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Si nous étudions la respiration du chanteur , nous voyons que son poumon, pendant qu'il exerce méthodiquement sa
* On trouve dans la collection hippocratique des observations d'une grande portée relativement à cette relation de l'alimentation avec les exercices. Voici ce qu'on lit dans le livre du régime : « Chez teux qui font abstinence, il faut tenir le corps en repos ; de même , si on tombe tout à coup d'une grande fatigue dans l'inaction et l'indolence; il faut
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yoîx , est traversé par des masses <Tair considérables.
La quantité du mouvement respiratoire ne peut être évaluée qu^approximativement , attendu qu'elle varie pour chaque individu, suivant les particularités de son organisation. Aussi, les physiologistes qui ont étudié cette question ne sont -ils pas arrivés à des résultats semblables. Séguin évalue le nombre des inspirations de quinze à vingt par minute , Laënnec de onze à quinze, Menziers à quatorze, Magendie à quinze , Allen et Papys à dixneuf , Dalton à vingt, Davy à vingt-six. En nous arrêtant à dix-huit , nous avons
a&ssi faire reposer les organes digestifs , en diminuant la quantité d'aliments ; sinon, tout le corps est fatigué et devient pesant. » (Trad. de Darembeig, p. 319.)
— 14S — le terme moyen du nombre des inspirations.
Si nous examinons la question au point de vue de la quantité d'air qui pénètre le poumon, nous voyons, d'après les expériences d'Àbilgaard , de Wurzer , de Herbst, de Bostock, etc., qu'elle s'élève, terme moyen, à 48 pouces cubes par respiration.
Le poumon, dans les conditions les plus générales , est donc traversé en une minute par plus de 300 pouces cubes d'air, c'est-à-dire plus de 466000 pouces cubes en vingt-quatre heures. Ces chiffres , déjà énormes, sont bien inférieurs à ceux que fournit la respiration du chanteur»
Celui-ci, ne pouvant bien dire de longues phrases de chant qu'à la condition d'avoir
une grande étendue de respiration, habitue ses poumons à contenir la plus grande quantité d'air possible. Cet exercice, augmentant l'activité des organes de la respiration , détermine bientôt leur accroissement , et la plupart des chanteurs présentent un grand développement de la cavité thoracique. Mais, sans même tenir compte de cette différence de capacité j si nous recherchons quelle est la quantité d^air que le poumon peut contenir , nous apprenons qu'elle dépasse de beaucoup la moyenne que nous avons posée plus haut en étudiant la respiration normale. Ainsi, nous savons que Herbst, ayant fait expirer six jeunes gens avec toute la force possible , après une inspiration des plus profondes, trouva que le
minimum de l'air expiré était de 120 pouces cubes, et le maximum de 244, ce qui donne 167 pour terme moyen.
Un bon chanteur qui fait des exercices ou qui phrase une cavatine, ne respire pas autrement. Il introduit à chaque inspiration, dans son poumon , 167 pouces cubes d'air; mais je veux admettre qu'il n'en prend que 1 00 , et qu'il ne fait que dix inspirations de ce genre par minute ; malgré cette déduction , je trouve qu'il a respiré plus d^air en vingt minutes qu'une personne qui ne chante pas et qui respire normalement, n'en peut respirer en une heure.
Qui pourra nier devant ces chiffres les conditions spéciales dans lesquelles se trouve placé le chanteur? Evidemment,
il n'est peut-être pas (Tétat physiologique dans lequel la respiration soit aussi exagérée ; dès lors, on comprend tout le soin que le chanteur devra apporter à son alimentation , car que résulte-t-iî de l'ignorance de ces principes? c'est que beaucoup de jeunes artistes et de dileitanti, se livrant avec ardeur à l'étude du chant , pensent ménager leur larynx en ménageant leur estomac. Au bout de quelque temps, l'épuisement arrive, la voix s'éteint ; ils s'imaginent que le travail ou une méthode vicieuse la leur a brisée, tandis que la véritable cause de cet affaiblissement est une alimentation insuffisante.
Il n'y aurait que demi mal s'ils en étaient quittes pour une extinction de voix , mais
ne sait-on pas que les maladies les plus graves peuvent résulter de ce défaut dliarmonie entre les fonctions les plus essentielles au maintien de la vie? Je ne veux point effrayer le chanteur par la triste énumération des affections qui se développent avec une déplorable promptitude au milieu de Pépuisement général de Porganisme ; mais je dois le prémunir contre elles et lui donner les moyens de conserver Pintégrité à son corps et par suite la vigueur aux organes de la voix.
Si Pon se rappelle les chiffres comparatifs que j'ai donnés dans le paragraphe précédent , et si Pon a bien saisi la liaison
intime que j1ai essayé d'établir entre la respiration et la nutrition, on sera naturellement conduit à penser que le chanteur doit consommer une quantité d'aliments considérable, et j'entends beaucoup de personnes se récrier et m'accuser de vouloir faire des Apicius ou des Héliogabales de tous nos poétiques chanteurs.
Loin de moi la pensée de transformer ainsi ces belles organisations qui semblent n'exister que pour ressentir les plus douces sensations et pour les exprimer de la manière la plus suave! Ils voudraient ne manger que pour vivre, mais ils doivent aussi manger pour chanter.
Voici quelles sont les substances dans lesquelles le chanteur trouvera les éléments d'une complète réparation. Les
chimistes les ont divisées en deux classes: les aliments azotés et les aliments non azotés, les premiers appelés aussi plastiques, constituent Faliment proprement dit; introduits dans Porganisme, ils ont seuls la propriété de se convertir en sang et de donner naissance aux principes des organes. Les aliments de la seconde classe ont été appelés respiratoires à cause de la grande proportion de carbone qu'ils contiennent *.
Les aliments proprement dits sont :
La fibrine (chair et sang des animaux),
L^albumine (blanc d^œuf) ,
Le gluten (céréales) ;
La matière caséeuse (lait).
* Liebig. Chimie org. appl. à la phys. anim . ? p. 105.
Les substances alimentaires de second ordre sont :
La graisse ,
La gomme ,
Les sucres ,
La Li^re ,
Le vin , etc.
Avec cette seconde classe d'aliments , le chanteur fera facilement provision de carbone et d'hydrogène.
Beaucoup de personnes racontent avec étonnement que tel chanteur ou telle cantatrice prend du vin de Bordeaux et du vin de Madère en grande proportion ; qu\m fasse chanter ces mêmes personnes pendant trois heures, et nous verrons si elles ne trouvent pas que le bon vin est un excellent réparateur des forces dépensées pendant la
suraction de l'appareil respiratoire. Hippocrate, ce grand médecin de toutes les époques, écrivait, il y a plus de vingt siècles , que le vin apaise la faim. Famem thorexis solvit. (Secte II , aph. 21 .)
Les vins, en effet, ceux du Midi surtout, offrent à l'organisme sous une forme extrêmement favorable une quantité notable de carbone.
Est-il besoin d'observer que les liqueurs qui contiennent une trop grande proportion d'alcool agissent d'une manière funeste sur les cordes vocales? Chacun connaît l'expression triviale par laquelle on désigne une voix cassée par les spiritueux.
La gomme et les sucres seront également très-propres à la réparation. Mais, c'est dans la chair des animaux que le
chanteur trouvera son véritable aliment.
Il la préférera toujours aux substances végétales, et il choisira surtout les viandes noires, parce qu'elles portent avec elles un principe d'excitation très-favorable au développement des forces. Celles-ci, comme Ta parfaitement démontré M, Edwards % sont en rapport avec la quantité des aliments. Ce savant a constaté avec le dynamomètre qu'après une forte nourriture, un bon consommé par exemple , la force est plus considérable, les mouvements plus sûrs , plus faciles , plus énergiques qu'après l'ingestion d'aliments légers.
Ce que je viens d'exposer pour le chanteur s'adresse, jusqu'à un certain point, à
* Archives générales, 2e série, t. vu, p. 273.
l'artiste dramatique qui, cherchant à exprimer un passage de Racine par exemple , fouille dans les trésors de son cœur pour en tirer l'expression la plus vraie, l'accent le plus sympathique, et répète ce passage de mille manières. Il respire alors beaucoup plus que dans les conditions ordinaires. Les avocats, les orateurs de tribune , les professeurs, les prédicateurs pourront également profiter de ces considérations. Je pourrais donner un grand développement à toutes ces questions ; mais ce que j'en ai dit suffira , je pense , pour persuader le chanteur que c'est par une nourriture suffisante qu'il conservera sa santé et sa voix. L'alimentation imparfaite a pour premier effet d'amoindrir les muscles, de les priver de leur contractilité
et de les rendre rigides et impropres a tout acte de vigueur et de souplesse.
Quand le corps est affaibli, la voix devient pauvre et languissante , l'expression dramatique pâle et uniforme ; l'âme de l'artiste , secouant vainement les organes , ne peut se traduire que par des vibrations flasques et chancelantes, et l'auditeur, impassible, frappé seulement par l'impuissance , ne subit aucun charme, aucun entraînement.
Ces réflexions, bien graves pour un chanteur, sont moins sérieuses que celles qu'on peut faire sur l'épuisement général. Il s'agit surtout ici de la santé du chanteur. Veiller à l'équilibre de ses fonctions, c'est aussi veiller à la conservation et au développement de sa voix.