CHAPITRE VII
I. Les fonctions soumises à la volonté. — II. On oublie de respirer. — lil. Nécessité dé la gymnastique pulmonaire ; lecture, récitation à haute voix, déclamation. — lY. Les avantages du travail parlé une gymnastique à faire dans le cabinet de travail. — V. Expériences de ïEcole de la Faisanderie. Applications à Thygiène des professions intellectuelles. — VI. Un jardin et de grands espaces: illusions. Buffon à Montbard. Voltaire à Ferney. — Vacances et déplacements nécessaires.
I. — Les fonctions soumises à la volonté, — Au milieu des préoccupations de la vie dans le cabinet de Iraviail, les fonctions d'excrétion directement soumises à la volonté sont oubliées; à force de résister à leur sollicitation, leurs salutaires avertissements se taisent peu à peu, et ainsi se préparent la constipation, la rétention d'urine, infirmités trop communes chez les hommes voués à la vie sédentaire. Il n'y a qu'un moyen de prévenir ces paralysies plus ou moins complètes et si tenaces une fois qu'elles sont contractées, c'est de se faire une loi d'interrompre le travail à des heures fixes, déterminées, et de quitter le cabinet de travail, mécaniquement, à tels el tels moments de la journée. Tout cela est fort terre à terre, j'en conviens ; mais nous, qui avons entendu
les doléances et vu les souffrances des victimes d'une vie moins prosaïquement, moins méthodiquement disposée, nous croyons qu'il faut laisser à la poésie son domaine, et céder aux exigences de la santé sans en contester l'empire. On sortira donc du cabinet de travail à des heures réglées, prévues; on rendra ainsi ces interruptions moins importunes.
En vain Ton citera desauleurs qui ont vécu vieux, sans maladies graves, malgré le travail poussé à l'excès. — Est-ce vivre, est-ce être valide, que de ne digérer qu'à force de vin de quinquina, d'amers, et au besoin de pepsine, de suc gastrique pris chez le pharmacien? Est-ce être valide que de ne pouvoir assurer les fonctions intestinales sans remèdes, sans pilules, sans purgatifs?
II. — On oublie de respirer. — A l'exercice musculaire, à la gymnastique, si favorables, pour activer, pour régulariser la circulation et la nutrition, il importe d'ajouter un exercice, une gymnastique plus essentielle encore. L'homme qui travaille tout le jour, ou une grande partie du jour assis devant un bureau, gardant un silence presque continuel, oublie pour ainsi dire de respirer... au moins profondément; il ne fait que des inspirations incomplètes, n'intéressant, ne mettant jamais en jeu les parties supérieures du poumon. La cage thoracique ne se dilate pas dans toute l'amplitude de ses dimensions. La quantité d'air, d'oxygène qui
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pénètre dans les poumons , est de beaucoup inférieure à la quantité normale ; une expiration insuffisante n'enlève qu'imparfaitement les produits d^oxydation et de combustion organiques ; en un mot, la fonction pulmonaire est réduite, de par la vie sédentaire, inactive, au tiers, au quart de son activité normale, laquelle est pourtant nécessaire à Thématose, à la nutrition générale, tout autant qu'à la vitalité de l'organe lui-même*.
III. — La gymnastique pulmonaire. Leciurey récitaiion à haute voix. Déclamation. — La gymnastique pulmonaire rationnelle, destinée à remédier à une respiration habituelle insuffisante, ou à fortifier la poitrine par des exercices bien dirigés, agi^andit les diamètres du thorax, la capacité vitale du poumon, augmente la dose d'oxygène inspiré, d'acide carbonique expiré, et fait fonctionner également, dans toute son étendue, un organe qui ne peut pas, sans danger, être maintenu, même partiellement, dans l'inaction.
En tant qu'elle s'appuie sur des bases expérimentales, et qu'elle fait usage de procédés et de contrôles scientifiques exacts, celte gymnastique ne date que d'hier.
Et cependant, l'observation du fait, et l'application
1 . Il n'esl pas douteux (jn'une diminution si notable du fonctionnement, et de la nutrition des sommets du poumon, ne contribue pour beaucoup à la fréquence, au déYeloppement et à la marche de la tiiberculisation pulmonaire, dans cette partie de Torganc. RIANT. VI
d'une méthode sont signalées dans les auteurs anciens.
Plutarque rapporte que Cicéron, extrêmement débile dans sa jeunesse, parvint, par des exercices méthodiques, à fortifier sa poitrine, dont la délicatesse inspirait de telles craintes chaque fois que, dans le feu et la véhémence du discours, sa voix s'élevait aux tons les plus hauts*, qu'elle avait même semblé devoir lui interdire pour toujours la plaidoirie. De sorte que c'est à la gymnastique pulmonaire que le monde serait indirectement redevable des plus magnifiques chefs-d'œuvre delà parole humaine.
Un des exercices les plus simples et les plus efficaces de cette gymnastique respiratoire, c'est la lecture, la récitation à haute voix, la déclamation. Même pour qui n'est pas orateur, il y a là un moyen excellent d'activer la fonction pulmonaire et de remédier à un des plus grands dangers de la vie sédentaire.
Dans les couvents, où la règle impose le silence, et où les exercices physiques sont réduits au minimum, les chants religieux, les longues psalmodies fournissent aux organes respiratoires une activité,
1. Plutarque, Cic, 3... àppwŒTÎa orojjiàxoy (icxpôc xat y^id^Ç''^ (xoyi; h^ï tîjç wpa; 7:poff(p8p6|J.6Voç. H* ôé çwvyi ttoX).?) (jièv xaî àyaOrî (TxXtjpôc 6£ xa^ airXaffto;, Oirb ôà toO Xiyou ffçoôpÔTTQTa xat udiOo; ^XOVTo; àef Stà tôv àvà tévwv eXauvofiévY;, ç66ov itapeîxs^ ^irép toO