L'HEURE DES REPAS
œuvre interrompue à regret, que l'on cède à des exigences importunes ; on rentre dans le cabinet de travail et on reprend la plume, sans le moindre temps d'arrêt. Une fois par hasard, passe; mais tous les jours et à tous les repas! C'est une mauvaise économie de temps, qui ne profile pas, dans la mesure où on le croit, au travail, et qui nuit fatalement aux digestions et à l'estomac. Qu'importe que l'on cite quelques hommes exceptionnellement robustes, qui se soumettent à ce régime et. y résistent? Ce n'est pas la loi commune, que deux organes aussi importants de l'économie, le cerveau et l'estomac, fonctionnent à la môme heure; ils ne peuvent, sans se nuire, appeler à eux la vie, le sang, l'influx nerveux, et réclamer pour chacun d'eux, exclusivement, les forces de l'organisme. Littré, qui se vante, dans le règlement de vie qu'il s'était fait, pendant la rédaction de son Dictionnaire y d'avoir imposé sa volonté à son estomac, avoue au moins qu'il n'avait agi qu'^^rpérimentalemenl et après s'être bien démontré qu'il n'en souffrait pas*. Racine, qui joignait à une vive imagination une raison, une rectitude de jugement
1 . « On recommande en précepte hygiénique de ne pas se mettre à l'ouvrage de cabinet immédiatement après le repas. J'ai constamment enfreint ce précepte, aprè^ expérience faite que je ne souffrais pas de l'infraction. C'était autant de gagné, d'arraché aux nécessités corporelles. » Littré, op. cit, — Oui, mais il faut s'observer, ne pas se faire illusion, et être le plus fort. Trois conditions qui ne sont pas communes !
164 LE RÉGlMii: i)Ë L'HOMME DE CABINET OU DE BUREAU.
parfaites, estimait « que le temps qui suit le repas n'est pas le plus propre pour concevoir les choses bien nettement 7>; il en concluait a qu'il ne faut pas se mettre à travailler sitôt après le repas*. » Et il ajoutait l'exemple au précepte.
Il sera toujours préférable pour tous de faire suivre le repas d'un intervalle de repos, de diversion, de récréation, à l'intérieur ou à l'extérieur, avant de reprendre le travail. En outre, chacun sait qu'il est sage, quand on a un travail sérieux à faire, de mettre son estomac au régime, de se borner à un repas d'homme d'esprit^ à un de ces dîners de Platon, qui, fort médiocres peut-être le jour où on les mangeait, étaient trouvés délicieux le lendemain. Cette règle est toujours vraie pour la très grande majorité des hommes, quoi qu'en disent ceux qu'elle gêne, ou ceujuqu'elle humilie.
AUègue-t-on que le tempB manque pour s'accorder ainsi après les principaux repas, c'est-à-dire une ou deux fois par jour, quelques instants de repos, nous dirons : il n'y a pas de travail intellectuel, d élevé soit-il, qui ne comporte toujours, en quelque mesure, certaines occupations exigeant une moindre application, occupations peu ou point absorbantes, voire même des détails plus ou moins mécaniques : recherches à faire dans la bibliothèque, rangement de