisfait, néanmoins, puisqu’il n’en a pas introduit de nouveaux depuis, à son Ecole de New-York. Avec son imagination féconde, Sandow ne pouvait qu’en ajouter d’autres ; mais l’enrichissement de la méthode tournait de plus en plus vers la poitrine et les bras : la partie basse du tronc et les jambes étaient sacrifiées. Desbonnet vint et combla en partie cette lacune, pendant que Lacreuse, Gérardy et autres inventaient des mouvements d’ensemble fort bien associés.
J’ai pris à chacun ce qu’il avait de mieux : c’était le moment, ou jamais, de faire de l’éclectisme. J’ai puisé surtout à la grande source française de l’exerci talion volontaire, l’Ecole Desbonnet ; et malgré tout, j’ai dû imaginer un grand nombre de mouvements, afin de ne rien exercer outre mesure et de ne rien laisser au repos. Pour assurer le développement de la moitié inférieure du tronc et des membres inférieurs tout autant que de la poitrine et des bras, j’ai procédé par doublets comportant chacun un mouvement haut et un mouvement bas ; j’ai même répété les flexions et extensions du tronc pour proportionner l’exercice à l’importance des régions. Tout individu voulant réfléchir quelque peu sur le mécanisme du mouvement, pourra facilement en imaginer d’autres. Je lui conseille de supposer qu’il a devant lui un adversaire, comme dans la lutte, et d’exécuter dans le
DE I.’EXERCICE
vide quelques mouvements de bourre, la tirade à la nuque ou aux épaules avec rabattement à terre, par exemple.
La difficulté réside plutôt dans le rythme, la vitesse et l’énergie des contractions musculaires ; il faut voir et imiter plusieurs fois un vrai professeur de culture physique, pour en arriver à un grand raidissement, dans le mouvement le plus simple et le plus localisé (fig. 38).
- Tableau de l exer citation de tous les muscles, par la volonté seule.