‹ Hygiène des sédentairesChapitre 37 sur 56 · I-ig · texte numérisé non relu

I-ig

3° Sur le sol. — Par le pied arrière , dans la position en garde allongée , tantôt à droite et tantôt à gauche. On ne peut exercer qu’une main à la fois (fig. 68) : la planchette est ici très commode.

T,’ig. G8;

demi-croisée fermée), par trois pitons ouverts: l’un au ras du plancher, l’autre à hauteur du front, et le troisième

aussi haut qu’on peut atteindre, bras levés. On engage

dans le piton l’un des côtés d’une poignée, de façon que la réglette opposée puisse circuler librement dans la baie

de l’exercice 237

4° Sur le sol, par les deux pieds (position assise) : très favorable aux obèses (fig. 69).

5° Au dormant d'une porte, à la rigueur au montant d'une

delà fenêtre ou de lu porte; cela permet un coulissement à fond au piton du milieu et même au piton du haut, si la porte est assez grande.

a) A chaque niveau : (avant et arrière) :

Fig. 69.

lû Coulissement d un bras; 2° Coulissement des deux bras; 3° Coulissement sur le front; 4U Coulissement sur la nuque; 5° Coulissement sur les côtés.

I>) Au piton bus : Ions les mouvements 11 , el bien plus aisément que si l’on tenait l’appareil sous le pied.

DE L’EXERCICE

lïl. — APPAREIL TENU PAR DEUX PERSONNES

Deux individus s'entendant bien peuvent exécuter des mouvements très variés et récréatifs. Par exemple, l’un tenant les poignées hautes, le corps arc-bouté sur une jambe et les bras tendus, l’autre coulisse vers ou contre lui, tantôt d’une main et tantôt des deux.

2° Boxe anglaise

La boxe conquiert difficilement les suffrages des peuples naturellement sensibles et sentimentaux ; on la considère toujours comme aussi dure que la race qui l’a imaginée. En France, notamment, on lui préfère tout, même la lutte.

Cependant, si cette dernière est plus significative au point de vue de l’appréciation de la force, et si elle est incomparablement passionnante comme jeu de spectacle, la boxe mérite la première place par la finesse, la dextérité, la précision et la complexité des mouvements. Rien ne donne une idée de la discipline musculaire qu’il faut avoir pour faire un jeu très différent des bras, du tronc et des jambes; pour demander à l’un des bras un mouvement, tandis que l’autre en accomplit un de tout opposé, pour tenir ses distances (prendre la longe comme on dit); pour charger ou rompre suivant les circonstances, se rapetisser ou se grandir, donner le coup avec épaulement et cadence du corps, sec ou pénétrant, etc. Le travail cérébral est tel, pendant une simple leçon, que la sueur abonde au front et que l’œil se creuse, ainsi que je l’ai observé sur un grand nombre d’individus, professionnels ou non.

Et c’est justement cette attention vive et soutenue, accompagnée d’exécutions rapides et précises, qui faille caractère spécial de la boxe, ses avantages et ses inconvénients. Elle donne une sueur spéciale : il suffit de passer d’une salle d’escrime à une salle de boxe, pour constater <[ue celle-ci rappelle autant le musc que celle-là l’ammoniaque. Elle fait disparaître très vite la graisse abdominale : il semble que pour suffire à une dépense brusque et immédiate, l’organisme s’adresse d’abord à cette dernière réserve ; c’est, d’ailleurs, un moyen de s’alléger de la partie la plus encombrante : les gros ventres sont peu compatibles avec la vitesse, même dans les mouvements sur place. La compression doit y être aussi pour quelque chose : le ventre est toujours tendu, et les muscles fléchisseurs du tronc se contractent vivement à chaque coup de poing. Enfin, la boxe est l’exercice qui excite le plus Y appétit ; son action, sous ce rapport, est presque immédiate : si l'on marche un peu à l’air frais après une leçon prise vers cinq heures du soir, on mange au souper beaucoup plus que d’habitude.

A un point de vue plus spécial, le développement musculaire seul, la boxe n’est pas non plus à dédaigner. Si elle allonge un peu les muscles des bras et nuit ainsi à ces contours heurtés qu’on s’est habitué à regarder comme une beauté, elle fortifie considérablement la région du corps comprise entre la hanche, l’aisselle et la ligne vertébrale. Elle fait travailler les jambes plus qu’on ne le croit, et néanmoins un temps de saut à la corde, suivant les règles indiquées plus loin, la complète très heureusement.

11 faut éviter surtout : d’abord, qu’elle ne soit brutale,

DE L’EXERCICE

et il suffît pour cela de marquer seulement les coups ; ensuite, qu’elle no soit épuisante pour le système nerveux, particulièrement pour le cœur, qui en reçoit directement les contre-coups ; il faudra, pour y arriver, pratiquer la leçon ou l’assaut démonstratif de préférence à l’assaut de combat, et apporter à Tune ou à l’autre de l’animation sans énervement et à plus forte raison sans colère. Malgré tout il sera prudent, pour un individu ordinaire, de ne s’exercer qu’une fois par semaine.

Cette douceur et cette rareté des assauts ne suffiraient pas, naturellement, pour devenir un combattant ; il faut, pour cela, s’endurcir contre la douleur et le shock. Ainsi les boxeurs anglais qui viennent maintenant en France, se laissent frapper, encaissent, comme on dit en argot sportif, pendant les premiers rounds ; puis, quand leur adversaire paraît fatigué et essoufflé, ils prennent à leur tour l’offensive et s’emploient à fond.

Il est curieux de constater qu’on procède de même pour les chiens de combat. Les Anglais ont créé des races qui ont un souffle et une résistance à la douleur extraordinaires. Naguère, on vit un de ces terriers de combat aux prises avec un dogue français redouté. Celui-ci le jeta à terre au premier choc, et le secoua si vigoureusement que les spectateurs ne manquèrent pas de tourner en ridicule le manager quil’avait amené. «Tant que le flanc est calme, répondit ce dernier, je n’ai rien à craindre ». Et effectivement, lorsque le chien anglais sentit son adversaire à bout de souffle et presque à bout de force, il se releva et l’abattit d’une seule prise.

Ceci nous montre que dans les sports comme dans l’industrie, la durée de l'effort en mode de vitesse assure le

succès ; ('l ce sera l’éternel mérite des Anglais de l’avoir compris les premiers.

Si nous sortions de notre domaine habituel pour ne considérer que l’utilité, la boxe apparaîtrait encore comme supérieure à la lutte. D’abord, pour attaquer ou se défendre dans la rue par des prises de lutte, il ne faut pas être, ni beaucoup plus léger, ni beaucoup moins fort que son adversaire ; et par ces temps d’alimentation intensive, les gens pesants et forts abondent, dans les villes principalement. Même dans des conditions de poids et de force avantageuses, on ne peut porter que certains coups : tour de bras à la volée, prise de tête debout, tour de hanche en tête, ceinture arrière, et il faut alors faire pivoter préalablement l’adversaire par une violente tirade au bras, cravate, comme riposte à un coup de tête, et il est nécessaire, dans ce cas, de recevoir de pied ferme le coup de tête, croc-en-jambe et autres prises de la lutte libre, etc. Et d’ailleurs, qui vous répond d’une bonne prise, et qui vous garantit contre une défense, même vulgaire; qui vous assure contre une glissade ou contre l’attaque inopinée d’un compagnon de votre adversaire : aussi faible qu’elle fût, cette intervention serait bien redoutable ? Avouez que cette façon puissante d’attaquer ou de se défendre n’est à la portée que d’un bien petit nombre d’individus (1).

Avec la boxe, les risques sont beaucoup moindres. Placé en face d’un adversaire dont il se méfie, quelles que soient ses apparences, le boxeur n’a d’autre objectif que

(1) Je n'ignore pas qu’à ce point de vue le Jiujutsu est autrement terrible que la lutte gréco-romaine ou même que la lutte libre; mais je sais aussi que, pour en user en toute assurance, il faut 1 agilité des Japonais.

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do le frapper en ses régions sensibles, tandis qu’il protège soigneusement les siennes. Il doit conserver assez de présence d’esprit pour surveiller ce qui se passe autour de lui. Très rapidement, il juge de la valeur de son adversaire : s’il le juge inoffensif, il ne vise que les régions banales, pour l’étourdir seulement ; s’il le juge dangereux il frappe d’emblée et durement les régions pouvant donner le shock : mâchoire inférieure touchée perpendiculairement, épigastre, cœur ou hypocondres. En aucun cas, le vrai combattant anglais n’a recours au coup de pied : il a généralement le poing assez vite et assez dur pour ne pas faire appel à d’autres moyens. D’ailleurs, il juge le coup de pied trop violent pour les combats francs de la rue, et trop dangereux pour tous les autres. Cependant, en des circonstances graves et contre des adversaires plus méchants qu’expérimentés, quelques coups de pied bas ou chassés peuvent rendre de grands services.

3° De la gymnastique

J’ai dit, dans V Hygiène, pour Ions, le bien et le mal que je pensais de la gymnastique; je n’y reviendrai pas ici, ma très vive critique s’adressant surtout aux adolescents. La plupart des hommes de bureau peuvent se passer complètement des exercices aux agrès ; et ceux qui, par leur âge, par leur format petit et nerveux, y sont portés instinctivement, doivent se contenter de trois appareils : les anneaux, les barres parallèles et le mât ou la corde lisse.

1° Les anneaux permettront de faire des tractions

jusqu’à flexion complète du bras, et des relèvements de jambes, membre étendu, à la rigueur quelques rétablissements.

2° Les parallèles serviront surtout à fortifier l’attache des bras, par des flexions et redressements avec balancement.

3° Le mât et la corde apprendront à grimper, l’un avec l’aide de tout le corps, l’autre avec les bras seuls.

Au point de vue utilitaire, tant que l’homme de bureau sera jeune et alerte, il devra être capable de se rétablir sur une barre ou un plancher et de monter une corde lisse par le secours seul des bras (j’ai mis ces deux conditions dans le projet de certificat d’instruction physique publié l’année dernière par le journal la Culture physique). Dans le cas, donc, où il ne pratiquerait plus les exercices aux agrès, il devra se rendre de temps à autre dans un gymnase, pour s’assurer de la conservation de cette double aptitude ; et s’il est menacé de la perdre prématurément, il sera dans l’obligation de reprendre un peu les exercices de gymnastique qui permettent de la conserver le plus aisément. Du reste, ce n’est guère qu’au gymnase qu’il pourra se livrer au port du sac que je conseillerai dans la suite : une séance par semaine ne sera pas de trop.

4° Jeux du disque et du poids

Les Américains ont repris, en le modifiant un peu, le lancement du disque tel que le pratiquaient les Grecs, et y ont ajouté celui du poids, moins esthétique, mais plus athlétique.

L’un et l’autre ont l’avantage d’être des jeux de plein

Fig. 70. — Sheldon, ingénieur-américain, dans le lancement du poids. Taille 1 m. 91; Poids 100 kilogrammes; Peau cuivrée; Veines superficielles très grosses.

air et de comporter des efforts à grande trajectoire. Le teint et le muscle se ressentent de ces deux conditions : le teint est plus Irais que dans l’enceinte des gymnases, et le muscle plus long que dans les exercices aux agrès ou aux poids lourds. Parfois se réalise un très beau type, comme celui qui est représenté dans la ligure 70.

Le mal vient plutôt de ce qu’on ne se livre souvent à ces exercices que pour établir des records : on les pratique alors d’une façon presque exclusive, et l’on y emploie une volonté exagérée. Pour un sédentaire jeune et bien constitué, il suffira de faire quelques lancements l’après-midi du dimanche, quand le temps sera beau ; et de se contenter de jeter le disque à 28 mètres et le poids à 8 mètres ; cela suffit pour l’entretien ou le développement d’une bonne jorce. Bien rarement il donnera son effort maximum. Nous allons voir, du reste, que cette règle convient aussi à l’exercice des poids lourds et au jeu de la lutte, qui sont pourtant autrement violents que Je lancement du disque ou du poids.

Je voudrais qu’on ajoutât, au lancement du boulet de 7 kil. 500, celui du poids de 20 kilogrammes, qu’on balancerait entre les jambes, en le tenant par l’anneau, tantôt d’une main et tantôt des deux. Ce mouvement développerait d’une façon particulière les muscles du dos et du rein, qu’on oublie un peu dans les exercices ordinaires.

5° Poids moyens et poids lourds

Dans des conditions d’innervation égales, la force d’un muscle dépend de sa surface de section et de sa densité, ou plus simplement de son volume et de sa qualité. Par

DE L’EXERCICE

une intervention énergique de lu volonté-on peut augmenter ce volume d’une façon étonnante, ainsi que nous l’avons déjà vu ; mais on n’accroit que faiblement et parfois pus du tout lu puissance de contraction. I*our acquérir cette dernière, ce gros muscle doit être tonifié, trempé pourrait-on dire, par des exercices aux poids moyens et aux poids lourds. Ainsi, la méthode de la résistance fictive et celle de la résistance réelle se complètent le plus heureusement, et leur association permet de réaliser un athlète supérieur, en force et en beauté, aux athlètes anciens.

Les règles de l’entrainement aux haltères n’ont jamais été posées scientifiquement ; encore aujourd’hui l’empirisme le plus pur dirige la conduite des athlètes en renom ; les uns s’exercent à la fois aux poids moyens et aux poids lourds, et les autres seulement aux poids lourds ; les uns, et c’est le plus grand nombre, donnent toujours leur 'maximum, pour me servir de l’expression consacrée, et les autres n’y consentent que de temps à autre, pour s’assurer des progrès accomplis. Ces tâtonnements et ces essais ne se produisent naturellement pas sans perte de temps et sans victimes; et il est urgent de poser les principes d’une culture rationnelle de la force physique.

Ces principes sont faciles à établir, à condition qu’on s’entende au préalable sur ces trois expressions : poids moyen, poids lourd au-dessous du maximum et poids maximum ; car leur valeur est très relative, ce qui est léger pour l’un pouvant être lourd pour l’autre.

J’appellerai :

1° poids moyen , celui qu’on peut enlever aisément et sans fatigue, au moins une vingtaine de fois ;

2° poids lourd minimum, celui qui permet de la même façon, 4 à 5 mouvements ;

3° poids lourd maximum, le plus gros poids qu’on puisse soulever sans déformation trop grande du corps, et sans intervention excessive de la volonté. La contraction musculaire ne doit pas s’irradier au loin et provoquer des grimaces ; elle ne doit pas surtout retentir sur le cœur au point d’amener des battements trop précipités et trop forts : les mains resteront bien irriguées et la peau colorée.

Ainsi, pour un Français de bonne force de la région de T Ile-de-France, le poids moyen au jeté à deux mains sera de 20 à 30 kilos, le poids lourd minimum 40 à 45 kilos, et le poids lourd maximum 50 à 60 kilos. Ces chiffres paraîtront faibles aux amateurs d’haltères ; mais qu’ils prennent au hasard de la rue 100 hommes dans la force de l’âge, combien y en aura-t-il qui exécuteront, avec le naturel que je demande, les mouvements précédents ?

Au développé, le poids moyen sera seulement de 10 kilos, le poids lourd minimum 20 kilos, et le poids lourd maximum 30 kilos.

Au porté, les poids s’élèvent et deviennent respectivement : 60, 120 à 180 kilos. Voilà, selon moi, ce qu’un homme de bureau doit faire; voilà ce que, à moins de dispositions exceptionnelles, il ne doit pas dépasser.

Il y arrivera facilement en se conformant aux règles suivantes :

1° S’exercer deux fois par semaine, de 4 à 6 heures de préférence, aux poids moyens et aux poids lourds minimum ;

2° Faire un essai de poids lourds maximum toutes les trois ou quatre semaines ;

DE I.’EXERCICE

Fig. /I. — L’athlete Bonnes, dans le jeté à deux mains.

3° Augmenter de 5 kilos pour le jeté et le développé, et de 15 kilos pour le porté, dès qu’il se sent capable de faire davantage.

Ainsi procéda Bonnes. Lorsqu’il se préparait, à Narbonne, à se mesurer avec les hommes les plus forts du

monde, il s’exerçai l tous les matins, en position debout et couchée, avec des haltères de 15 kilos. Deux fois par semaine il se rendait au cercle athlétique où il levait ses poids lourds minimum, c’est-à-dire 80 kilos, en moyenne, et de temps à autre il s’employait à fond. Dès qu’il enlevait facilement le poids maximum, il lui ajoutait 5 kilos, et reprenait la même série de mouvements, pour ajouter de nouveau 5 kilos, s’il sentait sa force augmenter. 11 en arriva ainsi à faire au jeté à deux mains, en deux temps et avec une correction parfaite, 140 kilos, pour ne parler que de l’exploit auquel il tient le plus (fig. 71).

A côté de Bonnes je citerai Sandow et Apollon, Maspoli et 1 lackenschmidt, Dériaz et Sérolle, ce dernier très probablement le futur champion du monde.

Je suis trop partisan du coltinage comme moyen de développement, pour ne pas clore cette liste par les noms de Bonelli et de François le Farinier.

1° Bonelli, champion de ce genre d’exercice, qui en 1897, au Cirque royal de Bruxelles, fit une dizaine de mètres avec 550 kil. sur les épaules (fig. 72).

2° François le Farinier, qui porte 3 sacs de farine, c’est-à-dire 477 kilos. Je rappelle, d’après Magne, qu’il y a un siècle le fort des forts de l’époque, ayant voulu réaliser le même exploit, tomba écrasé sous le poids des sacs.

6° De la lutté

Toutes les fois qu’on a voulu employer la lutte comme moyen de perfectionnement physique, on s’est heurté à la même difficulté : l’amour-propre excessif de ceux

Fig. 72. — Bonelli, porteur aux Halles (le Paris. Grand format, grande santé et grande force naturelle • 1 ni. 76; 112 kilos.

qui commencent à s’y livrer. Un jeune homme se considère comme déchu de sa puissance virile s’il est tombé par un de ses pareils, et il fait des efforts surhumains pour l’éviter. On a beau dire que ce n’est pas un combat sérieux ; on a beau supprimer les prises dangereuses, la lutte reste quand même le crève-cœur des exercices de sport. C’est d’autant plus regrettable qu’elle développe, d’une façon unique, la force, l’adresse et le courage, et qu’elle permet d’obtenir, en quelques instants, une sueur abondante et riche, particulièrement précieuse, sous notre climat, pendant l’empoisonnement hivernal.

Il est, il me semble, un moyen bien simple de la réhabiliter ; c’est d’imaginer une lutte d’entraînement et une lutte à fond, la première correspondant à la levée de poids lourds minimum et la deuxième à celle des poids lourds maximum. Pour réaliser la lutte moindre on associera deux individus de poids, de force et d’aptitudes inégales : l’un, lourd et fort; l’autre, léger, agile et résistant, celui-ci entraînant naturellement celui-là. Voyez d’ici Ibrahim Mamouth, le résistant des résistants, luttant avec Yousouf, le fort des forts, non dans un combat terrible, comme ils le firent jadis, mais dans un simple exercice ; voyez Rahmani, à la vitesse insensée, luttant contre Ivullo, aux rentrées superbes, ou même ce dernier luttant contre Gulam, le maître de la lutte libre ; voyez, en Occident, Célestin Moret luttant contre Hackenschmidt ou Petersen, Pons ou Padoubny, les champions incontestés de la restriction gréco-romaine, et vous aurez des modèles du genre que je propose.

Pour réaliser la lutte maximum, il n’est besoin que d’associer deux individus de poids, de taille et force sensible-

DE L’EXERCICE

ment égaux. Non seulement on leur interdira les colliers de force debout, les torsions de bras, les écrasements de mains ou de vertèbres, et tous les coups dans lesquels la douleur ou l’asphyxie sont plus que la force ou l’adresse; mais on les invitera : l’un, à ne pas insister sur une prise brutale, violente, mais peu décisive ; l’autre, à ne pas résister par des pontements ou épaulements prolongés, à des prises capables d’amener un résultat. Ils n’ont pas à imiter les professionnels, ni dans le chiqué qu’ils nous offrent d’habitude, ni dans la bourre qu’ils nous doivent.

Malgré tout la lutte resterait un exercice violent, et ceux-là seuls qui sont jeunes et puissamment organisés pourraient s’y livrer. Ils le feraient seulement l’hiver, une fois, deux au plus par semaine : la lutte de fond ne reviendrait qu’une fois par mois. Le moment le plus convenable serait de 4 à 6 heures de l’après-midi; à défaut entre 10 et 11 heures du matin. Malheureusement, la plupart des jeunes gens et 'des jeunes hommes sont occupés dans la journée; ils ne peuvent donc s’exercer que le soir, après le souper, ou le dimanche. Après un gros repas la lutte est bien pénible : les lutteurs qui paraissent tard, sur la scène des casinos, ont soin de manger de bonne heure (vers 4 ou 5 heures), et de manger peu. Ce n’est pas, d’ailleurs, le moment de la force, et c’est plutôt l’après-midi que les hercules se mesurent. Les individus qui n’ont pas le loisir de s’exercer à cette heure devront donc se contenter d’une seule lutte par semaine, le dimanche matin, l’après-midi de ce jour étant réservé aux promenades et .aux exercices de plein air, dont il a déjà été question.

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7° I)u saut à la corde

Les exercices de chambre on de gymnase ne comportant que des mouvements de bras ou comportant surtout des mouvements de bras, doivent être suivis d’un saut à la corde.

Il ne s’agit pas ici du saut violent et saccadé auquel se livrent les jeunes tilles, mais d’un saut souple et I rès amorti, le plus souvent monocolique, avec deux appuis successifs sur chaque pied. On procède par reprises assez brèves. L’animation augmente de l’une à l’autre, et l’on finit par quelques enlevées, tantôt en fléchissant la cuisse contre le ventre, genou plié, et tantôt en donnant des coups de pied haut. 11 faut avoir soin de ne pas perdre la cadence el do ne pas s’essouffler. Aucune description ni aucune photographie ne peut donner une idée exacte de ce mouvement, pourtant simple; el il faut, pour s’y initier, quelques leçons pratiques.

Le saut, à la corde est un exercice circulatoire d’une grande puissance. Il a le défaut d’être un peu violent et de ne convenir, par suite, qu’aux individus jeunes et fortement organisés. Lacreuse déclare qu’il rend très apte à la course, el O’Brien, qu’il donne du cœur dans les assauts de boxe : les Anglais et les Américains le pratiquent

maintenant beaucoup, à cet effet.

Artifices pour augmenter la qualité du muscle.

J’entends, par là, les applications froides, le lacement, le tapement et le massage.

1° Il a été déjà question des applications froides. Je

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DE L’EXERCICE

rappellerai seulement qu’elles augmentent la calorification des muscles par soustraction de chaleur, leur tonus par action réflexe frigido-constrictive, et le tout par des effets électriques peu connus. Naturellement, Phydriation agit d’autant plus vivement, mais aussi tourne d’autant plus facilement en mal que l’eau est plus froide et l’application plus violente ; c’est pourquoi, tandis que Dériaz attribue à la douche un dixième au moins de sa force musculaire, Bonnes la croit capable seulement de le courbaturer pendant quelques jours.

2° Tous les ans, pendant que des milliers d’ouvriers parisiens chôment, des moissonneurs étrangers viennent jusqu’aux portes de la capitale gagner 10, 12 et 14 francs par jour. Pourtant, certains travaux de ville sont autrement pénibles que les travaux des champs. Il y a quelques années, un ouvrier chômeur de mon quartier se le dit, et se procurant une sappe, il entreprit un champ de blé au prix bien raisonnable de 46 francs l’hectare. Mais au bout de quelques jours, une fatigue' très vive se fit sentir au poignet droit. Le moissonneur improvisé allait être condamné au repos, lorsqu’il eut l’idée de brider les tendons (les nerfs, comme dit le vulgaire) au niveau du poignet. Un grand soulagement se fil sentir aussitôt, et au bout de quelques jours toute douleur avait disparu. Depuis, tous les ans à la moisson, l’ouvrier d’usine devient sappenr ; et il vante beaucoup le petit artifice qui lui a permis de gagner ainsi 10 à 12 francs par jour, au moment où il vivait du travail de sa femme ou du crédit des commerçants du quartier.

Parmi les levours de poids, il en est beaucoup qui lacent leur poignet d’un anneau de cuir au moment des grands

efforts. Mais on peut aussi lacer les régions charnues pour mieux sentir les muscles se contracter, et augmenter ainsi sans fatigue l’innervation volontaire : un petit anneau de caoutchouc autour de l’avant-bras, du bras, de la cuisse ou du mollet, un extenseur de l’appareil Sandow ou de celui de l’auteur, autour de la poitrine ou au ventre, remplissent parfaitement ce but.

3° Le lapement peut être réalisé, soit, et de préférence, avec une lanière de caoutchouc comme celle qui sert, en certains pays, aux corrections policières, soit avec un vieux registre de 20 centimètres de long sur 8 de large et 2 d’épaisseur. 11 se pratique aussitôt l’exercice fini ; il faut frapper fort, mais pas au point de déterminer de la douleur.

A la rigueur, les mains peuvent servir pour lacer et taper : on lace en serrant une région soit avec une seule, soit avec les deux mains, et l’on tape avec la main ouverte.

4° Le massage est avant tout un exercice passif de la circulation : quand on frictionne, -comprime ou pétrit un muscle, de la périphérie au centre, on double ou on triple la quantité de sang qui le traverse. C’est aussi un moyen de durcir le muscle et d’en augmenter la puissance de contraction : les athlètes le pratiquent couramment dans ce but. Non seulement ils ont des aides très initiés à ce genre de mouvement, mais ils se servent d’appareils appelés auto-masseurs qui ont une grande influence durcissante ; telle la sphère rainée tournant au bout d’un manche et dont les Japonais semblent avoir eu la première idée. Je crois qu’il faut user sobrement de ces appareils et rechercher plutôt le massage doux et progressif d’une main habile.

DE L’EXERCICE

Nous nous fâchons souvent de ne pas avoir d’aide pour nous frictionner ou pour nous masser ; mais rien ne nous empêche d’imiter, dans une certaine mesure, les animaux ((ue l’absence de mains place dans une situation plus critique encore.

On sait que les mammifères, en général, se lissent le poil et se massent les muscles de la masse commune, en se poussant contre un objet très dur, mur ou poteau ; et cette pratique semble tellement favorable à leur santé, ([ue les éleveurs de porcs, par exemple, ménagent au milieu des porcheries un poteau à cet usage. Je désignerai sous le nom de palussement (d’un mot très usité dans le midi de la France et d’une origine très large, palus : poteau, pieu, palissade) ce massage primitif.

Notre corps étant vertical, nous ne pouvons comprimer transversalement les gros muscles du tronc, particulièrement les sacro-lombaires, qu’en prenant appui sur un objet horizontal. La barre d’appui d’une fenêtre convient très bien pour cela. On s’abaisse et on se relève, le corps renversé de tout son poids sur cette barre. On peut encore avoir recours à un fort bâton qu’on tient solidement dans le pli du coude.

Le même instrument, pris à pleines mains aux deux bouts, servira à masser le bas-ventre, les fesses, les jambes et le cou. Pour ce qui est des épaules et des bras, on se contentera du palussement vertical qui constitue 'le 4e intermède, à l’exerciseur élastique.

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