CHAPITRE 11MÈME
Hygiène spéciale. — Usage des gargarismes. — Excision des amygdales et de la luette.
Après avoir tracé les préceptes généraux les plus importants sur le maintien de la santé du chanteur et sur la protection des organes de la voix, il nous reste à examiner quelques questions spéciales relatives aux maladies mêmes de l'appareil.
Pour ne point sortir du domaine de Thygiène, je parlerai seulement des affections légères du tuyau vocal qui ne s^accompagnent d'aucun désordre delà santé, mais qui amènent presque toujours l'altération de la voix.
Chez beaucoup de chanteurs on observe fréquemment Pinflammation superficielle du voile du palais et de la membrane muqueuse du pharynx, ou le développement anormal des papilles de la base de la langue. Bien que les cordes vocales soient dans un état d'intégrité, cet état du tuyau suffit ordinairement pour modifier désavantageusement le caractère de la voix.
On prescrit ordinairement dans ces conditions des gargarismes astringents
qui, lorsqu'ils sont administrés sans oportunité, développent et entretiennent Pin- 11 animation.
Au début de ces petites maladies, il suffit , le plus souvent , d'avaler dans la journée quelques gorgées d'orge miélé , ou même de l'eau pure à la température ordinaire , pour les faire céder. Ce n'est que dans les cas où Finflammation devient rebelle et où les tissus ne peuvent plus reprendre leur fermeté, qu'on a recours aux gargarismes contenant de l'alun , du tanin, etc.
Il y a véritable danger à chanter quand on est atteint de ces affections; et si trop souvent on est obligé d'employer les gargarismes dont je viens de parler, c'est que le chanteur n^a pas eu la sagesse de
s'interdire l'exercice de la voix dès le début de la maladie. La congestion provoquée par le chant dans tout le tuyau peut agraver singulièrement une simple inflammation , et provoquer son extension vers les voies aériennes. Aussi la première chose à faire, C'est de mettre le lorynx à la diète : cette précaution deviendra un précepte rigoureux toutes les fois que le chanteur ressentira de la fatigue dans la irachée-artère et les bronches. II arrive souvent qu^au moment de chanter, le pharynx et le voile du palais sont tapissés par des mucosités que la toux et Fexcréation ne peuvent chasser; dans ces conditions, de l'eau chaude légèrement sucrée dégage parfaitement toutes les parois du tuyau. Beaucoup de
personnes ajoutent à cette boisson un principe excitant, celui du rhum, du thé, du café; le système nerveux se trouve alors placé sous une influence favorable à l'exécution du chant; mais le chanteur ne doit pas compter sur ces moyens artiliciels pour avoir de Târne et de la chaleur : une bonne santé , Tintégrité des organes et beaucoup d^art le dispenseront de toutes ces pratiques bonnes pour les uns, nuisibles pour les autres.
Quelques chanteurs ne s^en tiennent pas aux gargarismes irritants pour se donner de la voix, ils se font enlever les amygdales. Dans certains cas, iln^est pas douteux que cette opération est indispensable; lorsque, par exemple, des in-r flammations longues et successives ont
amené l'induration de ces glandes et lorsqu'elles sont développées au point d'obstruer Fisthme du gosier , il faut nécessairement recourir à l'instrument tranchant , car outre la gêne extrême qu'elles occasionnent pendant la déglutition, elles peuvent encore refouler la trompe d'eustache qui s^ouvre derrière elles , supposer par conséquent au renouvellement de l'air dans l'oreille interne, et produire la surdité, chose fort grave pour le chanteur qui a tant besoin d'entendre et de s'écouter. Mais, à l'occasion d'un simple engorgement , on ne doit pas se soumettre à une opération qui ne peut donner de la voix à ceux qui n'en ont pas , et qui , dans certains cas , peut devenir funesie.
Il est une partie du tuyau dont l'inflammation agit bien plus immédiatement sur le caractère de la voix , c'est la luette.
Pendant la production des sons, il est facile de constater que cet organe s'efface presque complètement par suite de la contraction de son muscle releveur; dès qu'une inflammation produit son allongement, toute la portion engorgée qui se dérobe à Faction du muscle et qui reste pendante entre les sommets des piliers est agitée , pendant rémission de la voix 7 d'un léger frémissement, et le son s'accompagne d'un frôlement très- désagréable.
Je n'hésiterais pas à conseiller Texci-
<sion de la luette aux personnes chez lesquelles des inflammations fréquentes auraient déterminé un allongement permanent de cet organe.