DOSE, INTENSITÉ, DISTRIBUTION DU TRAVAIL
C'est dire que rhygiénisle ne se méprend pas sur les difficultés auxquelles se heurteront ses conseils, et qu'il ne s*abuse pas sur la mesure où ses vœux pourront être réalisés ; c'est dire aussi que le danger de la surexcitation mentale n'est pas imaginaire; que cette situation nouvelle impose une réforme de l'hygiène intellectuelle, sous peine de voir compromettre des intérêts plus graves encore que ceux de la santé physique* de notre pays.
IV. — On ne sait pas travailler. Dose^ intensitéy distribution du travail. — Le mal n'est pas sans remède. Combien ne se pressent tant, que pour avoir remis à la dernière heure un travail qui pouvait être préparé, commencé à temps ! Le défaut de mélhode, d'ordre, le gaspillage des premières heures ont une trop large part dans une précipitation voulue, encore plus que subie. Savoir travailler n'est pas chose si commune que l'on croit, et une bonne distribution des heures de travail est une question qui intéresse non moins la santé de l'auteur que le succès du livre.
Combien d'heures par jour, en moyenne, peut-on consacrer au travail sans dépasser la mesure? L'hygiène a bien souvent, et avec raison, reproché à la pédagogie la durée du travail régulier que les grandes écoles imposent quotidiennement à la jeunesse : environ huit heures en France, quand l'Angleterre n'im-
1. L*hygiène mentale a déjà à ce sujet poussé plus d*Qne fois, en France et ailleurs, un cri d*alarme trop justifié*
pose que cinq heures, la Suède six heures de travail par jour aux élèves. Ce n'est pas ici le lieu de discuter ces chiffres*. L'adulte bien portant, ayant atteint tout son développement, l'homme fait ne peuvent régulièrement fournir cette dose de travail qu'à la condition de bien distribuer les heures, les occupations, et de ne pas continuer trop longtemps ce régime, qui serait encore moins aisément supporté, à une période plus avancée de la vie. Trop longue pour la jeunesse, à l'heure de la croissance et du développement, cette durée de travail trouve au moins dans une vie réglée, méthodique, dont rien ne vient déranger l'économie, ni distraire un moment, des conditions qui la rendent plus facilement applicable et aussi moins nuisible. Dans la vie commune, huit heures de travail quotidien, c'est chose bien différente. Si, au lycée, ces huit heures empiètent sur le temps du repos ou des exercices physiques, elles respectent la période de sommeil nécessaire. Il n'en va plus de même pour cet avocat, ce médecin, ce professeur, cet auteur, dont la vie ne peut plus être ainsi réglée, calculée, divisée en compartiments dont le nombre, l'importance, et la succession soient toujours prévus et invariablement arrêtés, pour la meilleure hygiène de la journée de travail. Il lui faut faire d'abord la part de la clientèle, des affaires,
1. Nous avons traité cette question dans VHygiène des internats.