‹ Hygiène des sédentairesChapitre 41 sur 56 · C. — Le dimanche · texte numérisé non relu

C. — Le dimanche

1° Par une enlevée de poids plus lourds, tout en restant en de ça du maximum ;

2° Par le port d’un sac de 70 à 100 kilos ;

3° Par une séance de lutte, pendant le mois où l’on ne fait pas de boxe ; et ce sera alors aux dépens des poids lourds.

8° Exercice des organes génitaux

Pour assurer la perpétuation des êtres, les rapprochements sexuels devaient s’accompagner d’une grande volupté; c’était aussi le moyen le plus certain de développer ou de fortifier les organes chargés de collaborer à cet acte, c’est-à-dire non seulement les organes génitaux, mais les caractères sexuels secondaires. Cette dernière influence retentit grandement sur l’état général. On l’a admis de tout temps empiriquement ; on se l’explique aujourd’hui par le passage dans le sang de la sécrétion interne des glandes génitales, ovaire ou testicule (Bouin et

Ancel), et peut-être aussi d’une portion de leur sécrétion externe (Brown-Séquard).

Je n’ai pas à m’occuper ici de la fécondation. Non que j’aie renoncé à aborder le plus grave problème : la réglementation de la production de Y enfant, dont l’annonce seule, dans Y Hygiène pour fous, m’a attiré de très vives critiques et quelques inimitiés. Je considère au contraire de plus en plus cette réglementation, comme une nécessité sociale de premier ordre ; et le seul regret que j’éprouve en ce moment, c’est de ne pouvoir publier aussitôt que je le voudrais le livre la concernant.

Reste l’exercice des organes génitaux considéré en luimême : le sujet est déjà digne des plus grands ménagements.

Nous sommes d’abord très mal renseignés sur les manifestations de l’instinct sexuel : les gens sérieux n’en parlent guère, et ce qu’en disent les autres est très suspect. Nous savons seulement qu’il varie considérablement suivant les individus et qu’il est bien difficile d’établir des moyennes.

Serions-nous suffisamment renseignés sur le fond de la question, il resterait encore la forme. Bien que ce livre s’adresse à des adultes, je ne puis y faire entrer un chapitre que l’ori pourrait qualifier de honteux, dans le sens qu’on attribue à ce mot, en extérieur. Je me trouverais donc dans le plus grand embarras si l’abus sexuel général, avoué ou non, ne m’autorisait à un conseil de modération qui sera la dominante et le but principal de ce chapitre.

La luxure universelle tient à des conditions de milieu et à des conditions d’individu.

DE L’EXERCICE

Le milieu peut cire excitant par lui-même et grâce à des conditions générales cosmiques que personne ne connaît. Ce fut le cas des pays où la beauté du ciel et la fertilité naturelle de la terre firent éclore les premières civilisations : la circoncision y eut principalement pour but d’affaiblir, à la fois chez l’homme et chez la femme, une sensation qui pouvait devenir perturbatrice. C’est le cas actuellement des pays du Midi par rapport à ceux du nord : l’instinct sexuel est moins précoce ici que là, et cette condition n’est pas pour peu de chose dans les différences de taille et de robustesse des populations de ces régions.

L 'alimentation agit par sa qualité plutôt que par sa quantité : les lentilles, les poissons, les œufs et sur tou 1 la viande, sont justement considérés comme aphrodisiaques ; le vin est aussi excitant que la bière déprimante.

Du côté de l 'individu, considéré isolément ou en société, les causes, de luxure croissent avec la civilisation. Au dehors ce sont les personnes, les livres, les spectacles ou les images. On cache l’acte sexuel, mais on affiche partout les caresses qui le précèdent ; et l’esprit est souvent plus frappé par ce qu’il devine que parce qu’il voit. Naguère les images lascives se cantonnaient dans les vitrines ; aujourd’hui les cartes postales illustrées les portent au sein de toutes les familles.

Au dedans c’est V oisiveté, capable de ce vice plus encore que des autres; son influence est incomparablement plus grande chez l’homme, organisé pour l’activité, que chez la femme, d’un naturel plutôt sédentaire.

Ainsi, les causes de l’abus sexuel peuvent se résumer dans cette formule : Y excitation artificielle, dans l’oisiveté et la suralimentation.

Dès lors les remèdes sont tout indiqués : il faut fuir les excitations malsaines, s’occuper utilement et se nourrir proportionnellement à son activité. Mais il ne saurait y avoir aucune comparaison dans la valeur relative de ces trois moyens. Tout individu qui travaille assidûment est , par cela même, à l’abri des excitations extérieures, et dans une certaine mesure, de la suralimentation ; en sorte que Y occupation de l’esprit ou du corps, peut-être plus de l’esprit que du corps, est le remède souverain contre la luxure.

Malgré les écarts énormes qui existent entre les races et les individus, je suis bien obligé de préciser par des chiffres les considérations générales qui précèdent. J’admettrai donc que sous le climat parisien et dans des conditions moyennes d’âge et d’alimentation, le nombre des rapprochements sexuels ne doit pas dépasser 50 par an. Evidemment, il ne saurait y avoir aucune régularité dans leur répartition : outre ses variations périodiques, spontanées ou saisonnières, l’instinct sexuel est.

encore fortement influencé par les causes résumées ci-dessus.

Pour être le moins épuisants possible, ces rapprochements auront lieu in more normale, et au moment du jour où le corps a sa plus grande vigueur et son plus grand luxe de matériaux circulants, c’est-à-dire post prandium.

Complément de l’activité

DU REPOS

L’activité appelle nécessairement le repos. Sous ce

titre général je dois étudier :

1° Le repos de la vie neuro-musculaire volontaire ;

2° Le repos de la vie sensorielle ou sommeil ; et dans

le premier cas, le repos partiel et le repos total.

1° Repos de la vie neuro-musculaire volontaire

1° Le repos partiel n’a jamais attiré beaucoup l’attention des physiologistes : Laulamé seul lui a consacré quelques lignes. Il suffit cependant de remarquer la fréquence des stations hanchées chez le cheval et chez l’homme ; il suffit de savoir que certains chevaux ne se couchent qu’au moment de leur mort et que l’énorme éléphant lui-même peut passer des mois entiers dehoul (Colin), pour se rendre compte de ce qu’il peut donner. J’ai eu l’occasion d’en voir des applications remarquables dans l’étude de quelques travaux manuels : le débardeur de sable ou de gravier, par exemple, préfère descendre dans son bateau et en remonter à chaque brouettée, que de manier exclusivement la pelle ou la brouette.

Au point de vue intellectuel, au contraire, on lui a accordé une importance qu’il ne saurait toujours avoir. S’il est très favorable, en effet, aux travaux légers, de courte haleine, brisés peut-on dire, et que Voltaire, qui affectionnait ce genre de travaux, put se délasser en passant d’un à l’autre de ses cinq ou six pupitres, il est incompatible avec des spéculations élevées et suivies, et A. Comte, qui cultivait spécialement ce genre de cérébration, dut se condamner à des méditations presque continues dont l’une, la plus célèbre, dura trois jours et demi.

Qu’il soit cérébral ou musculaire, le repos partiel suppose nécessairement l’alternance d’organes concourant à la même fonction ; et comme il n’en est qu’un, le plus souvent, qui puisse la remplir absolument, cette alternance entraîne fatalement des hauts et des bas dans la marche de la fonction elle-même : ainsi, pour prendre un exemple grossier, on peut se délasser d’une longue marche en avant, en allant quelques instants à reculons, mais on ne se déplace ni aussi vite, ni aussi facilement.

Les avantages de ce genre de repos ne tiennent pas uniquement à ce que certains organes peuvent se relâcher complètement pendant que d’autres travaillent ; ils dépendent aussi de ce que leur dépoisonnement est alors facilité par la puissance de la circulation et par la vigueur générale des émonctoires. Ainsi, quand on est fatigué de marcher, un temps de course divertit et soulage, et par un changement de la forme du travail, et par une décharge rapide de certains déchets. Dans les raids militaires l’alternance du pas, du trot et du galop assure le succès ; et je ne doute pas que l’homme lui-même n’étende sa puissance locomotrice lorsqu’il aura déterminé, avec au-

DU REPOS 267

tant de précision qu’on l’a fait pour le cheval, les conditions d’alternance de ses divers modes de progression.

2° Le repos total avec conservation de la vie consciente s’obtient par l’immobilité seule. Autant que possible il doit s’accompagner du repos relatif du cœur et de tous les organes de soutènement viscéral, c’est-à-dire avoirlieu dans la position couchée. Nous n’avons pas l’air de nous en douter, en France, on voit des individus, des femmes surtout, bavarder des heures entières au coin des rues ; dans les épreuves sportives elles-mêmes, où l’on devrait -pourtant chercher toutes les conditions d’économie de la force, les temps de repos se passent en causeries debout : quelques Américains seuls ont l’habitude de se coucher sur les pelouses et de se taire.

C’est après le repas que le proverbe hindou : « On est mieux assis que debout et couché qu’assis » est surtoutvrai ; la circulation est difficile et l’estomac absorbe une grande partie des forces disponibles. C’est alors surtoutque le passage de la position verticale à la position horizontale modère les battements du cœur et éclaircit les urines. On connaît aujourd’hui l’influence de V orthostatisme sur la sécrétion rénale : la diminution de pression que cette position occasionne inévitablement, concentre les urines de l’homme sain, et altère celles de l’homme malade (brightique).

Toutes les personnes facilement épuisables 11e devraient pas manquer de s’étendre sur un canapé ou sur un lit dur deux ou trois fois dans la journée, notamment avant et après le repas de midi : avant, pour se délasser complètement du travail matinal, et elles devraient alors redresser seulement la tête ; après, pour soulager le cœur tout

autant que pour faciliter la digestion, et dans ce cas une certaine inclinaison du tronc est avantageuse. Et qu’on ne m’objecte pas que cela rendrait paresseux. Le travail se mesure à l’énergie qu’on y apporte plus qu’au temps qu’on y passe, dans certaines limites bien entendu ; et les Anglais ont eu raison de réduire les heures de travail pour augmenter d’autant celles du repos. En France, nous en sommes toujours pour les longues présences ; et nous n’arrivons ainsi, bien souvent, qu’à la paresse relative et à l’ennui.

A propos de la position assise, je ferai remarquer que son influence est bien différente suivant qu’elle a lieu à terre ou sur une chaise, et dans ce dernier cas, suivant que la chaise est haute ou basse.

La position assise à terre exige une forte contraction des muscles abdominaux et un certain raidissement des muscles dorsaux, leurs antagonistes. Elle fortifie les uns et les autres, et n’est peut-être pas étrangère au développement du rein chez les Turcs. En tout cas elle paraît peu favorable à l’allongement des jambes, toujours fléchies et ramassées sous le tronc, ainsi qu’une commission de savants japonais vient de le reconnaître tout récemment.

La chaise procure un repos plus complet ; mais elle a forcément le défaut de ses qualités : les muscles au repos s’atrophient et les jambes s'allongent. Elle soulage d’autant plus le cœur qu’elle est plus basse ; elle délasse d’autant plus les jambes qu’elle est plus haute, dans certaines limites bien entendu : il faut donc s’asseoir bas et s’asseoir haut alternativement, si l’on veut atteindre ce double but.

Les expressions n’ont pas une valeur absolue ; elles

DU REPOS

dépendent de la longueur des jambes, tellement variable suivant les pays, les races et les individus, l’alimentation, l’exercice et le sexe, que si l’on voulait faire des chaises pour tous, il faudrait en établir au moins 5 ou 6 types.

Disons, à ce propos, que la tendance des classes dirigeantes du Japon à remplacer la natte par la chaise, dans le but seul d’élever la taille, sera plus nuisible qu’utile aux progrès futurs de cette race. Si les Japonais sont courts de jambes, ils sont très grands de buste; et c’est là une beauté de premier ordre au point de vue de la résistance.

2° Repos de la vie sensorielle : Sommeil 1° Règles générales

On a admis très longtemps que la vie organique s'exaltait pendant le repos de la vie animale ; c’est le moment de la mise en réserve : le sommeil engraisse ; c’est celui de la plus grande croissance. « Allez au lit, vous grandirez », disent les femmes de Flandre à leurs enfants.

En réalité la vie sensorielle viscérale, elle aussi, se repose, et les actes mécaniques et chimiques qui en dépendent s’affaiblissent : l’estomac sécrète moins, et la digestion se fait mal ; le gros intestin se contracte moins énergiquement, et les fèces stagnent dans ses augets ; le petit intestin, le foie, le rein et la peau n’éliminent plus tous les poisons que le sang leur apporte, le teint pâlit et jaunit et l’haleine devient fétide ; il est probable que la nutrition elle-même se modifie : la dimi-

nution des oxydations expliquerait la mise en réserve le ralentissement de la consolidation et la détente générale, l’accélération de la croissance. A priori, du reste, il serait singulier, comme le disait Broussais, que la suspension de l’activité d’un organe aussi souverain que le cerveau, n’amenât pas une dépression des fonctions de la vie végétative. De là découlent les trois principales règles qui doivent présider au sommeil :

1° 11 ne sera jamais trop long ;

2° 11 n’aura pas lieu dans la première ou les deux premières heures qui suivent le repas, suivant l’importance de ce dernier, c’est-à-dire au moment de la plus grande gêne circulatoire et du plus grand effort digestif ; ni à un moment trop éloigné, alors que l’estomac presque vide demande des aliments ;

3° Il coïncidera le plus possible avec le repos périodique de l’activité cosmique, et en suivra les variations de durée et d’intensité. Ainsi, le sommeil aura lieu la nuit de préférence au jour : les nuits passées abrègent les jours, a dit justement Bacon ; et d’une façon plus précise, dans la première moitié de la nuit : l’activité semble renaître vers 1, 2 ou 3 heures du matin ; l’aube « ne jorce au sommeil » que tout ce qui a mal dormi dans la première partie de la nuit. Il variera avec les saisons : l’hiver porte aux longs sommes par la longueur des nuits, par la tristesse de la nature et par l’action légèrement anesthésiante du froid ; avec les sexes : l’homme a besoin d’un repos un peu plus long que la femme ; et suivant, le travail : les gens de bureau doivent dormir plus longtemps que les ouvriers manuels, parce que leur sommeil est. moins profond et par conséquent moins réparateur.

DU REPOS

Tenant compte de ces conditions, je fixerai la durée du repos au lit à 8 heures, de 10 heures du soir à 6 heures du matin, au jour moyen et dans des conditions individuelles moyennes. Et en cela, je serai d’accord avec l’Ecole de Salerne ; et aussi avec ce vieux dicton populaire]: « Lève- toi à 6, dine à 10, soupe à 6, couche-toi à 10, et tu vivras 10 fois 10. »

Quant au sommeil du milieu du jour, «fuyez-le comme la peste », suivant la recommandation de l’Ecole de Salerne ; et quand vous vous y livrez forcément, que ce soit toujours « loin du repas ».

Il faut même résister à V appesantissement qui suit le dîner, quand le système nerveux est très épuisable ou que l’activité a été grande dans la matinée : il trouble la digestion à la façon d’un sommeil profond, sans réparer aussi efficacement les forces. Je ne vois guère qu’un cas, sous notre climat, où la sieste soit défendable : c’est celui des ouvriers agricoles qui, par les grands jours, se mettent

au travail dès que la clarté est suffisante, c’est-à-dire

entre 2 et 3 heures du matin.

2° Du décubitus.

Chaque façon de se coucher offre des avantages et des inconvénients :

1° Le décubitus dorsal est le seul compatible avec la conservation des bonnes formes, mais il détermine, du ronflement chez les uns et des rêves effrayants ou érotiques chez les autres ;

2° Le latéral droit laisse une grande liberté à la poitrine et au cœur, mais il aplatit transversalement le tronc,

entraîne un trophisme inégal des deux côtés, et permet la chute des viscères faiblement soutenus ;

3° Le latéral gauche laisse dans leur position normale l'estomac et son contenu, mais il déforme comme le précédent et fatigue le cœur ;

4° Le ventral met à l’abri de la chute de la luette, des mucosités nasales et de la salive, mais il impose un grand labeur aux organes de la respiration et de la circulation.

En somme, il faut adopter autant que possible le coucher dorsal, la tête peu relevée : c’est le décubitus des hommes robustes ; à défaut, le coucher latéral droit, la tête un peu plus haute et les jambes mi-fléchies : c’est le décubitus des faibles et des nerveux.

Pour autant qu’un mode de décubitus soit en rapport avec la constitution il ne saurait durer une nuit entière sans déplacer certains organes ou gêner certaines fonctions. De là l’utilité de prendre, à un moment donné, généralement au premier réveil, une position inverse de la première, et que j’ai appelée, pour cette raison : décubitus complémentaire. On y est porté du reste spontanément. Ainsi l’homme qui s’était couché sur le dos se retourne sur le ventre, s’adente, comme diraient les latins, et comme on dit encore en Normandie ; et celui qui s’était couché à droite se place à gauche, se conformant ainsi, sans le savoir, à l’un des grands préceptes de l’Ecole de Salerne. Je rappelle que les pandiculations spontanées et à plus forte raison méthodiques, contribuent encore à corriger les elîets du coucher dominant, en redonnant aux muscles et aux nerfs toute leur longueur et toute leur élasticité.

nu REPOS

3° De l'aération de nuit.

Nous voici à l’une des grosses questions du jour : les pulmoniques se trouvant bien de l’aération nocturne, les médecins veulent l’imposer à tout le monde. Les « naturalistes » surtout se montrent intransigeants : « De la naissance cà la mort tu respireras constamment l’air frais », dit Bilz, l’un des plus considérables d’entre eux ; et pour donner l’exemple, il couche lui et sa famille sur un balcon couvert, en toute saison. Sous cette forme absolue le nouveau précepte d’hygiène présente quelques dangers, et il faut distinguer les cas.

Laissons de côté les malades : d’une manière générale tous ceux qui ont un peu de fièvre la nuit, tuberculeux ou autres, et tous ceux qui, sans avoir une élévation de température manifeste, suent, ont tout au moins la peau moite à la façon des petits fébricitants, se trouvent fort bien de l’aération nocturne continue ; et occupons-nous seulement des individus sains : il ne saurait y avoir de divergences que pour ceux-ci.

Classons-les d’abord en deux grands groupes, suivant qu’ils ont besoin de l’action excitante de l’air ou qu’ils peuvent s’en passer. Le premier groupe comprend beaucoup de personnes à peau pâle ou moite et tous les nerveux. Je connais de ces derniers, très forts musculairement, qui sont menacés de syncope pour la moindre viciation d’air ; s’ils étaient surpris par une défaillance lors du sommeil dans un air confiné, ils n’en reviendraient probablement pas. Le deuxième groupe comprend toutes les grosses natures, lymphatiques ou sanguines, et d’une manière générale tous les individus hauts en couleur :

pendant la dernière guerre, les soldats allemands s’enfermaient dans des tabagies où la plupart des soldats français se seraient trouvés mal à l’aise.

Séparons ensuite les sédentaires des travailleurs manuels : l’ouvrier mulassier, par exemple, exalte suffisamment ses dépenses de jour sans avoir besoin d’activer, par un trop grand afflux d’air pur, les oxydations de nuit ; d’ailleurs, il est généralement trop fatigué et son sommeil est trop profond pour qu’il puisse conserver, contre le refroidissement nocturne, une défense suffisante. C’est absolument le contraire pour l’homme de bureau.

Distinguons aussi les âges. A partir de la quarantaine ou de la cinquantaine, la peau devient rapidement défaillante, et les muscles n’ont plus la même puissance de calorification. Parmi les personnes qui se décident sur le tard à coucher les croisées ouvertes, il en est beaucoup qui ressentent des douleurs dans les épaules et un peu de courbature générale. Chez l’enfant, au contraire, les muqueuses font les frais de l’accommodation, et l’on observe surtout des rhumes de cerveau (coryza) et des maux d’yeux (conjonctivite). Je ne parle pas des accidents abdominaux (coliques et diarrhée) ; on ne les observe que chez les gens qui se laissent surprendre par le froid, ventre découvert, à la façon des Chinois qui veulent se purger (Dr Brouardel).

Après les conditions d’individu, les conditions de milieu.

Tout porte à croire que les émanations du sol sont plus intenses la nuit que le jour et peut-être d’une nature différente : en tout cas, elles se condensent davantage dans les couches inférieures de l’atmosphère. C’est ce qui a fait

DU REPOS

considérer Y air de La nuit comme malsain partout où il existe du tellurisme comme dans les terres fortes du midi de la France. D’ailleurs, à cette cause d’insalubrité rustique peut s’en joindre une autre purement physique : la fraîcheur matinale. Elle est énorme dans les pays à grandes rosées ; et l’individu qui couche les croisées ouvertes, particulièrement au rez-de-chaussée, peut en ressentir le contre-coup.

Les villes se trouvent dans des conditions absolument différentes. Ni le tellurisme, ni le ros n’y sont à craindre ; et les causes de viciation de l’air, animales ou industrielles, y sont incomparablement moindres la nuit que le jour. C’est ce qui explique, en partie, la vogue croissante dont y jouit l’aération nocturne.

Entre ces deux extrêmes on trouve tous les intermédiaires. Je prendrai ici comme exemple un immanuel de santé moyenne habitant la banlieue parisienne.

1° Il n’aura recours à l’air de la nuit qu’après avoir demandé à celui du jour tout ce qu’il peut donner. Rien de plus ridicule que de se calfeutrer le jour dans son bureau ou dans une voiture de transport, pour se mettre aux quatre vents la nuit, comme le font en ce moment un grand nombre de sédentaires et d’intellectuels parisiens ;

2° Il ne fera appel à l’air nocturne qu’après avoir emmagasiné dans sa chambre à coucher la plus grande quantité possible d’air journalier ; c’est-à-dire que cette chambre sera grande (40 à 45 mètres cubes pour un individu) ; qu’elle sera débarrassée de tous les meubles inutiles, et qu’on la ventilera très complètement, avant de se mettre au lit ;

I 3° Par les grands froids il se contentera de laisser un peu de jour entre les 2 battants de la fenêtre ; puis il les écartera progressivement pour les laisser grand ouverts pendant toute la belle saison. A l’entrée de l’hiver, il rapprochera de nouveau les 2 battants de la fenêtre jusqu’à la position de départ indiquée ci-dessus;

4° Aux époques où il y aura un trop grand contraste entre la température de la nuit et celle du matin, les croisées seront fermées plus ou moins avant les premières heures du jour ; ce sera aussi un moyen d’éviter l’impression de froid au saut du lit, très désagréable aux personnes sensibles.

Il est un moyen bien simple de fermer sa fenêtre, ou plutôt d’attirer les 2 battants l’un vers l’autre, de son lit, et sans même se redresser sur son séant : deux pitons creux à vis, une longue ficelle et un poids muni d’un crochet suffisent pour cela. Dès que le froid se fait sentir trop vivement, on décroche le poids ; et celui-ci, par sa chute, rapproche les 2 battants. L’opération est on ne peut plus facile si l’une des demi-fenêtres est fixe ; la fermeture serait même complète avec un emboîtement comparable à celui des portes (fig. 73). Quoi qu’il en soit, ce simple artifice permet 'de laisser la fenêtre demi-ouverte pendant la plus grande partie des longues nuits d’hiver.

Quant aux persiennes, ce seront des volets en bois percés de grandes fentes transversales ne s’imbriquant pas outre mesure : l’été, on les rapprochera seulement pour diminuer l’éclairage et briser les courants d’air ; l’hiver, on les fermera complètement;

5° V aération indirecte, par un couloir ou une chambre

DU KEPOS

Fig. 73 Artifice très simple pour fermer uu des battants

de la fenêtre, sans se lever du lit.

voisine, sera toujours secondaire ; en aucun cas elle ne devra remplacer l’aération directe ;

6° Il est bien entendu que l’individu couché sera bien couvert ; par une température moyenne il conservera l’édredon sur les pieds, les jambes et le bas-ventre;

7° A mesure que l’homme de bureau s 'endurcira, il ouvrira plus largement fenêtres et persiennes ;

8° Même alors, les courants d’air seront soigneusement évités.

Page 1