‹ Hygiène du cabinet de travailChapitre 69 sur 106 · LE SURMENAGE ACCIDENTEL. EXAMENS. CONCOUBS · texte numérisé non relu

LE SURMENAGE ACCIDENTEL. EXAMENS. CONCOUBS

dernière heure, travaux qu'il faut faire sans désemparer, d'urgence, et le mieux possible pourtant, car ils décident de la carrière, de l'avancement ou de la réputation.

Que l'on ne s'étonne pas si je mets le livre sur la même ligne que les rapports et les articles. Autrefois, le livre était œuvre de longue haleine et de patient travail. C'était le bon temps pour les auteurs. Le nombre de mois ou d'années ne faisait rien à l'affaire, et, pourvu que l'œuvre fût bonne, on ne demandait pas combien d'heures elle était restée sur le métier. A peine quelques plaisanteries sur ce qu'elle sentait Vhuiley étaient-elles adressées par des rivaux plus habiles sans doute à dissimuler cette marque révélatrice des nuits passéesau travail. Aujourd'hui, il n'en est plus de même : tout doit se faire vite, depuis les ouvrages d'enseignement et de vulgarisation, les livres de critique, même d'érudition, jusqu'aux dictionnaires ou aux encyclopédies. Tout travail, tout ouvrage, tout livre a une heure, un moment d'actua* lité. Il faut être prêt. Et comme le nombre des personnes en état de traiter une question, de développer une idée, de faire avec intelligence des recherches dans les bibliothèques ou dans les archives, de compiler avec sagacité, d'exposer une théorie, croit chaque jour, c'est sur chaque idée qui passe dans l'air, sur chaque sujet qui nous tente, sur chaque question qui soi^git, comme une course au clocher,

une vertigineuse compétition, où Ton n'arrive premier qu'en ne ménageant rien, — sa force et sa sanlé moins que le reste.

Ce n'est donc plus seulement le candidat qui, comme à Oxford ou à Cambridge, pour être prêt au jour de l'examen, pourjéaliser cecramming, cet entassement de toutes les matières sur lesquelles il peut être interrogé, supprime les nuits et trompe la fatigue au moyen d'une furte infusion de thé toujours bouillante sur le hob de sa cheminée, ou qui, comme en France, demande au café un moyen de prolonger ses veilles, et cela pendant plusieurs semaines, ou plusieurs mois; ce n'est plus seulement le candidat aux grandes écoles ou à toute carrière précédée d'une épreuve obligatoire, éliminatoire; ce n'est plus seulement le journaliste n'ayant que quelques heures de nuit pour rédiger un article attendu le matin ; ce n'est plus seulement le rapporteur, l'orateur de la tribune, du barreau ou de la chaire, qui seront soumis à faire vile, à se livrera un travail sans relais, sans Irôve ni repos : quiconque prend la plume aujourd'hui, prépare une œuvre écrite ou parlée, comprend que pour faire un travail sérieux, honnête, ou pour arriver au succès, ce qui lui manque le plus, c'est le temps. Il y a bien des chances pour que d'autres aient déjà pris les devants, pour qu'ils nous aient gagnés sinon de talent, peut-être, au moins, de vitesse. Or, c'est déjà beaucoup, par le temps qui court.

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