LE TRAVAIL DU SOIR ET DE LA NUIT
sommeil quelques instants. La journée étant occupée, c'est le matin que Ton est obligé de sacrifier au repos, à moins que Ton n'ajoute encore au travail de la nuit le travail du matin ; mais alors, ce dernier perd tous ses avantages, et, seuls, quelques hommes exceptionnellement robustes peuvent résister, pour un temps plus ou moins long, et sauf à en porter un jour la peine, à cette violation des lois physiologiques. Leibniz, travaillant parfois pendant trois jours et trois nuits, sans prendre aucun repos, constitue un type trop exceptionnel pour qu'il y ait crainte que son régime trouve de nombreux imitateurs. L'exemple de Bossuet, travaillant une partie de la nuit, pendant dix-sept ans, est de ceux qu'il importe davantage de combattre, d'autant que sa conduite semble mieux raisonnée, qu'il s'entoure de précautions minutieuses, hygiéniques. Il est bon de se défier de ce luxe d'hygiène : on ne fait jamais tant de sacrifices à la prudence, que quand on sent bien que l'on s'en écarte davantage.
< Aussitôt qu'il fut évèque de Meaux, et qu'il se vit, après l'éducation de M. le Dauphin, dispensé de résider habituellement à la cour, Bossuet prit l'habitude d'interrompre son sommeil et de se relever pendant la nuit. Pour en avoir la facilité, il faisait toujours placer, à portée de lui, une lampe allumée pendant toute la nuit : il était fidèle à cet usage, même en voyage. Après son premier sommeil, qui
m LA JOURNÉE DANS LE CABINET DE TRAVAIL.
était de quatre à cinq heures, il s'éveillait naturelle- i ment, sans effort et sans inquiétude. 11 se relevait I également l'été et Vliiver pendant les froids les plus rigoureux. Use couvrait de deux robes de chambre j l'hiver, s'enveloppait jusqu'à la (-einture dans un .] sac de peau d'ours; il récitait alors matines et | laudes... S'il se trouvait ensuite la tète libre, il s mettait k son travail : tout était disposé dès la veille autour de lui, son bui'eau, son fauteuil, son sac de papiers, ses plumes, son écritoire, ses portefeuilles et ses livres rangés sur des sièges à droite et à gauche de sou bureau. Il poussait ce travail aussi loin que sa tète pouvait le soutenir, une, deux et 1 quelquefois trois hcuriiS; mais il avait toujours Tat- | tenlion de le quitter aussitôt qu'il se sentait fatigué; J il se replaçait ensuite sur son lit, et reprenait son 1 sommeil avec la même facilité que s'il ne l'eût pas interrompu; il répai'ait sur la matinée le sommeil qu'il avait perdu pendant la nuit. 11 suivit constamment ce même régime de nuit depuis 1082 jusqu'en 1690, époque ii laquelle il eut un érysipèie qui l'obligea d'apporter quelque changement û ses lia- ■bitudes'. >
11 n'était que temps.
Cet érysipèie, rapporte le même biographe, tour-l meota cruellement Bossuet durant cinq longs moi