FORCES QU'EXIGE LE TRAVAIL INTELLECTUEL
charrue. Il en est de même à la ville. On y réserve pour renseignement, ou pour une place d'employé, Tenfant qui parait incapable d'exercer un métier de force. Médecin de Técole normale, médecin pendant de longues années des écoles de la ville de Paris, nous avons pu juger à quels mécomptes conduit ce préjugé. Les hygiénistes sont amenés, par expérience, à prendre le contre pied de Topinion populaire, et de fait, ils renvoient ou voudraient souvent pouvoir renvoyer aux champs, ou aux ateliers manuels, comme à un repos relatif, et à un genre de vie plus favorable à la santé, bon nombre de ces enfants, natures délicates, fourvoyées dans le rude apprentissage des professions intellectuelles, cloîtrées dans les étroites limites de la classe, du cabinet ou du bureau de travail, condamnées à s'y étioler, et à y subir toutes les conséquences de l'anémie si commune dans la vie sédentaire.
Sans doute, dans les professions intellectuelles, comme dans les professions manuelles, il y a des ouvriers qui ne travaillent qu'à leur aise ; et à côté de ceux qui s'imposent un rude labeur, à la tâchcj labeur au-dessus de leurs forces, combien ne travaillent qu^à la journée ! Il est vrai que ceux mêmes qui se mesurent aussi prudemment la dose, n'en subissent pas moins les influences du milieu.
II. — Morbidité et mortalité dans les professions intellectuelles^ quand il y a excès de travail. —
PRÉJUGES ET ItËALITËS.
Mais la concurrence*, le besoin stimulent les plus prudents, entraînent les moins actifs. Ou entre moltemeat, peut-être, dans la carrière; on subit, dès l'école, dès le lycée, dès les premiers concours, dès les premiers grades, cet excitant qui nous fera nous imposer, demain, dans le cabinei ou le bureau de travail, une vie beaucoup plus dure et souvent infiniment moins hygiénique que celle du manœuvre.
Mon, mais seulement alors, il devient vrai de dire que t la lame use le fourreau », parce que ce n'est plus de l'usage, c'est de l'abus des facultés intellectuelles qu'il s'agit.
Bieu réglé, le travail intellectuel, par les bienfaits qu'il assure : l'élévation des pensées, la paix intérieure, le calme, la régularité si favorables à l'accoinplissement des fonctions organiques, étendrait en faveur du lettré, du savant, la durée moyenne de la vie.
Maisl'abus change toutes ces conditions. Il ajoute aux éventualités communes, mille chances nouvelles de voir l'organisme atteint, compromis, La liste est bien longue desmaladies «(iri/jwuiiies o l'abus: de la vie sédentaire dans le cabinet de travail. On ne peut méconnaître, au moins, que beaucoup d'af-
i. Où ne se Iruiive-l-elle pas aujourd'hui, en haut comme en bu de récliellc? Ne citons qu'un exemple, qu'une ûcole. En 18711, on voit 1,100 candi<lat3 X l'Ecole polytechnique, aiora que le nombra^ ailmissions est liniilé à deux cents,
MALADIES QU'ENTRAINE L'EXCÈS DE TRAVAIL. Ht
feclions se manifestent, avec une notable fréquence, chez les hommes ayant abusé de leurs forces dans les professions intellectuelles.
Ces maladies semblent n'épargner aucun système, aucun appareil :
Le système nerveux d'abord : — le nervosisme, la surexcitation nerveuse sous toutes ses formes (c'est le genus irritabile vatum^ généralisé), les névralgies de toutes sortes et de tous les organes ; les maladies du cerveau, l'organe particulièrement surmené: congestions, hémorrhagies, encéphalites ;
Le système musculaire directement atteint, par suite de l'inaction où on le tient : — affaiblissement; ou indirectement frappé de parésies, paralysies, contractures, tremblements;
L'appareil digestif : — Tapepsie, la dyspepsie , les gastralgies, la constipation ; les calculs biliaires;
L'appareil circulatoire : — l'état graisseux ou crétacé des vaisseaux, les congestions, les hémorrhagies, la stagnation veineuse, les hémorrhoïdes ;
L'appareil respiratoire : — le catarrhe par suppressioi^ des fonctions de la peau, Thémalose imparfaite par oxygénation insuffisante, et la réduction au minimum de la fonction ;
L'appareil de la fonction urinaire : — la rétention d'urine, le catarrhe de vessie, la gravelle, la pierre, la néphrite, l'albuminurie; L'appareil de la vision : — de nombreuses affeo-
112 PRÉJUCSS ET RÉALITÉS.
lions de l'œil, parmi lesquelles la myopie avec ]i lésions qu'elle suppose ou qu'elle entraîne ;
L'appareiltégumenlaire : — l'inaclivilé delapeau et ses résultats sur les muqueuses pulmonaire, l'anale, etc.
Il faudrait ajouter toutes les conséqueuceii prochaines ou éloignées d'une nutrition imparfaite, suite d'une réparation insuffisante, d'une assimilation en défaut, ou d'un ei^cès de matériaux, qu'une combustion ou une élimination incomplètes laissent dans l'organisme sous forme de graisse ou de produits de transformation : — anémie, lyraphatisme, phthisie, goutte, diabète, albuminurie, urémie.
Mais, Dous le répétons, ces maux ne résultent que de l'abus, de l'excès du travail intellectuel, et c'est bien certainement à cet abus que les professions intellectuelles doivent d'être placées si défavorablement, — celle des théologiens exceptée, — dans la statistique de longévité de Casper', toutes réserves faites sur la valeur de ces données statistiques si • générales, si vagues et par conséquent si peu con- ■ cluanles.
Le tableau qui suit, donne, par catégories de professions, le nombre de personnes sur 100, ayant atteint leur soixante-dixième année :
1. Ciiaper, Durée probable du tu l'ie de l'IiomiiieiAnn, d'Ilygiéna, 183B, l. Xl\, p. 231).