CHAPITRE SIXIÈME
Protection de l'appareil vocal. — Air. — Exercices. Vêtements.
Pour ne pas trop disperser ce qifil me reste à dire sur le poumon , je vais réunir dans ce chapitre , immédiatement après celui des phénomènes chimiques de la respiration , plusieurs préceptes impor-r
tants tirés de Pétat spécial dans lequel se trouve placé l'appareil respiratoire , par suite de l'exercice habituel du chant.
si.
Quelles que soient la prudence et l'habileté d'un chanteur, on ne peut se dissimuler que l'exercice soutenu de la voix place l'appareil de la phonation dans des conditions telles que les irritants extérieurs doivent avoir sur lui une action malheureusement prompte. L'injection des piliers du voile du palais, l'engorgement des amygdales , le développement anormal des papilles de la base de la langue, l'inflammation de la muqueuse du pharynx, des bronches f du larynx, telles sont
les affections auxquelles le chanteur est le plus habituellement exposé. Le fameux enrouement des chanteurs est une chose proverbiale. Si quelquefois c'est une excuse, trop souvent c'est une réalité. Pendant les saisons rigoureuses , il suffit de chanter un instant et de s'exposer immédiatement après à l'air froid pour contracter cet enrouement.
L'action du chant, si elle est soutenue, détermine ordinairement une congestion artificielle des bronches , du larynx , du pharynx, de l'isthme du gosier. Si on soumet les parties ainsi congestionnées à une basse température, elles s'enflamment avec une grande promptitude.
On observe un très-grand nombre d'angines et de bronchites qui se développent
dans de semblables conditions. Cette remarque ne supplique pas seulement au chanteur ; l'avocat après la plaidoirie, le professeur après la leçon , le prédicateur après le sermon, toutes les personnes enfin qui ont, pendant un certain temps, parlé avec chaleur, auront les mêmes précautions à prendre pour se garantir des maladies dont nous avons parlé plus haut.
La force de réaction qui protège nos organes contre les agents de perturbation, est toute-puissante lorsque ceux-ci ne sont pas en trop grand nombre. Ainsi l'homme, dans l'état de santé, réagit parfaitement contre un froid très-vif; mais si à côté du froid vous placez une alimentation pauvre, des exercices vio-
lents, etc., la réaction cède et la maladie s'empare de l'organisme.
Le précepte de ne jamais s'exposer à Pair froid et humide après un exercice qui a mis fortement en jeu les organes de la voix et de la parole, me paraît d'une grande importance. Les chanteurs, orateurs , etc., qui s'y conformeront , éviteront, sans contredit, bien des indispositions et même des maladies.
Mais il est des conditions encore plus immédiatement funestes à la voix ; de ce nombre sont : une longue conversation et le chant en plein air ; des extinctions de voix en sont presque toujours la suite, et on a infiniment de peine à les combattre.
Les personnes qui , par devoir ou par
nécessité, sont forcées de s'exposer à Pair après avoir chanté, trouveront un moyen préventif efficace dans une boisson fort simple que beaucoup de chanteurs emploient avec grand succès , c'est un verre d'eau sucrée additionné de deux à trois cueillerées d'un vin généreux. Cette boisson, outre les éléments de réparation qu'elle contient , exerce sur la muqueuse de Farrière-bouche une action résolutive qui a pour effet d'abattre immédiatement Finflammation légère déterminée par le chant.