LA VARIÉTÉ DANS LE TRAVAIL. U
ce besoin de suspendre le travail, besoin qui luimême n'est que l'expression de la nécessité imposée à tout organe d'y faire alterner le repos et l'activité, sous peine de compromettre fonction et organe. Mais il importe de ne pas oublier que ces sensations s'é* moussent, que ces avertissements salutaires finissent par passer inaperçus, quand on les a négligés, quand on leur a trop souvent imposé silence. Pour n'être plus signalés par leurs indices ordinaires et providentiels, fatigue et danger n'en subsistent pas moins, et il faut bien se'garder de se croire capable d'un travail sans relâche, parce que, soumis trop longtemps à un régime tyrannique, l'organe cesse de se plaindre et se tait, encore qu'on le surmène et qu'on en abuse.
II. — Variété à introduire dans le fond, la forme et le mode de travail. Exemples : Voltaire, /.-/. Rous-seau, Boerhaave^Daubenton. — On dit avec raison que la terre se repose par la succession de cultures différentes. Répétées, les mêmes semences l'épuisent; alternées, elles lui valent un repos : alternis facilis labor ^ Ce fait, cette loi sont connus depuis longtemps; la chimie en donne la raison: chaque véçélal n'emprunte pas à la terre les mêmes éléments nutritifs. Il en est de même de l'intelligence, pour laquelle la variété dans l'objet du travail con-
i. Virgile, Georg,, liv. i.
stitueun repos relatif, les différents genres de travail s'adressant à différentes facultés de l'esprit. Cette variété s'impose à tous les degrés et pour tous les éléments du labeur intellectuel. Pline recommande bien à un orateur de ne pas se borner à l'éloquence du barreau-, de ne pas se renfermer dans ce style de controverse et de combat : « ut enim terrœ variis mutatisque seminibus, ita ingénia nostra nunc hâc, mmc illâ meditatione recoluntur. > On se repose l'esprit de l'étude de la métaphysique, de la philosophie, de la géométrie, des sciences abstraites ou naturelles, en consacrant quelques moments à Horace, à Virgile, à la poésie, aux arts.
Pour varier son travail et ses attitudes, sans sorlir de son cabinet. Voltaire y avait fait disposer cinq pupitres, sur chacun desquels était une besogne différente. Il allait ainsi d'un pupitre à un autre et changeait de genre de travail. Et puis» il était tour à tour homme de cabinet, agriculteur, jardinier, architecte, constructeur de théâtre, auteur, imprésario^ acteur; il ne cessait de travailler, mais en variant ses occupations. Quand il ne compose pas, quand il n'écrit pas, il fait élever un théâtre, il y fait jouer la comédie, la tragédie; il joue, lui-même I
Le célèbre physiologiste Haller se délassait de ses travaux scientifiques, en cultivant la poésie.
J.-J. Rousseau faisait succéder la composition musicale à ses travaux littéraires : parfois même il