‹ Hygiène des sédentairesChapitre 45 sur 56 · DES SAISONS · texte numérisé non relu

DES SAISONS

qu’ici n’avait songé aux sudations hivernales ; et c’est dans ce livre qu’on les trouvera considérées, pour la première fois je crois, comme une méthode hygiénique : /’ hiver, c'est V empoisonnement par insuffisance cutanée.

Nous savons aussi que l’alimentation très abondante et très animale de la saison froide, donne beaucoup de déchets éliminables par le rein, le foie et l’intestin, et nous n’apportons aucun soulagement à ces organes : Vliiver, c'est V empoisonnement par surcharge de V émonction centrale .

Nous n’ignorons pas que l’estomac, considéré seulement comme organe digestif, se fatigue de cette nourriture copieuse et grasse, et nous lui refusons néanmoins les quelques repas de misère qui pourraient le reposer : V hiver, c'est V empoisonnement par fatigue viscérale.

Nous sommes avertis, par le mauvais état de certaines personnes et par la mort brusque de quelques autres, que les foyers de combustion ordinaires dégagent un des poisons les plus violents du sang, l'oxyde de carbone, et nous nous calfeutrons quand même dans nos habitations, de façon que son influence vienne s’ajouter à celle de l’air naturellement confiné : l'hiver, c'est, l' empoisonnement par le dehors.

Nous sentons très bien, enfin, qu’un exercice fort et soutenu est nécessaire pour brûler l’excès de combustible introduit, et nous travaillons moins qu’à toute autre époque de l’année : l'hiver , c'est l'empoisonnement par repos

relatif.

Avouez qu’il faut un capital de santé considérable pour résister longtemps à de pareilles causes de dégradation ; et que nous sommes pour plus que le monde dans les

maux dont nous nous plaignons. Le jour où l’on ne se suralimentera pas ; le jour où l’on se livrera à un exercice régulier devant, de temps à autre, produire la sudation ; le jour où l’on ouvrira portes et fenêtres, l’hiver redeviendra, sûrement, une saison très favorable aux individus sains et bien constitués. C’est alors surtout qu’ils acquerront cette résistance aux intempéries, cet endurcissement, comme disent les Allemands, qui reste, malgré les progrès du bien-être, une des formes les plus précieuses de la santé.

J’ai remarqué que beaucoup de neurasthéniques ou de nerveux candidats à la neurasthénie, ont l’habitude de se chauffer violemment le dos, pour le moindre frilement ; on en voit se tenir longtemps accroupis contre des foyers ardents, comme s’ils y puisaient un élément de santé et de force. Je considère plutôt qu’ils s’y affaiblissent : les centres nerveux ont une organisation trop délicate pour pouvoir supporter impunément des températures pareilles. Je me demande même s’il n’en résulte pas un trouble trophique rappelant un peu le coup de soleil par le dos et le rein, dont les Arabes ont toujours soutenu l’existence. En tout cas, il serait prudent d’imiter les Anciens, qui se chauffaient surtout de face bien que leurs feux de bois fussent incomparablement plus tendres que nos feux de charbon.

DES AGES

Page 1