‹ Hygiène des sédentairesChapitre 48 sur 56 · HYGIÈNE DE I.’AGE MUR · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DE I.’AGE MUR

Quant à la distinction entre ce dernier et l’obèse, elle ne saurait être une affaire de quantité, par conséquent de volume et de poids, mais seulement une affaire de qualité, par conséquent de fonctionnement. Chez l’homme gras, les réserves sont simplement exagérées, et les troubles que l’on constate tiennent uniquement à des conditions mécaniques (augmentation de poids, gêne de la circulation,etc.). Chez l’homme obèse, les éléments nobles dégénèrent en graisse, et les principales fonctions sont compromises : le cœur donne les premiers signes de défaillance; puis le foie et le rein, dont le fonctionnement est si grandement influencé par les conditions de circulation ; finalement les muscles dont les fibres cèdent le plus facilement à l’invasion grasse.

Au point de vue du traitement, les différences sont aussi très grandes entre ces deux catégories d’individus : tandis que l’homme gras peut réduire progressivement ses réserves et récupérer ainsi l’état normal, l’obèse doit se contenter d’arrêter les progrès de la dégénérescence. Ceci nous avertit qu’il ne faut pas trop attendre pour appliquer la méthode hygiénique dont je vais maintenant tracer les grandes lignes.

Il y a deux façons de réduire la mise en réserve : diminuer les entrées ou augmenter les sorties : les médecins connaissent surtout la première ; avec de Raoul et Régnault je conseille principalement la seconde.

En limitant la quantité et la qualité des aliments, on prive l’individu d’une source de satisfaction qui n’est pas à dédaigner : c’est même celle qui brave le plus les effets de l’âge. Chaque médecin interdit ou restreint les aliments qu’il croit dangereux ; et comme les avis sur ce

point sont assez partagés, le régime d’amaigrissement, se réduit finalement à bien peu de chose. Mais ce n’est pas là son principal inconvénient.

J’ai toujoursconsidéré que, pour être vigoureux, l’homme doit prendre un peu plus d’aliments qu’il ne lui en faut : l’estomac se fortifie à ce brassage intense et varié, et les tissus choisissent à leur aise dans le chyle en provenant. Si l’on réduit la ration à ce qui est strictement nécessaire, on affaiblit donc à la fois la puissance nutritive et la puissance tonique des aliments ; il est même à présumer qu’on touche celle-ci plus que celle-là, parla raison qu’elle tient plus aux substances rares qu’aux substances communes.

Et lors même qu’on ne donnerait au diathésique tendant à l’obésité, que la nourriture indispensable à son entretien, on n’éviterait pas complètement la formation de réserves excessives et la substitution de la graisse aux éléments nobles des tissus : ce que l’organisme ne ferait pas avec un principe immédiat, il le ferait avec d’autres ; et ce qu’il ne trouverait pas dans les aliments, il le prendrait en lui. Ne sait-on pas que chez les diabétiques, cousins germains des obèses, les albuminoïdes participent activement à la formation du sucre, quand les féculents sont trop réduits (Dr Dieulafov)? Ne voit-on pas tous les jours des individus perdre de leur couleur et de leur force pour avoir voulu suivre un régime trop rigoureux contre l’obésité ? Le plissement de la peau dans la région de la gorge, la chute des pommettes et du ventre, ne montrent-elles pas que la bonne graisse s’en va et que la mauvaise reste? Enfin, le bruit de souffle au cœur et la faiblesse des jambes n’avertissent-ils pas bien souvent

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qu’il est temps de s’arrêter dans un aussi mauvais chemin ?

De pareils inconvénients ne sont pas à craindre avec la deuxième méthode : on n’expulse que des matériaux usés, et l’augmentation régulière des sorties est inséparable d’une élévation du tonus général. La difficulté réside plutôt dans le choix des moyens à employer pour atteindre ce résultat.

Quelques auteurs s’en tirent aisément en disant qu’il faut de l’exercice ; mais si le remède contre l’engraissement était si simple, nous ne verrions pas autant d’individus gros et encore moins autant d’obèses. En réalité, beaucoup de gens marchent ou travaillent, parfois assez durement, sans parvenir à se faire maigrir ; et il importe d’indiquer ici quels exercices il faut choisir, et comment il convient de les pratiquer.

Nous savons aujourd’hui que la graisse se substitue à l’eau au sein des tissus, en sorte qu’une production abondante de plasma est le prélude obligé de l’engraissement. La première condition que doit remplir l’exercice est donc d 'assécher le corps, dans une certaine limite.

Ce n’est certainement pas par la diurèse seule qu’on y arrivera : on fait bien disparaître ainsi des épanchements anormaux, mais il est un niveau d’hydratation au-dessous duquel on ne peut descendre. Par la sudation, au contraire, ' la soustraction de liquide est pour ainsi dire sans limites ; et elle s’adresse aussi bien aux plasmas extravasés qu’au sérum sanguin. Il est encore, entre le fonctionnement du rem et celui des glandes sudoripares, cette différence, c’est que le premier exige une certaine pression du sang, tandis que le second ne demande que de la chaleur à perdre et certains principes à éliminer.

Nous savons aussi que la graisse alimente pour une grosse part le travail musculaire et que ses résidus s’éliminent surtout par la peau. La reprise se fait du sang au foie et autres glandes, de celles-ci à la peau, de la peau aux muscles et des muscles à l’abdomen : le sang et le foie sont très maigres chez les animaux de travail ; la réserve grasse cutanée et sous-cutanéc dite lard est considérablement réduite, chez l’homme, par les travaux pénibles; et comme la peau reste épaisse, sa disparition se traduit précocement par d’énormes rides.

La rentrée de la graisse dans le torrent circulatoire semble être aussi fonction de la température. Tant que le travail est léger, la régulation thermique est assurée par l’évaporation pulmonaire et la transpiration insensible seules ; et l’amidon animal (glycogène) paraît fournir presque tout le sucre nécessaire aux muscles : le principal résidu, l’acide lactique, passe par les urines. Lors du fort travail, au contraire, le sang et les centres nerveux s’échauffent, et l’oxydation de certaines graisses devient inévitable : les résidus s’éliminent en grande partie par la sueur. Ainsi, une sage disposition naturelle a voulu que la destruction du principe immédiat le plus échauffant, amorçât de ses déchets la sécrétion la plus refroidissante.

Ces considérations sommaires expliquent le double rôle de la sueur : elle dessèche et elle dégraisse.

11 s’agit ici, je le répète, de la sueur obtenue par l’exercice; celle qui résulte de réchauffement artificiel du corps ne saurait guère provoquer qu’une soustraction d’eau, particulièrement quand elle suppose, en même temps, un abaissement énorme de la tension générale (bains de

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vapeur). Malheureusement ne sue pas qui veut, de cette façon. Certaines personnes ont une innervation cutanée faible, en tout cas facilement perturbable; d’autres, des digestions anormales, ne fournissant pas au sang les résidus gras capables d’exciter la sécrétion sudorale ; une troisième catégorie enfin ne peut, sans s’épuiser, exécuter le travail préliminaire de la sudation ; et l’un des problèmes les plus difficiles de l’hygiène consiste à déterminer Yexercice ou l'ensemble des exercices donnant le maximum de bonne sueur avec le minimum d'effort.

Le commandant de Raoul pensa que c’était la course en flexion ; et pour la catégorie de malades auxquels il eut affaire, il ne se trompa pas de beaucoup.

Sandow, Desbonnet, Gérardv et bien d’autres croient que l’exercitation volontaire, avec ou sans caoutchoucs, avec ou sans haltères, peut assurer seule la défécationcutanée, et le fait semble vrai pour les individus bien constitués, à la rigueur pour les petits arthritiques auxquels leur méthode s’adresse. J’ai établi à mon tour que la course ordinaire est l’exercice dépoisonnant par excellence. Non seulement elle détermine très vite un grand éehauffement, et par le mouvement rapide du sang, et par la contraction énergique des plus gros muscles ; mais elle développe peu à peu les beautés de la vie nerveuse et les beautés de la vie sanguine, opposées toutes deux à la surcharge graisseuse. Je lui reproche, néanmoins, de faire suer les jambes beaucoup plus que le tronc, et de faire intervenir l’instinct plus que la volonté ; et je propose de la compléter par la boxe anglaise chez les jeunes, et par l’exercitation volontaire chez les vieux.

A propos de la boxe anglaise, je ferai seulement remar-

quer que ranimation, la vitesse, l’attention soutenue et le travail considérable de l’intelligence musculaire qu’elle exige, semblent détruire les réserves les plus encombrantes, ou plus exactement les plus alourdissantes : la graisse du cerveau pour l’esprit et celle de l’abdomen pour le corps ; l’œil se creuse immédiatement et le ventre se rétracte. Il en est probablement de même de tous les exercices ou travaux exigeant une transmission pour ainsi dire instantanée de l’ordre volontaire aux muscles. Les physiologistes nous diront peut-être un jour comment cette étincelle brûle certaines réserves ; je me contente, pour l’instant, de signaler le rôle qu’elle peut jouer dans le traitement de l’obésité.

J’emploie ce dernier mot parce qu’il est commode et que sa signification s’étend aujourd’hui à toutes les phases avancées de l’engraissement. Mais il est bien entendu que je n’ai pas à m’occuper ici de l’obésité grave qui met obstacle aux principales fonctions et constitue une sorte de maladie. Sans cela je serais obligé de revenir à la marche, le seul exercice de locomotion possible, et particulièrement à la marche en montagne (Dr Erstedt) qui dégraisse à la fois par le grand travail qu’elle occasionne, et par l’action naturelle du milieu (l’air des hauteurs est très pur et très sec, par conséquent très oxydant et très déshydratant; et c’est parce qu’il creuse et qu’il dessèche, qu’il appelle l’usage de l’aliment capable de réparer le plus aisément les pertes aqueuses, et de donner le plus vite le sentiment de satiété : la soupe claire bien chaude, dont les montagnards suisses font une si grande consommation).

Quel est le moment des exercices de sudation ?

Si l’on ne tenait compte que du dépoisonnement, ils

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devraient avoir lieu le matin, de bonne heure ; si l’on ne songeait qu’à l’épuisement, au contraire, leur moment serait le soir, sur le tard. Tout dépend donc de la vigueur des individus ; et l’on comprend que les uns gagnent a s’exercer aussitôt après le lever, les autres vers 9 a 10 h. du matin (Dr Régnault), et les autres vers 5 heures du soir ■ ceux-ci sont les moyens et les faibles, par conséquent le plus grand nombre. 11 va de soi que la reprise des réserves sera d’autant plus active, que les matériaux circulants provenant du précédent repas auront plus complètement disparu : le matin,, celui qui s’exerce a jeun maigrit plus que celui qui mange au préalable; e soir, celui qui s’exerce entre 5 et 6 heures, se réduit plus

vite que celui qui s’exerce entre 4 et 5.

je n’ai pas besoin d’ajouter que les exercices de sudation dont je viens de parler ne dispensent en rien des exercices de santé précédemment indiques, et notammen île la marche matinale, exercice fondamental.

De ce que j’ai relégué au second plan l’influence de l’alimentation sur l’obésité, cela ne veut pas dire que J en méconnaisse l’importance, et je vais montrer mainte-

nant tout le parti qu’on peut en tirer.

Ceux qui, jusqu’ici, se sont occupés de cette question, se sont contentés de généralités vagues ; les zootechniciens ont répété le bel aphorisme de Baudement : «L engraissement est le repos au sein de l’abondance », sans nous dire ce qu’il fallait entendre exactement pa abondance ; et les médecins ont accusé unanimement a suralimentation, sans nous renseigner davantage »ur la s.gnn fication de ce mot. Il en est résulté qu on a confond peu quantité et qualité, et beaucoup qualité et propoi-

lions ; cette dernière notion étant fondamentale, tous les régimes d’amaigrissement pèchent par la base.

La valeur nutritive d’un aliment, comme la fertilité d’un sol, ne se mesure pas précisément à la quantité substances vulgaires qu’il renferme, mais bien plutôt à celle des substances rares : le lait, par exemple, a beau contenir l’albumine, la graisse, le sucre et les sels nécessaires, il est quand même pour l’adulte un aliment incomplet, parce qu’il ne contient pas en quantité suffisante et surtout en qualité suffisante le principe formateur du sang (substance hématogène). Ce qui est vrai pour un aliment isolé l’est aussi pour des aliments réunis : on a beau associer dans un régime les végétaux les plus nutritifs, on n’y trouvera pas les éléments de force que les aliments animaux contiennent; on aura beau, en particulier, joindre la pomme de terre et les farines, on n’aura pas l’albumine et les graisses contenues dans les viandes. Et inversement, l’association des aliments animaux les plus variés ne donnera pas l’amidon que contiennent les végétaux ; ce qui est rare pour l’un est vulgaire pour l’autre et réciproquement. Lors même que les principes immédiats végétaux et animaux seraient identiques, et que les substances que je désigne sous le nom de rares seraient seulement peu abondantes, il faudrait, pour en trouver la quantité suffisante, absorber une quantité telle de leurs compagnes vulgaires, qu’il en résulterait inévitablement un gaspillage énorme de ces dernières, et un fonctionnement outré des segments de l’intestin chargés de les digérer. Le fait est particulièrement évident pendant la croissance : les jeunes chiens qu’on nourrit exclusivement de viande (panses, œsophages, ^rognures, etc.) en

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